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La Nef

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Exclus de leur société d’origine, déracinés, insulaires, six personnages à la mémoire commune constituent l’équipage de ce bateau qui erre au milieu de l’océan. Quête d’identité, ruptures, recherche de la vérité, apprentissage de la vie commune...
La Nef, simple référence au chef-d’œuvre de la littérature médiévale, traduit les errements d’une société malade. Ce huis-clos théâtral s’achèvera le jour où le navire accostera quelque part...


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La Nef

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LA MER
ET LE BATEAU

La mer et le bateau font sans aucun doute partie des éléments-clefs de l’univers mental antillais, mais ces données sont, dans ce cadre, soumises à un éclairage bien particulier.

La plupart des cultures insulaires révèle une tendance innée à sacraliser la mer et peu de pays maritimes ont, par le biais de leurs récits ou de leurs légendes, échappé à cette mythification.

Rien de tel, au contraire, dans l’aire caraïbe : la mer n’y est jamais sacralisée et il est particulièrement significatif de trouver, dans la prolixe tradition orale des Antilles, si peu d’allusions à un élément pourtant omniprésent.

Une sorte de “tabou” entoure la masse liquide à laquelle s’attache une crainte superstitieuse, dominée par de multiples fantasmes de destruction.

Quant à l’engin qui permet le déplacement sur l’eau – qu’il s’agisse d’un navire ou d’un simple canot – il est particulièrement entaché de dangerosité. Autour de la moindre embarcation rôde le mauvais sort et de nombreux rituels magico-religieux sont traditionnellement utilisés pour en conjurer les effets négatifs.

Toutes ces craintes semblent, en fait, provenir du drame originel qui a constitué l’univers caribéen ; elles sont liées au traumatisme fondamental : celui du voyage obligé vers la déportation et l’esclavage, à fond de cale du navire négrier abhorré.

Mer hostile parce que devenue symbole de rupture violente entre l’homme et sa terre, entre l’homme et son ancienne liberté.

Bateau haï en tant que mouvant réceptacle de la souffrance physique et de l’humiliation morale.

C’est sur la base de ce constat que s’édifie le propos de cette pièce qui porte un regard carribéen sur le thème universel de l’errance : dans un bateau ivre, microcosme d’une société en débâcle, des exclus voguent inlassablement vers un espoir de nouvel enracinement.

Note
de l’auteur

Le thème de la nef des fous a été traité depuis le Moyen Age indifféremment, aussi bien en peinture qu’en littérature.

 

Pourquoi ne pas faire le choix de le déseuropéaniser à une époque où, au théâtre, les différents apports culturels se mélangent en même temps qu’ils se renouvellent.

 

Des déracinés insulaires sont les protagonistes et, en même temps, l’équipage de cette nef qui se rapproche ici d’un bateau de boat-people. Exclus de leur société d’origine, les passagers traumatisés sont en quête de leur identité.

 

Les six personnages, volontairement ou non marginalisés, vont tenter, au-delà de leur appartenance à un peuple et à une race, de cerner cette identité fuyante avec une pensée humaniste qui dépasse leur déviation mentale et leur délire.

 

Ils ont une mémoire commune mais un imaginaire personnel hanté de souvenirs, de rumeurs et de chants entendus dans leur vie antérieure au bateau. Furent-ils contraints d’embarquer ou sont-ils sur la nef de leur plein gré ? La compréhension du texte ne passe pas par cette donnéee Ce que l’on sait, par contre, c’est que désormais, tentant de dominer leur destin, ils ont, à un moment, décidé de ne jamais accoster.

 

Quelle que soit l’origine du voyage et compte tenu du fait que chacun des personnages suit sa propre logique, il y a une signification commune au périple de Cassino, d’Euphrasien, d’Erzulie, de Manman la Misère, de Mimo et de Kevin : la rupture et la recherche de la vérité.

LES PASSAGERS DE LA NEF

MANMANLAMISERE : (surnommée “La Femme à la farine” en raison de son étrange maquillage) est une ancienne institutrice dont le comportement est à rapprocher de celui d’une religieuse défroquée. Elle se présente à la fois comme la gardienne des traditions et de l’éducation “correcte”. Elle est en conflit permanent avec Cassino au sujet de l’éducation de Mimo.

 

ERZULIE : c’est l’amoureuse-type. Elle ne pense qu’à l’amour et ne vit que pour Euphrasien. Manman la Misère et Erzulie s’opposent violemment au sujet de l’amour et de la sexualité. En fait, ce n’est qu’un prétexte pour la Misère qui, en tant que lettrée, déteste la futilité dont fait preuve Erzulie pour séduire son amant et pour exister.

 

CASSINO : c’est un homme du peuple. Il s’est engagé, jeune encore, dans l’aimée, beaucoup plus pour posséder un métier que par idéal. Il n’a jamais eu d’idées politiques précises. Comme beaucoup d’Antillais, il a fait la guerre de 40 en première ligne – en Italie entre autres – où il a participé à la bataille du Mont Cassino. Traumatisé par cette épreuve, il en est ressorti avec une conscience révoltée et impulsive.

 

KEVIN : il a un certain sens du pouvoir et de la politique. Imbu de sa supériorité intellectuelle, il méprise et craint à la fois Cassino. Il convoite la place d’Euphrasien, capitaine après Dieu. En fait, son discours religieux, moralisateur mais débridé, dissimule son sens du pouvoir et de la politique. Il est aussi vaguement amoureux d’Erzulie. Particularité vestimentaire : il porte toujours un costume bleu marine dont la veste est constellée de timbres-poste.

 

EUPHRASIEN : le plus lucide et le plus serein dans ses rapports avec autrui, en dépit d’évidentes tendances mégalomanes. L’amour que lui porte Erzulie le rassure. Il a tout naturellement pris la direction de la Nef. C’est beaucoup plus un fou de la parole et du verbe poétique que du comportement.

 

MIMO : l’enfant de la Nef, laquelle est aussi son berceau (c’est du moins ce que lui raconte Cassino, son père adoptif).

ACTE I

Scène 1

Semi-obscurité. Bruit d’eau, de vent dans les voiles. On distingue des formes allongées dans diverses positions. L’une des formes,KEVIN, se lève et se faufile. Arrivé devant la couche d’un homme, il trace de mystérieux signes. Au moment où il va faire le troisième signe, l’homme allongé,CASSINO, fait un bond et se saisit du poignet de l’autre. Bagarre à terre.CASSINOterrasseKEVIN. La lumière du petit jour se lève.

 

 

CASSINO.— Ah, cette fois je te tiens, salaud ! Je savais que tu viendrais cette nuit exécuter ton sale boulot, tracer tes saloperies de signes autour de moi, sournoisement, en douce, selon ta bonne habitude… Serpent !

 

Bagarre au sol.

 

KEVIN.— Vade retro satanas ! Arrière, Maudit, tu ne pourras échapper à la justice immanente ! Vade retro ! Suppôt de Satan !

 

CASSINO.— (resserrant son emprise) Tu ne manques pas de culot, espèce d’imposteur ! Je te surprends en pleine séance et tu joues toujours à l’homme de Dieu ? Vade retro Ki ça ?

 

Les autres ricanent. La femme à la Farine pousse quelques“wou-wouexorciseurs. Euphrasien sort de sa couche, dissimulée par...

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