La nuit de l'ange

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Depuis la nuit des temps, les forces du bien et du mal se livrent sur la Terre une guerre sans merci. Enjeu de ce conflit : les humains que les anges gardiens tentent d’arracher aux griffes des démons… Pour Séréna Saint-Clair — un ange novice qui a gagné son immortalité en sauvant un enfant — cette première mission se présente mal. Car si elle a réussi sans peine à gagner la confiance de Nick, son protégé, force lui est de constater qu’il ne se préoccupe guère du salut de son âme, préférant à sa compagnie celle de Julian, un propriétaire de boîte de nuit au passé trouble qui cache sa nature maléfique sous les traits d’un séducteur. Bien décidée malgré tout à sauver Nick, Séréna le suit, nuit après nuit, dans les lieux de débauche où Julian l’entraîne. Sans se rendre compte que, peu à peu, elle succombe elle aussi au charme vénéneux du sublime démon. Au risque de se perdre et de brûler ses ailes aux flammes de l’enfer…
Publié le : mercredi 1 mai 2013
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280296700
Nombre de pages : 352
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Quartier ouest d’Hollywood, Los Angeles
Il n’y avait pas de meilleur endroit pour faire la fête que le Paradis du Diable. C’était le lieu de toutes les tentations, le cadre idéal de tout péché — et ce lieu lui appartenait. Julian Ascher contemplait sa clientèle depuis son poste d’observation aux vitres fumées, situé trois mètres au-dessus de la piste de danse. Sous lui, une mer de jeunes corps se déchanait sur une musique aux basses assourdissantes. L’air sentait la sueur et les phéromones. Derrière les bars de marbre, une légion de serveurs servait des rivières de cocktails et de bière. La plupart des nuits, cette contemplation sufîsait à satisfaire Julian. Pas cette nuit. Il se sentait tendu, et savait qu’il allait devoir trouver un moyen de se décharger de cette tension. Un moyen sensuel et féminin, de préférence… Il ouvrit la porte de sa cabine, se laissa gier par la musique, puis descendit l’escalier en fer qui menait au cœur de cette marée humaine. La foule, qui ressentait instinctivement son pouvoir, s’écarta sur son passage. Ceux qui le regardaient passer avaient des expressions admiratives, et des habitués — un
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joueur de football éméché, une starlette mineure — se précipitèrent vers lui pour lui serrer la main. Quelques femmes essayèrent de le retenir. Il s’en délivra sans peine et poursuivit sa route. Briser de belles femmes talentueuses était l’un de ses loisirs favoris. Il prenait un plaisir particulier à souiller le sublime… Mais il avait des goûts très singuliers, et aucune des femmes qu’il rencontrait ne lui convenait. Déçu, il continua à errer dans sa bote de nuit. — Eh, Julian ! lui lança le gérant. — Pas maintenant, répondit-il en le dépassant sans s’arrêter. Des gens célèbres au physique parfait papillonnaient autour de lui. En tant qu’archidémon, Julian avait corrompu desmilliersd’âmes. Il avait des botes de nuit dans tout le pays. Son commerce était prospère. Après deux siècles passés à étudier les faiblesses et les fantasmes des humains, il était devenu un spécialiste du plaisir et de la perdition. Ce n’était pas si simple, au début. En tant que démon mineur, il avait dû livrer bataille pour chaque âme, et en avait perdu beaucoup. Avec le temps, ce jeu était devenu trop facile. A présent, il gagnait toujours. Sa nouvelle aventure, l’Extase du Diable, devait ouvrir ses portes à Las Vegas à la în du mois. Cette nouvelle bote de nuit, située à l’intérieur de l’immense hôtel Lussuria de son ami et collègue démoniaque Corbin Ranulfson, allait être la plus spectaculaire de toutes celles qu’il possédait. C’était un succès garanti. Alors d’où provenait son insatisfaction ? Julian se fraya un chemin à travers la foule jusqu’au carré VIP. Des couples et des trios se formaient sur les canapés en cuir blanc. Dans un coin, une jeune gloire d’Hollywood sniffait des lignes de cocaïne
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sur les reins dénudés d’une entraneuse. Ceux qui se trouvaient autour de lui l’observaient à la dérobée. — Assure-toi qu’il ne manque de rien, ordonna Julian à l’une de ses serveuses. Il observa l’abandon lascif de sa clientèle sans en tirer la moindre excitation. Ce même spectacle s’offrait à lui tous les soirs. Se sentant sombrer dans l’apathie, Julian ît demi-tour pour regagner son poste d’observation. C’est alors qu’il la vit. Il n’eut aucun mal à la repérer du coin de l’œil puisqu’elle scintillait comme une pépite d’or dans la rive boueuse d’un cours d’eau. Il cligna même des yeux pour s’assurer qu’il n’était pas victime d’une hallucina-tion, mais elle resta là, bien réelle, au milieu de la foule. Elle était vêtue comme pour une journée de plage, non comme on s’habillait pour entrer dans le temple du péché. Sa robe jaune toute simple permettait d’ad-mirer ses bras bronzés et ses courbes harmonieuses. Ses cheveux blonds et bouclés cascadaient dans son dos. Son visage était d’un dessin classique et d’une beauté si saisissante qu’il avait attiré son regard malgré la distance qui les séparait. D’ailleurs, il n’était pas le seul à l’avoir repérée. Des hommes tournaient autour d’elle comme des requins qui ont senti le goût du sang. Cherchait-elle un ami ? Un amant ? Tandis qu’il la contemplait, l’eau à la bouche, elle se tourna subitement vers lui comme si elle avait lu dans ses pensées en dépit du brouhaha et de la foule. Malgré les cinquante mètres qui les séparaient, ce regard était un déî. Puis, tout aussi subitement, elle se retourna et disparut. Son instinct de chasseur s’éveilla immédiatement. Il la traqua à travers la foule en suivant une mèche de cheveux blonds ou un morceau d’épaule.
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Le martèlement des basses agissant comme des amphétamines, il accéléra progressivement et se mit à bousculer ceux qui le gênaient sans plus se soucier des bonnes manières. Il la retint par le bras dès qu’il put l’atteindre. Sa peau était si douce qu’il eut l’impression de toucher la joue d’un nouveau-né. Elle s’arrêta net et tourna la tête vers lui alors qu’une vague de désir le submer-geait à ce seul contact. Si elle était belle de loin, de près elle était divine. Il contempla ses pommettes hautes, ses lèvres pulpeuses et son regard conîant. Son innocence n’avait rien de naïf : elle provenait d’une foi inébranlable en la bonté des hommes. Julian n’aspirait plus qu’à la dévorer toute crue. Alors qu’il lui tenait le bras, le temps suspendit son cours, le silence se ît, et il ne perçut plus qu’un léger bruit de plumes. C’était un ange… Cette découverte lui procura une joie immense. Plus précisément, elle était un ange gardien — le grade le plus bas parmi les êtres célestes, donné aux créatures chargées de veiller sur les humains. Julian ne comprenait pas pourquoi cela le surpre-nait autant. Il avait déjà rencontré et affronté bon nombre d’anges. Néanmoins, aucun n’avait eu la témérité d’entrer dans l’une de ses botes de nuit. Que faisait-elle dans son antre ? Le temps reprit son cours et la musique recommença à tambouriner jusque dans sa cage thoracique. Elle voulut dégager son bras, mais il serra plus fort. Quelles qu’aient été ses raisons, elle était entrée au Paradis du Diable dans son innocente robe d’été et armée de sa seule croyance ridicule en la bonté des hommes. A présent, elle était sursonterritoire.
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* * * Ce fut une simple caresse sur son bras qui pétriîa Séréna Saint-Clair — une caresse aussi douce que celle d’un amant et qui la ît frissonner de plaisir. Cette sensation fut si intense qu’elle lui ît oublier le chaos dans lequel elle avait plongé. Elle tourna la tête pour découvrir un visage si parfait qu’il devait avoir été dessiné par Dieu lui-même. Mais c’était le mal à l’état pur qui étincelait dans les yeux qui l’animaient. Le regard de cet homme n’exprimait pas la moindre bonté — rien qu’un désir sauvage. Son corps athlétique était mis en valeur par un costume sur mesure et sa chemise, dont deux boutons étaient ouverts, devait être une Armani. Ses cheveux étaient méthodiquement décoiffés pour lui donner un air désinvolte que contredisait son regard. — Soyez la bienvenue au Paradis du Diable. Je suis Julian Ascher. Il lui sembla que sa voix grave résonnait dans tout son corps. Séréna en resta pétriîée quelques instants avant de se souvenir qu’elle devait respirer. Elle ferma alors les yeux et projeta une décharge d’énergie vers son esprit pour lui faire oublier leur brève rencontre, puis attendit qu’il lui lâche le bras et la laisse poursuivre sa mission. Elle comptait bien quitter cet endroit dès qu’elle aurait retrouvé l’humain dont elle avait la charge… Sauf que Julian Ascher continuait à lui tenir le bras. Une moue de lassitude passa sur son visage avant qu’il ne retrouve son impassibilité. Un mot s’imposa immédiatement à son esprit :démon. Son instinct de survie lui ordonna de s’enfuir. Arielle, qui supervisait la formation des nouveaux
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membres de la Compagnie des Anges, ne cessait de leur rappeler un principe fondamental : « Si vous rencontrez un démon plus puissant que vous, fuyez ». Séréna venait d’achever sa formation, dont elle avait été l’un des meilleurs éléments, pourtant elle n’arrivait pas à s’échapper. Les doigts de Julian emprisonnaient toujours son bras, mais ce n’était pas ce contact phy-sique qui la paralysait. La panique la gagna. — Ne recommence pas, s’il te plat, lui dit-il avec douceur. Ce petit tour de passe-passe ne marche que sur les humains. Viens ! J’aimerais te dire un mot en privé. — Désolée, mais j’ai rendez-vous avec un ami, objecta-t-elle. Nick Ramirez. Ce n’était pas vraiment son ami, d’ailleurs, puisqu’il s’agissait de son protégé. Nick était quelque part dans cette bote, assez près pour qu’elle sente sa présence. Elle devait le retrouver et le détourner de la voie de l’autodestruction. La Compagnie comptait sur elle. C’était une mission très simple qui convenait parfaitement à la débutante qu’elle était. Du moins, cette missionaurait dûêtre simple. Au lieu de cela, un démon beau comme un dieu se dressait sur son chemin. — Je n’ai pas dit que tu avais le choix, argua Julian. — J’ai dit que je ne voulais pas te suivre. Elle savait pourtant que les anges n’étaient pas censés mentir. En réalité, cet homme l’attirait plus qu’aucun autre avant lui. Elle n’aspirait qu’à sentir ses doigts courir sur tout son corps, à se laisser enivrer par sa voix suave. Puisqu’elle était dotée d’une incarnation physique, elle ressentait encore toutes les sensations et toutes les émotions que procurait le monde matériel. Or, elle éprouvait ces sensations et ces émotions plus
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violemment que jamais. Elle ne put s’empêcher de frémir en comprenant instinctivement que cet homme avait les moyens de la détruire. Il serra plus fort lorsqu’elle voulut lui arracher son bras. — En continuant à résister, tu vas me contrarier et te placer dans une situation encore plus délicate. Quand tu as franchi ces portes, tu es entrée dansmabote de nuit. Ici, tu dois te plier àmesrègles. Sa voix était aussi neutre que s’il l’avait invitée à boire une tasse de thé, mais il sufîsait qu’il lui tienne le bras pour qu’elle sente son immense pouvoir. Julian l’entrana à travers la foule en la tenant fermement. Elle essaya encore de résister et tenta même de s’accrocher à une balustrade décorative, mais ses sandales n’avaient aucune adhérence, et il sufît à Julian de tirer d’un coup sec pour lui faire lâcher sa balustrade. Il lui ît franchir une double porte qui étouffa la musique en se refermant derrière eux, puis l’entrana dans un couloir jusqu’à son bureau. C’était une pièce à l’ameublement moderne et dépouillé. Le canapé en cuir rouge et le bureau laqué lui semblèrent plus adaptés à une agence publicitaire qu’à l’antre d’un démon. Il referma la porte à clé avant de lâcher son bras. — Une coupe de champagne ? Il lui montra une bouteille qui rafrachissait dans un seau en argent très sophistiqué, avant de tendre le bras vers une collection de vins et de liqueurs qui occupait tout un mur. — A moins que tu ne préfères autre chose ? — Je ne suis pas ici pour que nous fassions connais-sance, lui rappela-t-elle. L’éclairage du bureau lui permit de découvrir la
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couleur de ses yeux : ils étaient d’un bleu très foncé pailleté de vert et d’or. Leur regard était d’une inten-sité stupéîante. Séréna se força à respirer lentement pour tenter de calmer son cœur. — Ou pourquoi pas une pomme ? poursuivit-il en en prenant une dans le panier à fruits posé sur son bureau pour l’approcher de ses lèvres. Vas-y ! Mords ! Elle détourna légèrement la tête. Son cœur battait toujours si fort et si vite qu’elle se demanda s’il pouvait l’entendre. — Non merci. — Si tu veux être superstitieuse, libre à toi… Mais tu ne crois quand même pas à cette vieille histoire d’Eve et de la pomme ? C’est juste le produit d’une imagination débordante… Qu’y a-t-il de plus innocent qu’un fruit ? Il mordit dans la pomme, puis ferma les yeux avec une expression d’intense plaisir, le temps de mâcher et d’avaler le morceau. — Maintenant, explique-moi ce qu’une îlle comme toi fait dans un endroit pareil. — Je te l’ai déjà dit, grommela-t-elle. J’ai rendez-vous avec un ami. — Très bien. Si tu veux jouer à ce jeu-là… Ce doit être un très bon ami, alors. Comment as-tu dit qu’il s’appelait, déjà ? — Je n’ai rien dit. — C’est bien dommage. Je pourrais peut-être t’aider, si je savais de qui il s’agissait. Puisque tu ne veux pas me le dire, je vais te garder ici toute la nuit — et ton ami se demandera ce qui t’est arrivé. Il prit une nouvelle bouchée de pomme, puis se lécha les lèvres. — Et nous allons devoir trouver une manière d’oc-cuper le temps, ajouta-t-il en se penchant vers elle.
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Elle recula avec hésitation. Fournis-moi un prétexte, et je te garderai ici pour toujours, semblaient lui dire ses yeux. Elle déglutit péniblement et jeta un coup d’œil inquiet en direction de la porte. — C’est Nick Ramirez, înit-elle par avouer. — Ah, Nick ! s’écria-t-il. La nouvelle coqueluche d’Hollywood ! Je viens de le voir et je ne crois pas qu’il ait besoin de tes services. Il semblerait qu’il se soit fait d’autres amis — surtout parmi les femmes, si tu vois ce que je veux dire. Julian esquissa un sourire tandis qu’elle pinçait les lèvres. Elle voyait parfaitement ce qu’il voulait dire. Le goût de Nick pour la compagnie fémininepayanteétait de notoriété publique. Mais il avait fait des progrès sous son inuence depuis qu’elle lui servait de professeur de yoga et d’ange gardien. Cela ne faisait que trois semaines, mais il avait réduit sa consommation de drogues et renoncé à plusieurs sorties. Elle ne s’atten-dait pas à une rechute aussi brutale. — On est jalouse ? se moqua Julian. Etes-vous amants ? — Ça ne te regarde pas, répondit-elle en se sentant rougir. — Donc, vous n’êtes pas amants, répondit-il en s’asseyant sur son bureau, les bras croisés sur la poitrine. D’ailleurs, je parie que tu n’as pas d’amant… Nick est ton protégé, par conséquent. Jusqu’où es-tu prête à aller pour le faire sortir d’ici ? — Que veux-tu dire ? — Peut-être pouvons-nous faire affaire. Qu’as-tu à m’offrir ? demanda-t-il en la détaillant de la tête aux pieds.
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Séréna tira son porte-monnaie de son sac d’une main tremblante et en vériîa le contenu. — J’ai cinquante dollars, balbutia-t-elle. Je sais que ce n’est pas grand-chose, mais… Il éclata de rire. — Comme c’est charmant ! Tu m’amuses beaucoup, déclara-t-il en se relevant pour s’approcher. Je ne parlais pas d’argent, chérie. — Je n’ai rien d’autre à t’offrir, répondit-elle en s’efforçant de rester immobile. Je ne suis qu’un professeur de yoga. — Tu tefais passer pour un professeur de yoga, la corrigea-t-il. Nous savons l’un et l’autre que ce n’est qu’une couverture. Nous y reviendrons dans un instant. Mais puisque tu prétends n’être qu’un professeur de yoga… Il la détailla encore du regard. — … dirais-tu que ton corps est ton temple ? Elle acquiesça presque imperceptiblement tant elle craignait de faire le moindre geste. — Alors ouvre-moi ses portes pour que je puisse te vénérer. Il l’attira par la taille tout en glissant une main derrière sa nuque. Incapable de s’échapper de la prison de ses bras, Séréna ferma les yeux lorsqu’il se pencha pour presser ses lèvres contre les siennes. Alors qu’elle s’attendait à un baiser brutal et conqué-rant, il l’embrassa avec une inînie douceur. Sous la pression de ses doigts, elle se cambra malgré elle jusqu’à ce que ses seins efeurent son torse. A quand remontait la dernière fois qu’elle avait senti les mains d’un homme sur sa peau et la solidité de son corps contre le sien ? A une éternité. Sauf que… Elle émit un faible gémissement de protestation
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