La Vie rêvée d’Élisa, ou presque - Tome 1

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Élisa est sensible, maladroite, peu sûre d’elle et pessimiste.
Pourtant, sa vie va basculer le jour où elle va rencontrer son idéal masculin ou presque.
Elle va alors connaître ce sentiment si complexe qu’est le bonheur.


Elisa va tomber sous le charme du beau et ténébreux David Oconnor. Mais celui-ci est un homme versatile, susceptible, colérique...Alors qu’Elisa fera tout son possible pour essayer de le chasser de son esprit, David fera tout pour la séduire. Tel est pris qui croyait prendre. À force de jouer, ces deux-là finiront par s’éprendre réellement l’un de l’autre, ou pas...



Publié le : vendredi 22 avril 2016
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EAN13 : 9782334112642
Nombre de pages : 166
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ISBN numérique : 978-2-334-11262-8

 

© Edilivre, 2016

Chapitre 1
L’accident

Un soir d’été, alors que je me promenais dans la ruelle attenante à la maison de mes parents, je me suis mise à réfléchir à ma vie. J’avais trente ans, j’étais célibataire et mes perspectives professionnelles frôlaient le néant. Bien sûr, j’avais fait des petits boulots mais rien de bien passionnant et surtout rien qui avait été en rapport avec mes études d’histoire de l’art. La vie est bien cruelle, elle nous réserve souvent un destin qui n’est pas conforme à nos souhaits.

Tandis que j’étais complètement perdue dans mes pensées, je n’avais pas remarqué la voiture qui roulait à toute vitesse et qui me percuta. A ce moment-là, j’ai vu toute ma vie défiler devant moi, mon enfance joyeuse, ma jeunesse rieuse et mes débuts difficiles à la fac, les professeurs rabat-joie, les élèves qui se jalousaient et qui se jaugeaient dès le premier jour de cours et les fêtes, enfin pour moi c’était l’absence de fêtes puisque je préférais étudier.

Soudain, il me semblait apercevoir une silhouette qui se rapprochait de plus en plus de moi ainsi que deux yeux perçants qui me fixaient intensément, puis plus rien. Je me réveillai le lendemain matin à l’hôpital, les médecins disaient que j’avais eu de la chance, que j’aurais pu mourir, mais je ne réalisais pas vraiment ce qui venait de se produire. J’étais déjà morte intérieurement depuis un bon moment, détruite par une vie qui ne m’avait quasiment rien apporté de bien.

Le bonheur existe-il ou est-ce une invention, un but irréalisable, impossible à atteindre ? Mais surtout qu’est-ce-que le bonheur ? Pour moi, comme pour beaucoup de gens sur cette planète, le bonheur consistait simplement à avoir un travail et se contenter des plaisirs simples de la vie.

Le lendemain matin, alors que j’étais encore dans la lune et que mon état mental comme physique laissaient encore à désirer, mon amie Carly vint me chercher à l’hôpital. C’était une fille formidable, une amie parfaite, une femme aimante et un être humain comme il en existe peu sur cette terre avec des valeurs et un sens du devoir. Alors que mon amie était occupée à régler les derniers détails concernant ma sortie, une secrétaire m’interpella :

– Madame Elisa Smith ?

– Oui.

– J’ai un message pour vous.

– Ah bon, mais de la part de qui ?

– Un homme, un certain David Oconnor m’a demandé de vous transmettre ce message lorsque vous vous réveillerez.

– D’accord, merci mais êtes-vous sûre que ce message m’est adressé ? Je veux dire, je ne connais aucun David Oconnor ?

– Je vous assure mademoiselle que ce message vous est bien adressé. Vous êtes bien la patiente de la chambre 320 ?

– Oui, je crois.

– Je vous donne le message tout de suite.

Sur ces derniers mots, la secrétaire me donna un papier plié en deux. Je commençais à l’ouvrir quand Carly m’annonça qu’il était temps de partir et que tout était en règle. Je la suivis dans l’habitacle de la voiture mais mon esprit était ailleurs, trop occupé à me demander qui pouvait être ce M. Oconnor et surtout qu’est-ce qu’il me voulait.

– Nous sommes arrivées ! dit Carly.

– Ok merci, désolée de ne pas t’avoir parlé mais mon esprit était ailleurs.

– Ne t’en fais pas, ma belle, l’important c’est que tu ailles bien et que cet accident ne soit plus qu’un mauvais souvenir.

– Merci pour tout Carly, heureusement que tu es là, je ne sais pas ce que je deviendrais sans toi. Depuis la mort de Giovanna, je ne sais plus où j’en suis. Je fais semblant d’aller bien, mais il n’y a qu’avec toi que j’arrive à être moi-même.

– Allez, n’en parlons plus. Tout ira bien Elisa, il faut croire en toi, avoir foi en l’humanité et croire en sa bonne étoile.

– Carly, tu es incorrigible, je ne connais personne d’aussi sage que toi. Es-tu sûre de ne pas avoir fait des études de psychologie, tu aurais été une excellente psy et une bonne hindoue.

– Parfois je me demande si tu es normale et vraiment athée ?

– Mais, oui rassure-toi ma belle je n’ai pas changé et ne confonds pas tout, être sage ne signifie pas forcément être croyante ou naïve.

– Tu as raison, mais tu me connais, je suis une rabat-joie, je crois que mes années à la fac n’ont pas réussi à me faire changer.

Sur ce, Carly et moi rentrâmes chez moi, enfin plutôt dans la maison de mes parents ou ce qu’il en restait depuis que mon père était veuf. Au bout de quelques minutes et après avoir pas mal parlé à ma meilleure amie en lui confiant mes doutes, mes incertitudes, mes angoisses les plus profondes et plus encore, je montai dans ma chambre car toutes ces émotions m’avaient une fois de plus fatiguée. Je fis une belle sieste, et sans m’en rendre compte je me réveillai seulement le soir. Je regardais longuement mon réveil et je vis qu’il était déjà neuf heures. Je décidai de descendre les escaliers pour voir si mon père était déjà rentré de ses postes. Mais à mon grand déplaisir et comme à mon habitude je me retrouvai seule dans cette maison qui avait bercé mon enfance et que je n’avais finalement jamais quittée sauf pour faire mes études. Je me préparai un sandwich et j’allumai la télévision lorsque tout à coup, je me souvins du message que m’avait donné la secrétaire. Aussitôt le repas fini, je m’empressai de remonter dans ma chambre pour découvrir ce que ce M. Oconnor m’avait écrit. Je m’assis sur mon lit et j’ouvris le message, cet homme m’avait écrit :

« Chère Madame,

Je me permets de vous écrire ce petit message car c’est moi qui vous ai renversé ce matin. Je ne sais pas quoi dire, j’ai été choqué par ce qui vient de se produire, je conduisais tranquillement quand mon téléphone sonna, ce qui m’a distrait une fraction de seconde et c’est à ce moment-là que je vous ai aperçu mais c’était trop tard. Vous aviez été projetée sur la route. Je me suis alors précipité vers vous et je vous ai emmené au premier hôpital que j’ai trouvé. Je vous laisse mon numéro de téléphone en espérant que vous me contacterez dès que vous serez sortie de l’hôpital.

Ps : Je me suis renseigné sur votre état de santé et c’est avec une immense joie que j’ai appris que vous n’avez rien eu.

Monsieur David Oconnor, tél. : 06… »

Chapitre 2
La rencontre

Je commençais à réfléchir à ce message. Que pouvais-je penser de cet homme ? Alors même que c’était lui qui m’avait envoyée à l’hôpital, je ne pouvais pas m’empêcher de trouver son attention délicate. Je me surpris même à lire et relire son message, à m’attarder sur son écriture que je trouvais d’ailleurs belle pour un homme.

Comment pouvais-je agir de la sorte ? Cette question ne cessait de me tarauder. Histoire de penser à autre chose, j’allumai la télévision, chose qui ne m’arrivait pas très souvent vu que je détestais écouter les mauvaises nouvelles à la télé. Je pensais alors à mon avenir, que ferais-je demain ? Par où devrais-je commencer ? Et surtout rappellerais-je ce M. Oconnor ? Je ne savais pas ce que je pourrais lui dire. Sur ces pensées, je m’endormis profondément sans m’en rendre compte.

Je me réveillais le lendemain matin et je décidais de me mettre à l’œuvre. La nuit m’avait fait un bien fou et je me sentais revivre. C’était décidé, il fallait que je trouve un travail et que je prenne mon courage à deux mains pour aller parler à mon « sauveur ». Je commençai par éplucher toutes les petites annonces, les sites internet qui pourraient m’être utiles et à me renseigner sur tous les lycées et collèges de la région.

L’espoir commençait à revenir, même si je savais que cela serait de courte durée. J’avais l’habitude de ces moments d’engouement, d’euphorie mais je savais surtout qu’ils étaient en général suivis de grands moments de déprime. Il fallait à tout prix que j’évite de retomber dans ce cercle infernal. Sur ce, je me mis à préparer le repas pour mon père, je lui réservai une part dans le frigo et je m’attelai à faire le ménage. Puis je me décidai à aller enfin prendre ma douche et à me préparer pour mon rendez-vous avec ce M. Oconnor.

Je sortis de chez moi vers 16 h 00 et pris ma voiture. J’arrivai devant un grand immeuble de bureau, digne des grandes productions américaines. Je m’attardais un peu sur le décor et j’admirais lentement les grandes vitres impressionnantes qui recouvraient cet immeuble imposant. Puis, je me décidai à m’engouffrer à l’intérieur. Contrairement à ce que je pensais, les personnes qui y travaillaient n’étaient pas forcément tirées à quatre épingles, mais je dois avouer qu’elles n’étaient pas non plus négligées. Je poursuivis mon chemin à l’intérieur de ce bâtiment et je me dirigeai vers la première secrétaire que je croisais et lui dis :

– Bonjour, madame, je voudrais parler à M. Oconnor, s’il vous plaît.

Cette dernière me répondit sur un ton sec tout en me déshabillant du regard :

– C’est pour quoi au juste ?

– Ecoutez, c’est important, je dois absolument lui parler.

– Je suis désolée, mais M. Oconnor est très occupé en ce moment, veuillez repasser plus tard.

– Ecoutez, je comprends que vous fassiez votre travail, mais c’est lui qui m’a demandé de venir le voir aujourd’hui, il attend ma visite alors, je vous prierais de bien vouloir me laisser passer et de m’indiquer son bureau.

– Bon, je serais indulgente pour cette fois, mais si la prochaine fois votre « rendez-vous » n’est pas signalé dans l’agenda, je serais contrainte de ne pas vous laisser passer.

Sur ce, je décidai de m’aplatir du moins maintenant que j’avais obtenu les informations qui m’étaient nécessaires et je la saluai poliment avant de me diriger vers l’ascenseur. Une fois entrée dans celui-ci, je repensai aux derniers mots de la secrétaire : « il est très occupé en ce moment » et « son bureau se trouve au dernier étage ». Se pourrait-il que cet inconnu qui a failli attenter à ma vie soit le dirigeant de cette entreprise dont je ne connais même pas l’activité. Pourrait-il m’offrir un poste ?

Non, je ne devais certainement pas me faire des idées et de toute façon je ne devais pas me laisser aller à des vagabondages inutiles et me rappeler la raison de ma visite. J’étais là pour parler de l’accident, en fait je réalisais tout à coup que je ne savais même plus si les raisons de ma venue étaient réellement valables. Mais à quoi bon y penser ? Alors que j’essayais de me rassurer sur ma venue tout en fixant une paroi de l’ascenseur, je ne me rendis pas compte que pendant tout ce temps-là, un homme plutôt jeune et plutôt beau, je dirais, ne cessait de me fixer intensément. Je sentis tout à coup mes joues s’empourprer comme jamais.

Et voilà, pour une fois qu’un beau jeune homme daignait m’apporter un peu d’attention, il fallait que je sois perdue dans mes pensées. Je me trouvais soudainement tellement idiote, et je me rendis compte à cet instant que je n’avais pas vraiment évolué depuis le collège, et que j’étais toujours cette même adolescente timide. Alors que je tentais vainement de baisser la tête vers le sol, cet homme se rapprocha de moi, et un bruit métallique retentit. J’étais tétanisée, et je n’osais plus bouger. Peut-être que tout ceci n’était qu’un rêve, peut-être que j’étais encore à l’hôpital en train de dormir, peut-être que j’étais morte ?

Soudain, une main, qui se posa sur mon bras, me sortit de ma torpeur. S’ensuivirent quelques mots prononcés par une voix rauque et chaude :

– Excusez-moi, mademoiselle, mais j’avais besoin d’un appui. Je viens de faire tomber mes clefs.

Je trouvais son excuse plus que douteuse, et je me contentai d’acquiescer de la tête. Mais ce dernier continua son petit discours :

– Alors vous êtes nouvelle ?

J’ai cru m’étouffer avec ma salive face à ce Don Giovanni des temps modernes et pas très habile, mais bon je lui répondis froidement : « non ». Je me disais que face à un spécimen aussi rare, il valait mieux limiter mes mots. Mais alors que j’étais bientôt arrivée, et que je me préparais à sortir, ce dernier m’attrapa le bras, et me dit :

– Allez ma belle, ne sois pas si timide et donne-moi ton 06.

J’ai cru que j’allais mourir, mais bon sang, quel crétin ! On ne se connaissait même pas, sa technique de drague avait été pitoyable, et il osait en plus me demander mon numéro de portable, oh ! pardon j’oubliais, « mon 06 » comme si j’étais une adolescente alors que j’avais la trentaine. Mais quel crétin ! Décidément, j’avais le don et l’art pour les attirer. Je détachai son bras du mien et je tournai la tête vers l’ascenseur sans répondre. Il l’avait bien mérité, et puis que pouvais-je dire ?

L’ascenseur s’arrêta et les portes s’ouvrirent, je profitais alors de ce moment pour m’engouffrer à une vitesse folle dans le couloir qui menait aux bureaux. La lumière qui passait à travers les parois en verre était incroyable, j’avais l’impression d’être au paradis et une vague de soulagement m’envahit. Tout en continuant ma marche, je regardais avec attention les quelques meubles qui étaient disposés de chaque côté du couloir. C’étaient des guéridons anciens mais peints en blanc et surmontés d’une vitre. C’était très joli, il y avait aussi d’immenses tapis blancs et des lustres très design et multicolores aux plafonds qui apportaient cette petite touche de couleur très intéressante et rassurante, au milieu de ce blanc presque immaculé.

J’aperçus finalement un grand écriteau sur d’énormes parois de verre teintées en blanc ainsi que deux poignets métalliques, massives et de formes allongées de chaque côté de ces dernières. Face à tant de modernité et de luxe, j’avoue que j’étais un peu mal à l’aise et désorientée. Mais bon, je pris mon courage à deux mains et je décidai de cogner d’abord délicatement puis avec davantage d’insistance sur ces dernières. Quand soudain, une voix grave se fit entendre : « Jeanne, je vous avais dit de ne pas me déranger, je suis extrêmement occupé aujourd’hui. Tâchez de ne plus venir parce que c’est là mon dernier avertissement ! Je vous préviens ! ».

Sur le coup, j’étais une seconde fois pétrifiée, décidément entre l’épisode de l’ascenseur et maintenant, je me disais que ce n’était vraiment pas ma journée. Mais il fallait absolument que j’en finisse avec cet homme et avec cette journée par la même occasion.

J’empoignai alors d’un coup sec les poignées chromées et je m’avançai, puis les refermai derrière moi sans regarder l’endroit dans lequel je venais de me retrouver. C’était seulement à ce moment-là que je réalisai que j’étais dans un bureau gigantesque mais néanmoins magnifique. Alors que je scrutais chaque parcelle de ce décor à couper littéralement le souffle sans parler de la vue sur Paris, je pris conscience qu’une silhouette vaguement familière me scrutait. Le problème c’est que j’étais myope, donc autant dire que voir précisément les traits de cet homme, vu que je me tenais à je ne sais combien de mètres de lui, était mission impossible. Donc je me rapprochai et pendant que j’avançais, ce dernier me dit :

– Bonjour, je suis confus, excusez mon impolitesse, je m’appelle David Oconnor et je suis le responsable de votre accident.

Chapitre 3
Le rendez-vous

Je restai alors pétrifiée l’espace d’un instant, puis je me décidai à lui répondre tout en prenant place dans un fauteuil devant son bureau. Mais alors que je m’asseyais, je contemplais de près cet inconnu qui ne l’était plus vraiment. Il devait avoir dans la trentaine. Il était tout simplement magnifique, il avait les traits fins, un visage émacié, le nez aquilin, des yeux superbes bleu-vert et des cheveux noirs. Je sentis alors ma gorge se nouer et ma bouche devenir de plus en plus sèche. Mais c’était surtout ses yeux qui m’attiraient. Il avait un de ces regards perçants à vous couper littéralement le souffle, le même qui m’avait fixée avant que je ne perde connaissance. Je repris néanmoins mes esprits et lui répondis :

– Bonjour, monsieur Oconnor, pouvons-nous discuter si vous avez un moment ?

– Bien sûr, j’attendais votre venue avec impatience. Mais dites-moi, désirez-vous un rafraîchissement avant que nous commencions ?

– Non, merci.

– Ecoutez, je tiens tout d’abord à vous dire que je suis extrêmement désolé pour l’accident, il n’y a pas de mots pour qualifier mon comportement. Je n’ai pas réussi à dormir depuis que cela s’est produit. Vous savez ça m’a vraiment secoué. Et je tenais à m’assurer personnellement que vous alliez mieux. C’est le cas, n’est-ce pas ?

– Oui, monsieur, ne vous inquiétez pas les médecins m’ont dit que je n’avais rien.

– Ecoutez, j’en suis heureux. Je vous ai convoqué aujourd’hui parce que je me sens redevable. Je dois vous avouer que je suis assez mal à l’aise et que je n’ai jamais été confronté à une situation pareille. Et croyez-moi, je crois qu’il est plus aisé de parler de fusion ou d’acquisition que de parler à une personne que l’on a failli tuer. Pardonnez ma franchise, mais je n’ai pas l’habitude de tourner autour du pot.

J’étais à ce moment là stupéfaite par sa franchise. Il est bien évident que pour être direct, il l’était, même un peu trop, d’ailleurs, mais bon. Je ne savais pas quoi lui dire, mais en même temps, qu’aurais-je pu lui répondre : « Oh, Non ! Vous avez failli me tuer mais cela n’est pas grave. Si vous saviez, je suis déjà morte, je suis déjà une perdante, une désespérée à qui la vie a joué bien des tours ». Au lieu de ça, je me contentai de lui rétorquer :

– Ne vous en faites pas. Ce qui est fait est fait, n’en parlons plus.

Ce à quoi il m’affirma sur un ton posé tout en plongeant son regard dans le mien :

– J’ai une proposition à vous faire, si vous le voulez bien ?

Intriguée je lui dis :

– Oui, mais tout dépend de la proposition.

– Ecoutez, j’aimerais vous emmener dîner pour me faire pardonner, même si je sais que votre vie vaut beaucoup plus qu’un simple dîner. Je vous en prie, acceptez. Je tiens vraiment à me rattraper.

J’étais un peu décontenancée par son attitude plus qu’étrange. Je veux dire plein de gens sont victimes d’accidents plus ou moins graves, mais leurs commanditaires ne tiennent pas forcément à prendre de leurs nouvelles ou encore moins à les inviter à dîner. Mais bon, pourquoi pas, après tout, qu’est-ce que je risquais ? Cela n’était pas comme si quelqu’un m’attendait à la maison, à part papa, le pauvre ; mais qui rentrait tous les soirs tard. Je me décidai alors et lui dis :

– Ok. On doit se retrouver quelque part ?

– Non, absolument pas. Je suis un gentleman et je viendrai vous chercher à 20 h 00 si cela vous convient ?

– D’accord. Je vous donne mon adresse ?

– Non, ce n’est pas la peine, je la connais déjà, mademoiselle Smith ou devrai-je vous appeler Elisa ?

Je crois que je venais de rêver ou il a essayé de me draguer ? Non, en fait il se sent juste coupable et pour se faire « pardonner » il va inviter sa pauvre victime à dîner. Vu sous cet angle, son invitation n’avait plus rien de charmant ou de romantique mais elle était plutôt formelle. Sur ce, je lui répondis blasée :

– Ok, eh oui, vous pouvez m’appeler Elisa.

– On se voit ce soir, alors. Puis-je vous raccompagner jusqu’à la sortie ?

– Non, ça ira merci. A ce soir alors.

Tandis que je sortais de son bureau, je sentis son regard posé sur moi. Etrange ou hallucination ? C’était certainement les deux. Bon, il était bien gentil, mais il était temps que je revienne à la réalité, que je me préoccupe de mon futur et que je décroche un emploi. Je me dis que je pouvais peut-être profiter de la soirée pour lui en glisser un mot, même si je n’avais toujours aucune idée du genre d’affaires dont il s’occupait. Je redescendis alors tous les étages pour me retrouver au rez-de-chaussée et je sortis de cet immeuble trop moderne à mon goût. Tandis que j’étais sur la route pour rentrer chez moi, je repensais à cet homme plus tout à fait inconnu maintenant et pourtant si mystérieux. Je réalisais alors que je ne savais quasiment rien de lui.

Qui était-il ? Que faisait-il dans la vie ? Quelles étaient ses passions ? Avait-il une copine, ou était-il marié ? Je venais de me rendre compte que je ne savais finalement rien de lui, si ce n’est son nom, prénom et son lieu de travail. Mais la question qui m’obsédait le plus était quand même sa situation amoureuse. J’essayais de repenser à notre rencontre et je me surpris à sourire comme une idiote, chose qui ne m’était pas arrivée depuis un bon moment. Je revoyais alors ses magnifiques yeux me fixer comme s’il voulait lire en moi, ce qui était assez perturbant. Je me demandais comment cette soirée allait se dérouler et surtout comment j’allais m’habiller parce que je n’avais plus vraiment fait les boutiques depuis un certain temps, en fait c’était depuis la mort de ma mère, il y a six mois.

J’avais fait une dépression sévère et mon père s’était occupé de moi du mieux qu’il pouvait, mais je voyais bien qu’il souffrait autant que moi. Elle était morte d’un cancer du sein. Elle était alors en phase terminale et sa maladie avait été décelée trop tardivement pour qu’elle puisse guérir. Depuis ce jour-là, je n’étais plus que l’ombre de moi-même et je crois qu’une partie de moi était morte d’ailleurs. Il n’y a pas de mots pour qualifier ce que je ressentais alors, mais même maintenant, je n’arrive plus à avancer.

On dit souvent que la relation entre une mère et sa fille est particulière, spéciale, mais ce que l’on dit moins c’est qu’elle est capitale pour se construire. Perdre sa mère est horrible, je ne sais pas si je m’en remettrai un jour. Quand je pense à la fameuse maxime : Le temps guérit bien des maux, je me dis que c’est vraiment de la foutaise, le temps ne guérit rien, il aide juste à prendre du recul sur ce qui nous arrive mais la douleur reste bien présente, elle nous accompagne tous les jours comme une fidèle compagne.

Sans même m’en rendre compte, je pleurais rien qu’en y pensant. Mon visage était baigné de larmes et mes yeux étaient rougis par la vague d’émotion qui me submergea malgré moi. Je luttai pour contrôler mes émotions, mais c’était peine perdue. Dès que je pensais à ma mère, à ma Giovanna, je ne contrôlais plus rien et mon corps me trahissait. J’essuyai alors mon visage à l’aide d’un mouchoir avant de sortir de la voiture et de rentrer chez moi.

Un parfum de lavande envahit alors mes narines, c’était le parfum de mon enfance, le parfum de ma mère. C’était elle qui adorait cette odeur et elle aimait confectionner des petits paniers remplis de lavande qu’elle disposait un peu partout dans la maison. Je crois qu’elle était sans doute phobique des odeurs, mais elle adorait que la maison sente bon, et plus particulièrement la lavande.

Je m’installai alors sur le canapé en laissant tomber les clefs sur la table basse et je ne pouvais pas m’empêcher de repenser à tous ces moments de joie et de bonheur que nous avions connu tous les trois dans cette maison. C’était horrible, je crois que la douleur est un poison qui nous ronge petit à petit. Pour chasser tout ça de mon esprit, je décidai d’allumer la télévision. Je tombai alors sur un documentaire animalier qui parlait de la reproduction des tigres et je me dis que l’amour est peut-être la seule chose aussi illusoire soit-elle qui peut nous faire oublier la mort, la perte d’un être cher.

Je levai un instant les yeux au plafond et tout en baissant la tête mon regard se posa sur une photo de famille. Elle était magnifique, mon père l’avait prise dans le jardin, un après-midi d’été alors que j’aidais ma mère au jardin. Il nous avait pris par surprise et nous avions tellement ri ma mère et moi. Elle tenait une binette à la main alors que j’avais un pot de fleurs dans les miennes, les roses black baccaras pour être précise ; les fleurs préférées de ma mère.

C’était une femme magnifique, elle était grande, élancée, blonde, le teint de porcelaine et elle avait les yeux bleu-azur. C’était une de ces femmes qui ont une élégance naturelle, une de ces femmes qui sont sublimes et chics même en jeans et en baskets. Mais ce qui était le plus beau chez elle, c’était cette douceur qui émanait de son visage. Elle avait un visage angélique et je me disais parfois qu’elle était trop belle pour être humaine. Je comprenais alors pourquoi mon père était tombé amoureux d’elle, c’était une femme aussi belle physiquement qu’intérieurement. Sa beauté n’égalait pas sa bonté. Elle faisait du volontariat et tout un tas de choses, mais c’était surtout une femme profondément humaine et à l’écoute des autres.

Mon père m’avait raconté que lorsqu’il la rencontra, elle se faisait souvent courtiser par des hommes, parfois très riches et pourtant, elle l’avait choisi lui, ce modeste employé d’une entreprise d’acier et il en a toujours été très fier et très heureux. Si j’en crois mon entourage, j’étais son portrait craché, mais quand je me regardais dans le miroir je ne voyais qu’une adulte effrayée et qui manque de confiance en elle. En même temps, je n’ai jamais supporté de me regarder plus de cinq minutes dans le miroir, et j’avais toujours accordé peu d’importance à mon apparence. A tel point que c’était toujours ma...

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