La menace du loup + 1 nouvelle inédite : Le visiteur du crépuscule

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Alors qu’elle prépare un article sur un mystérieux loup blanc, terreur des chasseurs de la région, Daisy fait la connaissance de Beck Severo, un loup-garou farouche et solitaire. Fascinée par la personnalité de celui qui, pour préserver sa liberté, s’est toujours tenu à l’écart des meutes, intriguée par les secrets qu’elle sent planer autour de lui, Daisy ne tarde pas succomber au charme de Beck. Un amour dangereux pour lequel elle est prête à se battre et à enfreindre les lois de son clan qui lui interdisent de fréquenter un loup solitaire…

 + 1 nouvelle inédite Le visiteur du crépuscule de Linda Thomas-Sundstrom

Publié le : mardi 1 septembre 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280343183
Nombre de pages : 352
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Prologue

Deux loups gris couraient dans la neige fraîchement tombée, au cœur d’une forêt du Minnesota. C’étaient un père et son fils, qui avaient l’habitude de se défouler ensemble tous les week-ends. La lune à demi pleine trônait dans un ciel étrangement clair où ne brillait aucune étoile. Çà et là, dans les endroits les mieux abrités, jaillissaient quelques touffes d’herbe jaunie.

Le plus jeune des loups était toujours devant. Même s’il savait que son père courait plus vite que lui, il aimait le défier et le forcer à le rattraper. Et il avait repéré la piste d’un renard, qu’il avait envie de pourchasser jusqu’à ce qu’il n’en puisse plus.

Il s’arrêta net quand une détonation résonna dans la nuit. C’était un son qu’il craignait depuis qu’il savait ce qu’était la peur. C’était le bruit de la mort. Il scruta les sous-bois à la recherche de son père, mais le vieux loup n’était nulle part.

Un second coup de feu retentit.

Il s’élança dans la direction du son. A l’orée de la forêt, il reconnut la lumière de phares. Il accéléra et atteignit une clairière où un homme armé s’approchait d’un loup couché dans la neige.

Il se jeta aussitôt sur le chasseur. L’homme tomba à plat ventre en lâchant sa carabine. Le désir de lui déchirer la gorge était puissant, mais le jeune loup se contenta de montrer les crocs et de grogner.

Le chasseur se débattit en hurlant, enveloppé d’une odeur de peur et d’urine. Le vieux loup poussa un gémissement qui fendit le cœur du plus jeune. Etait-il gravement blessé ?

Le chasseur profita de son instant d’inattention pour lui échapper.

— Maudits loups ! s’écria-t-il. Où est ma carabine ?

Il ramassa son arme et courut vers son véhicule.

— Ce n’est pas ce qu’il me faut, grommela-t-il en s’enfuyant. Il ne s’est pas transformé. Nom de Dieu ! Cette épreuve me tuera !

Il remonta dans sa voiture et démarra si brutalement que les pneus patinèrent quelques secondes dans la neige avant que le véhicule ne s’ébranle.

Le jeune loup se transforma aussitôt. Ses pattes s’étirèrent pour devenir des bras et des jambes. En quelques secondes, il retrouva sa forme humaine.

Beckett Severo s’accroupit près du loup couché dans la neige rougie par son sang.

— Non ! Tu ne peux pas mourir !

Son père était touché tout près du cœur. Beckett ramassa un grain de grenaille dans la neige et le lâcha aussitôt, les doigts brûlés. De l’argent fondu s’écoulait de la blessure du vieux loup.

Il tourna péniblement la tête vers Beck.

— Non, papa, dit celui-ci…

Il posa sa tête sur le dos de son père et enfonça ses doigts dans son pelage d’hiver. Il pleura et hurla jusqu’à ce que les battements du cœur de son père deviennent presque imperceptibles.

* * *

Bella Severo se réveilla en sursaut quand on frappa à la porte. Elle s’était endormie dans le grand fauteuil, près de la cheminée, en attendant le retour de son mari.

Le cœur battant, elle mit un châle sur ses épaules et courut vers la porte. Il était plus de minuit. Qui cela pouvait-il être ? Son mari n’aurait pas frappé… Malgré ses sens surdéveloppés de vampire, elle ne perçut aucune odeur de l’autre côté de la porte, sans doute parce qu’elle était encore mal réveillée.

Son mari, Stephan Severo, était allé se promener avec leur fils, Beck. Ils couraient ensemble tous les week-ends. Stephan rentrait toujours au petit matin, et leur fils repartait chez lui. Il habitait à la limite de la ville, près de la forêt et d’un étang qui gelait entièrement en hiver. De temps à autre, il restait avec eux. Elle adorait être réveillée par l’odeur des œufs au bacon que les deux hommes de sa vie lui préparaient avec amour.

Cette nuit, elle était restée debout parce qu’elle avait une grande nouvelle à annoncer à Severo. Il allait rayonner de bonheur.

Un mauvais pressentiment la saisit lorsqu’elle tourna la poignée. Ses doigts se mirent à trembler. Elle posa une main sur son cœur avant d’ouvrir la porte.

Elle découvrit son fils, les yeux rougis et les joues inondées de larmes. Il secoua tristement la tête.

Elle comprit instinctivement qu’elle n’annoncerait jamais à son mari la nouvelle qui l’aurait comblé de joie et rempli de fierté.

Beck la prit dans ses bras quand ses épaules s’affaissèrent.

— Je suis désolé, maman, murmura-t-il.

Elle n’entendit pas ce qu’il dit après cela. Elle pleura sans relâche jusqu’à ce que le soleil levant la force à se réfugier dans sa chambre, qu’elle ne quitta plus pendant les trois semaines qui suivirent.

1

Deux mois plus tard

Beck sortit de la forêt et enfila son jean. Un nuage de buée se formait chaque fois qu’il expirait. Il avait fait cinq degrés à midi et, depuis, la température ne cessait de chuter. Il venait de récupérer ses vêtements dans l’arbre creux où il avait l’habitude de les laisser quand il se transformait. Il valait mieux ne pas rester trop longtemps sans protection sous forme humaine en cette saison. Et il se voyait mal rentrer chez lui à pied ou faire du stop en costume d’Adam.

Cette idée le fit sourire. Si une voiture pleine de jolies filles passait, elle s’arrêterait à coup sûr !

Non. Mieux valait qu’il reste habillé. Sa part humaine était moins bien armée que son loup contre le froid du Minnesota au mois de janvier. Il se félicita même d’avoir emporté son manteau d’hiver.

Il boutonna son jean et enfila ses bottes. Alors qu’il les laçait, un vertige le saisit. Sa vue se brouilla et il dut écarter les bras pour recouvrer son équilibre.

— C’est bizarre, grommela-t-il en secouant la tête.

Se transformer le fatiguait de plus en plus, ces derniers temps. Mais c’était la première fois qu’il se sentait si faible, comme s’il n’était plus en harmonie avec le monde. C’était sans doute parce qu’il n’avait pas assez mangé dans la journée. La fille qu’il avait invitée à déjeuner lui avait suggéré de commander une salade plutôt qu’un steak. Pourquoi l’avait-il écoutée ?

Parce qu’il voulait l’impressionner. Pour plaire aux filles, il arrivait aux garçons de faire des choses aussi stupides que de manger des feuilles au lieu d’un morceau de viande bien juteux. Ce n’était jamais une bonne idée. Après cela, la fille lui avait dit en riant qu’ils se reverraient un de ces jours.

Un de ces jours ? Un peu vague, non ? Sa première tentative de relation après des mois de célibat était un échec cuisant. Il avait décidé de ne pas insister. De toute manière, les monologues sur la mode et les histoires d’amour des stars le fatiguaient vite.

Quelque chose le heurta alors qu’il mettait son pull.

Il retrouva son équilibre de justesse, sortit sa tête par le col et se retourna pour grogner… devant une jolie fille. Que faisait-elle ici, au beau milieu de nulle part ?

Sa tête lui arrivait à peine à l’épaule. Elle portait un bonnet noir tricoté à la main agrémenté d’oreilles de chat. Ses cheveux roses cascadaient sur son pull gris. Les seins qui tendaient celui-ci éveillèrent son intérêt. Elle était pieds nus, une paire de bottes à la main. Elle poussa un soupir agacé.

Ce n’était quand même pas lui qui l’avait bousculée !

Il sut immédiatement qu’elle était un loup-garou. Il n’avait pas une sensation particulière quand il en touchait un, au contraire des vampires, mais il reconnaissait instinctivement ceux de son espèce.

— Une envie soudaine de courir dans les bois ? demanda-t-il en se frottant le coude pour lui rappeler la brutalité de leur contact.

Elle se baissa pour mettre ses bottes. Son jean moulait ses jambes minces, que son pull trop grand couvrait jusqu’à mi-cuisse.

— Je ne m’attendais pas à tomber sur un gros benêt, bougonna-t-elle.

— Le gros benêt n’avait pas l’intention de se trouver sur ton chemin, répliqua-t-il. Tu viens de te transformer ?

— Je…

Apparemment, elle n’avait pas deviné qu’il était aussi un loup-garou, mais sa surprise ne dura qu’un instant. Ses yeux violets et dorés, frangés de longs cils, pétillaient d’intelligence. Il ne put s’empêcher de fixer ses lèvres, du même rose que ses cheveux. Décidément, elle lui plaisait. Elle ressemblait à un dessert.

— Oui, répondit-elle. Je rentre chez moi. Un ami m’attend dans la voiture.

Il jeta un coup d’œil par-dessus son épaule. Il ne se rappelait pas avoir vu une voiture garée au bord de la route la plus proche. C’était peut-être la prudence qui l’incitait à lui faire croire qu’elle n’était pas seule. Pourtant, il ne lisait que du défi dans son regard. Intéressant…

— Je ne te ferai pas de mal, se sentit-il obligé de préciser.

— … Dit le pervers avant d’assommer la fille et de l’enfermer dans son coffre, répondit-elle en s’engageant dans le champ de blé qui bordait la forêt. Et ne me suis pas !

Sauf qu’il ne pouvait pas ne pas la suivre. La route qui longeait le champ menait en ville et il s’était remis à neiger. Il n’allait quand même pas attendre qu’elle ait disparu pour se mettre en route !

Il la rattrapa en quelques enjambées.

— Je ne plaisante pas, grommela-t-elle. Garde tes distances !

— As-tu vraiment peur que je t’enferme dans mon coffre ? J’ai l’impression que tu serais capable de m’arracher les yeux si je te regardais de travers.

Il remarqua le début d’un sourire, mais elle continua à avancer sans le regarder. Il sentait qu’il lui plaisait. Sauf que cela n’avait pas beaucoup d’importance : les femelles des meutes ne s’intéressaient pas aux loups solitaires.

— S’est-on déjà vus ? demanda-t-il. Je ne suis pas un pervers, je te le jure ! C’est juste que je connais presque tous les loups des environs. Je crois que j’aurais remarqué une louve aux cheveux roses… Est-ce que tu viens de te les teindre ? J’aime beaucoup, soit dit en passant. Le bonnet à oreilles aussi.

Elle poussa un soupir agacé et se mit à trottiner. Malgré sa fatigue, il pouvait la suivre s’il le fallait — et il y tenait. Mais il manquait de souffle. Que lui arrivait-il ? La transformation était censée lui donner de l’énergie.

— Qui es-tu ? demanda-t-elle sèchement.

— Beckett Severo.

La jolie louve rose s’arrêta d’un seul coup et l’observa attentivement. Il se gratta le torse avec l’impression qu’elle pouvait voir une part de lui qu’il ne montrait jamais à personne.

— Oh.

— Oh ? Dois-je en déduire que tu as entendu parler de moi ?

— Oui. J’ai entendu parler de ton père.

— Ah.

Il baissa les yeux et enfonça ses mains dans ses poches. Il ne voulait pas avoir cette discussion. Sa douleur était encore trop vive. Jusque-là, il n’avait parlé de son père avec personne, pas même avec sa mère.

Cette petite louve lui plaisait, mais il ne voulait pas de sa pitié.

La ville la plus proche se trouvait à un quart d’heure de marche ; celle où il habitait, dix kilomètres plus au nord. Et il neigeait de plus en plus.

— Tu ne devrais pas te promener toute seule, dit-il pour changer de sujet. Les chasseurs du coin aiment beaucoup les fourrures.

Elle haussa les épaules, enfila des mitaines noires et se remit en route.

— Je connais bien ces bois, répondit-elle.

— Tu devrais te méfier davantage, insista-t-il avec une autorité qu’il aurait préféré ne pas avoir.

Parce qu’il était un loup-garou, il surveillait les chasseurs des environs. Ceux-ci ne croyaient pas à l’existence de son espèce, mais il était facile de confondre un loup-garou sous forme animale avec un loup gris. Or le loup gris venait d’être retiré de la liste des espèces menacées. N’importe qui pouvait s’amuser à le chasser.

Il ne le savait que trop bien.

— Tu n’as pas entendu les coups de feu, tout à l’heure ? demanda-t-il.

Elle secoua la tête.

— Il y avait des chasseurs tout près d’ici.

— Le loup fantôme leur a peut-être interdit de s’approcher de moi.

Il pouffa. Le « loup fantôme » était le surnom que les journaux avaient donné à un grand loup que des humains avaient soi-disant aperçu. Sa fourrure était si blanche qu’il semblait phosphorescent. Les chasseurs en avaient une peur bleue.

— Tu ne devrais pas croire à cette histoire, répondit-il. Tu n’es pas en sécurité dans les bois, un point c’est tout.

— Tu étais tout seul dans les bois, toi aussi, lui fit-elle remarquer.

— Mais je suis un garçon.

— Epargne-moi ça ! Tu crois que je ne sais pas me défendre ?

— Ce n’est pas ce que j’ai dit. Je suis sûr que tu peux…

Elle se retourna sans crier gare et lui décocha un bon coup de poing dans l’estomac.

— J’ai été ravie de te rencontrer ! lui lança-t-elle en s’éloignant tandis qu’il se tenait les côtés, le souffle coupé.

Il tomba à genoux dans la neige et la laissa s’enfuir.

— Soit ! Elle a un bon crochet du droit, grommela-t-il.

Et chacune de ses transformations l’affaiblissait un peu plus. C’était très inquiétant.

* * *

Daisy Blu Saint-Pierre atteignit les abords de la ville alors que les chasse-neige commençaient à déblayer les routes. Elle avait laissé sa parka à la maison parce qu’elle ne s’attendait pas à ce qu’il se remette à neiger. Elle ne s’encombrait jamais de vêtements inutiles quand elle sortait courir. Frigorifiée, mais toujours dynamisée par sa transformation, elle accéléra.

Elle claquait des dents quand elle atteignit son loft, au centre de Tangle Lake. Son immeuble était un ancien entrepôt dans lequel on avait aménagé quatre appartements. Elle monta l’escalier en maudissant son habitude de ne conduire que quand c’était strictement nécessaire. C’était à cause de ses parents, qui lui avaient inculqué de solides principes écologistes dès son plus jeune âge. Ce qui n’empêchait pas son père de conduire une vieille camionnette fabriquée sous Reagan… Pour sauver la planète, il aurait fallu commencer par la mettre à la casse. Mais son père — un loup-garou qui pouvait imposer le silence à n’importe qui d’un seul grognement — ne voulait pas en entendre parler.

Elle se déshabilla dès qu’elle eut refermé la porte de son appartement et abandonna ses vêtements trempés par terre. Elle fonça dans la salle de bains, où elle prit une douche aussi chaude qu’elle pouvait le supporter.

Elle ne s’attendait vraiment pas à tomber sur un autre loup-garou pendant sa promenade, mais c’était idiot. La meute du Nord et celle de son père fréquentaient cette forêt — même si l’augmentation du nombre des chasseurs rendait tout le monde plus prudent.

Elle ne s’aventurait jamais trop près de la lisière de la forêt et restait attentive à la présence d’humains, qu’elle pouvait sentir à deux ou trois kilomètres d’elle. Elle avait entendu les coups de feu, mais de loin, et elle n’avait rien senti.

Beckett Severo… Elle avait entendu parler de la mort de son père, tué par un chasseur qui avait dû le prendre pour un loup gris. Elle avait aussi entendu dire que Beckett l’avait vu mourir. Ce devait être horrible.

Elle s’en voulait de l’avoir frappé, mais cela avait été une réaction impulsive. Elle ne le connaissait pas et il s’était montré entreprenant. Quand elle voyait des garçons, c’était toujours dans des lieux publics — et après avoir reçu un avis favorable d’une amie, de préférence.

Soit, elle n’était pas très sociable. Elle avait tendance à se méfier de tout le monde pour la seule raison qu’elle n’aimait pas les bavardages futiles.

Si elle était honnête envers elle-même, Beckett lui avait fait forte impression. Il était immense et il avait les yeux les plus clairs qu’elle ait jamais vus. Avec sa barbe de trois jours et ses cheveux décolorés par le soleil, il rayonnait de force et — elle devait bien l’admettre — de sensualité.

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