La fiancée de l'Irlandais

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Irlande, 1170
En dépit de son tempérament rebelle, Isabel de Godred a toujours obéi à son père, le despotique baron de Thornwyck. Pourtant, lorsqu’il lui ordonne d'épouser et d’assurer la descendance de Patrick McEgan, suzerain de Laochre, elle y consent l’angoisse au cœur. Saura-t-elle s’imposer dans une contrée inconnue, à la tête de sujets hostiles et aux côtés d’un homme qui ne l’aime pas ? Car, même s’il a accepté de l’épouser, Patrick, elle le sait, considère moins leur mariage comme une alliance conjugale que comme un tribut à payer pour la paix de son peuple. Un sacrifice auquel il a dû se résoudre la mort dans l'âme... et qu’il risque de lui faire payer cher.

Publié le : vendredi 1 août 2014
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EAN13 : 9782280322607
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Chapitre 1
Angleterre, 1170.
Quee femme n’a pas rêvé, e jour de son marîage, d’enfourcher un cheva et de s’enfuîr très oîn pour échapper à son sort ? De a même façon, Isabee de Godred s’efforçaît de combattre ’appréhensîon quî grandîssaît en ee. L’obéîssance à a voonté paternee étaît un devoîr sacré, ee ne ’îgnoraît pas. Pourtant, sa maîn se crîspaît sur son fourreau de soîe cramoîsîe et ses yeux scrutaîent anxîeusement es écurîes. Certes, ee savaît bîen qu’un te espoîr étaît chîmérîque. A supposer même qu’ee réussîsse à se sauver, son père auraît tôt faît de ancer à sa recherche toute une armée de poursuîvants. Edwîn de Godred n’étaît pas précîsément connu pour son îndugence. Tout devaît être faît seon ses ordres. Maheur à quîconque uî désobéîssaît. Non, toute fuîte étaît împossîbe. Et puîs, e marîage n’étaît peut-être pas sî détestabe, se dît-ee pour se raîsonner. Quî saît sî son futur époux ne se révèeraît pas un homme beau et charmant dîsposé à uî aîsser gérer ses terres ? Maîs non, héas, înutîe de rêver. Sî cea avaît été e cas, son père se seraît empressé de uî présenter son futur gendre et d’en tîrer vanîté. Au îeu de cea, î ne uî avaît rîen dît à son sujet, sî ce n’est qu’î étaît de haut rang et d’orîgîne îrandaîse.
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— Etes-vous prête, mîady ? demanda Caîre, sa femme de chambre. Puîs, avec un sourîre de conspîratrîce, ee ajouta : — Croyez-vous qu’î soît beau ? — Non, sûrement pas… Un vîeîard édenté, voîà ce quî ’attendaît. L’estomac noué, Isabee sentît ses jambes chanceer. La tentatîon de s’enfuîr se faîsaît de pus en pus forte. — Maîs… — Caîre, dît Isabee en secouant a tête, mon père ne m’a même pas aîssée e rencontrer ors de nos iançaîes. Cet homme ressembe à un monstre, j’en suîs certaîne, à un dîabe ! Caîre se sîgna rapîdement et fronça es sourcîs. — J’aî entendu dîre qu’î étaît roî. I doît être extrême-ment rîche. — Grâce à Dîeu, î ne gouverne pas ’Irande tout entîère, maîs un seu royaume, murmura Isabee. Accoutumée à ’admînîstratîon économîque du ief famîîa, a ie d’Edwîn se faîsaît fort en effet de seconder eficace-ment e souveraîn d’un terrîtoîre de dîmensîons sans doute restreîntes. La compétence en ce domaîne n’étaît-ee pas a quaîté que tout homme, sî désagréabe soît-î, étaît en droît de trouver chez son épouse ? Toutes deux quîttèrent a sae basse du donjon. En fran-chîssant a poterne pour s’engager sur es degrés de ’escaîer de boîs, Isabee s’înterrogea une foîs de pus sur a précî-pîtatîon avec aquee avaît été concu ce pacte d’aîance. L’été précédent, Edwîn de Godred, baron de Thornwyck, avaît partîcîpé à ’expédîtîon menée en Irande par e comte de Pembroke. L’hîver venaît à peîne de prendre in, et î décîdaît soudaîn de marîer sa ie. Quees raîsons pouvaîent expîquer une tee hâte ? — Sî je e pouvaîs, je prendraîs bîen votre pace, décara Caîre, rêveuse.
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— Et sî je e pouvaîs, je te a céderaîs voontîers, répîqua Isabee. Je ne parvîens pas à accepter es rîgueurs de mon destîn, poursuîvît-ee sombrement. Le moment crucîa approchaît. Pour se préparer à affronter a réaîté, a future épousée aîssaît îbre cours à son îmagî-natîon, quî uî iguraît es traîts hîdeux d’un monstre assez repoussant pour justîier qu’on e tîenne éoîgné des regards. Sans doute n’est-î pas charîtabe de nourrîr des îdées précon-çues. Maîs a prudence uî conseîaît de s’attendre au pîre. — Vous aez régner sur tout un peupe, sur votre royaume, însîsta Caîre. Quee chance ! Vous n’êtes à présent que ’une des ies d’un vassa du comte de Pembroke. Dans un moment, vous serez reîne ! Loîn d’atténuer es tourments quî tracassaîent a maheu-reuse iancée, cette remarque ne it que es aggraver. Comment accepter une fonctîon souveraîne, aors que rîen ne vous y a préparée ? Entre ’admînîstratîon d’un domaîne famîîer et es écrasantes responsabîîtés d’un règne, a dîfférence étaît de taîe ! Lorsqu’au bas de ’escaîer mobîe ee n’eut pus à contrôer son équîîbre, Isabee put voîr devant a chapee, un peu à ’écart du groupe des témoîns et de a rangée de gardes armés, son père Edwîn de Godred, baron de Thornwyck. Grand et mînce, a barbe et a moustache grîsonnantes, î examînaît a tenue de sa ie d’un regard crîtîque et apprécîateur à a foîs. N’étaîent son éégance et a nobesse de son attîtude, î auraît pu faîre penser à un maquîgnon quî vîent vendre une pouîche à a foîre. Isabee songea à uî montrer es dents pour parfaîre son examen, comme î est d’usage sur es marchés, maîs ee sut résîster à cette tentatîon et pînça es èvres. La porte de a chapee étaît grande ouverte. Aors qu’à queque dîstance, vers es écurîes, paefrenîers et domestîques de tout acabît s’étaîent massés pour observer de oîn a céré-monîe et s’enchantaîent vîsîbement de cette dîstractîon, es notabes învîtés demeuraîent îmmobîes et sîencîeux. Isabee
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s’approcha de son père, quî uî prît a maîn et a garda dans es sîennes, comme pour a réchauffer. — I est arrîvé ? demanda-t-ee sans préambue. — Ne t’împatîente pas. Mes guetteurs ont sîgnaé son approche. — Je ne rîsque pas de e reconnaïtre, dît-ee avec une certaîne aîgreur. I est regrettabe que mes iançaîes aîent eu îeu en mon absence. En guîse de réponse, son père n’émît qu’un grommeement évasîf. Isabee frémît. Ee n’abandonnaît pas son projet d’évasîon. A chaque înstant, a conscîence de sa soîtude se faîsaît pus amère et pus forte. Ses sœurs n’assîsteraîent pas à a cérémonîe, en vertu d’une înterdîctîon paternee. Au moment décîsîf, Isabee en éprouvaît un chagrîn pus vîf qu’ee ne ’avaît îmagîné. Le prêtre apparut à queque dîstance, accompagné d’un personnage éégamment mîs maîs d’un certaîn âge. Une couronne de cheveux bancs souîgnaît sa cavîtîe. — C’est uî ? Edwîn de Godred ne prît pas a peîne de répondre. I sembaît tendu, e regard dans e oîntaîn, presque înquîet, aors qu’on e voyaît toujours împassîbe, et maïtre de uî-même. Les notabes quî aaîent assîster à a cérémonîe sembaîent pus compassés qu’î n’est d’usage. Isabee éeva son esprît vers es cîeux et formua sîencîeusement une courte prîère. Le Seîgneur et es saînts du paradîs ne pouvaîent-îs pas uî envoyer un cheva, quî ’emporteraît au gaop, vers a îberté ? A peîne avaît-ee ancé cet appe, sans vraîment croîre à son eficacîté, qu’un rouement de sabots se it entendre. — Que Dîeu soît oué ! s’écrîa-t-ee. Mon vœu est exaucé ! Son père, quî ne pouvaît a comprendre, sourcîa, en même temps qu’î sembaît se rasséréner. Isabee se hâta d’adopter une expressîon îndîfférente, et observa a compagnîe, quî se igeaît, comme dans ’attente d’un maheur. L’înconnu aux
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cheveux bancs s’écartaît du prêtre et prenaît modestement pace dans e groupe. I n’étaît donc pas e futur marî. A mesure que e bruît de a gaopade s’întensîiaît, a nervosîté sembaît gagner ’assîstance. Aors que tous es regards convergeaîent vers uî, Edwîn de Godred étreîgnaît de a maîn gauche a poîgnée de son arme, comme pour se rassurer. On sursauta orsqu’un superbe étaon noîr it résonner avec fracas e tabîer du pont de boîs, au-dessus du fossé de protectîon. Apparu brusquement à a îmîte de a paîssade, cet anîma d’exceptîon faîsaît avec ceuî quî e montaît un surprenant contraste. Le cavaîer, sorte de géant hîrsute, aîs-saît lotter sur ses épaues une cape boueuse et effrangée. Sa tunîque de aîne sembaît décoorée, et des bandes entreacées mouaîent ses jambes. Bîen que ’accès du pont fût îbre et que rîen ne s’opposât à sa progressîon, ’effrayant personnage brandîssaît son épée, à a manîère d’un conquérant. Comme î ne sembaît pas vouoîr réduîre a vîtesse de sa monture en se dîrîgeant vers e groupe, î se it un mouvement de recu, et ’on étouffa des excamatîons. Isabee sut rester dîgne, maîs, en se paçant prestement derrîère un archer, se mît sous sa protectîon. De a façon a pus surprenante, aucun des gardes armés ne réagîssaît à ’întrusîon de ’envahîsseur soîtaîre, dont une voée de lèches auraît aîsément înterrompu a progressîon. — Faîtes queque chose, tîrez ! crîa-t-ee. Nî e guerrîer e pus proche nî ceux quî avaîent pu entendre ’înjonctîon ne réagîrent. En même temps que ’étaon s’arrêtaît net en se cabrant, ’épée brandîe caqua en réîntégrant son fourreau. Fascînée par es émaux et es pîerres quî ornaîent sa poîgnée et sa garde, Isabee éprouva un vertîge. Non, ce n’étaît pas uî ! Cea ne se pouvaît pas ! En reevant es yeux ee croîsa e regard de ’homme et ressentît une sorte de commotîon. Sombres comme ’ardoîse,
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ses pupîes lamboyaîent. Sa cheveure d’un noîr de jaîs lottaît sur ses épaues. C’étaît un être sauvage, un barbare, un fauve însensîbe et féroce. Sa tunîque d’un beu déavé ’enveoppaît jusqu’aux genoux, et sa cape jadîs pourpre, que retenaît une ibue étonnamment ongue et acérée, portaît es traces ancîennes et récentes de combats sangants et de bîvouacs sur a terre détrempée. Les anneaux d’or quî encercaîent ses bras témoîgnaîent pourtant de a dîgnîté de son rang, comme e faîsaîent a spendeur de sa monture et es joyaux quî ornaîent a partîe vîsîbe de son arme. L’attîtude tranquîe de son père et a passîvîté des gardes étaîent éoquentes. En a personne de cet être terrîiant, Isabee se trouvaît be et bîen en présence de ceuî qu’ee devaît épouser. Ee se mordît a èvre pour ne pas hurer son désarroî. Edwîn vînt a prendre par e bras et a contraîgnît à s’avancer. — Isabee, dît-î d’une voîx banche, je te présente Patrîck MacEgan, roî de Laochre. Une tee annonce avaît queque chose d’învraîsembabe. Ce personnage avaît sans doute sa pace dans une queree entre brutes de son espèce, et non pas sur un trône. Où se trouvaîent es gens de son escorte ? Un roî ne se dépaçaît jamaîs seu. Se pouvaît-î qu’en Irande, es mœurs des roîs fussent sî surprenantes, et sî prîmîtîves ? Ee vît MacEgan latter de sa grande maîn ’encoure de ’étaon. Dans ’înstant quî suîvît, î mît pîed à terre. Les étrîers vîdes et a see débarrassée du cavaîer étaîent comme une învîtatîon à a fuîte. Sur un te anîma, ee auraît e temps peut-être de gaoper jusqu’à ’abbaye et d’y trouver refuge avant qu’on ne a rattrape ? Sî mînce qu’ee soît, toute occa-sîon devaît être saîsîe dans es cas désespérés. — On vous nomme bîen ady Isabee de Godred ? s’enquît ’înquîétant îndîvîdu, dont ’accent îrandaîs constîtuaît uî aussî une surprenante découverte. — J’aî cet honneur, répondît-ee hardîment. A-t-on
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coutume chez vous de se présenter seu à un marîage, ’épée brandîe, comme pour massacrer ’assîstance ? — Isabee…, murmura Edwîn, quî de toute évîdence redoutaît un escandre. Ee se tut, soudaîn conscîente des conséquences possîbes de son audace. Ceuî qu’ee venaît de provoquer a regardaît dîstraîtement, sans aucunement s’émouvoîr. Ee observa ses maîns. I étaît capabe de a tuer, d’un sîmpe geste. — Venons-en au faît, dît-î en s’adressant cette foîs à Edwîn, qu’î n’avaît pas saué. Le pus tôt sera e mîeux. Quee assurance, chez ce rustre ! Comme î étaît tentant de e décevoîr ! L’occasîon offerte en cet înstant ne se repré-senteraît jamaîs. Dans un éan désespéré, Isabee se jeta sur e grand cheva, tenta d’escaader a see. Une prîson de musces durs comme ’acîer se referma sur ee. Le démon manîfestaît sa puîssance, et a vîvacîté de ses réactîons. Bîen qu’ee se débattït furîeusement, î uî it reprendre contact avec e so, en a maîntenant contre son torse. I a domînaît de a tête et des épaues. Une chaeur puîssante émanaît de son corps, comme aîmentée par une sorte de rage întérîeure. Au contact de ce monstre, ee se refusa de défaîîr. Ses pressentîments es pus sombres se trouvaîent dépassés par a réaîté. Ce roî n’étaît pas de ceux quî se contentent de sîéger sur eur trône en aîssant à eur épouse ’admînîstratîon de eurs affaîres. I étaît de ceux quî enchaïnent eurs maheureuses escaves, puîs jettent eur dépouîe panteante aux corbeaux. — Je refuse de vous épouser, babutîa-t-ee. Aucun des assîstants n’entendît cette protestatîon. Le prêtre oficîaît déjà, récîtant sî vîte es formues rîtuees que nu ne pouvaît es comprendre. Le roî venu d’Irande ne a pressaît pus contre son torse. I uî tenaît fermement a maîn. Ee sentît e sang battre à ses tempes, bourdonner à ses oreîes. Un te drame ne pouvaît avoîr îeu. Ee aaît se trouver
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arrachée à ’affectîon de ses sœurs, à sa demeure, à tous ses proches, pour être emmenée dans une ïe înconnue. MacEgan uî secoua égèrement a maîn, pour attîrer son attentîon. Epouvantée, ee croîsa son regard, et s’însurgea. Quee maadresse, quee faute avaît-ee commîse, pour mérîter qu’on uî adresse une observatîon ? Le prêtre s’étaît tu. I attendaît de recevoîr son assentîment. La gorge nouée, Isabee secoua négatîvement a tête. Ee ne pouvaît s’exprîmer autrement. — Je ne veux pas vous épouser, parvînt-ee enin à murmurer. — Vous n’avez pas e choîx,a chara, tout comme moî, dît-î à mî-voîx, en retenant a maîn qu’ee tentaît d’arracher à son étreînte. Vous vouez vîvre îbre, n’est-ce pas ? Isabee demeura muette. Qu’entendaît-î par à ? — Acceptez de m’épouser. Aors, vous serez îbre. Que prétendaît-î ? Comment ajouter foî aux propos para-doxaux d’un sauvage ? — Tout e monde te regarde, dît Edwîn de Godred, quî sans entendre es mots échangés devînaît e refus de sa ie, et son obstînatîon. Sî tu n’épouses pas à ’înstant même e roî de Laochre, pas un seu prétendant ne voudra de toî. L’obéîssance est a vertu prîncîpae des femmes. Personne ne veut d’une femme quî ne saît pas obéîr. Tu devraîs avoîr honte ! Isabee refusa de aîsser couer es armes brûantes quî uî montaîent aux yeux. Les membres de ’assembée sembaîent étrangement tendus. La pressîon quî s’exerçaît sur son poîgnet et sa maîn s’adoucît. MacEgan a it frémîr de peur en se penchant pour uî parer à ’oreîe. — Votre père tîent en son pouvoîr e sort et a vîe de chacun de mes sujets, murmura-t-î. S’î e décîde, îs mourront tous, hommes, femmes et enfants. Pour évîter ce massacre, j’aî dû accepter de vous épouser, vous, sa ie. J’y suîs contraînt. Pour sauver mon peupe, je suîs prêt à tous es sacrîices. Ce
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marîage me dépaït,a chara, autant qu’î vous faît horreur, maîs î aura îeu, j’y suîs bîen résou. Isabee sentît couer sur sa joue une arme. La vérîté uî apparaîssaît soudaîn, et a bessaît jusqu’au cœur. Parce que son père étaît revenu d’Irande en vaînqueur, ee aaît devenîr comme bîen d’autres sans doute un sîmpe pîon sur ’échîquîer poîtîque. De manîère à soumettre es popuatîons meurtrîes par a guerre, es féaux du roî Henrî se dîsposaîent à concure des aîances matrîmonîaes. En s’unîssant aux chefs de can, en eur donnant des enfants mâes, et donc des successeurs, es ies des Angaîs et des Normands étaîent censées désarmer es peupes conquîs en étabîssant avec eux d’étroîts îens famîîaux. En venant ’épouser en Angeterre, MacEgan ne faîsaît que céder à un chantage. Dîsaît-î vraî ? La vîe de tous ces pauvres gens se trouvaît-ee menacée ? I sufit à Isabee de croîser e regard de son père pour que uî apparaîsse son împacabe cruauté. Anîmé par ’orgueî et ’ambîtîon, î ne connaîssaît pas a tendresse humaîne, et sauraît s’înterdîre toute pîtîé. Ee observa d’un rapîde coup d’œî e vîsage de Patrîck MacEgan. Magré a rudesse de son expressîon, on y îsaît une îninîe assîtude, et es traces d’un profond chagrîn. S’î étaît sîncère, sî a vîe de tout un peupe étaît en jeu… Ee ferma es yeux, comme pour en inîr avec son passé et se soumettre à son destîn. Lorsque e prêtre répéta sa questîon, ee it ’effort de baîsser a tête en sîgne d’assentîment. Queques înstants pus tard, a cérémonîe avaît prîs in. Ee se retrouvaît donc marîée à une sorte de fauve, par surprîse, en queques înstants. Dans un vertîge, ee entendît son époux décîner ’offre du prêtre, quî uî proposaît d’entrer dans a chapee bîen que sa reîgîon ne fût pas caîrement étabîe. I refusa aussî de pénétrer dans e château pour
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prendre pace au banquet quî devaît réunîr es témoîns es pus proches. Ee sursauta orsqu’î s’adressa dîrectement à ee. — Nous partons sur-e-champ. Faîtes vos adîeux à votre père. Vous ne e reverrez pas avant ongtemps. — Maîs î me faut réunîr mes affaîres, protesta-t-ee, emporter mes coffres, mes bîjoux… — Vous es recevrez pus tard, en temps utîe. Nous partons, vous dîs-je. I y avaît dans cette hâte comme dans cette attîtude autorî-taîre queque chose d’întoérabe. Pour appeer à son secours e père dont ee avaît sî souvent désîré ’affectîon, Isabee uî jeta un regard suppîant. I y demeura însensîbe. Le vîsage fermé, î ne se soucîaît vîsîbement que de a concusîon d’une affaîre. Comme pour conirmer cette désastreuse împressîon, î s’avîsa de rappeer une cause très partîcuîère. — Vous ne pouvez vous éoîgner, dît-î en evant a maîn, tant que e marîage n’est pas consommé. — I est concu, répîqua MacEgan en prenant sans façon Isabee par a taîe, en sîgne de possessîon. Le reste va de soî. C’est à moî d’en prendre ’înîtîatîve, î me sembe, et de choîsîr mon heure, pas à vous. Les sourcîs froncés, Thornwyck réléchît queques secondes et puîs brandît un roueau de parchemîn fermé d’un sceau. — Sî ee n’a pas accouché orsque je me rendraî à Laochre, ou sî ee n’est pas enceînte, je feraî vérîier par une matrone a perte de son puceage ! Pourpre de honte, Isabee cessa de respîrer. On a ravaaît donc à a fonctîon de reproductrîce, comme une jument, une foîs de pus ! La sîmpe pensée de soumettre son corps à a brutaîté, à a ubrîcîté de cet înconnu uî donnaît a nausée. Sans doute venaît-î de uî accorder un sursîs, maîs dès ce soîr, à coup sûr, î exerceraît ses droîts sur ee, î a mettraît dans son ît. Le contact de a maîn qu’î posaît sur sa taîe faîsaît courîr sur sa peau des frîssons d’înquîétude et de peur. La seue présence de son marî ’épouvantaît.
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