La tentation défendue

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Emerveillée, Gillian contemple le palais somptueux dans lequel l’a conduite Rhys, l’inconnu aux allures de prince des mille et une nuits qu’elle vient de rencontrer sur le site archéologique où elle effectuait des fouilles. Mais tandis qu’elle se laisse aller avec délice aux attentions de son hôte, elle est loin de se douter qu’un piège terrible est en train de refermer sur elle. Car elle n’est pas l’invitée de Rhys, elle est sa captive. Et s’il l’a enlevée, c’est sur l’ordre de son maître, le grand prêtre Seth-Aziz, un vampire immortel qui veut faire d’elle son épouse…
Publié le : lundi 1 août 2011
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280241861
Nombre de pages : 288
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1
Je l’ai vu dans chacun de ses contours,
Evitant la douleur, libre de tout désarroi. 
Litanie récitée par la prêtresse lors de la cérémoniedes Yeux et de la Bouche.
Désert Occidental,Haute-Egypte, de nos jours
La première fois qu’elle l’aperçut, elle en eut le souffle coupé.
Et ce moment qui avait fait basculer son existence resterait gravé dans la mémoire de Gillian Haliday pour le reste de sa vie, ce qui, pour une immortelle, représentait tout de même un laps de temps assez considérable…
***
Gillian avait attaché à un palmier Dawar, le cheval qu’elle montait ce jour-là. Il encensa et fit voler d’un coup de sabot un petit nuage de poussière, trahissant une nervosité qui ne lui était pas coutumière.
— Qu’y a-t-il, mon vieux ? lui demanda-t-elle en flattant doucement le cou de l’animal.
Peut-être était-il tout simplement aussi las et assoiffé qu’elle après cette longue chevauchée à travers le désert.
Jetant un coup d’œil à sa montre, Gillian constata qu’il était midi passé.
— Mehmet ! appela-t-elle.
Son assistant sauta au bas de sa propre monture et vint la rejoindre en courant.
— Occupe-toi des chevaux puis tâche de manger un morceau. Tu n’as que la peau sur les os !
Mehmet lui décocha un large sourire et hocha vigoureusement la tête.
— Bien, mam’zelle, s’exclama-t-il.
Gillian se mit en marche en direction du sanctuaire de Sekhmet, où ses deux sœurs et elle s’étaient donné rendez-vous pour déjeuner.
Elle aperçut leur Land Rover cabossée garée non loin de là et, par l’une des fenêtres du temple, elle vit Gemma qui déballait la glacière et disposait le contenu sur la couverture qu’elle venait d’étendre sur le sol dallé.
C’est alors que quelque chose attira son attention. Elle n’aurait su dire ce dont il s’agissait au juste : un bruit presque indistinct, une ombre à peine entrevue ou une simple intuition. Mais elle sentit un frisson la parcourir et chercha des yeux ce qui avait pu la faire réagir de la sorte.
Portant la main en visière à son front pour se protéger de l’éclat aveuglant du soleil, elle scruta les environs. A l’est de l’endroit où elle se trouvait, on voyait scintiller le Nil qui formait à cet endroit une boucle paresseuse.
Source de vie depuis des millénaires, il était entouré d’une large bande de végétation dont la luxuriance contrastait avec l’aridité ambiante. Mais sur la rive ouest, cet improbable éden cédait rapidement place au désert. Une piste poussiéreuse s’y enfonçait.
Durant des siècles, elle n’avait été empruntée que par les plus courageux et les moins superstitieux des aventuriers et des pilleurs de tombe. Puis les archéologues étaient arrivés, dissipant les terreurs ancestrales et dévoilant les secrets de cette civilisation disparue.
Tous avaient suivi cette piste qui s’élevait progressivement sur un kilomètre environ et s’arrêtait au pied des falaises de grès du gebel. C’était à l’ombre de ces falaises que se cachaient les sépultures des rois et des reines d’autrefois et les vestiges des temples où ils étaient allés prier.
Le gebel marquait la limite occidentale de la vallée du Nil. Il constituait une frontière intangible entre le monde moderne et celui des anciens. Et les habitants de la région avaient coutume de dire qu’au-delà de cette ligne de démarcation les vérités communément admises n’avaient plus de sens.
— Gillian ! s’exclama alors Gemma, tirant sa sœur de sa contemplation. Qu’est-ce que tu fabriques ? Viens nous aider au lieu de rester plantée là à bayer aux corneilles !
Gillian tenta vainement de s’arracher à l’étrange fascination que le gebel semblait exercer sur elle. Mais il lui semblait que son corps tout entier fourmillait d’une étrange impatience, comme si elle se trouvait au seuil d’une révélation.
— J’arrive tout de suite ! répondit-elle.
Que lui arrivait-il donc ? Durant toute la matinée, elle s’était pourtant sentie très impatiente à l’idée de déjeuner en compagnie de ses sœurs. Après tout, les occasions de ce genre n’étaient pas si courantes.
Mais elle ne parvenait pas à se défaire de la sensation qu’elle avait d’être observée. Se tournant de nouveau vers le gebel, elle le parcourut des yeux, cherchant ce qui avait bien pu éveiller une telle impression.
Et c’est alors qu’elle le vit.
Le magnifique étalon à la robe plus noire que la nuit se tenait parfaitement immobile au sommet de la plus haute des falaises. Même à cette distance, elle fut frappée par l’impression de puissance qui émanait de l’animal. Il était très grand et son corps tout en muscles paraissait être taillé pour la course.
Gillian avait vu bien des chevaux au cours de son existence mais aucun n’aurait pu se mesurer à celui qu’elle avait sous les yeux. Et ce qui la stupéfiait le plus, c’était le fait que l’animal paraissait être sauvage. Elle aurait été prête à parier que jamais il n’avait connu la selle ou le mors.
Or cela n’avait aucun sens. Cela devait faire des siècles qu’on ne trouvait plus de chevaux sauvages en Egypte. De plus, celui-ci était bien plus massif que les étalons arabes originaires de la région. S’il en avait la grâce et la prestance, sa silhouette évoquait plus celle des chevaux européens.
Tout aussi étrange était la façon dont il se tenait parfaitement immobile. Gillian avait presque l’impression qu’il l’observait. C’était impossible, bien sûr : la faible acuité visuelle d’un cheval ne lui aurait certainement pas permis de la distinguer d’aussi loin.
Pourtant, elle aurait été prête à parier que le regard qu’elle avait senti peser sur elle était bien celui de l’animal. Et cette certitude irrationnelle lui arracha un frisson malgré la température ambiante qui avoisinait ce jour-là les quarante degrés.
Comme s’il savait qu’elle avait enfin pris conscience de sa présence, l’étalon se dressa sur ses pattes de derrière et sa silhouette magnifique se dessina à contre-jour. La beauté de cette scène était à couper le souffle et Gillian sentit son cœur s’emballer dans sa poitrine.
— Mon Dieu, murmura-t-elle, ébahie.
Elle se tourna alors vers ses sœurs.
— Vous avez vu ça ? s’exclama-t-elle.
Gemma se redressa et l’observa avec curiosité.
— Vu quoi ?
— Là-haut, sur le gebel, précisa Gillian.
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