Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 2,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB

avec DRM

La plus troublante des surprises

De
160 pages
Enceinte ! Kim n’en revient pas. Au moment où elle allait enfin obtenir le divorce qu’elle a tant attendu, pourquoi a-t-il fallu qu’elle cède une dernière fois au désir qu’a toujours éveillé chez elle Diego Pereira, son si troublant époux ? Elle sait pourtant qu’il n’a rien à lui offrir. Cet homme est incapable d’aimer, et c’est justement ce qui a brisé leur union… Et pourtant, en apprenant qu’elle porte leur enfant, Diego semble déterminé à fonder avec elle une famille. Malgré l’échec fracassant qu’a été leur mariage, et pour le bien de cet enfant qu’elle aime déjà de tout son cœur, Kim doit-elle de nouveau envisager une vie auprès de Diego ?
Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

couverture
pagetitre

1.

Pétrifiée, Kimberly Stanton regardait fixement la tige de plastique blanc posée sur le marbre étincelant. La gorge serrée par l’angoisse, elle avait du mal à respirer. Elle s’était enfermée dans les toilettes pour dames depuis quelques minutes seulement, mais elle avait l’impression que cela faisait une éternité. A l’extérieur, les voix lui parvenaient étouffées, comme du fond d’un puits, distordues par l’écho.

Son cœur se mit à battre plus vite, plus fort. Son estomac se contracta, lui coupant le souffle. Elle agrippa le rebord du lavabo pour ne pas tomber.

Le mot terrifiant, le mot tant redouté apparut sur la languette de plastique.

Enceinte.

Les jambes tremblantes, Kim s’adossa contre le mur derrière elle, baissa la tête et inspira profondément pour chasser le rugissement du sang à ses oreilles.

Sa seule et unique erreur allait-elle la hanter pour le restant de ses jours ?

Le résultat était pourtant là, sous ses yeux. Et elle n’était pas naïve ou stupide au point de croire qu’elle pouvait y changer quoi que ce soit.

D’un geste sec, elle ouvrit le robinet et se passa les doigts sous l’eau glacée. Le bruit de l’eau sur la céramique étouffa le martèlement sourd de son cœur, l’aidant à se concentrer sur sa respiration.

Inspire, expire, inspire, expire…

Elle ferma le robinet, leva les yeux sur son reflet dans le miroir et se figea, tandis que le battement sous ses tempes s’intensifiait.

Elle se dévisagea, notant les cernes sous ses yeux, son teint blême et ses traits tirés. Elle avait l’air d’une femme sur le point de craquer. Peut-être était-ce le cas. Mais ce n’était pas le moment. Elle devait à tout prix se ressaisir. Compartimenter. Mettre ça de côté, jusqu’à ce qu’elle soit seule. Jusqu’à ce qu’elle puisse penser de façon rationnelle. Jusqu’à ce que le choc soit passé. Ensuite, seulement, elle évaluerait la situation, la tête froide, et prendrait les mesures nécessaires pour y faire face. Les épreuves et les chocs, ce n’était pas nouveau pour elle. Elle savait les gérer.

Elle pressa le bout de ses doigts frais sur ses tempes brûlantes, puis, d’une main tremblante, se remit du rouge à lèvres et lissa les plis de son chemisier.

Il fallait qu’elle sorte d’ici, qu’elle circule parmi ses invités. Cette soirée était spécialement organisée pour rassembler des investisseurs qu’elle courtisait depuis plus de six mois et qui s’intéressaient à Daily Help, sa start-up numérique. Elle allait bientôt exposer son plan de financement sur les cinq ans à venir pour les convaincre d’investir dans son entreprise, alors que des centaines de milliers d’autres poussaient chaque jour comme des champignons. Elle allait surtout devoir leur montrer que le récent scandale qui l’avait touchée, entraînant dans ses remous Olivia et Alexander, n’affectait en rien sa gestion de l’entreprise — preuve supplémentaire de la solidité de celle-ci.

Kim redressa le col de sa veste et s’avança vers la porte. Se ravisant brusquement, elle revint sur ses pas, prit le test de grossesse abandonné sur le bord du lavabo et le remit avec soin dans l’emballage, avant de jeter le tout dans la poubelle. Son estomac se serra de nouveau. Chancelante, elle ferma le poing et le pressa sur son ventre en se forçant à inspirer lentement jusqu’à ce que la douleur reflue. Puis elle sortit des toilettes.

Saisissant au passage un verre d’eau minérale sur le plateau d’un serveur, elle adressa un signe de tête à un ancien camarade diplômé d’Harvard comme elle, et se félicita d’avoir organisé cette conférence dans l’un des plus beaux hôtels de Manhattan, même si sa directrice financière avait tiqué devant le montant de la facture.

Elle jeta un coup d’œil sur sa montre et invita tout le monde à la suivre dans la salle de conférences. Elle était prête. Mais ce fut presque à contrecœur qu’elle mit en marche le vidéoprojecteur. Parce qu’une fois la présentation terminée, elle se retrouverait seule avec ses doutes et ses angoisses.

Seule face à une situation qu’elle ne pourrait éluder plus longtemps…

* * *

Kim était à deux doigts de conclure son exposé, quand elle perdit brusquement le fil de ses pensées — comme si quelqu’un avait coupé un interrupteur dans son cerveau.

Elle scruta l’assemblée à la recherche de ce qui l’avait déconcentrée.

Un mouvement — celui d’une tête brune —, un murmure, peut-être… Etait-ce un effet de son imagination ? Durant quelques secondes déconcertantes, la salle parut se dissoudre dans une sorte de brouillard. Le résultat du test de grossesse l’avait-il ébranlée à ce point ?

Le silence soudain la tira de sa torpeur. Elle s’éclaircit la gorge, but une gorgée d’eau et se concentra sur la fin de sa présentation.

Quand elle demanda s’il y avait des questions, de nombreuses mains se levèrent dans l’auditoire et Kim sourit, soulagée. Ces questions, elle s’y attendait et ce fut sans peine qu’elle y répondit, avançant arguments et statistiques. Elle était capable de répondre les yeux fermés. Chaque chiffre, chaque détail de son entreprise était gravé dans son esprit. Et même sa défaillance momentanée, quelques instants plus tôt, ne pouvait gâcher l’intense sentiment de satisfaction qui courait dans ses veines — satisfaction du devoir accompli, satisfaction de voir son travail acharné porter ses fruits.

Après avoir répondu à une dernière question, elle éteignit le projecteur et ralluma les lumières dans la salle.

C’est alors qu’elle l’aperçut…

Diego Pereira.

L’homme qui l’avait séduite et abandonnée sans l’ombre d’une hésitation. L’homme dont elle portait l’enfant.

Ses pensées s’affolèrent, son cœur s’emballa. Kim eut soudain l’impression de chuter dans un abîme sans fond. Comme la fois où sa sœur jumelle l’avait entraînée sur les montagnes russes d’un parc d’attractions. C’était la même peur nauséeuse, sauf que, ce jour-là, elle savait que la chute finirait par se terminer. Elle s’était donc forcée à rester assise bien droite sur son siège, en se mordant l’intérieur des joues, pendant que Liv hurlait de joie et de terreur mêlées.

Rien de tel, aujourd’hui. Aucune certitude que la chute aurait une fin. Parce qu’à chaque irruption de Diego dans sa vie, elle oubliait la leçon si durement apprise par le passé.

D’un geste instinctif, elle porta les mains à son ventre, tandis que le regard sombre se concentrait sur elle. Elle détourna la tête, incapable de croiser ces yeux bruns et pailletés d’or, hardis et magnétiques. Incapable de supporter la vue de ce visage si beau, et pourtant si cruel, qui s’était servi d’elle, jouant sans pitié avec son cœur.

S’exhortant au calme, Kim força son regard à s’attacher aux visages curieux qui se pressaient à présent autour d’elle pour lui parler affaires. Elle sentait le regard insistant de Diego sur sa nuque, acéré, en quête d’un point faible, de quelque chose dont il pourrait se servir pour causer encore plus de dégâts.

Pourquoi était-il là ? Quel cruel tour du destin l’avait conduit ici, le soir même où elle venait de découvrir qu’elle était enceinte de lui ?

* * *

Impassible, Diego Pereira regarda Kim sortir de la salle de conférences, son corps mince raidi par la tension. Elle était nerveuse, tant mieux. Le démon qui sommeillait en lui était ravi.

Il feuilleta le programme de développement de Daily Help. L’exposé de Kim l’avait impressionné. Les arguments étaient précis, concis, novateurs. A l’image de sa start-up. En trois ans, elle avait transformé l’idée d’une simple rubrique de conseils en un portail Web d’informations, comptant plus d’un million d’abonnés et ne demandant qu’à s’étendre.

Diego ferma les yeux. Aussitôt, l’image de la jeune femme revint le harceler.

Vêtue d’un pantalon noir qui soulignait ses longues jambes, et d’un chemisier de soie blanche, elle était un modèle de professionnalisme, bien loin de la femme qui gémissait de plaisir dans ses bras, cinq semaines plus tôt.

Pendant qu’il la regardait présenter son projet avec son brio habituel, il en avait presque oublié l’objet de sa venue à New York. Mais à l’instant où elle avait pris conscience de sa présence, il se l’était remémoré, savourant la réaction de la jeune femme.

Elle s’était déconcentrée. A peine quelques secondes, certes, mais c’était une victoire face à cette femme qu’il avait épousée, si belle, si intelligente, si raffinée. Cette femme qui était la perfection personnifiée — et qui manifestait autant de sensibilité qu’une pierre.

Une pierre dont il était enfin résolu à se débarrasser. Il était temps pour lui de tourner la page.

Il prit l’ascenseur pour monter au dixième étage. Arrivé devant la suite de Kim, il sortit la carte-clé soutirée au garçon d’hôtel en échange d’un généreux pourboire.

Il entra et referma doucement la porte derrière lui.

Le discret parfum de muguet l’assaillit, aussi brutal qu’un coup de poing au creux de l’estomac, aussi ravageur que les blessures qu’il avait reçues pendant une bonne moitié de sa vie. Il l’inspira, comme pour mieux s’y noyer une fois encore, tel un drogué en manque. Il balaya la pièce du regard — le coin salon luxueux, le bureau en acajou sur lequel trônait une pile bien nette de dossiers, ainsi qu’un ordinateur portable dernier cri. A côté du canapé était posé un sac à main en cuir noir, fonctionnel, portant la griffe d’un grand créateur.

La suite était à l’image de son occupante, sophistiquée, parfaite et totalement dépourvue de chaleur.

Un bruit lui fit tourner la tête vers la porte située sur sa droite.

Kim la referma derrière elle et s’y adossa. Un voile de sueur brillait sur son front, son visage était blême.

Diego fronça les sourcils, soudain curieux. Il vit sa bouche trembler et un frisson secouer ses épaules tandis qu’elle passait le revers de sa main sur son front. Elle avait ôté sa veste. Le chemisier blanc, sans manche, dévoilait ses bras déliés. Une fine chaîne d’or autour du cou soulignait sa gorge délicate. Sous la soie du chemisier, l’ombre de ses seins attira le regard de Diego.

Il déglutit et leva de nouveau les yeux. Le souvenir de ses seins dans ses mains lui bloquait la respiration plus sûrement qu’un garrot écrasant sa trachée. La sensation de son corps vibrant de plaisir sous ses doigts, le parfum de sa peau, de son sexe… Les images et les émotions affluèrent.

Kim posa les yeux sur lui. Des yeux aussi sombres que les siens, songea-t-il, subjugué malgré lui par sa distinction naturelle.

La voyant vaciller, il s’avança.

— Ça va, gatinha  ?

Elle s’écarta de lui pour passer derrière le bureau et prendre un stylo, et Diego ne put s’empêcher de noter que ses doigts tremblaient.

— Non, ça ne va pas.

L’aveu en lui-même était inhabituel.

— Mais ça n’a rien de surprenant, puisque tu es là, précisa-t-elle, glaciale.

Diego haussa un sourcil ironique et s’approcha d’elle.

— Ma vue te rend malade ?

Kim agrippa le rebord du bureau avec une telle force que ses phalanges blanchirent.

— Ta vue me rappelle un comportement absurde de ma part que j’aimerais désespérément oublier.

Il sourit.

— Même les bons moments, Kim ? Ceux où tu gémissais de plaisir ?

Elle rougit. Ses épaules se raidirent, mais elle ne releva pas. Elle posa le stylo et alla s’installer dans l’un des fauteuils du coin-salon.

— Qu’est-ce qui t’amène ici, Diego ?

Fasciné, il la regarda croiser les jambes et lever les yeux sur lui. La nervosité manifestée quelques secondes plus tôt avait disparu. Sa voix était calme et posée. Nulle pointe de colère ou de contrariété. Même si la dernière fois qu’ils s’étaient vus, elle était à moitié nue dans son lit, le visage blême, tandis qu’il se rhabillait en lui annonçant qu’il en avait terminé avec elle.

Non, aucun reproche. Comme si sa conduite odieuse ne l’avait pas touchée.

Bon sang, le calme de cette femme l’exaspérait ! Elle révélait ce qu’il y avait de pire en lui — un homme en proie à la frustration, impulsif, bouillonnant de désir  — tandis qu’elle restait impassible, parfaitement maîtresse d’elle-même.

images