La princesse insoumise

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A quinze jours du mariage arrangé qui fera d’elle la souveraine d’Angyra, Demetria apprend, stupéfaite, que c’est le frère de son fiancé officiel qu’elle va devoir finalement épouser. Alors que par sens du devoir, elle s’était résignée à une union de convenance avec un homme réservé et sans charisme, il va lui falloir épouser Kristo Stanrakis, un play-boy arrogant et hautain, qui n’a aucun respect pour elle et prétend même pouvoir la séduire sans mal. Dans ces conditions, comment pourra-t-elle supporter de vivre, et régner, à ses côtés ?
Publié le : dimanche 1 avril 2012
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280238366
Nombre de pages : 160
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Un an plus tard
1.
Le prince Kristo Stanrakis était à deux doigts de piquer la première colère royale de son existence. Il jeta sa veste de smoking sur un fauteuil Louis XV tapissé de brocard et ouvrit violemment sa chemise, arrachant du même coup ses boutons en diamants. La réunion extraordinaire avec le prince Gregor, ses hommes de loi et les plus hauts dignitaires venait de prendre ïn. Le royaume allait encore une fois devoir faire face à des changements. Quant à lui, sa vie venait de basculer et il ne pouvait absolument rien faire pour échapper à son sort — ou plutôt à son devoir ! Il tournait comme un lion en cage dans l’immense pièce. Le devoir ! Comme il hassait ce mot — et comme il la détestait,elle! Un mois plus tôt, il enterrait son père, le bien aimé roi d’Angyra.Elleavait assisté aux funérailles avec son père et sa sœur.Elleafïchait un air solennel, princier, distant, sexy en diable dans un fourreau noir qui épousait ses formes. Il ne l’avait pas revue depuis près d’un an mais, dès qu’il avait croisé son regard, c’était comme s’il avait
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revécu ces moments de passion sur la plage, avec elle. Un mélange de culpabilité, de rage et de désir s’était aussitôt emparé de lui. En sa présence, il se sentait de nouveau coupable d’avoir trahi son frère. Il ne voulait rien avoir à faire avec elle et, pourtant, il la désirait comme jamais il n’avait désiré aucune femme. Il s’était néanmoins préparé, après les funérailles, à la revoir deux semaines plus tard, lorsqu’elle épouserait le prince Gregor. Mais voilà que tout avait changé. Mikhael entra, une bouteille d’ouzo sous le bras et deux verres à la main. — Je me suis dit que ça te ferait du bien, dit-il en remplissant les verres. Kristo vida le sien d’un trait, heureux de sentir l’alcool fouetter ses sens. — Tu te doutais que Gregor était malade ? — Non. Il paraissait fatigué, ces derniers temps, il se plaignait de maux de tête et de vertiges, mais j’ai pensé que c’était à cause du stress. Kristo avait pensé la même chose. Jamais il n’aurait pu soupçonner que Gregor avait secrètement consulté un médecin juste avant la mort de leur père et appris, deux jours auparavant, qu’il était atteint d’une tumeur inopérable. Le pronostic était terrible. Devant l’imminence de sa mort, le prince héritier avait décidé d’abdiquer devant le Conseil d’Etat la veille de son accession au trône. L’annonce ofïcielle avait été faite une heure auparavant. Par ordre de naissance, la couronne revenait donc à Kristo. Il était le nouveau prince héritier, d’où la réunion extraordinaire du Conseil. A moins que le Conseil ne le juge totalement inapte à régner — ce qui n’était pas impossible, étant donné sa réputation —, la cérémonie
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d’accession au trône aurait lieu le lendemain, à 11 heures précises. Et, comme si cela ne sufïsait pas, il était aussi dans l’obligation d’honorer le contrat de ïançailles de son frère! Il devait épouser Demetria Andreou dans moins de deux semaines ! Je n’ai pas hâte d’être à demain, dit-il d’un air s ombre. — Personnellement, je pense que tu feras un bon roi, déclara Mikhael. Kristo en était moins sûr. Même s’il avait toujours honoré ses fonctions au sein du Conseil d’Etat, siégeant à toutes les réunions, il n’était pas très attentif à ce qui s’y disait car il n’y jouait en réalité qu’un rôle honoriïque. Il prenait beaucoup plus au sérieux son rôle d’am-bassadeur, qui lui avait permis de partager la table des personnalités ofïcielles du monde entier. De jouer et de faire la noce, selon son père. Ce cadre informel lui avait aussi rendu service et son éloignement d’Angyra lui avait donné la liberté de faire ce qu’il aimait vraiment. Tout cela appartiendrait bientôt au passé. Comment Demetria allait-elle accueillir ce changeme nt de programme ? Kristo s’immobilisa devant la fenêtre et contempla les jardins en terrasse qui descendaient vers la mer céruléenne. Il n’avait pas envie d’être roi et encore moins envie d’épouser cette femme! Hélas, la seule manière d’échapper à ce destin était de mourir ou de quitter son pays, et il était incapable de se soustraire à son devoir. — Gregor semble certain qu’Andreou ne trouvera rien à redire à ce changement de programme, dit Mikhael. Mais il soupçonne la ïancée de ne pas être du même avis. — On se moque de son avis. Elle doit obéir à son devoir. — Certes, mais elle ne te connaît absolument pas.
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D’une certaine manière, c’était vrai ; d’une autre, ils se connaissaient intimement. — Comme Gregor l’a fait remarquer tout à l’heure, reprit-il, le contrat de ïançailles stipule que Dem etria doit épouser le prince héritier. Je suppose qu’elle est au courant. — Je te trouve bien cynique. — Je suis seulement pragmatique. Demetria et moi-même devons nous soumettre aux mêmes lois. Il n’y a pas à discuter. La famille royale des Stanrakis obéissait à une règle ancienne et immuable : tous les futurs rois devaient être issus de la noblesse grecque. Et les princes héritiers devaient épouser des aristocrates grecques. Choisie par feu le roi, Demetria avait été élevée pour devenir la prochaine reine d’Angyra. Elle était issue d’une lignée adéquate : sa mère était issue d’une vieille famille aristocratique. Certes, les origines de Sandros Andreou étaient moins pures. Cet homme avait bien souvent irrité Kristo ; quant à Demetria, elle avait le don d’exciter son désir autant que sa colère. — Je continue à penser qu’il serait bon que tu t’en-tretiennes en particulier avec elle dès demain, déclara son frère. Cela calmerait ses craintes. Kristo contempla le fond de son verre et, peu à peu, retrouva le sourire. — Oui, tu as raison. Il allait lui parler. Il lui ferait savoir qu’il ne tolérerait aucune aventure et la ferait surveiller étroitement, étant bien placé pour savoir qu’on ne pouvait pas lui faire conïance.
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* * *
Le lendemain, lors de la cérémonie d’accession au trône, Demetria brillait malheureusement par son absence. Sandros Andreou s’inclina devant Kristo du mieux que l’y autorisait sa corpulence. — Veuillez excuser ma ïlle, Votre Majesté. Quelques heures avant que le prince Gregor n’abdique, Demetria est partie faire des achats pour son trousseau. Depuis, je n’ai pas réussi à la joindre sur son portable. — Elle est seule ? Le vieil homme haussa les épaules. — Je l’ignore. — Et vous ne savez pas où elle est ? Vous ne pouvez pas envoyer quelqu’un à sa recherche ? Le visage de Sandros Andreou devint rouge de confusion. — Je ne sais pas exactement où la chercher, Votre Majesté. Sa sœur prétend qu’elle est à Istanbul, mais sa domestique pense qu’elle est en Italie. — C’est intolérable, s’écria Kristo. Elle peut être n’importe où, avec n’importe qui. Qui sait si elle n’est pas avec un homme ! — Soyez assuré que, dès son retour, je lui demanderai de contacter… Kristo ït taire Sandros Andreou d’un geste impérieux qui lui rappela étrangement le geste que faisait son père en pareille circonstance. Un geste qu’il détestait. — Je vais m’en occuper moi-même. Etant donné les derniers événements, il serait bon que votre ïlle demeure au palais jusqu’au mariage. — Pendant douze jours ? Hum, naturellement, Votre Majesté. — Votre famille et vous-même pourrez proïter du pavillon des invités la veille de la cérémonie. — La veille ? — Oui. Vous pouvez disposer. Le vieil homme esquissa une nouvelle courbette et sortit.
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Kristo se leva et gagna la fenêtre. Il ne s’était pas senti aussi nerveux depuis longtemps. Il contempla la crête montagneuse au loin. Les gracieux cyprès et les groupes d’oliviers qui couvraient le paysage aride cachaient la ressource la plus précieuse d’Angyra : l’or de Rhoda, un or légèrement rosé prisé dans le monde entier. Cet or extrait des mines de Chrysos avait apporté aux Stanrakis une richesse incommensurable. Il avait fait de ce royaume insulaire un haut lieu touristique où l’on afuait en masse pour acheter des coliïchets taillés dans le précieux métal. L’île possédait aussi un autre trésor inestimable : les tortues marines. Kristo avait fait de la protection de leurs zones de pontes un déï personnel et, peu à peu, avait été amené à soutenir des programmes similaires dans le reste du monde. Qui allait prendre sa relève à présent ? — Qu’est-ce que tu comptes faire? demanda Mikhael. La réponse lui paraissait couler de source. — Retrouver Demetria et l’amener ici. — Mais votre mariage a lieu dans moins de deux semaines. Une femme a beaucoup de choses à faire avant son mariage. — Elle pourra faire tout ce qu’elle voudra depuis le palais. De son côté, il pourrait la surveiller de près. Pas ques-tion pour elle d’aller se balader sur la plage et de folâtrer avec des inconnus la veille deleurmariage ! — Et si elle refuse ? — Tu crois que je vais lui laisser le choix ? Mikhael ouvrit de grands yeux. — Tu ne comptes tout de même pas l’enlever ? — Si, parfaitement.
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* * *
Dans une échoppe d’Istanbul, Demetria Andreou déroulait tranquillement un rouleau de coton d’Egypte. Elle observait la manière dont l’étoffe aux reets d’argent, decuivreetdortombaitpar-dessussonbras,commeunechute d’eau bouillonnante. Son cœur s’emballa : lorsqu’un tissu s’animait avec autant de grâce, c’était l’assurance que le vêtement qu’on y taillerait prendrait littéralement vie. — Combien de rouleaux de ce tissu avez-vous ? — Seulement un, répondit le marchand. Vous aimez ? Elle l’adorait ! Il se plissait avec grâce et était d’une sensualité incroyable sur la peau nue. Et s’il n’y en avait qu’un rouleau, elle était sûre qu’aucun couturier ne taillerait un autre vêtement dans ce tissu. Elle préférait se fournir sur des marchés peu connus pour garantir l’originalité de ses créations. Le meilleur couturier du monde n’était rien sans les tissus appropriés. Et quand la magie opérait, Demetria savait qu’elle avait créé un modèle digne des plus grandes maisons de couture. — Il est parfait, répondit-elle au marchand. Je le prends. Lemarchandleposapar-dessuslesautresrouleauxqu’elle avait choisis et s’éclipsa pour aller chercher d’autres échantillons haut de gamme. Demetria caressa sa trouvaille, excitée mais aussi déçue de ne pas pouvoir superviser elle-même la fabrication de ses modèles. Tout avait changé très vite pour elle depuis la mort du vieux roi. Dans deux semaines, elle épouserait Gregor et devien-drait reine. Elle n’aurait donc pas la possibilité d’être dans les coulisses tandis que des mannequins présenteraient ses modèles sur les podiums. Oui, pendant que son collaborateur Yannis préparerait seul leurs débuts dans la mode, autrement dit la réalisation de leur rêve, elle épouserait le roi Gregor Stanrakis. Cette pensée la ït frémir. Comment pouvait-elle épouser Gregor, alors que
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Kristo seul était l’objet de ses fantasmes, depuis un an ? Commentpourrait-ellecôtoyersonbeau-frèresansêtreassaillie par le souvenir de ses baisers, de ses caresses ? Le marchand revint avec d’autres rouleaux, la tirant de ses pensées tumultueuses. Elle n’eut aucun mal à se décider pour les deux premiers, qui correspondaient exactement à ce qu’elle recherchait. Mais elle sentit l’excitation la gagner en voyant la lumière danser sur le dernier rouleau. Ce tissu était-il bleu ? Vert ? C’était un mélange des deux addi-tionné d’un reet magenta. Cette féerie de couleurs changeait constamment à la lumière. Les tonalités chaudes des rouges et des ors, alliés aux bleus et à l’argent attiraient le regard comme un aimant. Ce tissu n’était pas simplement somptueux, il était royal. — Je suis désolé d’avoir sorti celui-là, ït le marchan d en voulant le remporter. Il a été abîmé pendant le transport et doit être détruit. Mettre au rebut une telle beauté ? Ce serait un crime ! Il était idéal pour la robe ample, souple, virevoltante, qu’elle voulait créer pour elle. — Je vous prends ce qui est intact. — Mais il doit y avoir seulement sept mètres, peut-être moins… — Cela me sufït. Veuillez l’emballer séparément, s’il vous plaît. Ses achats terminés, et la livraison du tissu organisée — Yannis le réceptionnerait à Athènes —, Demetria quitta l’échoppe avec un sentiment de profonde tristesse. Une fois mariée, il ne serait plus question pour elle de sorties comme celle-là. Elle serait entourée de gar des du corps, aurait sans cesse des obligations. Au fond, elle serait prisonnière.
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Ses heures de liberté étaient désormais comptées. et les douze jours à venir allaient ïler à toute allure. Comme elle s’était contentée d’un fruit au réveil, elle décida de s’acheter quelque chose à grignoter. Mais elle devait se hâter : pas question de manquer le ferry si elle ne voulait pas que son père fasse une nouvelle colère. Elle s’engageait dans la rue quand une limousine la contourna et s’arrêta devant elle. En un clin d’œil, les portières s’ouvrirent et deux hommes en jaillirent pour se diriger vers elle. Ils étaient de carrure impressionnante, et ils avaient l’air menaçant. Elle songea à courir mais, avant qu’elle ait pu faire le moindre geste, un troisième homme sortit de la limousine. Elle se ïgea en le reconnaissant. Le prince Kristo d’Angyra. Son regard glacial la ït frémir. Kaló apóyevma, Demetria. Ce salut poli n’était assorti d’aucun sourire. Elle déglutit avec peine. Quest-cequeçasigniïe? — Je vais vous escorter jusqu’à Angyra. Votre mariage avec le roi aura lieu dans douze jours. — Je suis parfaitement au courant de la date à laquelle je dois épouser Gregor, mais je ne vois pas pour quelle raison j’arriverais si tôt avant la cérémonie. — Je vois que vous ignorez la nouvelle : Gregor a abdiqué hier. — Quoi ? — Je vous en prie : montez. Je ne souhaite pas pour-suivre cette conversation dans la rue. Flanquéededeuxarmoiresàglace,avait-ellevraimentle choix? L’estomac noué, Demetria s’avança vers l’homme qui occupait tous ses rêves depuis un an. Quand il la saisit par le coude, elle sursauta, comme
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électrocutée. Ce simple contact avait sufï à l’enammer, à la faire trembler d’un désir qu’elle avait jusque-là tout fait pour repousser. S’armant contre l’attraction qu’il exerçait sur elle, Demetria se concentra sur l’incroyable nouvelle : Gregor nétaitpasroi.SiKristodisaitvrai,commentpouvait-ellese marier dans moins de deux semaines ? Consciente qu’elle n’obtiendrait de réponse qu’en se montrant docile, elle prit place sur la banquette arrière, le plus loin possible de Kristo. Il semblait occuper tout l’espace restant, tant sa présence était imposante. — Quelle est cette histoire d’abdication ? — Peu après la mort du roi, Gregor a découvert qu’il avait une tumeur au cerveau. Pour éviter au pays d’enterrer deux rois à la suite, et pour ne pas laisser une jeune veuve, il a décidé d’abdiquer. Demetria porta une main à sa bouche. Même s’il n’y avait aucune affection entre eux, elle était très peinée d’apprendre cette triste nouvelle. — Le pauvre… Je suis vraiment désolée. — Epargnez-moi ces simagrées. Nous savons tous deux que vous vous moquez complètement de mon frère. Sans cela, vous ne vous seriez pas offerte aussi librement à un homme que vous ne connaissiez même pas. Elle eut un mouvement de recul, comme s’il l’avait giée. Inutile de nier. Mais elle n’allait pas se laisser insulter sans rien faire, ni se laisser intimider par son air arrogant. — C’est vrai, j’ai commis une grave erreur de juge-ment et j’ai regretté ce faux pas chaque jour depuis que je l’ai commis… Mais j’étais… incapable de contrôler mes émotions. Voilà, elle l’avait dit. Mais cet aveu parut le rendre encore plus furieux. Qu’était devenu l’homme qu’elle
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