La perle et le feu

De
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Chine, 759
Loin de la Cour, Suyin pensait goûter la paix d’une vie soulagée de ses obligations de concubine... Hélas, est-il écrit que jamais elle ne trouvera le répit ? Tandis qu’une révolte gronde et menace de secouer l’empire, voilà que le puissant gouverneur Li Tao vient l’arracher à son refuge. Il lui ordonne de se soumettre sur l’heure à sa protection et prétend l’escorter jusqu’à son palais où elle sera, dit-il, à l’abri des dangers... Mensonge ! Pourquoi cet homme redoutable, qu’elle n’a fait que croiser à la Cour, se soucierait-il soudain de sa sécurité ? Folle d’inquiétude, Suyin se demande quel secret d’Etat il imagine lui faire avouer, quelles faveurs il espère obtenir d’elle sous la menace… Mystérieux, ténébreux, aussi influent que troublant, Li Tao pourrait faire d’elle tout ce qu’il veut…

Publié le : dimanche 1 juin 2014
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EAN13 : 9782280322447
Nombre de pages : 320
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Chapitre 1

Chine, dynastie Tang, an 759

Dame Ling Suyin était assise dans son petit salon, terriblement seule. L’heure du Serpent touchait à sa fin et sa maison était plus silencieuse que jamais. Seul le vol des libellules, dehors, venait troubler ses pensées. Le thé, posé sur un guéridon près d’elle, était froid depuis longtemps. Son dernier domestique le lui avait apporté ce matin, avant de s’enfuir comme les autres.

Les plus courageux d’entre eux lui avaient bien proposé de les accompagner, mais à quoi cela aurait-il servi ? Le seigneur de guerre qui la cherchait brûlerait chaque village, chaque maison sur sa route pour la retrouver. Non, elle ne pouvait pas avoir tant de morts sur la conscience ! Elle avait déjà suffisamment de dettes à payer…

Soudain, un bruit vint troubler le silence de la maison. Quelqu’un marchait, dehors. Des bottes rigides écrasaient les feuilles mortes du jardin. Un pas posé, mesuré. C’était lui ! Suyin retint son souffle. Au bout de quelques instants, une silhouette imposante apparut dans l’encadrement de la porte. Elle avait entendu parler de lui à la cour impériale, bien sûr, mais les rumeurs ne lui rendaient pas justice. Cet homme était bien plus inquiétant que ce qu’elle avait imaginé ! Il portait une longue robe noire, des cheveux noirs coupés court, et dissimulait ses émotions sous un masque impassible. Une telle assurance émanait de lui ! Suyin se sentit prise au piège… Mais elle devait garder tout son sang-froid. Ne surtout pas lui laisser sentir sa peur.

— Ling Guifei, dit-il en la saluant.

Elle frissonna. On ne l’avait plus appelée par son titre officiel depuis longtemps.

— Je ne suis plus une concubine impériale, gouverneur Li, répondit-elle.

Peu importe s’il s’avançait vers elle à présent, Suyin n’allait certainement pas se lever pour le saluer. De toute manière, ses jambes fébriles auraient sans doute trahi sa crainte, et cela, il n’en était pas question ! Mais son expression se faisait de plus en plus inquiétante. Comment rester indifférente face à un tel visage ? Sa peau était tannée par le soleil, et son menton volontaire reflétait une grande détermination. Une cicatrice, sous son œil gauche, brisait la symétrie parfaite de ses pommettes. Etrange…

Comme il avait changé depuis leur dernière rencontre. Il n’était encore qu’un jeune soldat que l’empereur félicitait pour ses actes de bravoure. L’énergie sans faille qui l’animait dans sa jeunesse était à présent contenue par une discipline militaire. Le temps l’avait endurci. Mais pourquoi s’étonner ? Après tout, elle aussi avait été marquée par le temps…

— Madame, reprit Li, je viens en humble serviteur vous offrir de vous escorter.

Hélas, toute la politesse du monde ne parviendrait pas à adoucir la terrible vérité.

Troublée, Suyin reprit bien vite le dessus et posa négligemment sa main sur le guéridon. Elle devait à tout prix empêcher sa voix de trembler ! Mais son cœur tambourinait à présent si fort qu’elle s’entendit à peine prononcer ces mots :

— Je m’excuse, monseigneur, mais je n’ai pas l’intention de partir.

— Vous n’êtes plus en sécurité, ici.

C’était vrai, hélas. Mais partir n’y changerait rien. Où qu’elle aille, elle serait en danger ! Plus rien ni personne ne pourrait la protéger. Elle n’avait plus d’amis, plus d’alliés. Le ministre de l’ancien empereur viendrait-il encore la secourir, après toutes ces années ? Et dire qu’elle avait cru pouvoir protéger ses secrets…

Li Tao fit un nouveau pas en avant, et Suyin s’agrippa instinctivement au rebord du guéridon. Pourquoi cette crainte soudaine ? Elle n’était pourtant plus la jeune fille naïve et sans défense d’autrefois. En seulement quelques années, elle était devenue l’une des courtisanes les plus accomplies de la cour impériale. Les hommes n’avaient plus de secret pour elle. Et, même si aujourd’hui elle se retrouvait isolée, il lui restait toujours son savoir-faire ! Elle devrait être capable d’éconduire cet intrus…

Mais, lorsque Li Tao s’immobilisa devant elle, Suyin aperçut l’ombre d’une arme dissimulée dans sa manche. Une dague d’assassin ! Irait-il jusqu’à la menacer ? Au prix d’un réel effort, elle prit un air aussi dégagé que possible et but une gorgée de son thé froid. Heureusement, elle avait assez d’expérience pour ne pas trembler. Mais pas assez pour calmer les battements de son cœur !

Il était temps pour elle de retrouver sa voix légère et mélodieuse de courtisane.

— Puisque vous vous êtes donné tant de mal pour venir me proposer vos services, j’en déduis qu’il est temps pour moi de rassembler quelques affaires…

— Madame n’aura besoin de rien, là où elle va.

Impossible de se dérober ! Il avait parlé d’un ton sans appel. Sans doute le même qu’il employait avec ses soldats. Suyin attrapa son châle et se leva, en s’efforçant de ne pas faiblir. Dès qu’elle fut certaine que ses jambes ne se déroberaient pas, elle le devança vers la porte.

Puisant du courage dans l’action, elle traversa hâtivement la maison vide, suivie par le pas régulier de Li Tao. Bien trop près d’elle…

Arrivée dans la cour, Suyin découvrit avec stupeur un régiment de soldats vêtus de rouge et noir, rassemblés autour d’un palanquin. L’armée personnelle de Li Tao ! Comment osait-il déplacer ses troupes jusqu’à la demeure de Suyin, placée sous la juridiction impériale ! Voilà qui serait perçu comme un grave affront, si l’empereur venait à l’apprendre…les jiedushi dirigeaient leur propre bataillon régional, indépendamment de l’armée impériale. Personne n’avait jamais osé leur déclarer la guerre au sein de leurs propres terres, mais la portion de forêt dans laquelle se trouvait la demeure de Suyin était clairement placée sous l’autorité de l’empereur.

Cependant, le gouverneur militaire ne lui laissa guère le temps de s’indigner. D’un geste courtois mais ferme, il invita Suyin à s’installer dans le palanquin. Si seulement elle pouvait lui tourner le dos et s’enfuir ! Mais c’était impossible. Si elle faisait mine d’hésiter, elle était perdue ! Mieux valait ne pas éveiller les instincts de guerrier de Li Tao… Il était plus prudent pour l’instant de se plier à sa volonté. Elle pourrait alors réfléchir calmement à un moyen de recouvrer sa liberté…

— Où allons-nous ? demanda-t-elle aussi calmement qu’elle le put.

— Vers le sud.

Voilà qui ne la renseignait pas beaucoup ! Le cœur lourd, elle se retourna une dernière fois vers sa maison. L’empereur l’avait fait bâtir rien que pour elle, avant sa mort. C’était son refuge, son havre de paix, et il lui fallait à présent l’abandonner… Sans doute pour toujours ! Elle prit une profonde inspiration. Dire qu’elle avait sérieusement pensé qu’en se terrant chez elle on finirait par l’oublier.

Comme c’était naïf de sa part ! Au bout du compte, on doit toujours payer ses dettes, dans cette vie ou dans la suivante.

Au moment de monter dans le palanquin, Suyin s’immobilisa soudain et se tourna vers Li. Le plus impitoyable des jiedushi, les seigneurs de guerre. Une montagne de muscles et de virilité. Et des yeux pénétrants, plongés dans les siens.

Non, elle ne ploierait jamais devant lui ! Elle garda la tête haute, dans une attitude de défi, et attendit qu’il écarte le rideau du palanquin pour la laisser passer. Li Tao s’exécuta d’un geste rapide, comme s’il lui accordait une brève concession avant de reprendre son rôle d’homme de pouvoir.

— Dites-moi, gouverneur, dit Suyin sans bouger, qu’est-ce qui vous a causé cette cicatrice ?

C’était une question un peu osée… Peut-être la jugerait-il indiscrète ? Du moins ne douterait-il pas de son assurance. Li Tao la considéra un instant en silence, comme s’il cherchait à deviner une intention cachée, puis répondit :

— Une femme.

Une femme ? Se pouvait-il que ce guerrier redoutable ait été blessé à la suite d’une aventure malheureuse ? Suyin ne put réprimer un petit sourire provocateur.

— Fascinant…

Li Tao serra le poing, le rideau toujours dans une main. Son visage imperturbable ne trompait pas Suyin… L’armure du guerrier venait de se fissurer, et Suyin pouvait à présent lire en lui comme dans un livre ouvert. En tant que courtisane, elle avait appris à déceler chez les hommes la moindre émotion cachée, pour l’utiliser à son avantage. Elle en ferait de même avec lui. Sous son armure, Li Tao n’était qu’un homme de chair et de sang, semblable à tous les autres…

— On ne m’a pas menti à votre sujet, dit-il sèchement, abandonnant toute velléité de politesse.

Enfin le guerrier quittait sa froide réserve ! Dans ses yeux, une étincelle était venue animer son masque d’autorité.

Suyin le dévisagea un instant, prisonnière de ce regard intense et menaçant… Etait-elle allée trop loin ? La crainte la saisit de nouveau. Peu importait le régiment de soldats qui les entourait. Le seul homme qui lui faisait réellement peur se tenait devant elle, si proche qu’elle pouvait sentir son souffle contre sa peau…

— Et dire que je pensais en avoir fini avec ce jeu-là, murmura-t-elle.

Il ne réagit pas à sa remarque, et Suyin entra finalement dans le palanquin, frôlant de son épaule la manche de Li. Celui-ci la fixa intensément jusqu’à ce que le rideau retombe sur elle. Suyin soupira. Quel soulagement d’être libérée de la tension de ce regard ! Elle put laisser libre cours à son émotion. Reverrait-elle un jour sa maison ? Rien n’était moins sûr. Pour l’heure, elle était la captive du plus puissant seigneur de guerre. Sans même savoir ce qu’il comptait faire d’elle…

* * *

Suyin ne vit de son voyage que des images fugitives par la fenêtre du palanquin. Des arbres épais enserrés de vignes vierges, l’éclat d’un rayon de soleil sur la rivière, mais rien qui pût lui donner le moindre indice sur sa destination. Li Tao chevauchait en tête et ses hommes encerclaient le palanquin. Ils devaient appartenir au premier bataillon du gouverneur Li, la « Garde Montante », un régiment connu pour fournir les guerriers les plus redoutables de l’empire. Fallait-il vraiment que Li Tao déplaçât ainsi ses troupes pour ramener une courtisane sans défense ?

Peu à peu, les berges verdoyantes du cours d’eau firent place à une route poussiéreuse, creusée par le passage des charrettes. Suyin ressentit un pincement au cœur en pensant qu’ils s’écartaient de plus en plus de la capitale. Certes, elle n’avait jamais eu sa place à la cour du nouvel empereur. Mais quitter cette région revenait à tourner le dos à la civilisation, pour faire face à l’inconnu. A des terres sans lois ni honneur, si hostiles que l’empereur y envoyait ses jiedushi. Comment survivrait-elle, là-bas ?

Le quatrième jour, ils traversèrent ce qui ressemblait à un barrage… Une barricade armée !

Ainsi, les rumeurs étaient vraies : les armées régionales se mobilisaient, elle avait entendu des nouvelles inquiétantes de la bouche de ses domestiques.

Depuis des années, les seigneurs de guerrre gagnaient de plus en plus de pouvoir et défiaient l’autorité de l’empereur Shen. La paix qu’elle avait toujours connue était aujourd’hui menacée. Suyin ne put réprimer un soupir. Pourquoi n’était-elle pas partie se cacher avec ses domestiques !

Elle tressaillit brusquement et resserra son châle autour de ses épaules. Dire qu’elle portait toujours les mêmes vêtements depuis son départ… Elle qui détestait les voyages ! On lui avait toujours dit qu’elle possédait beaucoup de terre en elle, et cette terre ne voulait qu’une chose : s’enraciner. Les changements brutaux lui avaient toujours rappelé de lointains et douloureux souvenirs. Il y a bien longtemps, on l’avait déjà arrachée à sa famille pour la mener vers un inconnu menaçant… Malgré elle, l’histoire se répétait : Suyin devait une fois de plus quitter son foyer pour commencer une nouvelle vie. Et, une fois partie, il n’y avait pas de retour possible.

Mais Suyin n’était plus une petite fille vulnérable. Elle avait forgé des armes bien à elle au cours des années. Li Tao avait beau commander des milliers de guerriers, ils ne lui seraient d’aucun secours face à une courtisane…

* * *

Durant les jours qui suivirent, la grande route laissa place à une terre sombre et fertile. Ils passèrent sous l’ombre imposante de la montagne pour traverser une forêt de bambous si dense que le jour ne s’y levait jamais tout à fait.

Suyin promena son regard à travers l’ouverture. Où pouvait bien être Li Tao ? Elle l’aperçut loin devant elle, bien droit sur ses étriers. Sa longue robe noire se détachait sur le fond chatoyant de la forêt.

Depuis leur départ, il lui avait à peine adressé la parole. Pourquoi tenait-il à la garder captive, derrière ses barricades ? Son influence à la Cour s’était éteinte avec la mort du précédent empereur. Elle n’était plus qu’une relique de l’ancienne époque, fanée et inutile.

Soudain, la caravane fit halte, et on tira brutalement le rideau devant Suyin. Li Tao lui faisait face, la main tendue vers elle. Elle n’avait guère le choix ! Elle la prit et sortit du palanquin, serrant brièvement les doigts du gouverneur avant de les relâcher. L’espace d’un instant, elle sentit la chaleur de sa peau s’attarder sur sa main. Debout près de lui, un trouble indescriptible s’empara d’elle. Elle était accoutumée à fréquenter des hommes puissants, mais jamais encore elle n’avait ressenti cette étrange attirance.

Mieux valait éviter son regard… Devant eux se dressait une imposante bâtisse, nichée dans l’ombre des bambous. Une demeure aussi majestueuse, ici, au beau milieu des bois ? Elle était au moins deux fois plus grande que sa propre maison, et bâtie dans le plus pur style impérial. De loin, on apercevait la silhouette de nombreuses pagodes élaborées qui couronnaient les toits.

— Où sommes-nous ? demanda Suyin.

— Comme je vous l’ai dit : vous n’étiez plus en sécurité chez vous.

Il ne lui répondait même pas ! Elle le regarda droit dans les yeux. Tant pis s’il la trouvait trop hardie !

— Ainsi, l’honorable gouverneur a décidé de me prendre sous sa protection ? demanda-t-elle de sa meilleure voix de courtisane.

Il se contenta d’une rapide grimace avant de lui faire signe d’avancer. Décidément, cet homme comptait ses mots comme un avare ses pièces ! Ses gestes assurés et précis témoignaient d’une réelle maîtrise de soi… S’était-il jamais laissé aller à un élan de passion ?

Suyin s’engagea sur l’allée qui menait au perron, suivie de près par Li Tao. Deux statues de lions gardaient jalousement l’entrée de la demeure, aussi peu accueillantes que son hôte. Celui-ci marchait avec la confiance tranquille des puissants, sans s’embarrasser d’une conversation. Combien de temps lui faudrait-il attendre avant qu’il ne lui dise la véritable raison de sa présence ?

A leur entrée, le hall s’emplit de domestiques. Suyin n’en compta que sept. Etrange, pour une si grande demeure… Une femme aux cheveux gris et au visage lunaire semblait diriger les autres de poigne de fer. Li Tao fit les présentations, et la vieille femme faillit s’étouffer en entendant son nom.

— Ling Guifei ! s’écria-t-elle en saluant ostensiblement.

Suyin tressaillit. Les os saillants de ses omoplates tendaient le tissu brun de sa robe à chaque mouvement, comme s’ils allaient le percer.

— Jinmei, interrompit Li, montre à dame Ling ses appartements.

Sur ce, il jeta un rapide coup d’œil à Suyin et s’éloigna.

Le rustre ! Il osait la laisser là, sans un mot d’explication ! Méritait-elle si peu de respect ? Suyin sentit la colère bouillir en elle tandis que Li Tao disparaissait derrière une porte. Depuis leur départ, il la traitait avec une telle indifférence ! C’était pire encore que s’il l’avait menacée pour lui faire avouer des secrets d’Etat ! Au moins, elle aurait su à quoi s’en tenir.

La gouvernante posa une main douce sur son bras.

— Allons, venez avec la vieille Jinmei.

Elle guida Suyin à travers le grand hall, suivie de près par plusieurs gardes. Li Tao n’avait manifestement aucune confiance en elle.

— Guifei est encore plus belle que le prétend la rumeur, lui dit la vieille femme, nous sommes très honorés par sa visite.

Guifei… Le titre honorifique que l’empereur lui avait donné… Plus personne ne l’appelait ainsi désormais.

Mais les paroles aimables de la gouvernante ne parvenaient pas à la calmer. Comment pouvait-on parler de « visite », quand cinquante hommes armés s’étaient présentés à sa porte pour l’amener jusqu’ici ?

Elles traversèrent le grand salon, et toute une série de pièces. Les chambres étaient grandes et silencieuses, richement meublées et rangées avec une précision presque glaciale.

Suyin suivit ensuite son guide à l’extérieur, dans un jardin joliment entretenu, enclos par les ailes de la demeure. En passant près d’une haie, elle surprit un jardinier au regard vide interpeller de loin un jeune homme qui nettoyait le bassin à poissons. Leur vue suffit à glacer le sang de Suyin ! Le jardinier était manifestement aveugle, et le garçon avait un bras estropié.

Sans doute d’anciens guerriers blessés au combat et reconvertis dans les tâches domestiques… Gênée, Suyin détourna brusquement les yeux.

— Maître Li désire que nous offrions les plus beaux appartements à Ling Guifei, reprit la vieille Jinmei en trottinant, j’espère que notre invitée en sera satisfaite.

Suyin pourrait-elle jamais se sentir à l’aise dans cette demeure ? Dans le palais impérial, même les domestiques assignés aux tâches les plus ingrates étaient irréprochables, afin de donner à la Cour une illusion de perfection…

Au bas de l’aile est, la garde rapprochée s’immobilisa devant la porte des appartements de Suyin et la laissa entrer seule en compagnie de la gouvernante. Elle allait enfin cesser d’entendre l’écho de leurs pas militaires !

La vieille femme ouvrit les portes une à une, avec une certaine fierté.

— Il y a une bonne lumière ici, qui vient de tous les côtés. Les énergies peuvent circuler librement et, le matin, Ling Guifei pourra admirer le lever du soleil au-delà des falaises.

Cette femme rappelait à Suyin les anciens domestiques du palais impérial. Derrière leur politesse de façade, ils relevaient soigneusement tout ce qu’ils voyaient. Impossible de leur cacher quoi que ce soit. Lorsqu’elle vivait encore auprès de l’empereur, Suyin avait appris à ne jamais sous-estimer les domestiques : elle avait toujours su nouer des alliances avec eux.

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