La rançon du désir

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Angleterre, 1188.Lady Madeline de Courcey ne peut croire à son malheur : pupille du roi quelques heures plus tôt, voilà qu’elle se retrouve assujettie au comte Ian de Canmore, qui ne fait pas mystère du mépris qu’elle lui inspire. Ian, qui n’hésite pas à l’humilier par ses insinuations, l’accusant à demi-mots de jouer de ses charmes pour servir ses intérêts. Furieuse, et désespérée à l’idée de dépendre de cet homme aussi troublant qu’arrogant, Madeline refuse de se soumettre. Si le comte la croit capable de manipuler les hommes, elle compte bien lui prouver qu’il ne fait pas exception à la règle !
Publié le : vendredi 1 juin 2012
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EAN13 : 9782280255073
Nombre de pages : 320
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Chapitre 1
Château de Wyndham, nord de l’Angleterre L’an de grâce 1188
— Je vous assure, Ian, le malheureux est complètement tombé sous la coupe de cette sorcère et vous devez abso-lument fare quelque chose! s’écra lady Elzabeth d’une vox tremblante d’émoton. Etonné par cette véhémence, Ian de Canmore, comte de Margll et segneur de Wyndham, enila la seconde manche de sa chemse et se tourna vers son nterlocutrce, qu fasat les cent pas d’un bout à l’autre de la vaste pèce. — Vous semblez dans tous vos états, madame ma mère, observa-t-l avec une affectueuse légèreté de ton. Votre chevelure en est ébourffée comme le plumage d’un oseau en colère! D’un geste machnal, lady Elzabeth lssa ses mèches grsonnantes et leva vers son beau-ils un regard mplorant. Obéssant à cette muette njoncton, Ian adressa un sgne dscret à son page, qu it sortr les valets de la pèce avant de s’éclpser lu-même. Lorsqu’l n’y eut plus à proxmté la mondre orelle
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ndscrète, le chevaler se pencha vers sa belle-mère et lu prt la man. — Allons, ce n’est certanement pas auss séreux que vous le croyez! déclara-t-l avec assurance. Mas lady Elzabeth lu enserra les dogts d’une iévreuse étrente. — Vous ne vous rendez pas compte, Ian! s’exclama-t-elle. Vous avez séjourné trop longtemps en Irlande, pus en France, pour cette affreuse guerre… Elle s’nterrompt ain d’examner la ccatrce qu zébrat la clavcule du jeune homme. — Qu vous a sogné? nterrogea-t-elle. — Le chrurgen du ro, après la batalle de Châteauroux. Elzabeth appuya un dogt sur la char encore vulnérable et Ian retnt une grmace de douleur. Pendant le combat, un éclat de lance avat pénétré dans son haubert et lu avat entallé la char sur une vngtane de centmètres. La blessure n’état peut-être pas profonde, mas elle état d’une largeur mpressonnante. — C’est une vlane estailade, dt sa belle-mère, mas la ccatrce est sane et je n’aura pas beson de la recoudre. Elle poussa un léger soupr et Ian vt se reformer entre ses sourcls le pl souceux qu’elle avat déjà au front lorsqu’elle état entrée dans sa chambre quelques mnutes plus tôt, pour lu offrr le surcot brodé qu’elle lu avat confectonné avec amour pendant les longs mos de son absence. — Ne vous nquétez donc pas, ma mère, lu dt douce-ment le chevaler. Wll a déjà dx-sept ans et l est normal qu’l fasse la cour à une femme! Mas lady Elzabeth secoua lentement la tête. — Vous ne l’avez pas revu depus son adoubement, réplqua-t-elle, et vous ne pouvez pas savor à quel pont l
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a changé. Je vous le ds, Ian, votre frère est prs dans les rets de cette catn! Ce fut au tour de Ian de froncer les sourcls devant la dureté nattendue de ces paroles. Connue pour sa généro-sté et sa compasson à l’égard des pauvres, Elzabeth de Canmore dsat rarement du mal de qu que ce fût, surtout d’une femme qu’elle n’avat jamas vue de sa ve! — Bah! it-l en haussant les épaules, l faut ben que Wll jette un peu sa gourme avant de se marer. Cela ne lu fera pas de mal de courtser quelques belles dames avant de se ranger déintvement ! Les yeux bruns de sa belle-mère s’assombrrent de nouveau et l comprt qu’l avat fat fausse route. — Wllam ne vous ressemble pas, mon ils, assura trstement lady Elzabeth. Il n’est pas doué comme vous pour les jeux de la galantere! Cette remarque eut le don d’amuser Ian, qu eut le plus grand mal à refréner un sourre. Lorsqu’l avat asssté sx mos plus tôt à l’adoubement de son frère, l s’état rendu compte que le jeune homme avat déjà un franc succès auprès des dames de la cour, qu répandaent les bruts les plus atteurs sur ses capactés amoureuses! Mas cette nformaton n’état évdemment pas fate pour les orelles d’une mère amante, se dt-l avec une tendre rone. — Vous vous tourmentez pour ren, madame ma mère, assura-t-l. Wll est assez jeune pour jour gaement de son nouveau statut de chevaler, mas déjà assez homme pour être conscent de ses responsabltés. Il ne fat que s’amuser avec cette femme, soyez-en sûre! Elzabeth poussa un nouveau soupr. — C’est ce que j’a cru, mo auss ! avoua-t-elle. J’a d’abord pensé qu’l s’agssat là tout bonnement d’un caprce. Mas, depus quelques semanes, les lettres de
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Wll ne parlent plus que de Madelne de Courcey. Elle l’a lttéralement ensorcelé! Une expresson de détresse contracta ses trats et Ian comprt qu’elle état beaucoup plus penée qu’l n’aurat pu l’magner. — Asseyez-vous près du feu pendant que j’achève de m’habller, enjognt-l. Nous allons parler ensute séreu-sement ! Lorsqu’l rejognt sa belle-mère quelques nstants plus tard devant le foyer, l ne put retenr un soupr de satsfacton. Segneur, songea-t-l en étendant ses longues jambes devant les ammes, comme l état bon de se retrouver enin chez so, après plus d’un an de pérégrnatons! — Voulez-vous vous désaltérer? nterrogea lady Elzabeth. Et comme Ian acquesçat, elle appela une servante, qu s’empressa d’apporter un broc de vn. Après avor déposé son fardeau devant le foyer, cette dernère enroula un épas tssu autour du tsonner, qu’on avat ms à chauffer sous les brases. Pus elle plongea l’nstrument rougeoyant dans le pchet et lassa le breuvage se réchauffer quelques nstants, tands qu’une douce odeur de muscade et de cannelle se répandat dans la pèce. Lorsque le vn fut prêt, la jeune flle le versa dans une coupe d’argent, qu’elle tendt respectueusement à sa maîtresse. Pus elle en remplt une seconde pour Ian et accompagna cette fos son offrande d’un coup d’œl frpon. Manfestement, la haute stature et les trats inement cselés du chevaler avaent fat mpresson sur elle, et son regard dsat clarement qu’elle aurat amé ler un peu meux connassance avec lu ! Conscente de ce manège, Elzabeth fronça les sourcls, mas Ian, pour sa part, se contenta de jeter une œllade complce à la jeune servante, dont les cheveux blonds et
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l’accorte slhouette n’étaent pas sans attrats. Il la suvt des yeux lorsqu’elle qutta la chambre en roulant des hanches et songea qu’l aurat peut-être meux à fare ce sor-là que de dormr sagement pour se remettre des fatgues du voyage, comme l se l’état proms! — Connassez-vous cette Madelne de Courcey ? lu demanda sa belle-mère. Ian tressallt et se tourna de nouveau vers lady Elzabeth, un sourre contrt aux lèvres. — Je l’a rencontrée l y a près de dx ans, réplqua-t-l. Elle n’état encore qu’une enfant et n’avat ren qu pût tourner la tête d’un homme, je vous en réponds! Jamas je n’a vu une illette auss magre. Ses yeux mmenses lu mangeaent lttéralement le vsage et ses bras n’étaent guère plus gros que des brndlles. S vous l’avez vue comme mo, vous ne prétendrez pas qu’elle a des pouvors de sorcère! — Elle a enterré depus lors deux mars, rétorqua Elzabeth en hochant la tête d’un ar snstre. Tous deux sont morts après douze mos à pene de marage avec cette créature! — Le premer avat plus de soxante ans lorsqu’l a épousé sa femme-enfant et son décès n’avat ren d’étonnant! — Et le second? nterrogea lady de Canmore d’un ton acerbe. Il état jeune et robuste, lu ! — Il est tombé sur un champ de batalle, devant un ennem supéreur en nombre, qu’l avat chargé mprudem-ment sans attendre les renforts! — Et comment explquer cette atttude pour le mons étrange? demanda Elzabeth d’un ton rche de sous-entendus. — Je dra pour ma part que le malheureux avat plus de courage que de cervelle! — A mons que le ils du ro n’at fomenté cette attaque pour se débarrasser de lu ! nsnua lady de Canmore. Tout
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le monde sat que le prnce Jean est lu auss sous le charme de cette Madelne de Courcey! Ian se contenta de secouer la tête à cette accusaton. Ben que le ro Henr II amât tendrement son plus jeune ils et apprécât ses qualtés de combattant, jamas l ne lu aurat lassé la mondre responsablté dans le déroulement d’une batalle! songea-t-l. C’état là pure spéculaton de la part de lady Elzabeth, mas, comme l savat que sa belle-mère ne s’embarrassat pas de logque dès lors qu’l s’agssat de l’ntérêt de sa progénture, l se contenta d’avaler une gorgée de vn avant de sourre paresseusement. — La dernère fos que j’a vu Wllam, déclara-t-l, l ne m’a entretenu que de son adoubement et des dvers combats auxquels l avat prs part. Il n’a pas été queston un seul nstant de lady Madelne, n d’aucune autre dame en partculer. — C’est après votre départ qu’l l’a rencontrée, lorsqu’elle a été rappelée à la cour après la mort de son second mar. — Pourquo résde-t-elle auprès du ro, nterrogea Ian, alors qu’elle possède tant de domanes? — On dt que c’est le prnce Jean qu a supplé le ro de la fare venr. Quo qu’l en sot, Wll ne parle plus que d’elle dans ses mssves. Il ne tart pas sur son esprt, sa dgnté, sa grâce… et même ses talents d’écuyère! Ian eut un sourre nvolontare devant cette énumératon. — Vous croyez que j’exagère? protesta Elzabeth. Eh ben, lsez vous-même! Elle tra un parchemn des pls de son surcot et le tendt à son beau-ils. Penché vers la lueur du feu, le chevaler déchffra la mssve de son frère et ne put retenr un sourre. Wll décdément ne cragnat pas le rdcule, songea-t-l, dès lors qu’l s’agssat de décrre les attrats de sa dame! Dans quelques années,
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cette prose eure le ferat sans doute rre lu-même. Mas, en attendant, quel étalage de qualicatfs hyperbolques! A le lre, l semblat vrament que lady Madelne fût la déesse Vénus en personne! Parvenu au derner paragraphe de la lettre, Ian fronça cependant les sourcls. Wllam achevat en effet son épître par une comparason fort malvenue entre sa iancée et Mme de Courcey. S’l fallat l’en crore, la jeune ille à laquelle l état proms depus l’enfance semblat ben terne à côté de la sulfureuse Madelne! — Vous voyez! reprt lady Elzabeth, qu n’avat cessé d’observer le vsage de son vs-à-vs. Wll semble même envsager de rompre ses iançalles! C’est pourtant son père qu les a arrangées avant sa mort. — Wllam a le sens de l’honneur, assura Ian d’un ton grave, et je ne le cros pas capable de désavouer cette promesse sacrée! — Mas, jusqu’à présent, l n’avat jamas exprmé la mondre crtque à l’égard de sa iancée. Alca est une gente ille, douce et ben élevée, et elle sera pour lu l’épouse déale. Du reste, l la connaît depus l’enfance et s’est toujours fort ben entendu avec elle. Conscent de l’nquétude qu tourmentat sa belle-mère, Ian se pencha vers elle et lu enserra les mans d’une affec-tueuse étrente. Après toute une année d’absence, n’état-l pas temps qu’l retrouvât auprès d’elle son rôle de protecteur? songea-t-l. Il y avat plus de dx ans qu’l assumat cette foncton, qu ne lu avat jamas pesé le mons du monde. — Soyez en pax, madame ma mère, murmura-t-l. Comme l fallat s’y attendre, Wll fat ses premères armes dans les joutes de l’amour courtos. S cela peut vous rassurer, je fera un voyage dans le Sud spécalement pour lu parler et j’en proitera pour ixer la date de son marage
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avec demoselle Alca. La perspectve de devor gérer non seulement ses propres terres mas celles de sa femme le dstrara de son engouement pour cette lady Madelne, qu vous effrae tant ! Elzabeth eut ce sourre charmant que son mar autrefos avat tant amé et qu n’avat pas prs une rde avec l’âge. — Je vous remerce, mon ils, déclara-t-elle. Je savas que vous ferez ce qu’l faut pour détourner Wll de cette mauvase femme! Ian se leva et déposa un tendre baser sur la joue de sa belle-mère. — Vous pouvez compter sur mo, assura-t-l. Il lu tendt la man pour l’ader à se lever et l’escorta jusqu’à la grande salle du rez-de-chaussée, tout en s’efforçant de garder un ar enjoué. Mas, malgré cette serene apparence, le chevaler ne se sentat ren mons que rassuré à l’égard de son frère. Le ton de la lettre de Wll l’avat beaucoup plus troublé qu’l ne consentat à le dre. Ce n’étaent pas là en effet les conidences d’un jouvenceau en mal d’amours romanesques, s’avoua-t-l, mas ben celles d’un homme séreusement prs dans les rets de la passon! De plus, l’dée que Wll se fût éprs d’une femme qu passat pour la maîtresse d’un prnce royal n’avat ren pour lu plare. Les membres de la dynaste angevne amaent et haïssaent avec une égale ardeur, et l n’état pas bon d’aller sur leurs brsées. Jean, le plus jeune des hut enfants du ro Henr et de la rene Alénor, avat le sang auss chaud que ses frères et Wllam avat tout ntérêt à ne pas éveller sa vndcte en badnant de trop près avec sa maîtresse ! conclut le chevaler. Parvenu dans le grand hall avec sa belle-mère, l dut ralentr le pas pour saluer les servteurs et les vassaux qu s’étaent rassemblés là, mpatents de lu souhater la ben-
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venue. Ian échangea avec chacun d’eux nclnatons de tête et amènes paroles, et ce devor de cvlté l’ada à oubler ses préoccupatons. Après tout, se dt-l, l état habtué à prendre son eficacement de sa famlle et saurat ben trer Wll des grffes de cette lady Madelne, pour peu que cela devînt nécessare! — Ian! s’écra à cet nstant une fraîche vox de illette. Ans nterpellé, le comte n’eut que le temps de lâcher la man de sa belle-mère pour recevor dans les bras un vértable tourbllon de jupes brodées et de longues tresses couleur de mel ! — Ouf ! s’exclama-t-l en soulevant sa jeune sœur, vous avez prs au mons vngt lvres depus un an, Cat ! Et qu’est-ce donc que ces nouveaux falbalas, pette coquette? Ian et la nouvelle venue, une ravssante illette de dx prntemps, éclatèrent tous deux de rre à cette taqune remarque et lady Elzabeth les contempla avec un sourre ndulgent. Mas déjà, le comte se tournat vers un garçonnet de douze ans qu accourat à son tour vers lu. — Oh ! Ian, mplora celu-c après avor reprs son soufe, l faut absolument que vous me racontez la batalle de Châteauroux dans les mondres détals! Les autres pages m’ont proms de me donner leur dessert pendant un mos s je leur explque par le menu le déroulement du sège. Le comte passa une man affectueuse dans les cheveux de Dckson et se mt en devor de répondre à ses questons, tands que Catherne s’accrochat à son autre bras. A ce spectacle, lady Elzabeth sentt son cœur palpter de tendresse. Comme ls étaent beaux tous les tros, constata-t-elle, avec leurs cheveux du même blond que dorat doucement le solel hvernal ! Evdemment, Ian fasat un peu plus que ses vngt-hut ans, mas c’état sans doute l’effet des rudes mos de guerre qu’l venat de vvre. Avec du repos, de la
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nourrture et des sons attentfs, l ne tarderat pas à perdre la rde souceuse qu plssat son front et se remplumerat quelque peu. Ou, l fallat le suralmenter, décda la bonne dame, car l état beaucoup trop magre, malgré son torse pussant et ses cusses musclées de guerrer ! Parvenue à ce pont de ses réexons, lady Elzabeth poussa un léger soupr. S seulement son beau-ils pouvat se remarer! songea-t-elle pour la mllème fos. Il lu fallat une femme capable de le prendre en man, de veller sur lu et de lu donner tout l’amour qu’l mértat. Celle qu’l avat épousée dx ans plus tôt n’avat pas eu assez de caractère pour dompter son fougueux mar et elle état morte des sutes d’une mauvase ièvre, quelques mos à pene après ses noces. Depus, Ian n’avat trouvé que trop de maîtresses complasantes dans son entourage et ne s’état pas donné la pene de convoler une seconde fos. N’avat-l pas coutume de dre qu’en fat d’affecton fémnne celle de sa belle-mère et de ses dem-sœurs lu sufisat ? Attendre par cette rémnscence, Elzabeth regarda ses enfants avec amour. Deu l’avat décdément béne en lu donnant une telle progénture, se dt-elle. Ne lu avat-l pas accordé tros ils et tros illes, qu avaent eu tous la chance de passer le cap de la pette enfance? Quant à Ian, l n’état peut-être pas l’enfant de sa char, mas l état ndénablement celu de son cœur et lu état auss cher que ses frères et sœurs. Plût au cel qu’l ne leur arrvât jamas le mondre mal ! conclut-elle avec ferveur. A cette pensée, lady de Canmore fronça de nouveau les sourcls et tâta le parchemn qu’elle avat rems dans sa poche. Deu merc, Ian état de retour ! Il parlerat à Wll et mettrat in au caprce qu le poussat vers cette créature, dont la mauvase réputaton avat attent même les lontanes terres du Nord. Evdemment, ce ne serat sans doute pas
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