L'Irlandais

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« C’est d’amour que je vais vous parler, l’amour sous une facette étrange, un amour méconnu, découvert par surprise. Un amour différent, qui s’apprivoise tant il est complexe et insoupçonné, à la fois effrayant et tendre, dérangeant et pourtant si familier… » Il y a Juliette, l’héroïne aux hormones en effervescence, tantôt drôle, tantôt sarcastique ; et il y a Marie, son amoureuse, plutôt terre à terre et tendre. Ensemble, elles se lancent dans l’aventure d’avoir un enfant. C’est alors qu’arrive Andrew, leur donneur anonyme. Anonyme, oui. Andrew, oui, dans la tête de Juliette. Un donneur qui se dessine à travers les lettres que lui écrit Juliette, et qui vont atterrir chez son meilleur ami, Thibaut. C’est un choix qu’elle fait, des émotions qu’elle partage, avec un homme, son ami, son presque jumeau. Entre cycles d’ovulation et lettres sans réponses ; vont se dévoiler sentiments et intimités.
Publié le : mercredi 16 mars 2016
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791026204428
Nombre de pages : non-communiqué
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Pauline Sovet L'Irlandais
© Pauline Sovet, 2016
ISBN numérique : 979-10-262-0442-8
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Internet : www.librinova.com
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À mes filles, Maxine et Sarah-Lou
À Marie, mon amoureuse,
À lui…
« C’est d’amour que je vais vous parler, l’amour sous une facette étrange, un amour méconnu, découvert par surprise. Un amour différent, qui s’apprivoise tant il est complexe et insoupçonné, à la fois effrayant et tendre, dérangeant et pourtant si familier… »
Il y eut cette odeur de sang chaud, cette nuit trop longue qui laissait son corps encore tout frémissant de ce qu’il venait de subir. Sa peau était toute moite, les cheveux collés par la sueur, son âme prise dans un tourbillon de fatigue, d’apaisement, d’amour intense et de curiosité dévorante… Le contact était chaud, mou et doux. Doucement elle se tortilla le cou, pour la regarder, sa petite merveille tout juste posée sur sa poitrine nue. De petits couinements sortaient de ses petites lèvres encore bleues et mouillées. Et puis ses petits yeux bouffis se sont ouverts pour échanger leur premier regard… Plus rien n’existait, les sons se faisaient lointains, la lumière se tamisait…L’intensité était si forte, la rencontre si étonnante. Un instinct animal la poussa d’abord à enfuir son nez contre ce petit corps tout frêle, la respirer encore et encore, s’en imprégner…ensuite, l’envie de la lécher la pris aux tripes, telle une louve pour ses petits. Un instinct animal, insoupçonné, se réveillait brusquement en elle. Le temps était figé, Juliette rencontrait Anna pour la première fois… Quelques timides sanglots secouaient désormais son corps las.
Elle est magnifique, mon amour…
C’étaient ses premiers mots, les yeux embués d’émotions. Marie lui posa un doux baiser sur le front, tout en caressant timidement du bout des doigts sa petite merveille, à elle aussi… Et c’est les yeux fermés, que Juliette envoya une tendre pensée emplie de fierté, quelque part… si loin… ou peut-être pas…
***
Marie, il faut qu’on en parle parce que j’en ai besoin…
Les yeux rivés sur le ventilateur pendu au plafond, menaçant de s’effondrer à chaque instant, Juliette avait le cœur qui allait lui sortir de la poitrine. Sa gorge lui donnait la sensation de gonfler de l’intérieur, ça s’étranglait, ça bloquait. Il faisait chaud, encore trop chaud, dans cette chambre du bush australien. L’inconfort du matelas pneumatique sur lequel elle était couchée, tout contre Marie, la rendait encore plus susceptible…
Je veux bien mon amour… mais je ne sais pas si je suis prête…
Moi je le suis… et j’ai peur…
Marie lui caressa tendrement la main… Elle était de ces femmes qui ont la classe, et qui gardent le contrôle, à la fois calme et rassurante, mais avec l’assurance de se défendre au besoin. Sa douceur se lisait sur son visage et se trahissait dans sa voix. Ses longs cheveux foncés attachés en boule désordonnée sur le haut de son crâne lui dégageaient la nuque.
En fait, je me sens au pied du mur… une envie folle de porter notre enfant et le vide total, je suis perdue, je ne sais pas comment on va faire.
Ben il n’y a pas trente-six solutions… soit on se trouve un mec, soit on passe par le don de sperme!
Hors de question de faire un couple à trois ! Elever un enfant c’est déjà assez
compliqué à deux, et puis quoi ?! Je me fais sauter le jour J et voilà ?!
Arrête de déconner
C’est bien ce que je dis… je suis prête à avoir un enfant, mais pas prête pour les démarches médicales… et puis on n’y connait rien, on ne sait rien…
Juliette savait qu’elle allait tôt ou tard devoir assumer son envie d’enfanter, d’assumer son couple en tant que futures mamans. Elle avait envie de pleurer, l’envie d’être enceinte la rongeait chaque jour de plus en plus, ça devenait insupportable, elle le désirait et vite ! Marie se tourna vers elle, et l’embrassa tendrement…
J’ai trop chaud, arrête de me coller…
Et puis la pause était finie, il était temps pour elles de rejoindre les autres, tous ces gens venus des quatre coins du monde, et bizarrement là, ensemble, à travailler comme des fonctionnaires dans des millions d’abeilles ! Cela faisait maintenant deux mois qu’elles habitaient dans cette petite maison plein pied, au confort modeste, vide de meubles encombrants, avec sa petite terrasse couverte, comme les maisons des films américains. La maison était posée dans une rue assez large, aux allures désertiques, dans la plaine roussie à la terre couleur rouge. Deux mois à partager le quotidien avec ce couple de Russes, infantiles certes, mais qui en étaient réduit, misère oblige, à laisser leur petite puce de six ans en Russie pour se faire de l’argent le temps de la saison. Juliette pensa qu’ils ne devaient pas comprendre leur couple atypique et surtout mal vu dans leur pays. Mais malgré cela et leur croyance catholique prononcée, ils restaient respectueux. Leur chambre était simple et décorée de plusieurs icônes religieuses qu’ils avaient emmenées. Elle et Marie, elles, se retrouvaient dans la pièce à matériel, entre les combinaisons d’apiculture et tout l’attirail nécessaire. Les murs épais comme une feuille de cigarette, des panneaux ajustés les uns contre les autres, un plancher de bois… Juliette s’assit sur la chaise perdue sur la terrasse en bois, secoua ses chaussures afin de vérifier qu’aucune mygale en tout genre n’y avait élu domicile le temps de la pause déjeuner. Ses gestes étaient machinaux, son esprit était embué, elle avait chaud, la sueur coulait le long de tout son corps…
Allez les filles, c’est reparti !
Eva, une canadienne de leur âge, leur faisait signe de la maison voisine. Juliette la rejoignit avec Marie.
Je me suis mise en culotte-soutiche sous ma combi, il fait trop chaud !
Tu m’étonnes… 45 degrés et enfermé là-dedans… ceci dit, je commence à m’y faire…
Elles étaient perdues dans ce minuscule village d’une centaine d’habitants, qu’elles ne voyaient jamais d’ailleurs, et situé à 1h du centre commercial. Une fois par semaine, toute la joyeuse équipe montait dans le mini van pour aller y faire les courses de la semaine. Tout était plat, rouge, brûlé, sec, avec des acacias par-ci par-là. L’air inspiré chauffait les narines. Les oiseaux étaient magnifiques, de toutes les couleurs, et faisaient des bruits étranges… Une après-midi de « catching » de reines les attendait, encore une fois. C’est dans un champ de
plusieurs dizaines de ruches qu’elle s’assit sur une hausse retournée, entre les herbes hautes fanées. Une fois elle avait vu passer deux kangourous au loin, derrière les arbres. C’était une prairie, comme partout ailleurs, sans fleurs, écrasée sous un ciel bleu et un soleil brûlant sans pitié. Juliette s’était fait au bruit assourdissant de milliers d’abeilles volant partout, formant un véritable nuage autour d’elle. C’était le plus impressionnant au début, puis elle y avait trouvé sa place. Nue sous sa combinaison aux allures d’astronaute, elle souleva le toit de la ruche, souffla la fumée de son enfumoir à l’intérieur, et décolla le premier cadre. Les cadres remplis d’abeilles occupées à récolter, nourrir les larves, défilaient sous ses yeux. Ça grouillait de partout… Les ouvrières aussi avaient chaud sous ce soleil de plomb. Ça sentait bon la propolis, le miel, la cire fondue et l’herbe brûlée… Penchée sur la ruche, elle paraissait toute petite. Ses cheveux courts laissaient dégringoler des gouttes de sueurs sur ses pommettes brûlantes.
Allez ma petite reine Elisabeth, montre-toi…
Les pattes des petites curieuses posées sur sa main la chatouillaient doucement. Ses yeux regardaient machinalement, elle n’était pas à ça… soudain, elle l’aperçut… son abdomen allongé, sa grâce. Elle était vachement plus grande et avait une taille de guêpe. C’était la reine. Elle se déplaçait différemment des autres, elle se baladait, tranquille, toujours chouchoutée par ses ouvrières qui s’en occupaient constamment, la nourrissaient, et lui assuraient fidélité jusqu’à la mort. Elle se mit à penser que finalement ce n’était peut-être pas anodin cet amour de l’apiculture… c’était un monde de femmes, un monde à part, où les mâles n’avaient comme mission que de féconder la reine. Ils étaient d’ailleurs foutus à la porte dès la fin de la saison des amours, ces pauvre malheureux ! En même temps, à part bouffer, ils n’en touchaient pas une ! Cette réflexion la fit sourire. Et elle regarda cette reine se débattant doucement entre son pouce et son index. Cette reine la renvoyait à son histoire... Elle était inséminée, elle ! Elle portait dans son abdomen le sperme de plusieurs mâles depuis son insémination quelques jours auparavant… Elle n’avait pourtant rien demandé, et elle y avait eu droit… sélection oblige… et elle, Juliette ? Elle deviendrait aussi une F1, comme on les appelle ? Une reine inséminée à son tour ! Elle sourit tristement.
Les cagettes sont là si tu veux.
Marie la sortit de ses pensées. Doucement elle introduisit cette reine dans sa cagette et la déposa à côté des autres déjà attrapées. S’en suivit un chant doux et terriblement mélancolique… la reine, privée de ses ouvrières, chantait sa triste histoire… Ça lui fendait le cœur à chaque fois, c’était si particulier ! Qui aurait pu croire qu’une reine savait chanter ? Si le trajet était trop long, on lui mettait des accompagnatrices pour qu’elle se sente moins seule et qu’on s’occupe d’elle. Juliette referma la ruche et s’en fut en ouvrir une autre. A peine assise, une brûlure violente, pinçante, lui piqua le bras. Quelques secondes de venin injecté par une guerrière envoyée en défense. Elle avait l’habitude, mais celle-là lui fit plus mal que les autres. Elle se laissa surprendre par une larme au coin de l’œil. Le soir était tombé, elles retrouvèrent les canadiennes dehors, devant la maisonnette jaune. C’est là que leur histoire a commencé, perdues à l’autre bout du monde, dans cette chaleur suffocante et les couchers de soleil dans un ciel rose sur la plaine roussie, un petit vent chaud dans les vêtements pendus au fil devant la terrasse…
***
«A toi,
Aujourd’hui c’était la première fois… première fois que je recevais en moi le sperme d’un inconnu, de toi… toi dont je ne saurai jamais rien, si ce n’est tes yeux bleus et tes cheveux bruns… toi qui vit si loin d’ici, ou peut-être si proche d’ici.
J’étais terriblement stressée, nerveuse et irritable… et puis c’était tellement désagréable… un spéculum froid et déchirant dans le vagin, du sperme ( !), et qui plus est d’un inconnu, et cette nudité intime rendue si impudique devant ce médecin que je ne connaissais pas. C’était rapide et je me sentais bizarre en ressortant de là…
Sur le coup, j’ai pensé très fort à ce bébé que j’espérais tant… je lui ai parlé… l’invitant à se blottir dans mon utérus tout prêt pour lui et juste lui…un nid douillet, tout chaud tout doux pour se créer doucement… ça été vite… le temps d’y penser et je me rhabillais déjà. Tout de suite cette sensation que « ça » coule et l’envie de faire le poirier pour aider tous ces spermatozoïdes à avancer vers leur destinée. Pourquoi étais-je déjà debout ? Et je pouvais marcher ! Ce n’était pas trop tôt ? Déjà l’angoisse me sautait à la gorge…Nous voilà sur le parking, à peine quelques heures plus tard…avec du sperme en moi…de quelqu’un… de toi… On n’a pas parlé Marie et moi pendant un bon moment… on en avait pour une heure de route. Ma main s’était déjà posée sur mon ventre, messagère de pensées tendres et positives, passeuse de prières remplies de toute mon âme… Il fallait désormais attendre 15 jours, 15 terriblement longs jours, avant de savoir si mon tout petit studio avait plu à un de tes locataires… J’étais persuadée que ces 15 jours à venir auraient plus de 30 heures chacun… Et toi ? Et toi dans tout ça ? Sais-tu qu’on s’est rencontré, pour la première fois ? Qu’une partie de tes trippes sont dans les miennes ? Sans le savoir et sans le vouloir ? Pourquoi tu as fait ça ? Dis-moi ?
Marie lui caressait la main, tout en conduisant…
Ça va ?
Je me sens bizarre…
Allez, ça va aller…. Je suis tellement fière de toi, de nous…
C’est terrible à dire mais, ça me dégoute…
Comment ça ?
Ce sperme… tu t’imagines que j’ai du sperme en moi ?? Et d’un inconnu ??
Je sais, mais pense plutôt que c’est notre bébé qui est déjà en toi…
Juliette »
Juliette lui serra la main doucement. Elle se sentait sale… elle n’avait jamais imaginé comment elle vivrait l’insémination sur le coup, tellement obsédée par le résultat final… et là, elle avait presqu’envie de faire machine arrière. Et puis cette soudaine possibilité réelle de tomber enceinte lui fit réellement peur d’un coup. Cette fois, ça pouvait arriver… un bébé ! Dans son ventre à elle ! Juliette ! Elles ne travaillaient pas ce jour-là. Une fois rentrées, elles montèrent dans leur petite chambre et se couchèrent dans le lit.
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