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- 1 -

— De toute évidence, c’est un homme, et il est complètement nu ! souffla Jessica Connor à sa sœur Alison tandis qu’elles observaient l’inconnu, dissimulées au coin de la maison de bois typique de Long Island.

Difficile pour Jessica de rester discrète et de parler bas, quand elle avait les joues en feu et que les battements de son cœur emballé lui martelaient les oreilles : à moins de quinze mètres, l’homme qui se tenait là avait un corps d’une beauté à couper le souffle. Dieu merci, il lui tournait le dos.

Des mèches sombres et mouillées tombaient sur ses larges épaules. Son corps aux muscles puissants ruisselait, inondant les dalles blanches autour de la piscine et le soleil de l’après-midi faisait luire sa peau bronzée.

La jeune femme recula et se plaqua contre le mur de bois qui la brûlait à travers le fin coton de sa robe bain de soleil bleue.

— Qui c’est ? Est-ce que tu le connais ? s’inquiéta Alison, à qui appartenait la maison.

— Vu d’ici, je ne peux pas être complètement sûre, mais je ne pense pas le connaître, répondit-elle.

— Avance un peu, je vais jeter un coup d’œil…

La jeune femme passa à son tour la tête au coin du mur. Après avoir observé les quelques secondes qu’elle considérait décentes pour une femme mariée dont la grossesse arrivait bientôt à son terme, elle recula, le visage rouge comme une pivoine.

— Mon Dieu ! De dos, il est presque aussi beau que Lincoln.

Ignorant l’allusion d’Alison à l’anatomie de son mari, Jessica insista :

— Mais est-ce que tu le reconnais ?

— Bien sûr que non ! N’oublie pas que je suis une femme mariée !

— Il serait temps de t’en souvenir, la taquina Jessica.

— Il faut vite appeler Lincoln…

— Ne sois pas bête. Nous pouvons très bien nous débrouiller seules.

Alison haussa un sourcil sceptique :

— Et comment ça ? Tu es aussi baraquée qu’une allumette, et moi je suis enceinte de huit mois alors que c’est un véritable géant ! Tu as vu sa carrure ?

— Oui, approuva Jessica. Entre autres…

— N’y va pas, insista Alison. N’oublie pas que tu es aux Etats-Unis. Il a peut-être une arme.

— Si c’est le cas, j’aimerais bien savoir où il la cache, actuellement… Il s’est introduit chez vous, dans une propriété privée, et j’entends bien lui dire ma façon de penser. Il est sacrément culotté d’entrer ici et d’utiliser la piscine comme s’il était chez lui ! Tu ferais aussi bien d’attendre ici. De toute façon, Lincoln va revenir avec Emily d’une minute à l’autre, finit-elle par conclure en regardant sa montre.

— Et s’il t’attaque ? chuchota Alison en lui pressant convulsivement le bras.

Elle semblait très angoissée.

— Ne t’en fais pas, j’ai un plan, l’assura Jessica.

— Tu es sûre ?

— Chut ! fit Jessica en pressant un doigt sur ses lèvres. Il pourrait nous entendre.

Elle aspira une bouffée d’air pour se calmer, passa une nouvelle fois la tête au coin de la bâtisse et, se mordillant la lèvre inférieure d’un air songeur, elle observa l’intrus. Alison avait sans doute raison, elles feraient mieux de ne pas l’approcher. Mais depuis qu’en rentrant de l’hôpital où elle avait accompagné sa sœur elle avait repéré la puissante moto noire dans l’allée, l’adrénaline faisait bouillonner son sang dans ses veines.

L’impulsivité était son pire trait de caractère. N’était-ce pas ce que lui répétait sans cesse Toby, son ex-fiancé, au cours des deux années où ils étaient sortis ensemble ? « Si seulement tu pouvais montrer la même énergie au lit ! » lui avait-il hurlé au cours de leur ultime querelle, six mois auparavant.

Plissant les yeux sous l’éclat du soleil qui faisait scintiller la surface de la piscine, Jessica regardait l’inconnu se sécher avec un vieux T-shirt. Le souvenir des insultes de Toby la faisait bouillir de colère : qu’il aille donc au diable ! Elle n’était ni si impulsive, ni frigide. Simplement, il lui avait fallu un moment pour se rendre compte que Toby Collins n’était pas l’homme de sa vie. Ils ne partageaient pas les mêmes projets : alors qu’elle rêvait d’une maison, d’enfants, de construire une famille, Toby vivait sur un fantasme. Au lit, il voulait une panthère mais, dans la vie quotidienne, une petite souris. Et dire qu’il lui avait fallu deux longues années pour s’en apercevoir. Elle en était encore malade !

L’intrus était maintenant en train d’enfiler un jean.

Les hommes ! Elle serra les dents. Il n’était pas question qu’elle laisse partir impunément cet inconnu plein d’arrogance. Il n’allait pas s’en tirer à si bon compte. Son sans-gêne était scandaleux. Pleine de détermination, elle retira ses sandales.

— J’y vais, chuchota-t-elle à Alison. Tu ferais mieux de retourner à la voiture et d’appeler Lincoln.

— Ne fais pas ça Jessica…

Elle évita les doigts de sa sœur qui cherchaient à la retenir, et sortit de derrière la maison : il était temps de donner une bonne leçon à ce malotru.