La guerre au ventre

De
« La guerre au ventre » met en scène Martin, qui vit aujourd’hui en Alberta à la suite de la fermeture définitive de l’usine de pâte à papier de son village natal du Nord de l’Ontario. Dans « French Town », (première pièce de cette trilogie qui comprend également « Requiem »), Martin avait combattu pour la survie de l’usine.
Près de vingt ans plus tard, il lutte pour sa vie, dans un interstice temporel, face à une femme qui ne cesse de changer de visage. Lui qui était venu réparer quelque chose dans une ferme éloignée, se trouve coincé dans un drame familial sanglant entre un mari armé et une femme qui craint pour ses enfants. Elle incarne toutes les femmes qui ont marqué sa vie et un corbeau croassant.
Grièvement blessé, il parle pour rester en vie. Il raconte, il explique, il se remémore, il avoue. Il cherche dans les mots l’ultime salut. En lui, s’impose aussi l’image de son fils parti se battre en Afghanistan. En lui, s’impose la guerre contre la mort, avec la parole comme seule arme.
Publié le : jeudi 30 avril 2015
Lecture(s) : 1
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782897440480
Nombre de pages : 96
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Ancrées dans le Nouvel-Ontario, les Éditions Prise de parole appuient les auteurs et les créateurs d’expression et de culture françaises au Canada, en privilégiant des œuvres de facture contemporaine. Éditions Prise de parole C.P. 550, Sudbury (Ontario) Canada P3E 4R2 www.prisedeparole.ca Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada (FLC), du programme Développement des communautés de langue officielle de Patrimoine canadien, et du Conseil des Arts du Canada pour nos activités d’édition. La maison d’édition remercie également le Conseil des Arts de l’Ontario et la Ville du Grand Sudbury de leur appui financier.
Du même auteur Fractures du dimanche, Prise de parole, 2010 Iphigénie en trichromiesuivi deLa colère d’Achille, Prise de parole, 2009 Diane et le loup, Bouton d’or Acadie, 2008 Willy Graf, Prise de parole, 2007 Frères d’hiver, Prise de parole, 2006 Le testament du couturier, Prise de parole, 2002 Requiemsuivi deFausse route, Prise de parole, 2001 La dernière fuguesuivi deDuelet deKing Edward, Prise de parole, 1999 Tombeaux, L’Interligne, 1999 L’homme effacé, Prise de parole, 1997 Le bateleur, Prise de parole, 1995 Cent bornes, en collaboration avec Laurent Vaillancourt, Prise de parole, 1995 French Town, Prise de parole, 1994 Corbeaux en exil, Prise de parole, 1992
Michel Ouellette
La guerre au ventre
théâtre
Prise de parole
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada Ouellette, Michel, 1961-La guerre au ventre : théâtre Suite de : French Town ISBN 978-2-89531-056-3 I. Titre. II. Collection : Collection Rappels PS8579.U424G83 2010 C842’.54 C2010-942399-2 PS8579.U424G83 2010 Diffusion au Canada : Dimedia Mise en pages : Robert Yergeau Correction des épreuves : Jacques Côté Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés pour tous pays. Cet ouvrage a été publié originalement aux Éditions du Nordir. Copyright © Ottawa, 2011 pour la version papier Copyright © Ottawa, 2012 pour la version électronique ISBN 978-2-89531-056-3 (Papier) ISBN 978-2-89423-716-8 (PDF) ISBN 978-2-89744-048-0 (ePub)
LES PERSONNAGES
MARTIN BÉDARD
UNE FEMME aux incarnations multiples :
Nokomis / Cindy Bédard / Simone Bédard / Fatou Diagana / Kira Saintonge / Teresa Markis / Kelly Kelly / Zahra Anjouman / Bridget Kelly / Abigail Kelly-Bédard / Brenda Kelly-Bédard / Kaa
Il n’y a pas de décor. Les personnages ne sont pas dans des lieux. Ils sont plus dans leur parole, éclatée dans le temps et l’espace. Ils sont dans les interstices de la réalité. La FEMME tient tous les rôles féminins.
MARTIN Le participe passé. Avec l’auxiliaire. NOKOMIS Kit anamikon Mani. MARTIN Être. Avec avoir. Avec être. En genre et en nombre. S’accorde. Le sujet. Le participe passé s’accorde. NOKOMIS Kitchitwa Mani. MARTIN Le complément. Avec. S’accorde. L’auxiliaire. Le passé composé. Avec. L’objet direct. L’auxiliaire. Indirect. Le passé simple. Avec. Le sujet. Être. Le passé. Le participe. NOKOMIS Kekona ki ingi. MARTIN Maudite grammaire! C’est quoi les règles du futur?
I. Loin des yeux
Midi : Nokomis
13 heures : Cindy
CINDY Que c’est que tu fais là? MARTIN Je roule. Je roule enpick-up. C’est drôle. Quand je roule enpick-upcomme ça, je pense à toi, grande sœur. Je me rappelle de certaines affaires…
Ben, de toi pis du vieuxpick-upde p’pa dans le garage à la maison. CINDY Que c’est que tu fais là-bas? MARTIN Ici? Ben. C’est pour être proche. C’est pour être loin. Les deux à la fois. Loin pis proche. Tu me croiras pas. J’ai un fusil de chasse. Oui, oui. J’ai pris goût à la chasse. Des années de ça. C’est lefun. La chasse. Dans le bois avec. Dans le bois. C’est tranquille. Tu te sens vivre d’une autre manière. Comme plus primitif. T’écoutes le vent. Ton nez cherche les odeurs malgré toi. Tous tes sens sont éveillés. Untrip. Un vraitrip. CINDY Pourquoi t’es si loin? MARTIN Pour être proche de mon gars. De Patrice. Pat. Je devrais dire Patrick. Sa mère l’appelle Paddy. Tout mélangé, mon gars. Anglais pis Français. Pas un si mauvais mélange, quand même. Moi, je l’appelle Patrice. Patrice. Ouin, Patrice. CINDY Martin, que c’est que tu fais? MARTIN Je suis enpick-upque je t’ai dit. Tu le vois ben. Je conduis monpick-upsur une route de l’Alberta. J’ai unejobà faire. Un client à quelque part par là-bas. C’est mélangeant tous ces chemins dans les montagnes, dans les bois. Je suis censé trouver un ranch dans une vallée. Un ranch. Je suis pas sûr. Une petite ferme, peut-être. Il m’a pas l’air ben riche, mon client. Sa machine est brisée. Je dois la réparer. Je répare des machines, asteur. Mécanicien. La vie nous joue des tours, des fois. Elle nous envoie sur des chemins qu’on n’attend pas. CINDY Martin?
MARTIN Quoi? CINDY Martin. MARTIN Oui, oui. Je sais. T’es pas vraiment, là, dans lepick-upavec moi. Pas vraiment. T’es chez vous, en Ontario. À des milliers de kilomètres. C’est sûr. Mais je te sens tellement proche de moi. Surtout maintenant. Dans lepick-up. Peut-être que c’est la boisson. Je bois trop. Je buvais trop. J’ai trop bu. Ça me mélange le cerveau. Je suis tout de travers. Comme ma vie. Je pense à toi, c’est déjà ça de bon. Ça veut dire quelque chose de bon. Comment il va, ton petit gars? Peut-être que je traverserai le pays pour aller le voir à sa fête. Peut-être. Il a quel âge, là? CINDY Chrisse! Martin. Tabarnak! MARTIN Oui. Je suis pas vraiment dans monpick-upnon plus, hein? Je suis nulle part. Tout ça, je l’imagine. C’est ça. Qu’est-ce que j’ai au ventre? Maudit que ça fait mal! J’étais correct avant. Mais là, ça m’a pris d’un coup. Comme une douleur terrible, une boule de feu qui me déchire les intestins. Cindy? Cindy! Cindy! Aide-moi!
14 heures : Simone
SIMONE Du calme, mon petit Martin. Du calme. Tu t’énerves trop. MARTIN Mais j’ai mal! M’man! SIMONE Viens regarder la télévision avec moi. Viens. À la télévision, y a un bon film qui joue. Un beau film en noir et blanc. Ça se passe en Italie, je pense. Une place de même. Une place pas comme icitte.
MARTIN J’ai mal au ventre! SIMONE Je vas te frotter la bedaine. Pis le mal va s’en aller. MARTIN Pas besoin. Ça passe, là. Ça passe. Ça passe. C’est passé. SIMONE DansFrench TownMARTIN M’man? SIMONE Je te l’ai-tu racontée, l’histoire de mon frère Urbain? Me semble ben que je te l’ai racontée. Mais peut-être ben que non aussi. Je devais pas le dire. Jamais. Mais peut-être que je me suis échappée une fois, sans m’en rendre compte. Parler, sans le savoir qu’on parle, ça arrive, hein? MARTIN C’est quoi qui joue à la télévision? C’est quoi le titre du film? SIMONE Je le sais pas, le titre. C’est pas important, le titre. C’est l’histoire qui compte. Mon frère Urbain, ils auraient pu faire un film avec son histoire. Ça aurait été un bon film. Ben triste. J’aime les films tristes. J’aime pleurer devant la télévision. C’est drôle, hein? On est drôlement fait. MARTIN Je le vois pas, le film. Je vois juste de la neige. Pourquoi il y a de la neige en plein été? SIMONE Pas si fort. Tu vas réveiller ton père. Il dort. On va le laisser dormir. Quand il dort, il fait pas de mal. Mais faut écouter la télévision en silence. Juste regarder les images. On arrive à comprendre quand même, hein, mon petit Martin? Pis de toute façon, c’est en italien, ce film-là. Pis on parle pas l’italien, toi pis moi. Peut-être que Pierre-Paul le parle, lui. Il a appris le latin au séminaire, ça doit servir.
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