La tentation d'une héritière

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Série L'héritage des Chatsfield, tome 5

Passez les portes des hôtels Chatsfield, installez-vous confortablement dans la luxueuse suite qui vous a été réservée et plongez au cœur d’un univers fait de scandale et de passion…

Le vignoble familial représente le travail de toute une vie pour Holly Purman. Et sa plus grande réussite : les vins Purman sont aujourd’hui mondialement reconnus. Alors, quand Franco Chatsfield, l’héritier de l’empire hôtelier du même nom, lui propose un partenariat, Holly est catégorique : c’est non ! La réputation est si importante dans le monde très fermé du vin… hors de question d’associer son nom à celui de Chatsfield, synonyme de débauche et de scandale. Aussi, quand l’arrogant milliardaire lui propose un marché : elle ne prendra sa décision qu’après l’avoir vu à l’œuvre dans les vignes pendant six semaines, elle accepte sans hésiter. Elle est convaincue qu’il échouera. A moins que ce ne soit elle qui se perde en cours de route…
 

 

Publié le : mardi 1 septembre 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280336659
Nombre de pages : 160
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L’héritage des Chatsfield

Derrière les somptueuses portes des hôtels Chatsfield existe un monde fait de luxe, de glamour et de volupté, réservé aux élites, aux riches et aux puissants. Et depuis des décennies, Gene Chatsfield, le patriarche, est aux commandes de cet empire hors du commun, tandis que ses héritiers parcourent le monde pour s’adonner à leurs plus scandaleux plaisirs.

Aujourd’hui pourtant, tout est sur le point de changer : Gene a nommé un nouveau P.-D.G. Un homme qu’on dit froid et impitoyable. Un homme qui n’a jamais connu l’échec et dont la mission est de faire rentrer les héritiers Chatsfield dans le rang.

Passez les portes de l’hôtel, installez-vous confortablement dans la luxueuse suite qui vous a été réservée et assistez aux bouleversements qui vont secouer cet univers de scandale et de passion…

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1.

— Sois aimable avec lui, Holly.

Holly Purman sourit tout en arborant son air le plus innocent. Celui qu’elle prenait quand son grand-père lui demandait quelque chose qui lui déplaisait. Celui qui d’ordinaire faisait merveille.

— M’arrive-t-il de ne pas être aimable ?

— Je suis sérieux, grommela Gus, refusant pour une fois de se laisser enjôler. Je sais comment tu es quand tu as des idées bien arrêtées sur quelque chose ou quelqu’un. Et je te soupçonne d’être justement très remontée. Je veux que tu fasses bon accueil à Franco Chatsfield. C’est très important. Il prend la peine de venir jusqu’ici pour nous parler, et l’argent qu’il propose nous mettrait pour toujours à l’abri des problèmes financiers.

Holly soupira. Elle s’apprêtait à sortir pour conduire les moutons dans les vignes, mais ça devrait attendre un peu. Après tout, ils avaient encore de la marge avant de mourir de faim, et les mauvaises herbes qui poussaient entre les rangs de ceps en hiver seraient toujours là dans une demi-heure… Si elle voulait convaincre son grand-père qu’ils ne risquaient pas de signer avec Chatsfield le contrat du siècle, il était urgent d’avoir avec lui la discussion qu’elle ruminait depuis qu’il avait accepté au téléphone qu’un représentant du groupe leur rende visite.

Elle prit une chaise, s’installa en face du fauteuil roulant de son grand-père et posa la main sur la sienne.

— D’accord, grand-père. Moi aussi je vais être sérieuse. Nous intéressons le groupe hôtelier Chatsfield. Mais c’est normal, non ? Après avoir gagné des médailles d’or ou d’argent dans presque tous les concours existants, les vins Purman sont convoités par tout le monde. Des acheteurs potentiels se sont manifestés depuis toutes les régions d’Australie. Il y a aussi cette grande chaîne de supermarchés anglaise qui nous a fait une offre de partenariat. Je croyais que tu trouvais tout ça très prometteur. Alors, pourquoi es-tu aussi enthousiasmé par la visite d’un type de chez Chatsfield ? Que peut-il nous apporter de plus que les autres ?

— La couverture médiatique, bien sûr ! Tu sais aussi bien que moi qu’une association avec Chatsfield nous garantirait une renommée internationale que nous n’obtiendrons avec aucun autre partenaire ! Quoi de mieux que de figurer sur la carte des palaces les plus prestigieux du monde ? C’est le genre de publicité que personne ne peut se payer !

Holly se massa les tempes. Si seulement elle s’était trouvée dans le bureau le jour où ce Franco Chatsfield avait téléphoné… Elle n’aurait pas accepté de le recevoir aussi rapidement. Elle lui aurait même sans doute dit carrément qu’il perdait son temps. Mais quand elle avait eu connaissance de son coup de téléphone, il était déjà en route. Et son grand-père avait raison. Depuis, elle était très remontée… Inspirant profondément, elle s’exhorta au calme.

— Bien sûr, dit-elle en tapotant la main de son grand-père. Si nous nous associons avec Chatsfield, nous serons connus dans le monde entier. Il n’y a aucun doute là-dessus. Mais est-ce bien le genre de publicité que nous voulons pour les vins Purman ? Chaque semaine, il y a un nouveau scandale lié à cette famille. Regarde Lucca Chatsfield, surpris dans une situation… disons « compromettante »… Est-il vraiment souhaitable que le nom de Purman soit associé au leur ? Nous avons tous les deux travaillé très dur pour assurer le succès de nos vins. Je ne veux pas que notre nom soit traîné dans la boue.

— Chatsfield est la chaîne hôtelière la plus prestigieuse du monde !

— Ça, c’était vrai autrefois. A une époque elle jouissait d’un grand prestige, en effet. Aujourd’hui elle essaie de continuer à vivre sur sa réputation, mais son nom est davantage synonyme de scandale que de prestige.

Gus ferma les yeux et secoua vivement la tête.

— Non, non, non ! C’est en train de changer. Il me l’a dit. Un nouveau directeur général vient d’être nommé. Il a pour mission de réorganiser tous les hôtels afin de redorer le blason de la chaîne. D’où la refonte de la carte des vins. Ils sont prêts à investir beaucoup d’argent pour obtenir les meilleurs. Pourquoi n’en profiterions-nous pas ?

Holly eut un pâle sourire.

— Nous avons déjà eu affaire à de gros investisseurs qui nous promettaient monts et merveilles, grand-père. Et je ne me souviens pas t’avoir vu aussi emballé.

Gus arqua les sourcils. Le regard de ses yeux bleu électrique était toujours aussi pénétrant, même si la peau tout autour était ridée et tannée par une vie entière de travail au grand air.

— C’est ça le problème ? Une affaire vieille de dix ans ? Il n’a jamais été assez bien pour toi, Holly, tu le sais !

— Oui, je le sais.

Elle déglutit profondément. La souffrance s’était atténuée avec le temps, mais elle était toujours là, tapie au fond de son cœur. Prête à resurgir si elle l’y autorisait. Ce qui lui arrivait parfois, juste pour se rappeler de ne plus jamais être aussi naïve…

— Mais ce n’est pas à ça que je pensais. Je me souviens surtout de ce qui s’est passé après que tu l’as mis à la porte. Quand il s’est acharné à traîner le nom de Purman dans la boue. Tu ne te rappelles pas tous ces articles venimeux qu’il écrivait dans les journaux sur la médiocrité des vins Purman ? De tous ces clients qui téléphonaient pour annuler leurs commandes, parce qu’ils craignaient de ne jamais être livrés ? De tous ces journalistes qui nous appelaient parce qu’ils nous croyaient au bord de la faillite ? Est-ce que nous voulons vraiment revivre ça ?

— Là, ça n’a rien à voir. Ne serait-ce que l’argent qui…

— L’argent n’est pas tout. Notre image est en jeu ! Si Chatsfield essaie de redorer la sienne, bravo à eux, mais si nous acceptons que notre nom et notre réussite leur servent de caution, nous risquons de tout perdre.

Gus secoua la tête.

— Je sais bien que l’argent n’est pas tout. Accepte juste de lui parler, Holly. Il va bientôt arriver. Ecoute ce qu’il a à dire. Donne-lui une chance. Donne une chance à Chatsfield.

Holly réprima un frisson. Comment pourrait-elle se résoudre à prendre un tel risque ?

— Pourquoi ne lui parles-tu pas toi-même si tu es tellement convaincu ?

— Je vais lui parler, bien sûr. Mais puisque je suis cloué dans cet engin inutile…

Gus frappa du plat de la main la roue de son fauteuil.

— … c’est toi qui devras lui montrer le vignoble et la cave. C’est toi qui présenteras tes millésimes. Comme il se doit, d’ailleurs. Parce que c’est toi que tout le monde veut rencontrer. L’œnologue, la disciple de Dionysos, la femme qui transforme l’humble grappe en nectar des dieux.

Ses yeux s’embuèrent.

— Ma petite Holly.

Elle lui pressa la main en soupirant.

— Ces critiques œnologiques disent beaucoup de bêtises.

— Non, tout cela est vrai. Tu as un don, ma petite fille. Un don de Dieu pour tout ce qui touche à la vigne et au vin. Je suis très fier de toi.

Holly sourit tendrement à son grand-père avant de déposer un baiser sur sa joue parcheminée.

— Si je suis douée, c’est parce que tu m’as tout appris.

Il lui agrippa la main en clignant les paupières pour refouler ses larmes.

— Holly, cette proposition de Chatsfield pourrait être la chance de notre vie.

Elle réprima un soupir. Bien sûr, d’un point de vue financier, elle était plus qu’alléchante. Mais vu l’image déplorable de la famille Chatsfield et de sa chaîne hôtelière, l’accepter pourrait bien être une erreur fatale.

— Je lui parlerai, grand-père, dit-elle en souriant à l’homme qui était le centre de son univers depuis si longtemps qu’elle n’avait pas souvenance d’une époque où il n’aurait pas été là pour elle. Je vais lui donner une chance et écouter ce qu’il a à dire.

Et ensuite, je l’enverrai paître.

2.

Franco Chatsfield n’aimait pas qu’on lui mette le couteau sous la gorge. Surtout quand celui qui jouait à ce petit jeu était Christos Giatrakos. L’homme que son père avait engagé pour mettre ses enfants — et donc lui-même — au pas.

Il referma d’un geste vif le magazine économique qu’il tentait de lire tandis que l’avion amorçait sa descente vers l’aéroport d’Adélaïde. Plus l’atterrissage approchait, plus il bouillait.

En temps normal, il n’aurait pas accordé cinq minutes de son temps à quelqu’un comme Giatrakos.

En temps normal il aurait envoyé Giatrakos au diable.

Sauf que son dernier e-mail l’en avait empêché.

De : christos.giatrakos@hotelchatsfield.com

Pour : franco.chatsfield@hotelchatsfield.com

Sujet : MAINTIEN DE VOTRE RENTE

Suite à mes nombreuses tentatives pour vous faire entendre raison, sachez qu’en cas d’échec de l’accord avec les vins Purman, je me verrai dans l’obligation de suspendre le paiement de votre rente, comme votre père m’en a donné le pouvoir.

Ceci est mon dernier avertissement.

Risquer de perdre la rente qui lui était versée dans le cadre de la fiducie familiale ? C’était la seule chose qu’il ne pouvait pas se permettre. Il allait donc respecter les règles fixées par le nouveau directeur général de son père. De toute façon, il avait déjà parlé à Angus Purman, et à en juger par la réaction enthousiaste de ce dernier l’accord était pratiquement conclu. Ce qui n’avait rien d’étonnant, vu l’offre qu’il avait fait miroiter au vigneron, conformément au budget considérable dont il disposait pour mener à bien cette affaire.

En principe, la signature du contrat ne devrait être qu’une simple formalité. Il serait de retour à Milan et déposerait les papiers sur le bureau de ce minable de Giatrakos avant même que l’encre ait eu le temps de sécher.

Et si son père — son célèbre père, qui ne lui avait pas accordé deux minutes de considération depuis sa naissance — le croyait incapable de négocier un contrat avec un nouveau fournisseur de la chaîne hôtelière Chatsfield, il allait comprendre son erreur.

Il avait peut-être quitté l’école à seize ans et fui le cirque médiatique lié aux Chatsfield avant d’en être la victime, mais il avait appris une ou deux choses en chemin. Son père allait peut-être enfin s’en rendre compte ?

Franco réprima un grognement de dérision.

Quelle importance, de toute façon ?

L’avion, qui poursuivait sa descente, sortit de la couche de nuages et Franco regarda par le hublot. Aucun signe d’Adélaïde pour l’instant. Juste une vaste plaine vallonnée, parsemée de minuscules agglomérations reliées entre elles par des rubans de bitume sinueux. Des forêts de pins et d’eucalyptus alternaient avec des champs ou des vignes, qui escaladaient les collines en rangs tirés au cordeau. Parmi celles-ci se trouvait sans doute le vignoble Purman planté de pinot noir et de chardonnay, utilisés pour l’élaboration de leur vin pétillant primé.

Une bourrasque de pluie éclaboussa le hublot, masquant la vue. Franco se cala dans son siège. Peu importait l’emplacement exact de ce vignoble. Dès les formalités terminées à l’aéroport d’Adélaïde, il se rendait directement au siège de Purman dans le Coonawarra, à quelques minutes de vol. Il n’avait ni envie ni besoin de voir quoi que ce soit d’autre. Sa mission était d’ajouter les quelques renseignements manquants au contrat qu’il avait préparé et d’obtenir une signature. Il n’était pas là pour faire du tourisme. En fait, plus tôt il aurait neutralisé Giatrakos et assuré le maintien de sa rente, mieux il se porterait.

C’était tout ce qui l’intéressait.

* * *

Même pour l’hiver le temps était particulièrement épouvantable, et Holly était soulagée d’avoir quitté la vigne le temps de préparer des sandwichs pour le déjeuner. Le crépitement de la pluie sur le toit était si fort qu’elle n’entendit pas tout de suite l’hélicoptère arriver. Même quand elle distingua le bruit caractéristique des pales en rotation, elle n’y prêta pas grande attention. L’aérodrome local était assez proche et le survol de la région était une attraction très prisée des touristes. Même si ce n’était pas vraiment la saison…

Mais le bruit s’amplifia peu à peu et Holly sentit son estomac se nouer. Elle arrêta de couper le fromage. Serait-ce lui ?

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