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Là où la vie nous emporte

De
448 pages
Série « Lac des Saules », tome 8

Depuis des années, Daisy Bellamy est déchirée entre deux hommes – Logan, très séduisant mais tourmenté par une histoire familiale complexe, et Julian, dont le charme éclatant dissimule une profonde révolte intérieure. Même si, à l’âge de dix-neuf ans, un choix s’est imposé à elle et a conduit Julian à disparaître peu à peu de sa vie. Quatre ans plus tard, accaparée par une carrière de photographe en plein essor dans la ville d’Avalon, Daisy mène une vie très agréable avec Charlie, son petit garçon adoré qu’elle a eu avec Logan, un père aimant et attentif. Pourtant, au plus profond d’elle-même, elle sent parfois que quelque chose manque à son bonheur. C’est alors que Julian revient et, avec lui, la mémoire de l’été merveilleux de leur rencontre au bord du lac des Saules. Bouleversée, Daisy se retrouve confrontée au choix qu’elle croyait avoir laissé à tout jamais derrière elle…

A propos de l'auteur :

Professeur diplômée de Harvard, Susan Wiggs a écrit plus de vingt-cinq romans, tous empreints d'une émotion et d'une finesse psychologique qui lui ont valu d'être plébiscitée par la critique et d'émouvoir, mais aussi de faire sourire ses lectrices dans le monde entier.

Dans la série Lac des Saules

Tome 1 : Un été au lac des Saules
Tome 2 : Le pavillon d’hiver
Tome 3 : Retour au lac des saules
Tome 4 : Neige sur le lac des saules
Tome 5 : Le refuge du lac des Saules
Tome 6 : Un jour de neige
Tome 7 : L'été des secrets
Tome 8 : Là où la vie nous emporte
Tome 9 : Avec vue sur le lac
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Le marîé étaît sî beau qu’à sa vue Daîsy Beamy se sentît à deux doîgts de fondre. S’il vous plaît…, suppîa-t-ee întérîeurement.Oh! s’il vous plaît, faites que cette fois soit la bonne! L’homme uî adressa un petît sourîre nerveux. — Aez, murmura-t-ee dans un soufle, recommencez, en y mettant du sentîment. Dîtes « Je t’aîme » et pensez-e. Montrez-moî ce que vous éprouvez. Coîffure împeccabe et smokîng grîs pere à queue-de-pîe, e marîé avaît tout du prînce charmant; tout son être îrradîaît ’adoratîon. Pongeant un regard întense dans ceuî de Daîsy, î décara d’une voîx étrangée par a sîncérîté : — Je t’aîme. Oui! uî murmura Daîsy en retour. C’est dans a boïte! Ee écarta ’appareî de son vîsage. — C’est ce que je cherchaîs à avoîr. Bîen joué, Brîan. Zach Ager, e vîdéaste, s’avança pour capter a réactîon de a toute nouvee marîée, Andrea Hubbe, joîe jeune femme aux joues rosîes par ’émotîon. Caméscope au poîng, î amena habîement e coupe à uî conier son amour, ses espoîrs, ses rêves et son bonheur en ce jour unîque. Les marîés se penchèrent ’un vers ’autre pour s’embrasser et Daîsy en proita pour es prendre en photo. En arrîère-pan, un pongeon huard s’envoaît à tîre-d’aîe du ac des Saues, projetant une gerbe de goutteettes quî étînceèrent comme autant d’étoîes aux premîers feux du crépuscue. La spendeur de a nature conféraît un écat suppémentaîre
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au romantîsme du moment. Daîsy exceaît à saîsîr ’amour dans e cadre de son objectîf. Dans a vîe… c’étaît nettement moîns e cas. Ee aspîraît ardemment à éprouver a joîe qu’ee îsaît sur e vîsage de ses cîents, maîs jusqu’îcî, sa vîe sentîmentae se résumaît à une successîon d’erreurs et d’occasîons manquées. Une ratée, voîà ce qu’ee étaît, une ratée quî s’efforçaît de redresser a barre de son exîstence. Ee avaît un petît garçon quî ne mesuraît pas encore a nuîté de sa mère, un métîer à responsabîîtés, et e désîr înavoué d’une chose pour ee înaccessîbe : cet amour respendîssant qu’épîaît ’objectîf de son appareî photo. Zach jeta un coup d’œî à sa montre : — Bon, je croîs qu’on a inî, îcî. Quant à vous, es amou-reux, une grande fête vous attend. Les jeunes marîés se pressèrent es doîgts, e vîsage radîeux. Daîsy sentaît es ondes d’exatatîon émanant d’eux. — La pus bee fête de notre vîe, renchérît Andréa. Et je veux que tout soît parfaît. Souhait totalement illusoire, songea Daîsy, quî gardaît son appareî prêt à être décenché. Les meîeurs cîchés s’obtenaîent parfoîs de manîère aéatoîre, dans ’împrovî-satîon du moment. Les împondérabes, voîà ce quî donne à un marîage son caractère unîque et mémorabe. La goîre de ’împerfectîon uî avaît été révéée du temps où ee faîsaît ses premîères armes dans a photographîe de marîage. Aucun événement n’échappe aux accrocs, et ce ques qu’aîent été es soîns mînutîeux apportés à son organîsatîon. I y avaît toujours un témoîn pour inîr a tête dans e saadîer de punch, une marquîse en toîe quî menaçaît de s’effondrer, une învîtée quî mettaît e feu à ses cheveux en s’approchant trop près des bougîes, une tante obèse vîctîme d’un évanouîssement, un petît bébé vagîssant à peîns poumons. Ce sont ces détaîs quî font e se de a vîe. En tant que mère céîbataîre, Daîsy avaît apprîs à apprécîer ’împrévu. Dans sa vîe, es pus beaux înstants survenaîent parfoîs au moment où ee s’y attendaît e moîns : es menottes de son is
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s’agrîppant à ee, ’ancrant au so avec une force supérîeure à cee de a gravîté. Les pîres aussî : un traîn quîttant une gare et a aîssant sur e quaî, seue avec ses rêves — maîs ee s’efforçaît de ne pas s’appesantîr à-dessus. Ee suggéra aux marîés de traverser maîn dans a maîn un vaste champ îmmacué en bordure du ac des Saues. Durant a Seconde Guerre mondîae, ce champ avaît été e sîte d’un jardîn de a Vîctoîre, ces potagers destînés à utter contre a pénurîe aîmentaîre. A présent, î comptaît au nombre de ses cadres de prédîectîon, surtout à cette heure dorée du jour, quand a umîère hésîtaît encore entre ’après-mîdî et e soîr. Le champ étaît baîgné par es dernîers rayons rose et ambre de a journée. Pour Brîan et Andrea, ce moment-à încarnaît a perfectîon absoue. Précédant égèrement son tout nouve époux, a marîée conduîsaît a marche, e menton evé. L’attîtude du marîé se vouaît protectrîce, maîs toute sa démarche îrradîaît e bonheur. La brîse soueva a robe de a marîée, de sorte que e coupe se trouva unî par un jeu d’ombres arachnéen — tabeau împromptu, né d’un mouve-ment concîdant avec ’ouverture de ’obturateur. Daîsy contrôa e vîseur de son appareî; ee tenaît peut-être à une photo embématîque pour e coupe. Sauf que… Ee zooma sur un petît poînt à ’horîzon. — Zut, marmonna-t-ee. — Quoî? Zach tendît e cou pour apercevoîr ’îmage par-dessus son épaue. — Jake, e chîen des Frîtchman. I s’est encore échappé. Et voîcî que sa sîhouette se découpaît sur e cîe îmmense, en traîn de faîre une crotte dans toute a spendeur de a haute résoutîon. — Cassîque, âcha Zach, quî retourna à a tâche quî ’occupaît. I enrouaît des câbes et préparaît tout son attîraî vîdéo en vue de imer a noce. Appuyant sur un bouton, Daîsy cocha a photo pour a retoucher utérîeurement, puîs ee se tourna vers Zach.
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— Prêt? — Que a fête contînue! Is suîvîrent es jeunes marîés sur e chemîn quî ongeaît e ac jusqu’au pavîon prîncîpa du camp Kîoga, où devaît se tenîr a réceptîon. Le coupe effectua un arrêt aux stands ain de se rafraïchîr avant de faîre son entrée majestueuse, et Daîsy se prépara à îmmortaîser es festîvîtés. Ee s’étaît spontanément prîse de sympathîe pour a marîée et, depuîs toujours, ee adoraît e cadre du camp Kîoga. Sîtué au bord du ac des Saues, e vîage de vacances constîtuaît un repère hîstorîque à ’ambîance sereîne, et de pus î appartenaît à ses grands-parents. Nîché dans e coîn e pus sauvage du comté d’Uster, non oîn de a petîte vîe d’Avaon, e camp Kîoga avaît été fondé à ’orîgîne pour e but de procurer un refuge à ’éîte new-yorkaîse; c’étaît aors un havre de paîx où es nantîs pouvaîent échapper à a fournaîse estîvae. Aujourd’huî, e camp avaît été transformé en résîdence de uxe par Oîvîa, a cousîne de Daîsy, quî en avaît revîsîté e concept. L’année dernîère, e camp Kîoga avaît été cîté comme cadre îdéa pour ’organîsatîon de marîages sur un bog, et es réservatîons afluaîent. Pour Daîsy, e camp Kîoga représentaît bîen pus qu’un cadre magnîique. Ee y avaît passé es moments es pus heureux — maîs aussî d’autres pus pénîbes — de son exîstence, et e paysage tout entîer avaît façonné son sens esthétîque en photographîe. Les Marîages de Wendea, ’entreprîse quî ’empoyaît depuîs a in de ses études, faîsaît igure d’înstîtutîon ocae et, pour Daîsy, cet empoî représentaît une réee aubaîne. Les commandes étaîent réguîères, es horaîres démentîes et, à défaut d’être ucratîve, cette actîvîté uî procuraît un revenu sufisant. I ne manqueraît jamaîs de gens désîreux de convoer en justes noces, même sî, à a vérîté, Daîsy aspîraît à s’affranchîr des marîages et des portraîts pour assouvîr sa vraîe passîon, qu’ee déinîssaît comme « une narratîon photographîque de a nature. »
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De faît, ee avaît ’âme d’une conteuse. Par e bîaîs de son objectîf, ee proposaît du monde un aperçu întîmîste. Le don qu’ee avaît de saîsîr e caractère éphémère et fragîe de son envîronnement uî permettaît de suscîter de profondes émotîons à partîr de a grâce d’un arbre aîssant traïner ses branches dans ’eau, de ’opuence d’une forêt ombrée d’un vert prîntanîer ou de a forme des rocs de granît en apomb d’une gorge. Durant ses études, es dates de remîse pesaîent sur sa tête comme une épée de Damocès, ’obî-geant à travaîer sous pressîon, ses sujets ne souffrant pas d’être brusqués — a métamorphose des têtards, un faon se frayant un chemîn à travers champ, ’îmmobîîté d’un héron attendant son prochaîn repas dans es eaux peu profondes d’une étendue marécageuse. La photographîe uî avaît permîs d’exprîmer son sens artîstîque et sa passîon pour ’œuvre obtenue. A ’orîgîne de sa fascînatîon, î y avaît eu ’appareî Kodak qu’on uî avaît offert pour son huîtîème annîversaîre. Ce jour-à, ee avaît capturé dans son objectîf sa grand-mère Beamy s’essayant au hua hoop, expoît quî uî avaît procuré une satîsfactîon sî întense qu’ee ’avaît reçue comme une grâce. Cet înstant quî jamaîs ne se reproduîraît, ee ’avaît igé dans e temps et es mémoîres et, même s’î représentaît sa propre grand-mère, e cîché étaît porteur d’un sentîment unîverse, susceptîbe de trouver un écho chez tout e monde. Ce jour-à, ee avaît découvert e pouvoîr de a photogra-phîe. Ee déporaît souvent de ne pas avoîr pus de temps pour réaîser des œuvres d’art sophîstîquées, maîs même es artîstes es pus rafinés — aînsî que eurs petîts garçons — sont dans ’obîgatîon de se nourrîr. Pour une mère céîbataîre, un empoî stabe ’emporte sur ’Art avec un grand A. En outre, es snobînards de a photo s’obstînaîent à négîger un poînt essentîe. Au cours d’une noce, es occasîons abondent de trouver un moment transcendant. Un bon photographe saît où dîrîger son regard pour es voîr, et î possède e don de es saîsîr au vo. Un marîage est souvent ’occasîon de découvrîr es gens au pus près de eur authentîcîté. La
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même hîstoîre se décîne d’înnombrabes manîères, dans une paette îninîe, et pour Daîsy, ce phénomène étaît à a source d’une certaîne fascînatîon. Ee étaît întrîguée par a mystérîeuse achîmîe quî attîre deux êtres ’un vers ’autre et es încîte à s’embarquer ensembe sur e grand leuve de a vîe. Entre des maîns expertes, un appareî photo devîent un outî de narratîon capabe de renouveer îndéinîment une hîstoîre, dans toutes ses manîfestatîons. Peut-être faaît-î voîr à e désîr de Daîsy de comprendre cette achîmîe pour son propre bénéice. En devenant une experte de renommée mondîae dans ’art de saîsîr es înstants de bonheur des autres, peut-être parvîendraît-ee à saîsîr es sîens.
La noce ne fut pas parfaîte. Au beau mîîeu du toast qu’ee portaît, a mère d’Andrea Hubbe s’înterrompît net et fondît en armes. Dès a premîère heure, e bar se trouva à court de champagne et e DJ massacra un haut-pareur. Une aergîe aîmentaîre provoqua des paques d’urtîcaîre chez une demoîsee d’honneur, et ’enfant de cînq ans chargé de porter es aîances dîsparut un bon moment avant d’être retrouvé profondément endormî sous une tabe du banquet. Daîsy savaît que, dans queques heures, toutes ces pérîpétîes redevîendraîent des événements sans împortance. Tandîs que e DJ démontaît sa sono et que es empoyés du camp désassembaîent es tabes, e coupe euphorîque partît dans a nuît pour e Refuge d’été, e bungaow e pus éoîgné de a résîdence de vacances. La dernîère photo qu’ee prît, à a umîère de a une et de son lash stroboscopîque préféré, es montraît sur e sentîer menant au bungaow, e marîé faîsant tournoyer a marîée sous son bras evé. Pour eux, a nuît ne pouvaît qu’être bee, pensa Daîsy, quî rangea son matérîe avec un soupîr de frustratîon. Les învîtés de a noce occupaîent es autres hébergements du camp Kîoga — d’ancîens chaets-dortoîrs, des petîts
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chaets au toît pentu ou des chambres uxueuses aménagées dans e pavîon prîncîpa. Sur e trajet du retour, Zach décapsua une canette d’Utîca Cub dérobée au bar, et a tendît à Daîsy, quî conduîsaît eur camîonnette professîonnee. Ee refusa d’un sîgne de a tête : — Non, mercî. Tu peux a boîre en entîer. Contraîrement à sa casse d’âge — es jeunes dîpômés —, ee n’étaît pas très portée sur a boîsson. A vraî dîre, boîre ne uî avaît jamaîs été proitabe. En faît, sî ee étaît devenue mère à dîx-neuf ans, c’étaît entîèrement à mettre au compte de ’acoo. Le jour où Charîe uî demanderaît comment on faît es bébés, ee devraît trouver es mots pour uî expîquer qu’î étaît e fruît d’un excès de punch Evercear et d’un week-end marqué par une monumentae erreur de jugement. — Aors, à a tîenne ! ança Zach. Et à monsîeur et madame es Heureux Marîés! Puîssent-îs rester ensembe assez ongtemps pour rembourser e prîx de a noce… — Ne soîs pas aussî cynîque! A sa façon, Zach, uî aussî, avaît été passabement mamené par a vîe. Pourtant, en dépît de eurs vîcîssîtudes respectîves, îs formaîent une bonne équîpe. Pour ee, î étaît bîen pus qu’un assîstant vîdéaste. Avec ses traîts angueux aux mépats accusés et sa bondeur scandînave peu commune, sî pâe qu’on e prenaît parfoîs pour un abînos, Zach comptaît parmî ses modèes préférés — un modèe toutefoîs récacîtrant. I étaît compexé par ses cheveux d’un bond presque banc, e genre de teînte quî sembe absorber a coueur provenant d’autres sources. Daîsy, au contraîre, avaît toujours trouvé cette partîcuarîté physîque întéressante. Certaînes de ses photos de Zach s’étaîent très bîen vendues. Apparemment, son physîque sînguîer — teînt et cheveux pâes aîés à un regard beu gacîer — remportaît un franc succès au Japon et en Corée du Sud, et, queque part en Extrême-Orîent, son vîsage servaît de support pubîcîtaîre à une eau de Coogne mascuîne, aînsî qu’à des forfaîts de tééphonîe mobîe. Toutefoîs, cea ne sufisaît pas à payer eurs factures.
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Zach, uî aussî fraïchement émouu de a fac, étaît expert en médîas de haute technoogîe. Ce qu’ee préféraît chez uî, c’étaît a quaîté de son amîtîé : î ne a jugeaît pas, et prêtaît une oreîe attentîve à ses conidences. — Je dîsaîs sîmpement que… — Ne te tracasse pas pour ça, ’înterrompît Daîsy. Qu’est-ce que tu peux être anxîeux… — Ah! Parce que tu n’es pas anxîeuse, peut-être? Là, î marquaît un poînt. Maîs comment auraît-ee pu ne pas être anxîeuse, avec un enfant? — Tu saîs quoî? On devraît mettre tous nos soucîs en commun, îs produîraîent peut-être assez d’énergîe pour aîmenter a camîonnette… — Moî, tout ce que je demande, c’est d’en avoîr assez pour arrîver à a in du moîs. Zach sîfla sa bîère, âcha un rot et s’abïma dans a contempatîon sîencîeuse de a petîte vîe quî, à cette heure tardîve de a nuît, încarnaît e néant absou. Les habîtants du coîn prétendaîent en guîse de boutade que, passé 21 heures, a vîe s’arrêtaît à Avaon, maîs c’étaît exagéré de eur part. 20 heures auraît été pus juste. Zach et Daîsy ne ressentaîent pas e besoîn de comber e sîence par des bavardages. Amîs depuîs es bancs du ycée, tous deux avaîent eu eur compte d’épreuves. A ’époque où Daîsy devenaît mère, Zach devaît faîre face à a déconiture inancîère de son père, suîvîe par ’încarcératîon de ce dernîer pour corruptîon. Pas vraîment e passeport pour a sérénîté. Pourtant, cahîn-caha, îs avaîent pus ou moîns réussî à s’en sortîr, un peu amochés, certes, maîs toujours debout. Par son travaî, Zach s’empoyaît conscîencîeusement à rembourser une montagne de prêts étudîants. Daîsy, ee, avaît aîgné toute une sérîe de mauvaîs choîx. En commençant par a maternîté au sortîr de ’adoescence, ee avaît eu e sentîment de vîvre sa vîe à rebours. Puîs étaît venu e temps des études et de ’actîvîté professîonnee et, peu à peu, es ééments de son exîstence avaîent inî par atteîndre un certaîn poînt d’équîîbre. Néanmoîns, queque chose se dérobaît
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toujours à ee. Cette chose que Zach et ee photographîaîent presque tous es week-ends, cette chose que céébraîent ses mutîpes cîents en evant eur lûte de champagne. L’amour. Le marîage. Ee avaît tort d’y attacher autant d’împortance. Sî seuement ee avaît pu croîre que sa vîe a combaît tee qu’ee étaît… Maîs ç’auraît été se mentîr. Pour Daîsy, se pencher sur e passé sans verser dans es regrets ou ’autocrîtîque rétrospectîve tenaît du déi. Ee auraît pu s’essayer à a vîe conjugae — une demande en marîage uî étaît quasîment tombée du cîe sur a tête. Maîs, sur e moment, a soudaîneté des cîrconstances uî avaît donné e vertîge. Aujourd’huî encore, pusîeurs moîs après es faîts, cette seue pensée a pongeaît dans ’hyperventîatîon. Tandîs qu’ee repensaît au soîr quî auraît pu changer e cours de sa vîe, ses maîns se crîspèrent sur e voant.Aije pris la bonne décision? Ou aije fui la seule chose qui aurait pu me sauver? Zach rompît e sîence : — Aors, Charîe dort chez son père, ce soîr? — Ouî. Is forment un duo de choc, tous es deux. Ee raentît pour évîter une petîte famîe de ratons aveurs. Le pus gros des troîs marqua un temps d’arrêt, et tourna vers es phares des yeux brîants avant de mener es deux petîts à ’întérîeur du fossé. Le père de Charîe, Logan O’Donne, avaît été un adoescent tout aussî perturbé et însoucîant que Daîsy. Maîs, comme ee, î avaît été transformé par a parentaîté. Et quand ee avaît besoîn qu’î garde Charîe pour a nuît, î s’exécutaît avec joîe. — Et à propos de duo de choc, s’enquît Zach, Logan et toî,vous en êtes où? Daîsy renîla. — S’î y a quoî que soît de nouveau, tu seras e premîer înformé. Entre Logan et ee, es choses étaîent compîquées. C’étaît e seu terme quî uî venaît à ’esprît pour décrîre eur sîtuatîon. Compîquée.
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— Maîs… — Maîs rîen. Ee tourna à ’ange d’une rue et déboucha sur a pace d’Avaon. A cette heure-cî, î n’y avaît pas âme quî vîve. Zach habîtaît un petît appartement dans un îmmeube d’époque sans ascenseur, au-dessus de a bouangerîe Sky Rîver, un endroît qu’îs connaîssaîent bîen pour y avoîr tous es deux travaîé, à ’adoescence. A présent, c’étaît au tour d’une nouvee génératîon de jeunes d’actîonner es pétrîns géants et es étuves de fermentatîon aux premîères heures du jour. Ee s’engagea sur une pace de parkîng. — Je seraî au studîo à 10 heures, demaîn. J’aî promîs à Andrea de uî donner un petît aperçu de a noce d’îcî samedî. Zach poussa un gémîssement. — Bonté dîvîne, Daîsy! Tu saîs combîen d’heures j’aî imées? — Evîdemment, j’y étaîs. Encore une foîs, î ne s’agît que d’un petît aperçu. J’aîme bîen cette ie, Zach. Je veux a rendre heureuse. — N’est-ce pas e devoîr du marîé? — Ee a quatre petîtes sœurs. — Ça, je e saîs! Je n’arrîvaîs pas à es décoer de mon Caméscope. D’un coup d’épaue, î ouvrît a portîère côté passager et descendît de a camîonnette. La umîère des réverbères teînta ses cheveux en orange. — C’est peut-être de toî qu’ees n’arrîvaîent pas à se décoer, însînua Daîsy. — Maîs ouî, c’est ça… I avaît sûrement rougî maîs, dans cette umîère, ee n’auraît pu ’afirmer. Zach n’avaît jamaîs eu une vîe sentî-mentae trépîdante. Pour rîen au monde î ne ’auraît avoué maîs, depuîs a maternee, î nourrîssaît un certaîn penchant pour Sonnet, a demî-sœur de Daîsy. — Bonne nuît, Zach. — A demaîn. Ne veîe pas trop tard. I a connaîssaît bîen. Après un marîage, ee étaît géné-
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