Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Achetez pour : 3,49 €

Téléchargement

Format(s) : EPUB

avec DRM

Publications similaires

Vous aimerez aussi

suivant
Chapitre 1
Château de Wyndham, nord de l’Angleterre L’an de grâce 1188
— Je vous assure, Ian, le malheureux est complètement tombé sous la coupe de cette sorcère et vous devez abso-lument fare quelque chose! s’écra lady Elzabeth d’une vox tremblante d’émoton. Etonné par cette véhémence, Ian de Canmore, comte de Margll et segneur de Wyndham, enila la seconde manche de sa chemse et se tourna vers son nterlocutrce, qu fasat les cent pas d’un bout à l’autre de la vaste pèce. — Vous semblez dans tous vos états, madame ma mère, observa-t-l avec une affectueuse légèreté de ton. Votre chevelure en est ébourffée comme le plumage d’un oseau en colère! D’un geste machnal, lady Elzabeth lssa ses mèches grsonnantes et leva vers son beau-ils un regard mplorant. Obéssant à cette muette njoncton, Ian adressa un sgne dscret à son page, qu it sortr les valets de la pèce avant de s’éclpser lu-même. Lorsqu’l n’y eut plus à proxmté la mondre orelle
7
ndscrète, le chevaler se pencha vers sa belle-mère et lu prt la man. — Allons, ce n’est certanement pas auss séreux que vous le croyez! déclara-t-l avec assurance. Mas lady Elzabeth lu enserra les dogts d’une iévreuse étrente. — Vous ne vous rendez pas compte, Ian! s’exclama-t-elle. Vous avez séjourné trop longtemps en Irlande, pus en France, pour cette affreuse guerre… Elle s’nterrompt ain d’examner la ccatrce qu zébrat la clavcule du jeune homme. — Qu vous a sogné? nterrogea-t-elle. — Le chrurgen du ro, après la batalle de Châteauroux. Elzabeth appuya un dogt sur la char encore vulnérable et Ian retnt une grmace de douleur. Pendant le combat, un éclat de lance avat pénétré dans son haubert et lu avat entallé la char sur une vngtane de centmètres. La blessure n’état peut-être pas profonde, mas elle état d’une largeur mpressonnante. — C’est une vlane estailade, dt sa belle-mère, mas la ccatrce est sane et je n’aura pas beson de la recoudre. Elle poussa un léger soupr et Ian vt se reformer entre ses sourcls le pl souceux qu’elle avat déjà au front lorsqu’elle état entrée dans sa chambre quelques mnutes plus tôt, pour lu offrr le surcot brodé qu’elle lu avat confectonné avec amour pendant les longs mos de son absence. — Ne vous nquétez donc pas, ma mère, lu dt douce-ment le chevaler. Wll a déjà dx-sept ans et l est normal qu’l fasse la cour à une femme! Mas lady Elzabeth secoua lentement la tête. — Vous ne l’avez pas revu depus son adoubement, réplqua-t-elle, et vous ne pouvez pas savor à quel pont l
8
a changé. Je vous le ds, Ian, votre frère est prs dans les rets de cette catn! Ce fut au tour de Ian de froncer les sourcls devant la dureté nattendue de ces paroles. Connue pour sa généro-sté et sa compasson à l’égard des pauvres, Elzabeth de Canmore dsat rarement du mal de qu que ce fût, surtout d’une femme qu’elle n’avat jamas vue de sa ve! — Bah! it-l en haussant les épaules, l faut ben que Wll jette un peu sa gourme avant de se marer. Cela ne lu fera pas de mal de courtser quelques belles dames avant de se ranger déintvement ! Les yeux bruns de sa belle-mère s’assombrrent de nouveau et l comprt qu’l avat fat fausse route. — Wllam ne vous ressemble pas, mon ils, assura trstement lady Elzabeth. Il n’est pas doué comme vous pour les jeux de la galantere! Cette remarque eut le don d’amuser Ian, qu eut le plus grand mal à refréner un sourre. Lorsqu’l avat asssté sx mos plus tôt à l’adoubement de son frère, l s’état rendu compte que le jeune homme avat déjà un franc succès auprès des dames de la cour, qu répandaent les bruts les plus atteurs sur ses capactés amoureuses! Mas cette nformaton n’état évdemment pas fate pour les orelles d’une mère amante, se dt-l avec une tendre rone. — Vous vous tourmentez pour ren, madame ma mère, assura-t-l. Wll est assez jeune pour jour gaement de son nouveau statut de chevaler, mas déjà assez homme pour être conscent de ses responsabltés. Il ne fat que s’amuser avec cette femme, soyez-en sûre! Elzabeth poussa un nouveau soupr. — C’est ce que j’a cru, mo auss ! avoua-t-elle. J’a d’abord pensé qu’l s’agssat là tout bonnement d’un caprce. Mas, depus quelques semanes, les lettres de
9
Wll ne parlent plus que de Madelne de Courcey. Elle l’a lttéralement ensorcelé! Une expresson de détresse contracta ses trats et Ian comprt qu’elle état beaucoup plus penée qu’l n’aurat pu l’magner. — Asseyez-vous près du feu pendant que j’achève de m’habller, enjognt-l. Nous allons parler ensute séreu-sement ! Lorsqu’l rejognt sa belle-mère quelques nstants plus tard devant le foyer, l ne put retenr un soupr de satsfacton. Segneur, songea-t-l en étendant ses longues jambes devant les ammes, comme l état bon de se retrouver enin chez so, après plus d’un an de pérégrnatons! — Voulez-vous vous désaltérer? nterrogea lady Elzabeth. Et comme Ian acquesçat, elle appela une servante, qu s’empressa d’apporter un broc de vn. Après avor déposé son fardeau devant le foyer, cette dernère enroula un épas tssu autour du tsonner, qu’on avat ms à chauffer sous les brases. Pus elle plongea l’nstrument rougeoyant dans le pchet et lassa le breuvage se réchauffer quelques nstants, tands qu’une douce odeur de muscade et de cannelle se répandat dans la pèce. Lorsque le vn fut prêt, la jeune flle le versa dans une coupe d’argent, qu’elle tendt respectueusement à sa maîtresse. Pus elle en remplt une seconde pour Ian et accompagna cette fos son offrande d’un coup d’œl frpon. Manfestement, la haute stature et les trats inement cselés du chevaler avaent fat mpresson sur elle, et son regard dsat clarement qu’elle aurat amé ler un peu meux connassance avec lu ! Conscente de ce manège, Elzabeth fronça les sourcls, mas Ian, pour sa part, se contenta de jeter une œllade complce à la jeune servante, dont les cheveux blonds et
10
l’accorte slhouette n’étaent pas sans attrats. Il la suvt des yeux lorsqu’elle qutta la chambre en roulant des hanches et songea qu’l aurat peut-être meux à fare ce sor-là que de dormr sagement pour se remettre des fatgues du voyage, comme l se l’état proms! — Connassez-vous cette Madelne de Courcey ? lu demanda sa belle-mère. Ian tressallt et se tourna de nouveau vers lady Elzabeth, un sourre contrt aux lèvres. — Je l’a rencontrée l y a près de dx ans, réplqua-t-l. Elle n’état encore qu’une enfant et n’avat ren qu pût tourner la tête d’un homme, je vous en réponds! Jamas je n’a vu une illette auss magre. Ses yeux mmenses lu mangeaent lttéralement le vsage et ses bras n’étaent guère plus gros que des brndlles. S vous l’avez vue comme mo, vous ne prétendrez pas qu’elle a des pouvors de sorcère! — Elle a enterré depus lors deux mars, rétorqua Elzabeth en hochant la tête d’un ar snstre. Tous deux sont morts après douze mos à pene de marage avec cette créature! — Le premer avat plus de soxante ans lorsqu’l a épousé sa femme-enfant et son décès n’avat ren d’étonnant! — Et le second? nterrogea lady de Canmore d’un ton acerbe. Il état jeune et robuste, lu ! — Il est tombé sur un champ de batalle, devant un ennem supéreur en nombre, qu’l avat chargé mprudem-ment sans attendre les renforts! — Et comment explquer cette atttude pour le mons étrange? demanda Elzabeth d’un ton rche de sous-entendus. — Je dra pour ma part que le malheureux avat plus de courage que de cervelle! — A mons que le ils du ro n’at fomenté cette attaque pour se débarrasser de lu ! nsnua lady de Canmore. Tout
11
le monde sat que le prnce Jean est lu auss sous le charme de cette Madelne de Courcey! Ian se contenta de secouer la tête à cette accusaton. Ben que le ro Henr II amât tendrement son plus jeune ils et apprécât ses qualtés de combattant, jamas l ne lu aurat lassé la mondre responsablté dans le déroulement d’une batalle! songea-t-l. C’état là pure spéculaton de la part de lady Elzabeth, mas, comme l savat que sa belle-mère ne s’embarrassat pas de logque dès lors qu’l s’agssat de l’ntérêt de sa progénture, l se contenta d’avaler une gorgée de vn avant de sourre paresseusement. — La dernère fos que j’a vu Wllam, déclara-t-l, l ne m’a entretenu que de son adoubement et des dvers combats auxquels l avat prs part. Il n’a pas été queston un seul nstant de lady Madelne, n d’aucune autre dame en partculer. — C’est après votre départ qu’l l’a rencontrée, lorsqu’elle a été rappelée à la cour après la mort de son second mar. — Pourquo résde-t-elle auprès du ro, nterrogea Ian, alors qu’elle possède tant de domanes? — On dt que c’est le prnce Jean qu a supplé le ro de la fare venr. Quo qu’l en sot, Wll ne parle plus que d’elle dans ses mssves. Il ne tart pas sur son esprt, sa dgnté, sa grâce… et même ses talents d’écuyère! Ian eut un sourre nvolontare devant cette énumératon. — Vous croyez que j’exagère? protesta Elzabeth. Eh ben, lsez vous-même! Elle tra un parchemn des pls de son surcot et le tendt à son beau-ils. Penché vers la lueur du feu, le chevaler déchffra la mssve de son frère et ne put retenr un sourre. Wll décdément ne cragnat pas le rdcule, songea-t-l, dès lors qu’l s’agssat de décrre les attrats de sa dame! Dans quelques années,
12
cette prose eure le ferat sans doute rre lu-même. Mas, en attendant, quel étalage de qualicatfs hyperbolques! A le lre, l semblat vrament que lady Madelne fût la déesse Vénus en personne! Parvenu au derner paragraphe de la lettre, Ian fronça cependant les sourcls. Wllam achevat en effet son épître par une comparason fort malvenue entre sa iancée et Mme de Courcey. S’l fallat l’en crore, la jeune ille à laquelle l état proms depus l’enfance semblat ben terne à côté de la sulfureuse Madelne! — Vous voyez! reprt lady Elzabeth, qu n’avat cessé d’observer le vsage de son vs-à-vs. Wll semble même envsager de rompre ses iançalles! C’est pourtant son père qu les a arrangées avant sa mort. — Wllam a le sens de l’honneur, assura Ian d’un ton grave, et je ne le cros pas capable de désavouer cette promesse sacrée! — Mas, jusqu’à présent, l n’avat jamas exprmé la mondre crtque à l’égard de sa iancée. Alca est une gente ille, douce et ben élevée, et elle sera pour lu l’épouse déale. Du reste, l la connaît depus l’enfance et s’est toujours fort ben entendu avec elle. Conscent de l’nquétude qu tourmentat sa belle-mère, Ian se pencha vers elle et lu enserra les mans d’une affec-tueuse étrente. Après toute une année d’absence, n’état-l pas temps qu’l retrouvât auprès d’elle son rôle de protecteur? songea-t-l. Il y avat plus de dx ans qu’l assumat cette foncton, qu ne lu avat jamas pesé le mons du monde. — Soyez en pax, madame ma mère, murmura-t-l. Comme l fallat s’y attendre, Wll fat ses premères armes dans les joutes de l’amour courtos. S cela peut vous rassurer, je fera un voyage dans le Sud spécalement pour lu parler et j’en proitera pour ixer la date de son marage
13
avec demoselle Alca. La perspectve de devor gérer non seulement ses propres terres mas celles de sa femme le dstrara de son engouement pour cette lady Madelne, qu vous effrae tant ! Elzabeth eut ce sourre charmant que son mar autrefos avat tant amé et qu n’avat pas prs une rde avec l’âge. — Je vous remerce, mon ils, déclara-t-elle. Je savas que vous ferez ce qu’l faut pour détourner Wll de cette mauvase femme! Ian se leva et déposa un tendre baser sur la joue de sa belle-mère. — Vous pouvez compter sur mo, assura-t-l. Il lu tendt la man pour l’ader à se lever et l’escorta jusqu’à la grande salle du rez-de-chaussée, tout en s’efforçant de garder un ar enjoué. Mas, malgré cette serene apparence, le chevaler ne se sentat ren mons que rassuré à l’égard de son frère. Le ton de la lettre de Wll l’avat beaucoup plus troublé qu’l ne consentat à le dre. Ce n’étaent pas là en effet les conidences d’un jouvenceau en mal d’amours romanesques, s’avoua-t-l, mas ben celles d’un homme séreusement prs dans les rets de la passon! De plus, l’dée que Wll se fût éprs d’une femme qu passat pour la maîtresse d’un prnce royal n’avat ren pour lu plare. Les membres de la dynaste angevne amaent et haïssaent avec une égale ardeur, et l n’état pas bon d’aller sur leurs brsées. Jean, le plus jeune des hut enfants du ro Henr et de la rene Alénor, avat le sang auss chaud que ses frères et Wllam avat tout ntérêt à ne pas éveller sa vndcte en badnant de trop près avec sa maîtresse ! conclut le chevaler. Parvenu dans le grand hall avec sa belle-mère, l dut ralentr le pas pour saluer les servteurs et les vassaux qu s’étaent rassemblés là, mpatents de lu souhater la ben-
14
venue. Ian échangea avec chacun d’eux nclnatons de tête et amènes paroles, et ce devor de cvlté l’ada à oubler ses préoccupatons. Après tout, se dt-l, l état habtué à prendre son eficacement de sa famlle et saurat ben trer Wll des grffes de cette lady Madelne, pour peu que cela devînt nécessare! — Ian! s’écra à cet nstant une fraîche vox de illette. Ans nterpellé, le comte n’eut que le temps de lâcher la man de sa belle-mère pour recevor dans les bras un vértable tourbllon de jupes brodées et de longues tresses couleur de mel ! — Ouf ! s’exclama-t-l en soulevant sa jeune sœur, vous avez prs au mons vngt lvres depus un an, Cat ! Et qu’est-ce donc que ces nouveaux falbalas, pette coquette? Ian et la nouvelle venue, une ravssante illette de dx prntemps, éclatèrent tous deux de rre à cette taqune remarque et lady Elzabeth les contempla avec un sourre ndulgent. Mas déjà, le comte se tournat vers un garçonnet de douze ans qu accourat à son tour vers lu. — Oh ! Ian, mplora celu-c après avor reprs son soufe, l faut absolument que vous me racontez la batalle de Châteauroux dans les mondres détals! Les autres pages m’ont proms de me donner leur dessert pendant un mos s je leur explque par le menu le déroulement du sège. Le comte passa une man affectueuse dans les cheveux de Dckson et se mt en devor de répondre à ses questons, tands que Catherne s’accrochat à son autre bras. A ce spectacle, lady Elzabeth sentt son cœur palpter de tendresse. Comme ls étaent beaux tous les tros, constata-t-elle, avec leurs cheveux du même blond que dorat doucement le solel hvernal ! Evdemment, Ian fasat un peu plus que ses vngt-hut ans, mas c’état sans doute l’effet des rudes mos de guerre qu’l venat de vvre. Avec du repos, de la
15
nourrture et des sons attentfs, l ne tarderat pas à perdre la rde souceuse qu plssat son front et se remplumerat quelque peu. Ou, l fallat le suralmenter, décda la bonne dame, car l état beaucoup trop magre, malgré son torse pussant et ses cusses musclées de guerrer ! Parvenue à ce pont de ses réexons, lady Elzabeth poussa un léger soupr. S seulement son beau-ils pouvat se remarer! songea-t-elle pour la mllème fos. Il lu fallat une femme capable de le prendre en man, de veller sur lu et de lu donner tout l’amour qu’l mértat. Celle qu’l avat épousée dx ans plus tôt n’avat pas eu assez de caractère pour dompter son fougueux mar et elle état morte des sutes d’une mauvase ièvre, quelques mos à pene après ses noces. Depus, Ian n’avat trouvé que trop de maîtresses complasantes dans son entourage et ne s’état pas donné la pene de convoler une seconde fos. N’avat-l pas coutume de dre qu’en fat d’affecton fémnne celle de sa belle-mère et de ses dem-sœurs lu sufisat ? Attendre par cette rémnscence, Elzabeth regarda ses enfants avec amour. Deu l’avat décdément béne en lu donnant une telle progénture, se dt-elle. Ne lu avat-l pas accordé tros ils et tros illes, qu avaent eu tous la chance de passer le cap de la pette enfance? Quant à Ian, l n’état peut-être pas l’enfant de sa char, mas l état ndénablement celu de son cœur et lu état auss cher que ses frères et sœurs. Plût au cel qu’l ne leur arrvât jamas le mondre mal ! conclut-elle avec ferveur. A cette pensée, lady de Canmore fronça de nouveau les sourcls et tâta le parchemn qu’elle avat rems dans sa poche. Deu merc, Ian état de retour ! Il parlerat à Wll et mettrat in au caprce qu le poussat vers cette créature, dont la mauvase réputaton avat attent même les lontanes terres du Nord. Evdemment, ce ne serat sans doute pas
16