La passion pour alibi - Au risque de s'aimer - Une femme en otage

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La passion pour alibi, Debra Webb

Simon Ruhl, détective privé, n’a d’yeux que pour Jodie Randolph, une responsable de banque impliquée dans une affaire de blanchiment d’argent. Alors qu’il devrait se méfier d’elle, il ne peut s’empêcher d’éprouver pour Jodie des sentiments incongrus : de la fascination et, peut-être même, de l’amour… A tel point que, bientôt, un choix s’impose à Simon : protéger Jodie envers et contre tout, ou la traiter comme un suspect et gâcher leur passion naissante…

Au risque de s’aimer, Sally Tyler Hayes

Pour piéger Alex Hathaway, activement recherché par les services secrets, l’agent Geri Sinclair n’a rien trouvé de mieux que de jouer les demoiselles en détresse… Et ça marche ! Mais très vite, alors qu’elle tient Alex dans ses filets, Geri doit se rendre à l’évidence : il n’a rien du traître félon qu’on lui a décrit. Décontenancée par la prévenance – et le sex appeal ! – d’Alex, Geri hésite bientôt à le livrer aux autorités. Serait-elle en train de tomber amoureuse ?

Une femme en otage, Linda Lael Miller

Passionnée d’aventure, Olivia sillonne seule le désert mexicain lorsqu’elle est enlevée par des miliciens, puis conduite chez un certain Esteban Ramirez, celui que les guérilleros surnomment El Leopardo… Un homme au regard de braise, aussi intimidant qu’énigmatique. Peut-elle vraiment le croire quand il prétend avoir agi pour son bien ? Car Esteban a beau la traiter avec tous les égards, Olivia n’en reste pas moins sa prisonnière…
Publié le : samedi 1 décembre 2012
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280291781
Nombre de pages : 480
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La terre tournait autour d’elle. Sa tête était lourde, lourde et embrumée. Jodie savait instinctivement que si elle bougeait, ne serait-ce que les paupières, elle aurait mal. Mais elle n’avait pas le choix. Il fallait qu’elle se réveille. On l’attendait, quelque part, pour faire quelque chose. Si seulement elle trouvait la force de se réveiller ! Elle ouvrit petit à petit les yeux, surprise par la luminosité de la pièce. Oui, elle était bien dans une chambre, face à une baie vitrée, qui laissait entrer les rayons chauds du soleil. Pas de vis-à-vis. Jodie essayait de recomposer le puzzle des éléments qu’elle percevait. Elle se trouvait allongée sur un lit, recouverte par des draps légers et soyeux. Mais quelle heure pouvait-il bien être ? Luttant contre son corps de plomb, elle s’assit. Aussitôt, elle fut prise d’une douleur fulgurante à la tête. Dans un gémissement, elle porta les mains au visage, et resta ainsi sans bouger, les yeux couverts, en attendant que la douleur devienne supportable. Un sentiment de danger dont elle ne comprenait pas l’origine grandissait en elle. Elle s’humecta machinalement les lèvres. Un goût amer et désagréable lui piqua la bouche. Un verre d’eau s’imposait. Après avoir rejeté le drap, elle posa les pieds à terre. Un geste surhumain qu’elle regretta vite tellement la tête lui tour-nait. Mon Dieu, quelle gueule de bois ! Elle se racla la gorge. Mais comment ça,quelle gueule de bois? Elle n’avait pas le souvenir d’avoir bu. Pour commencer, quel jour était-on ? Elle regarda autour d’elle, inspectant la chambre luxueuse dans laquelle elle se
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trouvait. Des doubles rideaux rafînés à l’épaisse moquette blanche, en passant par le mobilier de bois d’ébène, tout reétait le bon goût et la richesse. Malheureusement, aucun indice ne lui permettait de savoir où elle se trouvait, et comment elle était arrivée là. Accablée par l’angoisse, elle ne savait que faire. Dans un effort incroyable, elle se mit debout. Ses jambes branlantes la portaient à peine. Elle posa la main sur son front pour tenter, d’un bref massage, d’apaiser la douleur au-dessus de ses yeux. Elle frissonna. Non pas de peur. Mais de froid. C’est alors qu’elle s’aperçut, malgré le brouillard dans son esprit, et malgré le caractère insolite de la chose, qu’elle était nue. Les bras lui en tombaient ! Elle était nue. Elle jeta un autre coup d’œil à la pièce. Nue, dans une chambre inconnue ! Prise de panique, elle sentit sa respiration s’emballer. La peur commençait son travail de sape. Jodie regarda partout dans la pièce à la recherche d’un indice. Mais rien. La chambre ne lui rappelait rien. Un décor riche mais froid, composé d’un mobilier foncé, contrastant avec un sol et des murs blancs. Dans un coin, elle vit une chaise de style, placée près d’une porte, comme prête à accueillir un garde ou une sentinelle. Accrochés aux murs, des faux tableaux de matres. Mais aucun ne déclenchait en elle un quelconque souvenir. Peut-être se trouvait-elle chez une amie ? se dit-elle dans une dernière tentative pour rejeter le scénario qui s’imposait à elle. Ce n’était pas chez une amie qu’elle se réveillait. Avec les journées de travail qu’elle avait à la banque, Jodie n’avait guère le temps d’entretenir beaucoup de relations amicales. Elle n’avait qu’une amie véritable, Erica, et cette chambre n’avait rien à voir avec son appartement. Son cœur se mit à battre de plus en plus fort. Elle sentait ses mains devenir moites, et ses oreilles bourdonnaient. Il fallait quitter cet endroit. Tout de suite. Bouger. Mais la peur avait sur elle un tel effet paralysant… Un léger bruit d’eau parvint à sa conscience. Quelqu’un prenait une douche, tout près. Affolée, elle se tourna vers l’origine du bruit. Une porte laissée entrouverte menait vers une salle de
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bains attenante. Elle s’avança. Tout en elle la retenait de faire un pas de plus, mais sans savoir pourquoi, elle avançait toujours, ignorant les messages d’alerte qui occupaient son esprit. Elle s’arrêta net dans l’entrée de la salle de bains. Une odeur de parfum, cent pour cent masculine, imprégnait la pièce. Elle inspecta rapidement l’endroit. Une fenêtre avec des vitraux colorés, une baignoire aux dimensions imposantes, des robinets dorés et leurs accessoires assortis. Enîn, elle eut le courage de regarder en direction de la cabine de douche. Eberluée, elle découvrit à travers les battants opaques la silhouette carrée d’un homme brun de belle stature, qui heureusement lui tournait le dos. Elle retint son soufe. Il avait un fessier et des jambes d’athlète. D’un pas chancelant, elle recula, désemparée par sa découverte. C’était impossible, se dit-elle, gagnée par la nausée. Elle n’avait quand même pas passé la nuit avec un étranger ! Non ! Elle n’avait jamais… Ses habits. Il lui fallait les retrouver pour sortir de là. Et vite, car l’homme ne resterait pas indéîniment sous la douche ! Comme une folle, elle ît le tour de la pièce à la recherche de ses affaires. Une chaussure par-ci, une autre par-là, son sac par terre à côté. Sur une chaise, épars, ses sous-vêtements. Elle plongea dedans. Puis la robe de soirée, en chiffon, sur le sol. Elle s’y glissa, remonta la fermeture aussi haut que possible. Des images oues lui revinrent alors à la mémoire. Le dner la veille avec Erica, au Carlisle. Ambiance chic et animée. De la musique, un brouhaha bon enfant, et beaucoup de monde. Oui, mais après ? Elle avait beau chercher, elle ne voyait pas ce qui avait pu se passeraprès. Elle ne se souvenait même pas d’être sortie du restaurant. Au fait, le dner avec Erica, c’était dimanche soir. Ce qui signiîait qu’on était lundi matin. Elle se précipita sur sa montre en or qu’elle venait de repérer sur une tablette près du lit. 8 h 20. Son monde s’effondrait. Il lui restait quarante minutes pour arriver à temps au bureau. Et elle ne savait même pas d’où elle partait ! Ni qui elle quittait ! Un silence abrupt la ramena à la réalité. L’inconnu avait îni
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de prendre sa douche. Nerveuse mais déterminée, elle enîla ses chaussures, attrapa son sac et, comme une voleuse prise sur le fait, déguerpit sans se retourner.
Simon, derrière les vitres teintées de son 4x4, regardait Jodie Randolph monter en toute hâte les marches qui menaient à l’imposante entrée de la Banque Internationale d’Atlanta. Sa jupe vert pâle laissait entrevoir de înes jambes, trop bien proportionnées pour qu’il garde la tête froide. Elle portait une veste assortie qui révélait une silhouette élancée aux atouts prometteurs. Il devait faire attention, car il aurait du mal à rester objectif. Déjà, il se voyait bien glissant les mains dans la chevelure dorée de la jeune beauté… sur laquelle il devait enquêter ! Il serra les dents. Cette mission risquait d’être déli-cate. Un surplus de discipline serait nécessaire. Quand Jodie disparut, il empoigna son portable. — Elle vient d’entrer. Il prit acte des protestations de son interlocuteur. — Mais non, je ne vais pas tout foutre en l’air, répliqua Simon à deux doigts de perdre patience. C’est elle, le maillon faible de l’affaire. J’en suis sûr maintenant. La îlature peut bien attendre un peu. D’un geste exaspéré, il desserra sa cravate. — Ecoute, reprit-il, j’ai rendez-vous avec le directeur général de la banque à midi pile. Dès que j’en aurai îni avec lui, je me focalise sur elle. Son bureau est au deuxième. Sur les quatre étages que compte la banque, ce serait vraiment un comble si je n’arrivais pas à la retrouver ! La voix de son interlocuteur semblait rassérénée. — Ne t’inquiète pas, conclut Simon, je contrôle la situation. Le coup de îl terminé, il resta quelques instants à considérer l’immeuble de la banque. A l’intérieur, une jolie jeune femme risquait d’avoir sous peu bien des ennuis. A moins, mais c’était son instinct qui parlait, que la jolie jeune femme ne s’avère plus à plaindre qu’à blâmer. Impossible de tirer des conclusions
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sur un coup d’œil. De toute façon, même si elle en occupait la première place, elle n’était pas la seule sur la liste des suspects. Une crainte, aussi forte qu’illogique, s’empara alors de lui. Serait-il à la hauteur de sa mission ? Arriverait-il à rester objectif dans son jugement ? Cela faisait quatre ans déjà qu’il attendait une enquête de cette importance… Alors la miss Randolph, aussi attirante soit-elle, n’avait qu’à bien se tenir.
— Mademoiselle Randolph. Jodie, contrainte et forcée, abandonna sa tentative de quitter discrètement la salle de réunion. Malgré tous ses efforts, elle avait eu un retard d’un quart d’heure ce matin, et le regard que lui avait lancé le directeur général, M. Knox, qui présidait la réunion, lui avait semblé lourd de reproches. Désormais, il était temps d’assumer. Elle afîcha son sourire le plus large et se retourna vers le vieux patriarche. — Oui, monsieur Knox ? ît-elle, lui faisant face. Vous vouliez me parler ? Son patron, dans un soupir appuyé, croisa lentement les bras à hauteur du thorax, puis, la toisant d’un regard scrutateur, afîcha un sourire malicieux. Jodie eut soudain l’envie irrésistible de tirer sur sa jupe. Pas encore remise de l’épisode du réveil, elle se sentait toute tremblante. Les trois tasses de café noir qu’elle avait avalées entre-temps ne l’avaient en rien aidée. — Est-ce que tout va bien, mademoiselle Randolph ? demanda-t-il, les sourcils légèrement froncés. Vos nouvelles fonctions seraient-elles plus stressantes que prévu ? Jodie, prenant soin de ne pas altérer son sourire, eut besoin de quelques secondes pour encaisser la question. Six mois auparavant, elle avait été promue au poste de vice-présidente des investissements, et elle adorait ce travail. Pourquoi est-ce que tout le monde, y compris son père, s’inquiétait de savoir si elle arriverait à gérer le surcrot de stress ? — Pas du tout, monsieur, répondit-elle. J’ai juste été un peu retardée ce matin. — Vous êtes la plus jeune dans l’histoire de cette banque à
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occuper un poste à la vice-présidence, lui rappela-t-il. Et vous êtes une femme. Alors ne m’en veuillez pas si je prends à cœur de veiller sur votre bien-être. Le sourire de Jodie redevint spontané. Elle savait que son patron était sincère. — Je vous remercie, monsieur, mais tout va bien. — D’accord, mais souvenez-vous que vous avez bien mérité votre avancement. J’ai entièrement conîance en vous. Vous n’êtes pas la îlle de votre père pour rien. Sur ce, il tourna les talons et disparut dans le couloir en direction de son bureau. Jodie put alors se laisser aller à un soupir de soulagement. 10 heures du matin, seulement ! La matinée avait été plus que chargée en émotions ! Heureusement que son bureau à elle se trouvait juste en face. Plus que quelques secondes et elle y serait en paix, seule. Quand elle eut refermé la porte derrière elle, elle fut frappée par la vue urbaine ensoleillée qui apparaissait en toile de fond derrière sa table de travail. La paroi extérieure n’était en fait qu’une immense baie vitrée. Comme dans la chambre où elle avait passé la nuit. Elle eut froid dans le dos au souvenir de la peur qu’elle avait ressentie lors de sa fuite. Sans savoir comment, elle s’était retrouvée seule dans l’ascenseur d’un immeuble inconnu. Au rez-de-chaussée, elle s’était précipitée droit devant elle, à la recherche d’une sortie. Quand enîn elle était arrivée sur le sol ferme du trottoir, son cœur battait si fort qu’elle avait eu du mal à lever le bras pour héler un taxi. De sa fuite, elle n’avait qu’un souvenir ou. Impossible de se remémorer la façade de l’immeuble. Ni même la rue. Elle n’avait réellement repris contact avec le présent qu’une fois que le taxi l’eut arrêtée devant chez elle. Sa voiture se trouvait là, garée devant l’entrée de son immeuble. C’était étrange car, cette fois, elle se rappelait bien l’avoir prise pour se rendre au Carlisle. Est-ce qu’elle était rentrée chez elle après le dner et ressortie ensuite ? Et pourquoi n’avait-elle aucun souvenir de tout ça ? Mais elle n’avait pas eu le temps
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de s’appesantir sur ces questions, et avait remis à plus tard la résolution de ce mystère. Après s’être douchée et changée, elle avait foncé en direction de la banque, priant pour ne pas arriver trop en retard à la réunion hebdomadaire des vice-présidents. Son père, c’est sûr, n’avait jamais été en retard. Pourtant, en tant que président-directeur général, il n’aurait pas eu à se justiîer. Six ans déjà qu’il avait pris sa retraite. Il avait mis la barre haut pour tous ses successeurs. Et surtout pour elle ! « N’y pense pas. Oublie l’épisode de ce matin. Oublie l’hé-ritage professionnel légué par ton père. » Elle posa son sac sur son bureau, alluma son ordinateur et sonna Renée, son assistante. Encore quelques secondes seule, et le rythme insensé de la journée de travail recommencerait de plus belle. Jodie s’installa dans son confortable fauteuil en cuir pour un ultime moment de répit. Mais ce moment ne vint pas. Dès qu’elle eut les yeux fermés, elle revit l’homme nu sous la douche. L’idée qu’elle avait laissé un inconnu la toucher la terrorisait. Comment avait-elle pu se laisser faire ? Elle devait seulement dner avec Erica… Erica. Il fallait l’appeler sur-le-champ. Elle aurait sûrement des réponses. Malheureusement, ce fut la voix métallique de la messagerie qui répondit à son appel. Jodie se rappela alors qu’Erica devait partir de bonne heure ce matin pour un voyage d’affaires, et qu’elle ne reviendrait pas à Atlanta avant le lendemain, en în d’après-midi. Déçue, elle reposa lentement le téléphone sur son socle. Cet homme nu, athlétique, qu’elle avait entraperçu dans un écran de vapeur, qui était-il ? Pourquoi l’avait-elle suivi chez lui ? Et comment faisait-elle pour n’en avoir aucun souvenir ? Et si… La réponse qui se présenta alors à son esprit lui ît terriblement peur. Elle secoua la tête comme pour mieux la rejeter. Non, elle n’était pas comme sa mère. Elle ne le serait jamais ! Sa mère avait souffert d’une terrible maladie neurologique, qui l’avait entranée, quelques mois avant sa mort, jusqu’à une dégénérescence mentale si forte qu’elle devenait par moments méconnaissable, passant en un clin d’œil de la belle femme
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souriante que tout le monde appréciait au fantôme amorphe et dépressif de celle-ci. Sa mère n’avait pas su lutter contre les faiblesses qui l’avaient rongée toute sa vie. Jodie, elle, était forte. Avec une santé de fer. — De fer, se surprit-elle à répéter à voix haute. On frappa à la porte. Elle se redressa et reprit l’allure qui allait avec sa fonction. Du travail l’attendait. Et la perspective de s’y plonger était plutôt encourageante. — Entrez ! — Mademoiselle Randolph, ît Renée en avançant, un dossier sous le bras. Nous avons un petit problème. — Un problème ? reprit Jodie, réjouie à l’idée de passer à l’action. Que se passe-t-il ? Renée, qui s’était approchée, ouvrit le dossier et en sortit des documents qu’elle déposa un à un sur le bureau, face à Jodie. — Apparemment, il y a un demi-million de dollars qui se sont… envolés, annonça Renée, d’une voix troublée. Jodie passa en revue les numéros et libellés des comptes desquels une somme avait été amputée. A sa grande surprise, il n’y avait que des comptes dont elle avait la gestion ! — Il doit y avoir une erreur. — J’étais sûre que vous sauriez démêler cette histoire, dit Renée, mal à l’aise. Jodie releva la tête vers son assistante. Cette dernière remarque était franchement étrange. Dans un autre contexte, elle eût été déplacée, mais Jodie savait à quel point l’audit annuel, qui approchait, rendait tous les employés nerveux. — Ne vous inquiétez pas, Renée, je vais arranger ça. C’est certainement une erreur de saisie. — Vous avez sans doute raison, ît Renée, avec un sourire. C’est juste qu’avec cet audit prévu pour le mois prochain, je ne suis pas rassurée. — Le problème sera vite réglé, dit-elle en baissant la tête vers les documents posés devant elle. — Oh, j’allais oublier de vous dire… Un homme a appelé ce matin juste avant votre arrivée ici. Il n’a pas voulu laisser de message.
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Jodie leva la tête. — A-t-il donné son nom ? Renée ît non de la tête. — Il voulait juste savoir si vous étiez bien arrivée au travail. — Il n’a pas rappelé ? demanda-t-elle d’un ton neutre alors qu’elle réprimait une envie de hurler. — Non, mais c’était très bizarre. Il parlait avec une voix à faire fondre une bonne sœur ! Jodie devait trouver un moyen de cacher sa panique. D’ailleurs, pourquoi est-ce que l’homme auprès de qui elle avait passé la nuit l’aurait appelée au travail ? Toute cette histoire n’était pas crédible. Dire qu’elle s’était promis de ne plus penser à cet épisode. Sauf que ce n’était pas aussi simple ! Car les conséquences pourraient être graves. Mon Dieu, qu’avait-elle fait ? — Renée, dit-elle avec un sourire forcé. Je vais m’occuper de ce dossier en priorité. — Si vous avez besoin de mon aide, je suis là. Jodie commença à rassembler les documents posés devant elle, et Renée comprit que sa présence n’était plus nécessaire. — Merci, dit machinalement Jodie avant que Renée ne quitte la pièce. Cela faisait plusieurs années que Renée et elle travaillaient ensemble. Elles avaient des tempéraments complémentaires, sinon opposés. Renée était très séduisante, avec sa taille de mannequin et ses habits un peu excentriques. Toujours à se vanter de ses nombreuses conquêtes masculines et prête à rapporter à qui voulait l’entendre les anecdotes les plus piquantes sur ses aventures. Jodie savait que Renée la trouvait vieux jeu et trop portée sur le travail. Que penserait-elle maintenant si elle apprenait que l’inconnu qui avait appelé était sans doute l’homme avec qui Jodie avait passé la nuit ? Elle chassa cette question saugrenue de son esprit et, igno-rant son mal de ventre, se lança sans plus attendre dans la résolution du problème.
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A midi, il n’était plus question d’un petit problème, mais d’une catastrophe majeure. L’anomalie concernait en fait plusieurs comptes et aucun des scénarios comptables classiques n’était concluant. L’argent avait tout simplement disparu. Une seule hypothèse subsistait, à laquelle peu de banquiers auraient eu le courage de faire face. Jodie inspira profondément. Un détournement de fonds. Comment était-ce possible ? Ces comptes-là, c’était elle qui s’en occupait personnellement. Après sa promotion, elle aurait dû en laisser la responsabilité au directeur des placements étran-gers. Mais les clients concernés avaient émis une préférence pour la touche de Jodie en matière de stratégie înancière, et elle avait été trop contente de continuer à assurer le suivi de leurs comptes. Mark, lui, n’avait pas vu ça d’un bon œil. En tant que directeur des placements étrangers, justement, il s’était indigné de voir Jodie garder pour elle les meilleurs clients. Seulement comme Jodie était le chef, il n’avait pas protesté longtemps. Mark possédait certes beaucoup de qualités profes-sionnelles, y compris l’intelligence, mais il préférait s’écraser devant l’autorité plutôt que de défendre coûte que coûte ses idées. Ce qui lui valait une réputation de diplomate hors pair, particulièrement auprès des clients, pour lesquels il n’était pas avare d’efforts. Jodie reconsidéra les listings étalés sous ses yeux. Quelque chose avait dû lui échapper. Une telle somme d’argent ne pouvait pas disparatre sans laisser de traces. Et comme elle n’y avait pas touché… Un sentiment de gêne l’arrêta dans ses pensées. Bien sûr que non, elle n’avait pas pris l’argent. Elle se serait brûlé les mains plutôt que d’en arriver là ! Elle prit appui sur les bras de son fauteuil et s’en extirpa. Elle avait besoin d’une coupure. Une petite marche au grand air et un déjeuner tranquille. De quoi s’éclaircir les idées. Avec tout le remue-ménage de cette matinée, elle n’avait même pas pensé à avaler quelque chose de solide. A deux pas de la banque, il y avait un charmant petit restaurant, qui risquait bien d’être plein à cette heure-ci, mais Lebron, le patron, ne manquerait pas de lui trouver une table à l’écart.
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