La fille du pirate (Harlequin Les Historiques)

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La fille du pirate, Helen Dickson

La Barbade, 1671

A la mort de son père, un célèbre pirate qui écuma durant vingt ans les mers du globe avant d'être arrêté et pendu, Cassandra Everson embarque pour les Caraïbes où elle rencontre le capitaine Stuart Marston. Entre eux, c'est le coup de foudre, bientôt couronné par un mariage. Mais, très vite, des ombres viennent planer sur leur bonheur tout neuf. Car Cassandra ignore que Stuart est l'homme qui a capturé son père. Tout comme Marston est loin de se douter que sa jeune épouse est la fille de son ennemi juré...

Publié le : vendredi 1 juin 2007
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280260077
Nombre de pages : 352
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1.
Novembre 1671
L’exécution était prévue pour midi à Wapping, sur le quai nord de la Tamise. Là se dressait le funeste gibet où s’achevait généralement la vie des flibustiers qui semaient la terreur sur l’Atlantique. Erigée dans la vase, au ras des flots boueux de la rivière, la sinistre croix de bois était connue de tous les marins, qui détournaient les yeux à son approche. Comme une muette menace, elle les avertissait du risque encouru, si d’aventure ils avaient eu la tentation de violer la loi.
Mais cette fois, le spectacle avait attiré une foule de curieux, le condamné n’étant autre que Nathaniel Wylde, le fameux capitaine pirate aux innombrables exploits, dont la renommée s’étendait depuis les Caraïbes jusqu’à la mer de Chine. Une légende vivante dont la pendaison méritait bien le déplacement, au point que certains n’avaient pas hésité à louer barques et rameurs pour assister de plus près à son supplice…
Rien, pourtant, ne prédestinait cet homme de noble origine à finir ses jours au bout d’une corde. Ardent défenseur de la cause royale, il s’était battu aux côtés des partisans de Sa Majesté contre les troupes de Cromwell. Après la défaite de Charles II à la bataille de Worcester, quelque vingt ans plus tôt, Nathaniel s’était embarqué pour les Caraïbes, mu par l’espoir d’y commencer une nouvelle vie. Mais son navire ayant été capturé par les corsaires barbaresques, il avait ramé sur leurs galères pendant près de deux ans, sillonnant la Méditerranée en tous sens jusqu’à ce qu’il parvienne à s’évader. Après avoir ravi un navire espagnol pour son propre compte, il avait assimilé toutes les subtilités de la navigation avec une étonnante promptitude et n’avait pas tardé à devenir l’un des plus redoutables pirates qui aient jamais écumé les mers du globe.
Différent des autres flibustiers, dont la grossièreté et la cruauté étaient toutes deux incommensurables, Nathaniel Wylde avait acquis au fil des ans, grâce à son charme personnel et à l’extrême courtoisie dont il usait envers ses victimes, la réputation d’un « gentleman pirate ». Les membres de son équipage, bien qu’illettrés, n’étaient ni des mécréants ni des débauchés, et leur relative mansuétude avait tendance à faire indûment oublier la gravité de leurs crimes.
— Oh, Seigneur, pardonnez-lui ses péchés et accueillez-le dans votre demeure, murmura une douce voix féminine, dont le chuchotement fut couvert par le brouhaha excité de la foule.
Debout au premier rang des curieux, Cassandra Everson rabattit le capuchon de sa mante pour se protéger de la pluie — mais aussi pour ne pas être reconnue par le condamné, qui n’allait pas tarder à gravir les degrés du gibet sous le ciel plombé de novembre.
— Dieu sait que j’aurais préféré vous épargner cela ! grogna le grand escogriffe au visage couturé qui se tenait auprès d’elle.
D’un geste convulsif, il referma les doigts sur la dague que cachaient les plis de son manteau, et promena son regard d’aigle autour de lui avec méfiance.
— Pourquoi diable vous ai-je écoutée ? J’ai promis à Nat de veiller sur vous, pas que vous le verriez mourir ! Sans compter qu’il suffirait d’un quidam mal intentionné pour…
S’il n’acheva pas sa phrase, Cassandra frissonna à ces mots et lui jeta un coup d’œil inquiet. Recherché lui-même par les sbires de l’Amirauté, l’Irlandais Drum O’Leary avait certes pris un risque en acceptant de l’accompagner, malgré les instructions formelles de son capitaine et ami. Tambour dans l’armée royale, il avait été forcé de quitter l’Angleterre après la défaite de Charles à Worcester ; capturé par les Barbaresques en même temps que Wylde, son destin avait dès lors été lié au sien. Il l’avait servi pendant plus de vingt ans dans ses périlleuses entreprises.
Heureusement pour lui, il ne se trouvait pas à bord du , le navire de Nat, quand celui-ci avait été fait prisonnier par le vaisseau marchand dont l’Amirauté, à cette occasion, s’était assuré les services. Par un heureux coup du hasard, il se trouvait alors sur les îles du Cap-Vert, où il était allé rendre visite à son épouse portugaise. Il avait ainsi échappé au sort de son infortuné capitaine.Dauphin
— Ne vous inquiétez pas, Drum, murmura Cassandra, qui posa une main apaisante sur sa manche. Nat ne saura jamais que j’étais là, n’est-ce pas ? Et nous nous éclipserons dès que ce sera fini, je vous le promets.
Insensible à l’aigre bise d’automne qui rabattait la pluie sur son visage, elle scruta le quai boueux que bordait une double haie de spectateurs impatients. Enfin, un bruit de roues qui cahotaient sur les pavés se fit entendre et, après quelques secondes d’attente, le tombereau qui avait quitté la prison de Marshalsea aux premières lueurs de l’aube fut enfin en vue, au sortir du pont de Londres. Précédé par le prévôt de l’Amirauté monté sur un étalon couleur d’ébène, le véhicule se frayait lentement un chemin, escorté par un détachement armé chargé de maintenir la foule à distance. Coiffé d’un tricorne noir, le chapelain de la prison avait pris place dans le véhicule brinquebalant et s’évertuait à arracher au condamné, serait-ce au tout dernier moment, le repentir de ses affreux péchés.
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