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Prologue

New York, quatre ans plus tôt

— C’est l’heure de partir, Gantz. Tu as rendez-vous au tribunal.

L’agent spécial Will Bishop tira le prisonnier par la manche, le forçant à se lever.

— Ils ne vont pas me laisser témoigner, gémit Gantz. Je serai mort avant d’arriver.

La sueur qui coulait abondamment sur son visage bouffi avait imprégné le col de son complet italien de soie. Un complet qui coûtait sans doute trois fois ce que Will gagnait en un mois.

— Tu vas me faire pleurer, lança Ryan Thomas en ouvrant la porte, laissant entrer une bouffée d’air chaud et humide en même temps que les rayons du soleil matinal.

Il fit signe aux hommes qui montaient la garde autour du parking.

La partenaire habituelle de Will était en congé de maternité, c’est pourquoi il travaillait en collaboration avec Ryan sur cette affaire. La présence de son ami avait rendu plus tolérables les longues heures passées à surveiller Gantz dans ce petit motel minable. Et à présent Will était soulagé que tout soit terminé. Sa femme se plaignait de ses absences. Ce qui n’était guère étonnant, d’ailleurs. Elle se plaignait toujours de quelque chose.

— La voie est libre, annonça Ryan.

— Allons-y.

— Je vous dis qu’ils ne vont jamais tolérer une chose pareille. Et il ne s’agit pas que de moi. Vous êtes des hommes morts !

Ryan tint la porte ouverte.

— Il y a cinq agents sur ce parking. Si quelqu’un t’attendait, on le saurait.

— Pourquoi t’inquiéter, Gantz ? renchérit Will, incapable de masquer le dégoût qui perçait dans sa voix. D’ici une semaine, tu auras un nouveau visage et une nouvelle identité.

Lou Gantz, un tueur à gages responsable de la mort d’une trentaine d’hommes au moins — dont beaucoup avaient justement été sur le point de témoigner au tribunal — allait être libéré en échange de son témoignage contre la famille Sardoni, l’organisation criminelle la plus meurtrière de New York. Jusque-là, aucun membre de la famille n’avait pu être jugé. Soit les témoins se rétractaient, soit on les retrouvait assassinés, soit ils disparaissaient sans laisser de traces.

Cette fois, ce serait différent, songea Will. Les plus proches collaborateurs des Sardoni seraient sur le banc des accusés, et le FBI avait pris toutes les précautions possibles pour garder secret le lieu où se trouvait Gantz.

Cette fois, les Sardoni seraient condamnés.

— Dépêche-toi, ordonna Will en poussant l’homme à l’extérieur.

— Puisque je vous dis que nous sommes tous morts, insista ce dernier avec une note de panique dans la voix.

Ryan ouvrit la portière de la berline et poussa Gantz à l’arrière, puis se tourna vers Will.

— Avertis-les que nous sommes en route.

Will plongea la main dans la poche de sa veste, mais elle était vide.

Il étouffa un juron.

— Une seconde, Ryan. J’ai laissé mon téléphone dans la chambre.

— Comment est-ce que tu te débrouilles, mon vieux ?

Will haussa les épaules. Il oubliait toujours ce fichu téléphone.

— Ça doit venir de ton subconscient, reprit Ryan. Je crois que tu l’oublies pour ne pas avoir à parler à ta femme.

— Hhhmm ! C’est possible, acquiesça Will en riant.

Son épouse — la deuxième — l’appelait constamment. Elle préparait un rôti pour dîner — cela lui convenait-il ou préférait-il du poulet ? A propos, rentrerait-il pour l’heure du dîner ? Ou alors elle avait vu une robe qui lui plaisait dans un magasin, était-il d’accord pour qu’elle l’achète ? A propos, le mécanicien lui avait dit que la réparation de la voiture coûterait cinquante dollars de plus que prévu, devait-elle accepter ?

Elle ne pouvait pas prendre de décision sans le consulter. Parfois, il se demandait s’il n’aurait pas dû rester célibataire. Naturellement, s’il divorçait de nouveau, il paierait une pension alimentaire à deux ex-femmes. Sans compter les frais d’avocat. Il valait donc mieux rester marié — et malheureux.

Ryan, en revanche, connaissait un de ces mariages parfaits qui faisaient pâlir d’envie le plus endurci des hommes. Sa femme était superbe et lui apportait tout son soutien, et il avait trois beaux enfants. Il devait travailler encore cinq ans, puis il prendrait sa retraite.

Will avait toujours rêvé d’une vie semblable à celle de son collègue, mais, bizarrement, il finissait toujours par s’associer à des femmes dépendantes et geignardes. Il n’avait pas encore fêté le premier anniversaire de ce second mariage qu’il avait l’impression de traîner un lourd boulet derrière lui.

— Dépêche-toi, on va être en retard, fit Ryan en se glissant sur le siège du conducteur.

D’un pas vif, Will regagna la chambre et aperçut aussitôt son téléphone, posé sur la table près de la fenêtre. Comme il tendait la main vers l’appareil, il entendit la voiture démarrer. Au même moment, il y eut un éclair aveuglant, suivi d’une déflagration assourdissante. La fenêtre vola en éclats et il fut projeté contre le lit.