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L'inconnu de Shadow Falls

De
384 pages
Série Les secrets de Shadow Falls, tome 2

Depuis des années, Olivia Dupree, professeur de littérature, voue une admiration sans bornes à Aaron Westhaven, un célèbre romancier qui vit caché. Aussi est-elle très surprise lorsque ce dernier accepte son invitation à une conférence qu'elle organise pour ses étudiants. Mais le jour venu, Olivia est convoquée par la police à l'hôpital, au chevet d'un inconnu victime d'une tentative de meurtre. Stupéfaite, elle apprend que sa carte de visite se trouvait dans la poche de cet homme qui a perdu la mémoire... Qui peut bien être cet étranger séduisant et mystérieux ? Est-il l'écrivain qu’elle avait fini par considérer comme son âme sœur ? Et si ce n'est pas le cas, que faisait-il à Shadow Falls avec sa carte de visite dans la poche? Soudain, prise de panique, Olivia craint de voir resurgir le secret d’un passé qu’elle fuit depuis seize ans. Un passé douloureux qui vient sans doute de la rattraper...

A propos de l'auteur :

Auteur de nombreux romans à succès, Maggie Shayne s'est surtout illustrée dans le domaine du suspense, où ses romans ont été qualifiés de « brillants et originaux ». Dans l'ombre du danger, classé dès sa sortie sur la liste des meilleures ventes du New York Times et du USA Today, prouve une nouvelle fois le talent singulier de cet écrivain.

Série Les secrets de Shadow Falls

Tome 1 : Dans l’ombre du danger

Tome 2 : L'inconnu de Shadow Falls

Tome 3 : Les disparus de Shadow Falls

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Debout sur son lit, Olivia Dupree s’examinait d’un œil critique dans la grande glace de son armoire. Pour la première fois, aujourd’hui, elle allait rencontrer le seul homme sur cette Terre qui partageait sa vision de la vie — une longue série de déceptions jalonnant une périlleuse traversée qu’il valait mieux réaliser en solitaire —, et elle n’avait rien à se mettre. Non que ce genre de détail ait une quelconque impor-tance pour elle ! Habituellement, elle se îchait pas mal de ce qu’elle portait. Et elle espérait bien qu’il s’en moquait, lui aussi, car le contraire la décevrait. Pourtant, elle venait bel et bien de céder à ce réexe idiot, telle une adolescente stupide, ce qu’elle n’avait jamais été. Elle ne possédait pas de miroir en pied et persistait à penser qu’elle n’en avait nul besoin. Elle s’habillait généralement de façon très simple. Elle portait, pour travailler, des jupes droites toutes simples, assorties d’un blazer quand il faisait frais, et de confortables escarpins à petit talon. Elle nouait ses cheveux en un chignon serré et se maquillait très peu au quotidien. Après tout, les étudiants en anglais de l’université n’étaient pas vraiment attentifs à la façon dont leur professeur s’habillait. Et elle ne cherchait pas particulièrement à attirer l’attention.
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Le week-end, elle troquait cet uniforme contre un jean, le chignon contre une queue-de-cheval, et le maquillage contre de l’écran solaire. Rien de plus. Freddy, son meilleur ami en ce monde, était l’unique spécimen du genre masculin — de l’espèce canine, en l’occurrence — auquel elle accordait son entière conîance. Pour l’heure, la tête penchée, il regardait sa maïtresse en train de jouer les équilibristes sur le lit, en ayant l’air de penser que ce n’était décidément pas un endroit où se tenir debout. — C’est bon, mon vieux, lui dit-elle en le considérant depuis son perchoir. Je vais descendre. Mais, pour toi, le lit est toujours interdit, OK ? Il poussa un énorme soupir et s’allongea sur le sol, faisant glisser pesamment les quatre-vingt-dix kilos de son imposante carcasse au pelage moucheté. Pour un mastiff anglais adulte, il était de taille moyenne. Elle ne l’avait que depuis trois ans, et peinait à croire qu’il fût si gros. Elle espérait qu’Aaron Westhaven n’avait pas d’aversion pour les animaux. Il n’y avait pas de chiens, dans ses romans. Sans pouvoir en être sûre, elle pensait cependant qu’il aimerait Freddy. Parce que quiconque possédait un cœur avait nécessairement un faible pour lui. Et un cœur, Aaron Westhaven en avait un, c’était certain. Elle avait le sentiment de bien le connaïtre. Les romans de l’écrivain solitaire — tous des histoires tragiques à vous briser le cœur — s’alignaient sur ses étagères. Ils étaient son petit secret coupable. Mais ils parlaient aussi à son âme et reétaient avec intensité et vérité ses propres sentiments sur la vie et sur l’amour, à savoir qu’on ne pouvait vraiment compter que sur soi-même.
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Aaron Westhaven semblait savoir cela. Et Dieu sait si elle le savait aussi ! Et voici qu’elle était sur le point de rencontrer l’écri-vain. Ici même, à Shadow Falls, au în fond du Vermont. Elle considéra l’ensemble qu’elle venait d’essayer. Un pantalon noir un peu habillé, un chemisier lavande avec un blazer noir. Trop strict. Elle déboutonna le blazer. Encore trop formel. Elle le retira et trouva alors sa tenue trop négligée. Agacée, elle jeta le blazer à ses pieds. Grossière erreur! Prenant son geste pour une invitation, Freddy sauta sur ses pattes et s’élança sur le lit avec un aboiement si puissant qu’elle le sentit résonner dans sa poitrine. Le matelas s’affaissa et les ressorts du sommier protestèrent en grinçant. — Tu n’as rien à faire sur ce lit ! Moi, c’est différent, je voulais me voir en entier ! lui lança-t-elle alors qu’elle luttait pour garder l’équilibre. Pour toute réponse, le chien bondit de nouveau. Le matelas ondula sous elle comme une mer déchaïnée. Elle tomba à la renverse sur le couvre-lit en bataille et fut prise d’un grand éclat de rire quand Freddy se jeta sur elle pour lui lécher le visage. — Quel boulet ! Descends de là ! Immédiatement, il obéit, puis resta planté devant le lit en attendant qu’elle vienne le rejoindre. Elle descendit à son tour, échangea le pantalon pour une jupe, glissa ses pieds dans une paire de sandales et jeta un œil sur la pendule posée sur la table de nuit avant de regarder sa montre. — Hé, Freddy ! M. Westhaven est en retard. Elle fronça les sourcils tandis qu’un petit nœud d’ap-préhension lui serrait la gorge.
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— Il est même carrément en retard. L’inquiétude l’envahit. Certes, elle admirait l’écrivain, mais elle n’avait pas tout à fait conîance en lui. Parce que c’était un homme, tout simplement. Qu’il ait accepté de venir faire un discours surprise à la soirée de collecte de fonds qu’organisait cet été le département d’anglais était d’ailleurs assez déroutant en soi, même si c’était fantastique. Elle l’avait invité avec la certitude qu’il refuserait, si toutefois il daignait répondre. L’écrivain était connu pour ne jamais se montrer en public. Aussi avait-elle été stupéfaite, et même un peu méîante, lorsqu’il avait donné son accord. Mais elle s’était efforcée d’oublier ses craintes, mettant celles-ci sur le compte de ses déboires avec les hommes. Et, à présent, elle comptait sur lui pour ne pas leur faire faux bond et être présent comme promis. Mais peut-être tout cela avait-il été une erreur, îna-lement. Quoi qu’il en soit, elle le saurait très vite. D’un coup de brosse, elle chassa les poils du chien du chemisier lavande qu’elle remplaça par un débardeur de soie vert-jade. Ce serait très bien comme ça.
Samuel Overton n’était absolument pas censé prendre le volant sans sa mère à côté de lui. Et encore moins conduire cette grosse Ford Expedition qui ne leur appar-tenait même pas. C’était pourtant bien ce qu’il était en train de faire. Allons, il s’agissait là du Funkmaster Flex Edition, se dit-il, pas de n’importe quel tout-terrain ! Et il était vraiment génial : motif à damier sur le tableau de bord et la console, peinture personnalisée rouge et noir, sono à tomber. Mieux encore : 300 chevaux, bloc culasse
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5,4 litres, 24 valves et moteur V8. Bon sang, ce truc était une mécanique de rêve ! Digne d’un salon automobile. Comment sa mère pouvait-elle croire qu’il résisterait à une telle tentation ? En tout cas, il ne fallait surtout pas qu’elle découvre qu’il y avait cédé. Kyle Becker, le meilleur ami de Sam, augmenta le volume de la musique. D’un geste, Sam écarta sa main du bouton et baissa le son. — Ça me déconcentre. — C’est Metallica. On ne baisse pas le son quand c’est Metallica. — Alors coupe-le. — Que dalle ! Il va bien falloir que tu t’habitues à être déconcentré, dit Kyle affectant l’air expérimenté de celui qui détient déjà son permis et qui, à seize ans, était de six semaines l’aïné de Sam. — Et pendant que tu y es, reprit-il, tu pourrais dépasser les cinquante kilomètres-heure. Sam enfonça la pédale de l’accélérateur, augmenta la vitesse et ît jaillir un nuage de poussière derrière eux. Ils s’étaient engagés sur une route secondaire peu fréquentée, aîn qu’il puisse s’entraïner avec une voiture qui en avait un peu plus dans le ventre que le 4x4 de sa mère. Un petit bruit métallique lui ît constater qu’il projetait des gravillons en plus de la poussière. Secouant la tête, il freina et se rangea sur le côté. — C’est stupide. Cette route est complètement nulle. En plus, tu as vu la poussière ? — Je t’ai dit qu’on laverait la voiture avant de la remettre au garage, insista Kyle. Personne ne saura jamais qu’on s’en est servi. — OK, sauf si je înis par avoir un problème avec.
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Le Pr Mallory s’en rendra compte à son retour d’Europe, même si ma mère n’y voit que du feu. Sam soupira, agacé contre lui-même. Il commençait à prendre conscience que leur virée avait peu de chances de passer inaperçue. Sa mère était de celles qui décou-vrenttoujourstout. — Je suis vraiment idiot de t’avoir écouté… — Mais non. Tu as bien besoin d’une bagnole pour t’entraïner, non ? Comment est-ce que tu comptes passer ton permis la semaine prochaine, sinon ? Et comme tu ne peux pas prendre la voiture que ta mère gare jour et nuit devant son foutu hôpital… — Ouais, OK. Mais je ne peux pas non plus continuer à emprunter la supervoiture de Mallory. Enîn, je ne devrais pas. Il l’a conîée à maman pendant son absence. Ce n’était pas pour qu’on s’en serve… — Pourquoi ? Tu ne fais rien de mal. En plus, il a demandé à ta mère de la conduire de temps en temps pour la garder en forme, pas vrai ? Tu l’aides, mon gars. — Tu ne dirais pas ça si c’était la voiture de tes rêves que je conduisais sur ce sentier de chèvres, objecta Sam. Si maman le découvre, elle va piquer une sacré crise. — Elle ne le saura pas, assura Kyle comme s’il s’en portait garant. La poussière se dissipa et Sam soupira. — On rentre. On doit encore faire le plein et laver la carrosserie. En espérant que personne ne nous remarquera sur le chemin du retour. — Ouais, dit Kyle. Je crois que c’est mieux. Mais on peut la conduire direct dans le garage de ta mère, remplir le réservoir avec un jerricane et la laver là-bas. On n’attirera pas l’attention. Tu veux que je conduise ? Sam acquiesça.
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— Au cas où on croise un ic, expliqua-t-il. Maman sera encore plus en rogne si je prends une amende pour conduite non accompagnée. Il ouvrit la portière et contourna le véhicule pour gagner le siège du passager. Kyle sortit de son côté, mais s’immobilisa un instant, les yeux îxés sur le bord de la route à une dizaine de mètres devant eux. Soudain, il se raidit et sa mâchoire s’affaissa. — Quoi ? demanda Sam, qui essayait de distinguer ce que voyait son ami. Kyle indiqua un point du doigt — Merde, c’est un corps, ça, ou quoi ? — Tu déconnes ! Sam repéra la masse qui avait attiré l’attention de son ami. Quelque chose qui, il devait bien l’admettre, avait tout l’air d’un individu gisant dans l’herbe au pied d’un talus. Les deux garçons se dirigèrent vers le tas de vêtements qui dessinait une silhouette humaine et s’en approchèrent autant que possible sans quitter la route. — Aucun doute, Sam, dit Kyle. Il y a un type en bas. Et il ne bouge pas. — Va voir s’il est vivant, répondit Sam en le poussant du coude et en tirant son téléphone portable de sa poche. — Va te faire foutre ! Toi, va voir s’il est vivant ! — Bon, répliqua Sam en lui tendant le téléphone. Alors appelle les secours… et ma mère à l’hôpital. — Moi, je n’appelle pas ta mère, soupira Kyle en secouant la tête. Je vais voir s’il est vivant.
Lorsque son téléphone sonna enîn, Olivia n’avait pas encore renoncé à voir arriver son invité de marque. Certes,
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le souci extrême qu’il avait de sa vie privée était légen-daire, et elle aurait dû se îer à l’instinct qui lui dictait de se méîer de sa promesse. Au départ, elle s’était d’ailleurs dit que le responsable événementiel n’accepterait jamais les conditions d’Aaron Westhaven : ni presse, ni publicité, ni photographes, ni hôtel. Mais il avait consenti à tout et Westhaven avait accepté l’offre d’Olivia de loger dans sa chambre d’amis, plutôt que dans les auberges et maisons d’hôtes de la ville, où il risquait d’être reconnu. Conviés sur invitation exclusivement, les participants à la soirée ignoraient encore le nom de l’invité surprise. Ils étaient seulement avertis de la présence d’un éminent visiteur dont la réputation ferait honneur à leurs donations. Les billets avaient été vendus en un temps record. Et, maintenant, il semblait qu’il ne se montrerait jamais. Et elle aurait dû s’en douter. Il fallait vraiment être naf pour croire qu’il tiendrait parole. Rares étaient les personnes en qui on pouvait avoir conîance. Parmi les hommes, surtout. Quand le téléphone sonna, elle reprit aussitôt espoir. Oubliant ses idées réalistico-catastrophistes, elle décrocha si vite qu’elle ne prit pas le temps de regarder l’identité du correspondant. — Olivia Dupree, annonça-t-elle. — Salut, Olivia, lui répondit une voix de femme. C’est Carrie Overton. Comment vas-tu ? — Carrie ? S’attendant plutôt aux excuses et justiîcations de son correspondant, elle hésita un instant, déconcertée. Son front se barra d’un pli. Elle écarta le téléphone et consulta l’identité de l’appelant qui s’afîchait sur l’écran. Hôpital général de Shadow Falls. Elle haussa les sourcils et replaça le combiné contre son oreille.
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— Ça va. Je suis un peu stressée, là, maintenant, mais… Tout va bien ? Carrie était l’une des seules femmes avec qui, au cours des seize dernières années, elle avait bâti ce qui pouvait ressembler à une amitié. Une amitié qui restait légèrement à distance, toutefois. Olivia savait qu’il est délicat de laisser trop s’approcher les gens lorsque, comme elle, on a un passé lourd de secrets. — J’appelle de… — L’hôpital, je sais, coupa Olivia alors qu’un nœud d’inquiétude se formait dans sa poitrine. Carrie n’avait absolument aucun motif pour l’appeler aujourd’hui, et surtout pendant ses heures de travail. — Que se passe-t-il ? Carrie prit une grande inspiration et se lança. — D’accord, voilà. J’ai un patient ici. Sexe masculin, la trentaine, cheveux et yeux noirs, environ un mètre quatre-vingts, plutôt pas mal, identité inconnue. — Carrie, on dirait que tu cherches à caser un chien errant. — En quelque sorte. Il avait ta carte de visite dans la poche, alors j’ai pensé que tu pourrais peut-être nous aider à l’identiîer. Olivia ferma lentement les yeux tandis que son esprit rassemblait les informations. Mon Dieu ! Est-ce que ça pouvait être Aaron Westhaven ? Etait-ce la raison de son retard ? — Y a-t-il quelque chose d’écrit au dos de la carte ? — Oui, le numéro de téléphone de ton domicile, ton adresse aussi. Tu sais de qui il s’agit ? — Je crois que oui, soupira Olivia. Pas de doute, c’étaitlui. C’était forcément lui. Elle n’avait jamais donné son adresse à personne. Sauf à
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ce curieux individu, aussi célèbre que solitaire, dont le cerveau était en connexion directe avec le sien. — Il va bien ? Je veux dire, pas trop mal ? — Je ne peux vraiment rien te dire. — D’accord, d’accord. Les règles de conîdentialité… Carrie n’allait pas enfreindre le secret médical et risquer son poste. Pas au téléphone, en tout cas. — Peux-tu venir ici ? demanda Carrie. Olivia conîrma d’un ample hochement de tête, comme si Carrie pouvait la voir. — Je serai là dans un quart d’heure. Après avoir raccroché, elle piqua vers la porte d’en-trée, ses problèmes vestimentaires totalement oubliés, et attrapa au vol son sac à main. Freddy l’attendait à la porte, la queue frétillante. Elle se pencha légèrement et prit sa tête aux bajoues asques dans le creux de ses mains. — Tu ne bouges pas, Fred. Je vais à l’hôpital et les chiens ne sont pas admis. Alors tu restes ici. Mais, promis, je ne serai pas longue. Il soupira lourdement et inclina sa grosse tête, comme s’il comprenait chaque mot. La main toujours posée sur lui, elle l’embrassa sur le museau. — Ne sois pas triste, je reviens. Il se leva et alla se blottir dans son immense lit de chien comme si son cœur venait de se briser. Prise de pitié pour son meilleur ami, Olivia alluma et cala la télé sur Animal Planet. Freddy sembla apaisé. Puis elle lança la télécommande sur la plus haute étagère, hors de portée des mâchoires du chien, et se dirigea vers son 4x4 hybride.
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