La Vieille Ville

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"La Vieille Ville", premier titre de l'allégorie en cinq volumes "Le Maître des Eaux Amères", met en scène quelques personnages enfermés dans la vieille ville de Jérusalem -où des Juifs étaient établis depuis toujours- qu'assiège la Légion Arabe, en 1948. L'enjeu de cet épisode réside dans le débat métaphysique qui remue les personnages, doués d'autodérision : l'identité de l'homme dans son lien à la religion.
Publié le : jeudi 1 mars 2007
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EAN13 : 9782296168589
Nombre de pages : 281
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La
suÎV'Î

Î i/~ Vi/~
des eaux amères

de L~e MaÎtf1

Du MÊME AUTEUR

Théâtre
. MONSIEURFUGUEOULEMALDE TERRE)Éditions du Seuil (épuisé) et L'école des Loisirs (traduit en allemand, en hébreu, en japonais, en italien, en anglais et dans des anthologies, dont: Plays of the Holocaust: An International Anthology) Theater Communications Group) New York.), 1967 et 2000.

. LES MESSIES OU LE MAL DE TERRE) Éditions
. .

du Seuil) (épuisé), version
du Seuil) ver-

entièrement refondue, L'Harmattan, 2002.
LA PETITE VOITURE DE FLAMMES ET DE VOIX) Éditions

sion finale inédite (traduit et publié en anglais, Penkeevill Publishing Company, Floride, 1985).
LES MUSICIENS) LES ÉMIGRANTS) version finale) Éditions des Quatre-

Vents, 1993.

. LEÇONSDEBONHEUR) ersion finale, Éditions du Crater, 1997. v . UN OPÉRA POUR TEREZIN) L'Avant-Scène Théâtre (1007/1008))
. JE M)APPELLE ON) L'École N

1997

(en allemand, traduction de Rüdiger Fischer, Verlag lm Wald, Rimbach,2001). des Loisirs, Collection « Théâtre », 1998.

. .

LES MERS ROUGES,L'Harmattan, 2001 (version anglaise, dans la tra-

duction de Léonard Rosmarin, Gref, Toronto, en cours).
LE MAÎTRE DES EAUX AMÈRES, cycle théâtral en cinq titres: l - LA VIEILLE VILLE SUIVIDE « LE MAÎTRE EAUX AMÈRES ») RÉCIT EN FORME DE PRÉSENTATION DU THÉÂTRE DE LILIANE ATLAN ET D'UN TEXTE DE DANIEL COHEN SUR LA RÉCEPTION DE L'œUVRE DE LILIANE ATLANS/ II - LES PORTES)' III - LA BÊTE AUX CHEVEUX BLANCS / IV PETIT LEXIQUE RUDIMENTAIRE ET PROVISOIRE DES MALADIES NOUVELLES /

V -

LES

ÂNES PORTEURS DE LIVRES, L'Harmattan,

2007.

Poésie

.
.

LES MAINS COUPEUSES E MÉMOIRE,Éditions p-J. Oswald (sous le D nom de Galil), 1958. LE MAÎTRE-MUR)Éditions Alluvions (sous le nom de Galil), 1958, Action poétique, 1962 et version entièrement refondue et augmentée, Dumerchez, 2004. du Seuil) 1971.
Vague, 1982. ÉLÉMENTAIRE, Éditions L'Éther

. LApSUS)Éditions
. L'AMOUR

. BONHEURMAISSUR QUELTONLE DIRE)L'Harmattan
. PEUPLES
Récits
D)ARGILE) FORÊTS D)ÉTOILE) L'Harmattan

1996 et traduction en allemand, Verlag im Wald, Rimbach, 2000.
2000.

. LE RÊVE DESANIMAUXRONGEURS)L'Harmattan,
1998.

coll. «Écritures »,

. QUELQUES PAGES

ARRACHÉES AU GRAND LIVRE DES RÊVES) L'Harmattan, coll. « Écritures », 1999.

. PETITESBIBLES POURMAUVAISTEMPS,nouvelle édition, L'Harmattan, coll. «Écritures », 20001 [traduction anglaise de l'un des passages, Les Passants, qui avait d'abord paru chez Payot, 1987, Henry Holt and Co., New York, 1993].

. MÊME

LES OISEAUX NE PEUVENT PAS TOUJOURS PLANER) (en allemand,

traduction de Rüdiger Fischer, Verlag lm Wald, Rimbach, 2006) ; le texte français en cours de publication.

Œuvres diffusées par France Culture .
LES PORTES; NER;

..

MÊME LES OISEAUX NE PEUVENT PAS TOUJOURS PLA-

PETIT LEXIQUE RUDIMENTAIRE QUELQUES

LADIES NOUVELLES;

CLEF: SUITES) SONATE;

. .

ET PROVISOIRE

DE MAAU

LES CARNETS ROUGES DE LA RUE DE LA PAGES ARRACHÉES

GRAND LIVRE DES RÊVES: VARIATIONS POUR COR ET VOIX / . PETITES BIBLES POUR MAUVAIS TEMPS (ÉCRIT POUR FRANCE CULTURE); THÉRAPIE SUR LES ONDES (Radio-drame) ; UN

.

OPÉRA POUR TÉREZIN;

.

.

LES MERS ROUGES.

PRIX DU THÉÂTRE HABIMAH (Monsieur VILLA MÉDICIS HORS LES MURS 1992.

Fugue, 1972).

Prix Radio SACD, 1999.
PRIX MÉMOIRE DE LA SHOAH, 1999.

Deux essais parus sur l' œuvre de Liliane Atlan:
LIANE ATLAN, Rodopi, 1987; Léonard

ATLAN OU LA QUÊTE DE LA FORME DIVINE, GreE et L'Harmattan,2004.

.

.

Bettina Knapp, LIRosmarin, LILIANE

@ L'Harmattan,

Paris, 2007.

Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la couverture du présent ouvrage sans autorisation express de son auteur, droits réservés, Paris, 2007.

LILIANE ATLAN

LE MAÎTRE DES EAUX AMÈRES (*)

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Le MaÎtr

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texte suivi de

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Et d'une présentation du cycle et réflexions sur la réception de l'œuvre de LilianeAtlan

par Daniel Cohen

théâtre

L'Harmattan

@ L'HARMATTAN,2007 5-7, rue de l'École-Polytechnique;

75005 Paris

http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-02873-9 EAN : 9782296028739

LA VIEILLE VILLE

PERSONNAGES

LE RABBI

MYRIAM, sa femme

DAVID, leur fils SIMON et GINETTE GOLDENBERG, leurs amis ROLLA, nièce des précédents DAN LE DOCTEUR GUIORA AMOS Les enfants: BEN ET YAËL Deux soldats

L'action se passe en 1948, dans le quartier juif de la vieille ville de Jérusalem

ACTE l

ACTE I

15

SCÈNE l

Atmosphère

de fête. Danses. Au loin) des déen chantant.

tonations sporadiques. L es hommes dansent solennellement

GINETTE (à David) :Je n'ai jamais vu qu'on se déguise pour se fiancer. Regardez-moi cette chemise, allons David, va te changer (elle voit Dan) et ce... Myriam, auriez-vous des jumeaux, depuis quand? MYRIAM:Ils doivent repartir bientôt. GINETTE: Quoi faire? Il se fiance ou non? Moi, je suis venue pour ça, et je vous assure qu'avec l'ennemià nos trousses, c'est très dangereux. Alors? DAVID: Voilà, voilà, ma tante, mais comment fait-on? Je n'ai pas l'habitude.

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LA VIEILLE VILLE

GINETTE: Chez des gens normaux, on danse, on parle, on boit, mais ici... (Elle frissonne et montre

Amos)

TI

ne joue même pas. (Elle regardeet re-

monte sa montre en diamants. Pause. Un froid) Vous dites des bêtises depuis deux heures. SIMON: TIm'explique les pensées du Bon Dieu. GINETTE: (à Myriam) Ils sont bons, ces gâteaux, comment les faites vous? (Le Rabbi sort de la danse et regarde son verre) Mais qu'a t-il votre mari, Myriam? Allons, Rabbi, dansons (Il se laisse entraîner et danse verre en main) IJ illuminé et air distrait) . BEN (à Yaël) : Ala marelle? Bon, mais après, tu joues comme je veux. (IlsJ.ouent) GINETTE: Vous n'avez pas de pick-up, des valses, des polkas ? Vous dansez comme des arriérés. MYRIAM:Mais non, comme des juifs. SIMON (grandiloquent) : C'est la même chose (Myriam hausse les épaules). DAVID: Nous perdons trop de temps.

ACTE

I

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GINETTE: ça.. il est fou votre David? d'autre? Je n'ai jamais vu ça. ROLLA(tristement) : Étudier?

C'est perdre

son temps que de se fiancer? Que veux-tu faire

DAVID: On se bat, on ne dort plus, à quoi cela sert-il ? SIMON: En effet, mon neveu, tu ne vas pas très bien; ce n'est pas de Rolla qu'il languit, mais de son Talmud. Rabbi, qu'as-tu fait de ton fils? DAVID: Rien de mal. GINETTE: Moi je m'en vais (Myriam lui tend les gâteaux) elle en dévore un comme pour se venger). Rabbi, vous êtes malade? RABBI(rêve)face au public) verre en main. Il se balance) en pleurant voix très douce) : On danse, on danse! (Résigné) Allons, de la vodka! (Détonation) la danse continue) mais légère anxiété visible; rêveusement) : Tout ce qu'il y a dans la vodka! Les voyages, l'exil et peut-être la fin de l'exil; (ironie silencieuse de Dan. Détonation) le Rabbi I)entend) geste de tristesse) je voudrais boire un peu (ne touche pas son verre). Je voudrais tant me reposer.

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LA VIEILLE VILLE

GINETTE: Mais de quoi? RABBI:De tout (Pause). SIMON: Allons, mon vieux, on fiance aujourd'hui ma nièce avec ton fils, de quoi veux-tu qu'on se repose? Un jour si gai! (Détonation) RABBI: Si gai? Et pourquoi pas? (Il boit) GINETTE (excédée) :Je vous assure... RABBI(à Simon) en buvant) : On t'a chassé de ta Russie, et tu ne l'as jamais revue. Mais tu peux la retrouver quand tu veux dans un peu de vodka. Tes ancêtres, Simon Goldenberg, ils emportaient leur patrie dans leur verre quand on les chassait,
et leur patrie, elle est venue jusqu'ici, jusqu'à

Jé-

rusalem, dans notre quartier juif de notre Vieille Ville. SIMON (Il rit) : Pardon, Rabbi, pardon, cette bouteille vient droit de ma cave et n'a pas voyagé. Quant à ce quartier, il est trop dangereux ces temps-ci, bonsoir.

ACTE I

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RABBI: Et moi, je bois à ce quartier, le seul vraiment juif de la terre, où les juifs peuvent dormir en paix (Détonations) Dan ironique). En paix. (Pause) SIMON: Je te garantis, mon cher, qu'on ne m'y verra plus. J'y suis venu ce soir à cause des enfants, et j'entends bien dormir dans mon lit cette nuit. RABBI(comme en extase) : C'est le seul où nous puissions rester. C'est ...la maison de Dieu! GINETTE: Mais que elit-il ? RABBI: Tout le monde se la dispute depuis si longtemps, mais qui pourrait savoir ce qu'il y avait

dedans? (Tend l}oreille et sourit finement)
nous la disputent? GINETTE: Il s'en rend compte!

Il me

semble que cette année, ce sont les Arabes qui

RABBI: C'est la maison de Dieu, et nous la garderons, et nous la connaîtrons et nous connaîtrons tout. Je bois à la Vieille Ville de Jérusalem, attaquée pour la énième fois en ce mois de septembre. 1900...48 ? Oui?
GINETTE: TIa trop bu ?

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MYRIAM: Un verre seulement. GINETTE: Alors, il s'enivre avec quoi? même sourire fin que le Rabbi) SIMON: Respecte mon Rabbi. Moi je bois au bonheur de ton fils, c'est plus sûr. RABBI(à son fils) comme un ordre) : David, à ton bonheur, dans ta Vieille Ville. (DaviC£petit garçon
devant son père) Rolla, à ton bonheur.

(Myriam)

A ton

lointain retour dans ta cité, mon Dieu, (sourire fin) au jour où les Arabes, les Chrétiens et les Juifs ne viendront plus se disputer pour ma chaise au Paradis (Il se tourne vers Amos) et lui fait signe de jouer; Amos refuse tristement} et le Rabbi laisse retomber ses bras). GINETTE: En attendant, ils font du bruit. SIMON: Et toi, ma femme, et toi? (Pause) RABBI: Nous sommes un peu trop fatigués pour lutter, et nous ne savons plus même où nous devons lutter. SIMON: Ici même, c'est limpide RABBI(sourirefatigué) :Je vais parler jusqu'à minuit.

ACTE

I

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SIMON: Si les Arabes le permettent. MYRIAM : Encore eux!

SIMON: Eux-mêmes. Tenez, Abdallah, mon commis... David, si tu lésines sur la vodka, je te reprends ma nièce. Donc Abdallah, mon commis... RABBI: Au fond, cette Vieille Ville est comme un chancre pour le monde. On se dispute pour des murs que l'on dit sacrés, et l'on ne sait même pas en quoi. Un lieu sacré? Oui, c'est un chancre. Ne m'écoutez pas; (à Dan:) on dit chez nous que les secrets sortent du vin. SIMON (à David) : À propos, mon garçon, j'espère que tu te trouveras un métier plus sérieux que celui de ton père, quand tu seras marié. Lire le Talmud à longueur de journée, et de nos jours! Voyons, Rabbi, c'est idiot (sourire du Rabbi). Tu viendras dans mon affaire, dans la ville neuve, ce vieux quartier me rend malade. RABBI(en souriant) :Je te le disais bien, un lieu sacré te rend malade, il est comme l'enfer (pour sJexcuser). Si par hasard une bombe s'égarait chez nous, il faudrait bien pourrir en plaisantant.

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LAVIEillE VillE

DAN (sceptique) : Vous plaisantiez? GINETTE: Il est incohérent, cet homme, vous ne trouvez pas? SIMON (hausse les épaules) puis s}excite en parlant) : Ta manière de plaisanter me donne mal au crâne, je ne comprends pas un traître mot de tes bêtises. Quand je te vois, j'ai besoin d'aspirine... Dieu m'a donnée... pour me châtier, merci... GINETTE (crispée) hargneuse): Des fiançailles, il faut danser.
RABBI (distraitement) debout) son verre en main) : Mais nous dansons.

Gi-

nette? (Elle lui en apporte) Oh toi, que le bon

GINETTE: Ah oui? SIMON: Avec des idées, cela ne te plait pas? (A Myriam) : je vous disais donc qu'Abdallah, commis, vient l'autre jour au magasin... GINETTE (vient de voir les en/ants): Oh.. Myriam, d'où viennent-ils? Ils ne sont pas à vous? (Malaise de Myriam. Pendant tout le récit de Simon) mon

ACTE

I

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Ginette et Myriam les regardent} lumière progressive sur eux). SIMON (à Dan) : TI s'étale sur une chaise et commence. Je viens te faire mes adieux, dit-il. Ah bon! Oui, ma dernière visite. Et pourquoi se pourrait comprenez... adieux. mais je voulais ta dernière? TI vous que je voue tue, la guerre,

vous faire mes

DAN : TIparlait bien votre commis. SIMON: N' est-ce pas? GINETTE (cesse de fixer les en/ants) : Oh, mais il ne dit pas tout. Cette horreur d'Arabe qui vient nous dire à nous « adieu », parce que cela m'étonnerait de vous rencontrer dans un combat. À nous! J'ai rarement vu des insolents comme cet Abdallah, il faut les tuer tous. MYRIAM: Ginette! GINETTE: Oui tous, quel imbécile! SIMON: Insolent, oui, mais bête, pas toujours, pas tant que toi.
GINETTE: Ah bon... bon... toi... je...

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DAN: Allons!

MYRIAM: Vous êtes un peu raciste, non? GINETTE: Ah bien! Il y a de quoi! Et puis j'en ai assez (à Simon) : tu viens? DAN (ironique) : Peut-on vous escorter? GINETTE: Pas la peine, Monsieur: tu viens? SIMON: Eh, pas encore, la sainteté, cela me fait du bien. Ce Rabbi me donne de l'esprit. GINETTE: Nous voilà frais. SIMON: Eh, dans quelques jours, tu m'entendras me lamenter, profites-en. Nous serons tous des loques, parce que des légions d'Abdallah viendront nous faire leurs adieux. Et couic, plus de Simon, plus de Simon? La bonne idée, mais petite, il n'y aura pas un deuxième imbécile pour t'épouser (Dan hausse les épaules). Que voulezvous, quand on pense à la mort! RABBI: Toi? Mais tu ne penses qu'à ton Abdallah. SIMON: Hm... Nos amoureux sont bien discrets. En principe, ils sont le clou de la fête, mais ceux-là s'enfoncent en silence, et nous devons faire les

ACTE I

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frais de la conversation. Elle y gagne, évidemment, mais tout de même... MYRIAM:Nous parlons parce que nous sommes vides. SIMON: Voyez-moi ça, nous sommes en colère? MYRIAM(souriant) : Oui (elle offre des gâteaux). Prenez. SIMON: Et fermez la, c'est votre pensée? (Myriam sourit) À vos ordres. d'habitude, (Il se sert) pause) Oh, vous êtes moins pincée, Myriam,

vous n'êtes pas malade, au moins? MYRIAM:Mais non. SIMON: Ce sont les Arabes qui vous inquiètent? MYRIAM:Je n'aime pas qu'on soit raciste. GINETTE: Ah, mais je ne le suis pas! Je vous assure, quand on me disait « sale juive » à l'école, je ne riais pas. Mais les Arabes brrr... D'abord ils sentent mauvais (Myriam) geste décourage). On part? Allons, Myriam, vous devriez partir aussi, je vous le dis, ça va très mal ici (doucement et fermement). Mais nous restons.

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SIMON: C'est ça, des escargots! Vous vous mettez dans votre coquille quand cela va mal, vous y reniflez quelques odeurs sacrées, et cela vous suffit. Mais votre coquille ne vous protégera pas, on la fera sauter! Il ne faut pas être prophète pour le voir. ROLLA: Pourquoi parler politique, aujourd'hui? SIMON: Elle appelle ça de la politique! Tu ne te maries pas en l'air, ma nièce, mais au vingtième siècle, à Jérusalem, en plein milieu d'Arabes, et tu risques même de ne jamais... allons bon, je ne veux pas te faire de la peine. GINETTE: Eh bien, puisque nous restons encore un peu, et ces enfants? MYRIAM:Ils sont venus hier soir. GINETTE: Mais d'où? MYRIAM: Depuis quelques temps, vous savez, des gens viennent, et l'on ne sait pas d'où. GINETTE: Mais... des enfants? (Myriam) geste dJignorance) C'est une honte, ce n'est pas normal, ils sont venus tout seuls? évasif) D'où viennent-ils? (Myriam fait ou~ geste

ACTEI

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MYRIAM:J'attends qu'ils s'habituent pour les interroger, ils sont là depuis hier, ils jouent mais ils ne disent rien, je ne sais même pas leur nom. GINETTE : Vous êtes folle, Myriam, on ne prend pas n'importe qui chez soi; même des enfants, à no,.. tre epoque, ce n est Jamais sur, ce sont peut-etre
~ A A

des espions. MYRIAM:Quel roman policier venez-vous de lire? GINETTE : Vous êtes folle, je ne lis jamais. DAN :Je m'excuse, mais ça serait un principe? GINETTE: Plait-il ? DAN :Je vous demande si vos principes religieux vous empêchent de lire. GINETTE (interloquée) : D'où sort-il ? MYRIAM: De l'armée, le capitaine Dan. GINETTE: Votre fils choisit mal ses amis (Myriam la regarde sévèrement) Ginette gênée); que vous êtes naïve, des enfants? Mais ça passe partout. Vous ne connaissez même pas leurs parents. Oh, si j'en avais (pause) ; ils avaient peut-être des maladies.

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LA VIEILLE VILLE

DAN: Ou du sang arabe, vous avez raison. GINETTE: N'est ce pas? Mais qu'allez-vous en faire? MYRIAM:Mais... rien! (Une pause) GINETTE: Ce sont des Juifs? (Myriam hausse les épaules) RABBI(sourirefin) : Il n'y a que des Juifs pour s'entêter
à vivre ICI.

GINETTE: Mais des enfants? RABBI(geste de confiance infinie) : oui, c'est vrai, c'est dangereux! SIMON: Alors, pourquoi rester? RABBI: C'est une tradition, les concierges du Bon Dieu, mon cher, voilà ce que nous sommes. GINETTE: Mais c'est idiot. SIMON: Enfin, la situation n'est pas désespérée. La Légion arabe n'est pas aussi forte qu'on nous le fait croire, c'est moi qui vous le dis. TIsaiment le baroud, la fantasia? Évidemment, mais ce qui leur manque pour être vraiment dangereux, c'est la méthode et l'organisation. La discipline germanique jointe à l'esprit français, voilà ce qui leur manque et...

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DAN: Vous vous faites quelques illusions sur leur faiblesse, M. Goldenberg. ROLLA: Ne parlez plus de tout cela, je vous en prie. SIMON: Oh, les femmes. DAN : Vous vous contredisez, M. Goldenberg (Simon) posture de combat). Vous dites d'un côté, ils ne sont pas à craindre, et de l'autre, partons. Pourquoi? ROLLA: Je vous en prie. SIMON: TIs ne sont pas à craindre, en général, mais supposez qu'une bombe s'égare sur moi. Le Rabbi me dira que Dieu l'aura voulu, mais vous pensez bien, jeune homme, que Dieu, je m'en fous. Je pense à lui quand j'ai le temps, mais quand je meurs, je suis sérieux.
GINETTE: Simon! DAVID: Mais alors, mon oncle, pourquoI pratiques-

tu ? SIMON: Ça, mon neveu! DAN: M. Goldenberg croit ferme en Dieu, malS comme en un fétiche. C'est pourquoi, je sup-

30

LA VIEILLE VILLE

pose, il pratique les commandements, s'il vous dit qu'il s'en moque, c'est par pudeur, mais vous savez, le jugement dernier, même les esprits forts...
SIMON: D'où sortez-vous? DAN: D'une autre espèce de lieu sacré que cette

Vieille Ville, un sacré lieu (avec un grand sourire) Auschwitz (Ginette scandalisée).

SIMON: Ah... En tous cas, vous n'êtes pas idiot. DAN: Non, pas trop. SIMON: Et... que faites-vous ici? DAN : Mais, je célèbre les fiançailles... SIMON: Dans le civil ? DAN: Oh, rien, l'armée. SIMON: C'est un noble travail, jeune homme, c'est... DAN: Sublime. SIMON: Et que dit -on des Arabes dans la Haganah? DAN: Rien. SIMON: Alors, qu'y faites vous? DAN: Des bombes.

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