L’homme qui aimait une statue du cimetière Montparnasse

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Le cimetière Montparnasse est l’unique décor de ce roman à la fois touristique et sentimental. Une femme à la recherche d’une tombe rencontre un homme, qui connaît bien l’endroit, et devient son guide. Il lui fait découvrir tous les trésors du cimetière, et lui redonne goût à la vie. Mais qui est-il vraiment ?
L’auteur offre une version originale et fantastique des « Tombales » de Maupassant, un des « hôtes » célèbres de Montparnasse.
Cet ouvrage contient 40 photos couleur du cimetière.
Publié le : jeudi 17 juillet 2014
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791026200314
Nombre de pages : non-communiqué
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Catherine Choupin

L’homme qui aimait une

statue du cimetière

Montparnasse

 


 

© Catherine Choupin, 2016

ISBN numérique : 979-10-262-0031-4

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« Le miracle n’est pas contre nature, mais en contradiction

avec l’idée que nous nous faisons de la nature »

Saint Augustin

 

 

« Ceci est un trou de mémoire »

(épitaphe de Bruno Cremer)

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour Alain Combalot, en mémoire de Gregory

 

 

 

 

Chapitre 1
Rencontre autour d’une tombe

 

J’errais seule, comme un nuage, dans le cimetière du Montparnasse. Je commençais à me décourager car malgré le plan que m’avait donné le gardien, je n’arrivais pas à découvrir la tombe d’Olivier Ameisen. Un cimetière aussi vaste est un véritable labyrinthe. Seuls les initiés peuvent s’y retrouver.

J’avais projeté cette recherche depuis longtemps, mais comme je ne quitte pas facilement la verte  province des Yvelines, j’avais attendu la première belle journée de l’année 2014. Il faisait un temps agréable : les arbres étaient encore nus car on était au début du mois de mars, mais l’air était d’une douceur incroyable, et le soleil faisait resplendir les fleurs et les couronnes mortuaires. La sépulture d’Olivier était censée se trouver sur le grand rond-point où semble s’envoler le « Génie du sommeil éternel » d’Horace Daillion.

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Mais j’avais beau parcourir chaque rangée à partir du rond-point, je ne la trouvais pas. Fatiguée et peu désireuse de retourner à la loge du gardien, j’espérais un secours du ciel, ou du moins… d’un employé du cimetière qui serait passé par là, lorsque j’entendis parler derrière moi. Je me retournai : un homme aux cheveux blancs assez longs, style bohème, répondait à un couple qui lui avait demandé un renseignement.

« Si vous cherchez la tombe de Jean Poiret, permettez-moi de vous dire qu’il faut que vous reveniez sur vos pas. Elle se trouve en face de la tombe de Philippe Noiret, devant laquelle je vous ai aperçus tout à l’heure »

La Providence semblait avoir mis sur mon chemin un habitué des lieux. Comme il engageait avec le couple une assez longue conversation qui confirmait mon impression, je manifestai discrètement mon intention de m’adresser à lui quand il aurait achevé sa conversation, exactement comme les clients du BHV attendent que le précieux préposé au rayon quincaillerie ait terminé avec le client précédent. Bref je restai immobile, à une courte distance, sans quitter du regard le génie du renseignement funèbre ! L’homme finit par comprendre mon désir de lui adresser la parole et se tourna vers moi après avoir salué le couple, qui partait rendre hommage à cet acteur si spirituel, au regard si plein de malice et de … vie qu’était Jean Poiret.

Je lui montrai mon plan et le dessin qu’y avait tracé le gardien, et nous partîmes à la recherche d’Olivier. Tout en suivant le tracé sinueux des tombes, je lui expliquai un peu qui était Olivier, pour moi (un ancien voisin à Montparnasse), et pour l’humanité (celui qui avait découvert un traitement efficace contre l’alcoolisme, le baclofène). Il n’en avait pas entendu parler et était ravi de parfaire ainsi sa science du cimetière. Mais nous ne trouvions toujours pas. Des « jardiniers » passèrent alors en habit vert et nous les interpellâmes. Ils nous aidèrent avec une grande amabilité. Ils ne perdirent guère de temps grâce au nombre qui « marque » chaque tombe : en fait, nous avions le nez dessus au moment où nous avions sollicité leur assistance, mais nous ne la voyions pas car seul le nom d’une certaine « Juliette Hacquard » y figurait. La tombe était différente des autres, couverte d’un beau fouillis de plantes vertes, qui poussaient à même la terre, et d’objets, dont une statue métallique un peu primitive représentant une mère avec un enfant dans les bras et une toute petite lanterne sur laquelle on pouvait lire en se penchant très près : « A mon amour, Olivier Ameisen ».

Le temps des graveurs n’est pas le temps des hommes, ils ont l’éternité devant eux, ou presque, pour remplir leur mission scripturale, et comme Olivier était mort « seulement » sept mois auparavant, aucun nom ne signalait sa présence, hormis cet humble objet en bois enfoui dans l’herbe. Pourquoi n’existe-t-il pas davantage de graveurs de tombes en ce monde ? C’est pourtant jusqu’à nouvel « ordre » (!) un travail assuré, tranquille et lucratif . L’humanité se compose de plus de morts que de vivants ! Après la canicule de 2003, il avait parfois fallu attendre deux ans pour voir apparaître des noms sur certaines plaques.

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Je pris plusieurs photos de la sépulture qui nous avait demandé tant d’efforts bien qu’elle fût sous nos yeux, un peu comme la lettre volée de Poe. C’était une tombe qui se méritait. Mon « guide » et moi continuâmes notre conversation. Il me montra l’inscription gravée sur la pierre de l’autre côté de l’allée : « Xavier Leclercq Ferrand 1958-2000, Christophe Girard 1956-2039 » et « Mort ? pas encore, Dead? not yet ». L’auteur de cette étrange facétie était le maire du 4e arrondissement de Paris. Cela risquait d’être compliqué pour le graveur si ledit Christophe mourait avant ou après 2039 ! Car non seulement le graveur est lent, à cause de sa surcharge de travail, mais une fois qu’il a fait son travail, il ne peut le défaire : la rature est proscrite. L’homme me donna l’exemple d’une stèle du petit cimetière sur laquelle éclatait en lettres d’or une grosse faute d’orthographe : « Si Paradis, il y a, Paradis ne sera, que si j’y suis accueillie par mes chients et mes chats ». Même au paradis, on fait des fautes… d’orthographe ! Luc (je venais d’apprendre que tel était son prénom) feignit d’adhérer à la légende selon laquelle le graveur se serait suicidé à cause de cette lettre de trop.

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Je lui demandai la raison de sa présence régulière en ce lieu. Il y venait presque tous les jours depuis la mort de son fils cinq ans plus tôt, le 4 juin 2009. Ce jeune homme de trente-trois ans était mort dans son sommeil aux côtés de sa compagne, qui ne s’était rendu compte de rien. Une myocardite non diagnostiquée… La jeune femme s’était laissé mourir six mois plus tard, laissant une enfant de treize ans, issue d’une première union, que Luc considérait comme sa petite-fille. Malheureusement, ils n’avaient pu, lui et sa femme, recueillir la jeune fille car la loi ne le permettait pas, et elle avait été « placée ». Le destin semblait donc s’être acharné sur Luc, d’autant qu’il avait perdu son seul enfant. Depuis qu’il avait pris sa retraite d’infirmier, il venait tous les jours ou presque au cimetière, près de son fils. Sa seule « chance » à l’époque avait été de trouver une place disponible à Montparnasse, alors qu’il habitait lui-même près du parc Montsouris. Il était rare qu’il vînt avec sa femme : ils venaient séparément et alternaient les visites.

Il avait travaillé toute sa vie au service des grands brûlés à l’hôpital Cochin. De ce fait, il avait une profonde aversion pour l’incinération : lui qui avait passé son existence à tenter de « restaurer » la peau des grands brûlés, il avait du mal à comprendre que l’on choisît ce type de funérailles. Visiblement d’ailleurs, il était un lieu du vaste cimetière qu’il évitait soigneusement et qu’il me laisserait le soin de découvrir seule, c’était le « jardin du souvenir » où l’on avait le droit de répandre les cendres des êtres chers. Luc avait lié une réelle amitié avec un autre habitué du cimetière, qui s’appelait Patrick et qui l’avait initié à tous les secrets du lieu. Malheureusement Patrick était mort, et il avait fait disperser ses cendres dans ce jardin du souvenir. Luc n’arrivait pas à admettre que l’ami si cher, à la présence si charnelle et volubile, en fût réduit à ce tas de cendres qu’on avait éparpillées sous ses yeux horrifiés. Il me confia aussi qu’il avait été atterré (je ne relevai pas le jeu de mots involontaire ) d’apprendre que Patrick était un mythomane : il s’était inventé une vie fabuleuse qui n’existait que dans son imagination fertile. Je me fis la réflexion que le séjour des morts était peut-être propice à des « renaissances » de ce type, où l’on se forge une nouvelle identité. Du coup, j’évitai de dire à Luc que j’étais romancière, craignant d’être taxée de mythomanie ! Du coup aussi, je me demandai si Luc était vraiment ce qu’il prétendait être.

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