La brise-l'âme

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Deux femmes travaillent ensemble à une machine qu'elles appellent "La Brise-l'âme"; deux femmes venues d'ailleurs, en quête d'un homme, fils de l'une, mari de l'autre. Depuis son départ (sa fuite?) il ne leur a jamais fait un signe. Elles vivent une double aliénation: celles de l'immigration et du travail dans une usine, sorte de goulag et de creuset du fascisme ordinaire. Ensemble, elles se battent contre les servitudes, les brimades; attelées à leur machine, elles communiquent par le langage des gestes accordés.
Publié le : samedi 1 juillet 2006
Lecture(s) : 233
EAN13 : 9782296153387
Nombre de pages : 112
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LA BRISE-L'ÂME

(Ç)

L'HARMATTAN,

2006

5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris
L'HARMATTAN, IT ALIA s.r.l.

Via Degli Artisti 15 ; 10124 Torino L'HARMATTAN HONGRIE Konyvesbolt; Kossuth L. u. 14-16 ; 1053 Budapest L'HARMATTAN BURKINA FASO 1200 logements villa 96 ; 12B2260 ; Ouagadougou 12 ESPACE L'HARMATTAN KINSHASA Faculté des Sciences Sociales, Politiques et Administratives BP243, KIN XI; Université de Kinshasa - RDC

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan @wanadoo.fr hannattan] @wanadoo.fr

ISBN: 2-296-01149-7 EAN : 9782296011496

Robert POUDÉROU

LA BRISE-L'ÂME

L'Harmattan

Théâtre des 5 Continents Collection dirigée par Kazem Shahryari et Robert Poudérou
Dernières parutions

182 - Alain PASTOR, Petropolis 1942, 2006. 181 - Bathie NGOYE THIAM, Adina mon amour suivi de Le prince artiste, 2006. 180 - INONGO- VI-MAKOME, Muna anyambe (La fille de Dieu) suivi de Bwe 0 [titi (Une petite lueur dans l'obscurité), 2006. 179 - Sebastian BARRY (trad. de l'anglais (Irlande) par ÉmileJean DUMAY), Lesfistons, 2006. 178 - Thérèse AOUAD BASBODS, L'Une et l'Autre en Octobre, 2006. 177 - Jean-Marc BAILLEUX, Antichambre, Tragi-comédie des arts,2006. 176 - Christophe LE NEST, Comme siJ'avaisfermé les yeux..., 2006. 175 - Dansi F. Nouwligbèto, Zongo Giwa de laforêt déviergée, 2005. 174 - Cheikh Faty FAYE, Aube de sang, 2005. 173 - PieITe GROD, Chvéïk dans la mondialisation, d'après Jaroslav Hasek, 2005. 172 - Marie REBOLLO, Nos ancêtres les derniers hommes, 2005. 171 - Aïcha Mohamed ROBLEH, La dévoilée, 2005. 170 - Gérard LEVOYER, Compagnons ou les enfants du trimard, 2005. 169 - Gérard GRUHN, Griotte ou une histoire de framboises, 2005. 168 - Ahmed ETMAN, L 'Hôte aveugle retrouve la vue, 2005. 167 - Jacques MONDOLONI, Voyages,2005. 166 - Carlotta CLERICI, L'Envol, 2005. 165 - Jean-Michel BROUSTAIL, Conversations, 2005.

164 - Gérard ASTOR, Leila~Enki suivi de Fragments pour un
art poétique, 2005. 163 - Mohamed BOUNOUARA, Violon dingue, 2005.

PERSONNAGES
Lana MARTHALA D'un pays d'ailleurs. 45 ans ou un peu plus. Du même pays d'ailleurs. 25 ans ou un peu moins. Du pays d'ici. 40 ans. Petit chef du travail. Du pays d'ici. 30 ans. Petit chef de l'ordre. Petit fouineur.

Kaline MARTHALA

Galonard

Courtoisie

LE DÉCOR
Un espace scénique avec trois lieux. À gauche Gardin), le logement très dépouillé. Meublé d'un canapé-lit avec une chaise et un tabouret de part et d'autre. Une petite table ronde devant avec une photo dans un cadre posée dessus. Un fauteuil sur sa droite.

En avant-plan, côté gauche, un coin CUiSine,en fait une table de nuit, avec posé dessus, un réchaud à gaz; à l'intérieur, une bassine en plastique, des couverts: deux assiettes, deux verres, une bouteille, etc. À droite (Cour), une machine la« brise-l'âme », diront Lana et Kaline - flanquée de deux tabourets de fer. Entre ces deux lieux, faisant face, une porte qui fonctionnera pour les scènes du logement. Pour la scène du petit chef de l'ordre (Courtoisie), le plateau sera nu avec seulement une chaise et la porte du fond.

- 8 -

-1Le logement de Lana et de Kaline Marthala est vide. La lumière nous le révèle: propre, en ordre; le canapé-lit estfermé. La porte s'ouvre, apparaît Lana portant un seau d'eau. Elle entre cfans le logement, remarque d'un coup d'œil qu'il ny a personne...

LANA Évidement, pas encore là I...
Elle pose le seau par terre, à côté de la table de nuit. Elle enlève son manteau, met son tablier et va fermer la porte. Revient à la table de nuit, en sort une bassine et un sac en papier contenant des pommes de terre qu'elle pose dessus. Puis elle vient s'asseoir sur le canapé. Un moment, elle reste pensive, l'air contrarié. Soudain, elle se met à parler à la photo qui est sur la table.

LANA Si j'étais chienne malade, allongée sur le lit à me rouler la douleur dans la poitrine, si j'étais dans cette pièce à hurler à la mort, à vomir du sang, tout pareil I... Tout comme! . .. Ça n'empêcherait pas ta Iwine d'écouter les voix du vent au bord du fleuve. . . Garce à sa manière, elle ne me donnerait pas une seconde du temps de son regard qui se perd dans son rêve de là-bas.. .
Silence.

- 9 -

Lana se lève. Vajusqu'à la table de nuit, commence à éplucher les pommes de terre.

LANA
(S'adressant tot!Jours à la photo mais par-dessus l'épaule)

C'est toujours comme ça, Vic, pendant qu'elle est en poésie, moi je me tue à la tâche... Mais sûr, ça va craquer! Je ne serai pas bonne fille-bourrique avec elle. Pas surtout comme avec toi. Pour être lâchée, liquidée après, merci. .. Tu vas la chercher pas loin, en passant par la loi, tu la mets dans ton lit, et un sombre jour, tu te dis: «A moi la vie », et tu t'évanouis dans l'horizon en me la laissant sur les bras. . .
(Elle jette brusquement le couteau dans la bassine. Elle revient s'asseoir, la mine renfrognée, etfixe un moment la photo)

Sale enfant d'impuissant I... (Temps) Bon sang, que fait-elle tout ce temps? Qu'est-ce qu'elle attend? Que tu reviennes ?... Peut-être bien un autre sauteur. . .
(Ricanement)

Ça doit lui peser à son âge: elle s'envoie peut-être en l'air, avec le vent entre les cuisses. . . (Temps) Moi aussi, ça me pèse... Dix ans que je me mets la ceinture, Vic... Et en dix ans, Vic, tu sais combien d'étreintes à la sauvette ?... Disons dix, c'est largement compté. Et ça fait même pas un seul bon souvenir. . .
Lana se lève et retourne à son épluchage. Kaline est apparue sur le pas de la porte sans que Lana s'en aperçoive. Elle tient un filet à provisions à la main, contenant un paquet Je pâtes, un demi

pain.

- 10 -

KALINE Ne parlez pas si fort, Lana. On pourrait vous entendre.
LANA Je fais ce que je veux. KALI NE C'est entendu... Mais puisque vous êtes seule, ce n'est pas la peine de parler si fort. LANA Je suis dure d'oreille.
Kaline range dans la table de nuit le contenu jilet à provisions. Elle pose un papierprospectus de son

sur la table ronde.

KALINE De quoi parliez-vous avec Vic ?
LANA On se disputait.
Kaline vient s'asseoir sur le canapé et, à son tour,
regarde la photo.

KALINE Vous devriez faire la paix.
LANA Pas question. C'est à lui de présenter des excuses. Toi, tu manques de fermeté avec lui. - 11 -

KALINE Je l'aime. . .
Lana Kaline lave les pommes ne bouge pas. de terre dans la bassine.

LANA Il fallait le retenir. Quand il était là, sur toi, à faire sa petite affaire, est-ce que tu le regardais dans les yeux ?... Peut-être que tes idées s'en allaient loin du lit où tu subissais le devoir conjugal. . . KALI NE Non, Lana. Je l'aime... LANA Ce n'est pas assez. Fallait plus... Satisfaire ses envies. .. Les hommes ont tous des pensées qui nous mettent plus bas que terre... Mais qu'est-ce que ça peut faire si la chair les retient à la maison. .. Dans ces moments-là, il fallait crier, tourner de l'œiL.. Comme des chevaux, dans ces moments-là, quand ils entendent nos cris, les hommes, ça les fouette et ils trouvent la route moins longue... Dans ces moments, ce qu'il faut, Kaline. . .

KALI NE
Oui, Lana. Ça suffit.
Temps.

- 12 -

LANA Excuse-moi. . . J'ai trop de chaleur à la tête, ce soir.
Elle jette les pommes épluchées dans une casserole d'eau qu'elle pose sur le réchaud à gaz. Kaline l'observe. Lana allume le réchaud à gaz. Kaline se lève.

KALI NE J'ai faim.
Au dehors, soudain, voix de deux ou trois ivrognes qui « braillent» un vague tango.

LANA

(A Kaline)
Éteins la lumière. Vite.
Kaline se blottit dans les bras de Lana.

LES BRAILLARDS
(Off, chantant)

« Non, tu ne m'auras pas dans tes bras - boas non, tu ne n'auras pas la rime de ma langue - lime. »
L'un des braillards cogne violemment contre la porte.

VOIX 1 Ouvrez, filles de mes deux I... Montrez vos oignons, on a de quoi, nous trois, les arroser! - 13 -

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