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LA SARRAZINE

De
86 pages
Cette pièce de théâtre retrace la brève et singulière histoire d'amour d'Albertine et Julien Sarrazin, qui ont su s'aimer intensément dans la repoussante promiscuité que crée l'univers carcéral, ici décrite sans concessions, jusqu'à la mort d'Albertine en 1967. A travers l'évocation des « Lettres à Julien » échangées par les deux détenus entre 1958 et 1960, nous découvrons comment l'amour, dans toute sa certitude, a fait d'Albertine Damien, gamine solitaire et mal aimée, Albertine Sarrazin, une femme déterminée et indestructible.
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Julie VIREL

LA SARRAZINE
Pièce en un acte

Adaptation pour le théâtre de la vie et de l'œuvre d'Albertine SARRAZIN

L'Harmattan 5-7, me de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L 'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

Collection Théâtre des 5 Continents dirigée par Maguy Albet et Kazem Shahryari
Dernières parutions

79 -Varoujan, Judith et Holopherne, 2001.. 80 - Florent Couao-Zotti (coédition L' Harmattan/Ndzé), La diseuse de Mal-espérance, 2001. 81 - Alain Lefevre, Le Secret, 2001. 82 - Marie-Benoît Ployé, La lune sans barreaux, 2001. 83 - Carlo Goldoni (adapt. Claude des Presles), La Locandiera, 2001. 84 - Ali Badri, Ziba, l'oiseau des Quatre Sources, 2001. 85 -Florent Couao-Zotti, La diseuse de mal-espérance, 2001. 86 - M. Arriz- Tamza, Le soupir du Maure (collection Horizons), 2001. 87 -Patrick Mons, Un strapontin pour la lune, 2001. 88 -Jean-Claude Villain, Labrys, 2001. 89 -N azly Sadeghi, La sœur, 2001. 90 -Gwénaël de Boodt, Thésée aux îles ou l'utopie détroussée, 2001. 91 - Jean Baumgarten, Allergie française, 2001.

92

-

MohamedSalmawy,La dernièredanse de Salomé, 2001.

93 - Jean-Jacques Varoujan, La Voleuse d'histoires, 2001. 94 -Abdelhadi Said, Infarctus ou les mots décroisés, 2001. 95 - Gérard Astor, Des Siècles à Grenade, 2001.

96 - Bernard Yameogo, Tengembiigaou le dernierrendez-vous,2002.
97- Grégory Evrard, Un père, une mère, un fils: un mythe! Une histoire d'Œdipe, 2002. 98 - François Martinez, Chava, 2002. 99 - Dermot Bolger, Prodige à Ballymun, 2002. 100 -Abdelhadi Saïd, Infarctus ou les mots décroisés, 2002. 101 - Oscar Mandel, L'Arc de Philoctète, 2002. 102 - André De Baecque, Je vous embrasse ..., 2002. 102 bis - Carlotta Clerici, La mission, 2002. 103- Ebrahim Makki, Ainsi parlait Anatole France, 2002. 103 bis - Victor Kathémo, L'empereur Hibou l'AjJreucain, 2002. 104 - Varoujan, Pour trois femmes (seules), 2002.

PERSONNAGES

- Albertine SARRAZIN (Anne-Marie, Anick, Anne) - Julien SARRAZIN (Zi, Lou, Lien) - Oncle Jean - 1 policier Détenues: Maria Mado Simone Grand-mère Nicole

VOIX ENREGISTREE DE LA MATONNE Les rôles de Grand-mère et de Nicole peuvent être tenus pas Maria et Mado.

DU MEME AUTEUR

ESSAI
« VIA»

- « La

Pensée Universelle»

NOUVELLES

« LE RACKET»

et « LA MEPRISE»

parues dans « La Croix »

Plateau désert. Voix off d'Albertine

et Julien

ALBERTINE - Je croyais que toutes les mers étaient violettes. Celle-ci est grise et creuse. C'est le premier jour de l'été, le ciel est bas, des herbes sèches s'affolent sous le vent et retombent derrière les dunes. (un temps) ALBERTINE - Ton sang rythme en moi si fort que, par moments, je n'ai plus besoin de toi. JULIEN - J'aurais dû faire gaffe quand je te faisais l'amour, serrer un peu moins fort... On ne sait jamais assez regarder. . . ALBERTINE - Ni faim ni soif, envie de toi à crier! Ne jamais revenir, s'enrouler toi et moi dans l'étoffe profonde, siffleuse d'étranges litanies. JULIEN - C'est pour la vie nous deux, drôle de petite tête! (Il rit) Nous n'y pouvons rien, nous sommes voués aux miracles!

7

Inte'ffogatoire

de police

FLIC - (feuilletant le dossier)Née Albertine Damien... T'es née quand? ALBERTINE-Le 17 septembre 1937. FLIC - De qui ? ALBERTINE - .. . FLIC - De qui ? D'une pute qui t'as semée? Alors on reprend: t'es née quand? ALBERTINE - Je vous l'ai dit. FLIC - Oui mais moi j'aime bien l'entendre et ça m'énerve, je te préviens, quand on répond pas aux questions. T'es née quand? ALBERTINE-Le 17 septembre 1937. FLIC - Où ça? ALBERTINE - A Alger. FLIC - Ouais d'une pute, y'a pas de quoi pavoiser! Me regarde pas comme ça ou je t'en mets une! FLIC - (nez dans le dossier)...Adoptée à deux ans sous le prénom d'Anne-Marie. C'est ça? Par un médecincolonel s'il te plaît! Ah, t'es bien une enfant de pute, on peut dire que tu les as remercié tes parents. (II hurle) Tu leur en as fait baver, hein saloperie? ALBERTINE - Mon père buvait. Il criait tout le temps. FLIC - Ta gueule! Il buvait s'il voulait et y'avait de quoi gueuler. Paraît que t'as fait les 400 coups, tu courais les garçons, t'as de qui tenir, traînée! T'as fugué aussi, à treize ans, chapeau! Tu sais où ça finit
8

les gonzesses comme toi? ALBERTINE -... FLIC - Réponds, Nom de Dieu! ALBERTINE - Je m'en balance. FLIC - C'est moi qui vais t'en balancer une! (fIla gifle) Ecoute bien, je vais te dire. Au trou ou comme ta putain de mère. Tes vieux ils n'en pouvaient plus de toutes tes conneries. ALBERTINE - Ils le disaient. FLIC - Oui ou non? ALBERTINE - Oui. FLIC - Alors, ils t'ont bouclée au Bon Pasteur et tu t'es tirée sale garce. ALBERTINE - (sourire) e ne supportais plus. J FLIC - Sans blague! C'est tes parents qui ne t'ont pas comprise, pauvre môme. ALBERTINE - Ils ont commencé les démarches pour révoquer l'adoption. FLIC - Ça t'étonne? (Illit)... Son père quitte l'Algérie pour Aix... T'avais dix ans? Un psychiatre la trouve normale et préconise une séparation. (un temps) Normal, c'est normal de prendre un flingue et de tirer pour piquer la caisse? T'es vraiment une petite ordure! A seize ans, tu promets! Et comment tu t'es tirée du Bon Pasteur, hein saloperie? ALBERTINE - A l'oral du bac, je suis passée par les cuisines pour filer à Paris. FLIC - Et là-bas, qu'est-ce que t'as foutu ? 9

ALBERTINE - Je me suis débrouillée. FLIC - Je te conseille de ne pas répondre comme ça. C'était quoi la débrouille? La fauche, les bars, le tapin ? ALBERTINE - Je ne connaissais personne. FLIC - Une fille comme toi ça fait vite connaissance. T'as le vice dans la peau. T'avais filé rencart à une gonzesse de ton genre qui t'a retrouvée à Paris? ALBERTINE - Oui. FLIC - Après? ALBERTINE - On n'avait plus d'argent. FLIC - T'en as trouvé avec tes fesses. Et après? Réponds! ALBERTINE - On a braqué une boutique de fringues. On voulait faire peur à la patronne mais ça a mal tourné. FLIC - Tu peux le dire, pourrie. Laquelle a tiré ? Toi ou ta copine, laquelle? ALBERTINE - Ça nous regarde. FLIC - (Il la gifle de nouveau). Je répète: toi ou ta copine, laquelle? ALBERTINE - . . . FLIC -Et ça s'est passé où ce beau boulot? ALBERTINE - Avenue Mac-Mahon, on s'est affolées... FLIC - Pour la dernière fois, toi ou ta copine? Tu sais qu'elle dit que c'est toi. (un silence)Si tu me dis ce qui s'est passé, le juge en tiendra compte, ça peut arranger 10