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La Dernière Semaine

De
74 pages

Une femme embourbée dans son quotidien reçoit une lettre écrite en 1917 qui ne lui est pas destinée. Puis une autre, et une autre... D'où proviennent ces lettres ? Comment vont-elles bouleverser sa vie ?


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Cet ouvrage a été composér Edilivre
175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis
Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50
Mail : client@edilivre.com
www.edilivre.com
Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
ISBN numérique : 978-2-332-89082-5
© Edilivre, 2015
Image de couverture : Etienne GROS
Remerciement
Merci à toi pour ta patience et ta compréhension
La Dernière Semaine
Lundi Mathilde vient de voir passer la petite mobylette jaune du facteur, il est près de 11h00. Encore une demi-heure avant d’aller chercher les enfants à l’école. Le temps pour elle de se rendre jusqu’à la boîte aux lettres et retirer le courrier. Il va falloir que je taille cet arbre, se dit-elle en le contournant. Les mauvaises herbes ont envahi, elles aussi, l’espace. Encore un peu de boulot, en plus. Mathilde ouvre la boîte aux lettres. Au milieu des habituels prospectus de grandes enseignes, tiens la tête de veau est en promotion, elle découvre une lettre. Le cachet de La Poste ne lui évoque rien. Elle rentre dans sa cuisine, prenant soin d’éviter les limaces qui parcourent son allée. Elle s’assied, poussant du dos de la main les quelques miettes du petit-déjeuner qu’elle n’a pas encore nettoyées parce que ce matin, ça a été encore la course. Le petit ne voulait pas mettre son tee-shirt Power Rangers, sous prétexte que ce n’est plus à la mode et qu’à l’école, il va avoir l’air d’une cloche. Le quart d’heure de discussion avec la maîtresse pour tenter de lui faire comprendre que son fils n’a pas une prédisposition particulière au métier de coiffeur, mais que simplement, s’il a coupé les nattes de sa voisine, c’est qu’il s’ennuie. Retour par la boulangerie, pain pour ce soir, la boulangère toujours aussi aimable. La maison, le linge à sortir de la machine, à suspendre, refaire les chaussettes par paires pour éviter de passer une soirée à recomposer d’impossibles duos de nuances de bleus et de gris. Charger le linge dans le bac, le plier, par petit tas, un par personne, le ranger dans l’armoire. Reprendre le temps de refaire les piles, que les enfants se sont acharnés à défaire ce matin encore. Ranger les affaires de son petit mari, par couleurs, plis apparents, par famille, histoire d’éviter la remarque désagréable, refaire des piles encore pour ne pas perdre la face… Repasser quelques chemises pour qu’il puisse avoir du choix avec son costume gris, chemise blanche ou chemise bleue, la question arrivera demain à 7h17, juste après la douche, son pet matinal, les 20 pompes, histoire de garder les pecs impeccables, les 30 abdos parce qu’à 45 ans on ne va pas commencer à se laisser aller quand même et la serviette humide déposée sur le lit. Avant son rasage matinal, le gonflement de son biceps droit histoire de vérifier qu’il est encore présentable, observer à travers le miroir le reflet de sa masculinité, rassurer son ego de mâle. C’est une mouche cherchant désespérément à voler un morceau de miette qui la ramène à la réalité. La table en chêne évoque les restes de la bataille matinale, où café, thé et surtout chocolat froid se sont affrontés dans un épique combat. C’est le chocolat qui est sorti large vainqueur de cette occupation de territoire, bien aidé par une légion de céréales et une cavalerie lourde de Nutella. Une chance aujourd’hui, l’armée chocolat n’a eu nul besoin du renfort du renversé de jus d’orange pour lui prêter main forte. Elle prend l’enveloppe, et l’ouvre délicatement. Elle commence par : « Chère Jeannette ». Mathilde reprend l’enveloppe et constate que s’il n’y a aucun doute sur l’adresse et le nom, il n’y a aucune Jeannette à cette adresse et encore moins dans la famille. Intriguée, elle poursuit sa lecture : « Verdun, le 13 décembre 1917, Mon amour, j’aimerais tant t’envoyer de la lumière, de la joie et de l’espoir, mais ici tout
n’est que ruine, désespoir et grisaille. Ma Jeannette, j’ai froid, du bout de mes godillots jusqu’à la pointe du casque de ces satanés Boches. Nous n’avons pas bougé de cette putain de tranchée depuis 5 jours maintenant, une grande offensive se prépare, qu’ils nous disent. On ne voit rien arriver, on tente de se protéger de la pluie et de la neige avec nos moyens. C’est pas le bonheur tous les jours. Tu me manques tu sais, ton image me reste dans la tête. Je repense à cet après-midi dans le champ de ton père, ça me réchauffe un peu. Je revois ce soleil qui luisait dans tes cheveux dorés, la paille qui s’accrochait, et tes yeux. Bon sang, que je voudrais être à tes côtés, plutôt que dans cette bouillasse infâme. Comme je sais pas quand on va partir à l’attaque, je me dis que je vais t’écrire tous les jours, histoire que tu me gardes bien dans ton cœur. Tu sais que je tiendrai ma promesse, que j’irai le voir ton père pour lui demander ta main. Comme je crois qu’il m’aime bien, t’as pas à t’en faire. Mon petit cœur à moi, il recommence à pleuvoir, j’ai peur que le papier ne résiste pas bien longtemps, je ferai plus long demain. Je pense à toi. Ton aimé ». Elle relit la lettre, vérifie l’adresse, le nom, ce papier jauni, cette date. Elle attrape le calendrier des pompiers, non pour vérifier que cette fois nous sommes en semaine impair, et savoir qui de Léa ou de Vic devra débarrasser la table, mais pour compter. 90 ans, 4 mois et 7 jours, c’est le temps qui s’est écoulé entre la réception de la lettre et son écriture… Encore perdue dans sa mystérieuse lettre, Mathilde constate avec effroi qu’il est 11h30, que les petits doivent être déjà sortis et qu’elle est encore là, que rien n’est prêt pour le déjeuner, que les pâtes-jambon se profilent, et tant pis pour les bonnes résolutions légumières. Elle glisse l’enveloppe dans son tablier, se jette sur les clés de la voiture. Elle ouvre le garage, pénètre dans la voiture, une odeur de cigarettes froides la prend à la gorge, c’est son mari qui a pris la voiture ce weekend et qui encore fumé dedans. Elle déteste l’odeur du tabac froid, ça fait 50 fois qu’elle le dit à son mari. 11h40 s’affiche sur la console de la décapotable, dernier cadeau de petit mari, un rêve de jeune fille qui s’accomplit pour une tranquillité achetée à petits prix. Mathilde est stressée, les enfants, la lettre, elle démarre pour sortir la voiture, elle ne la maîtrise pas encore très bien. Elle commence à reculer, un peu trop vite sans doute, lorsqu’elle entend un bruit de tôle. Elle descend pour constater que la belle peinture dorée vient d’être complétée d’une magnifique ligne de 50 centimètres de largeur sur 1 mètre de longueur. Elle ne s’est pas loupée. Elle voit déjà la tête de PM ce soir à son retour, la scène qui s’annonce : Lui : « Mais tu ne peux pas faire attention, elle est toute neuve, combien ça va nous coûter… » Mathilde en est fatiguée d’avance, elle remonte dans sa voiture, sortie propre, stationnement express devant l’école, course pour atteindre la grille, accueil des enfants : Léa : « Maman ! Ça fait 15 mn qu’on est sortis, on est lundi et tu commences la semaine par être en retard, surtout que je dois être là IMPÉRATIVEMENT à 13h10, parce que j’ai dit à Laetitia que je serai là, on a un truc hyper important à voir ensemble, mais qu’est-ce-que tu foutais ? » Mathilde : « On dit bonjour maman d’abord et je préfère faisais à foutais. » Léa : « Ouais ben, c’est pareil. » Vic : « Salut m’man, qu’est ce qu’on bouffe ? » Mathilde : « Bonjour mon chéri, ta matinée s’est bien déroulée, et je t’ai dit 40 fois qu’on ne bouffe pas, mais que l’on mange. Mais qu’est ce que tu as fait à ton pantalon ? », dit-elle en constatant la déchirure de 3 cm sous la poche arrière gauche. Vic : « C’est Thibault qui m’a poussé, c’est pas ma faute » ème Mathilde : « Mais Vic ! C’est le 3 ce mois-ci. » Rester calme, surtout ne pas s’énerver, laisser couler, comme dirait sa prof de Sophro. La tribu remonte dans la voiture, crêpage de chignon pour savoir qui ira devant, le quotidien quoi. Mathilde se dit qu’il faut absolument qu’elle téléphone à Paul, pour lui raconter cette histoire de lettre. Paul, c’est son confident, son ami, son alter qui dimensionne son ego. Ils ont fait leurs
études ensemble, terminale, khâgne, hypokhâgne et sciences-po, occupant le même appartement, histoire de réduire les frais. Ils ont partagé leurs joies, leurs peines, leurs histoires...