La Voyante avait vu loin

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« D’habitude, Philippe et moi étions si spontanés, chacun de nos cœurs était comme l’eau transparente d’un lagon pour l’autre. Je devais désormais garder pour moi une invraisemblable vérité. » En 1978, une voyante prédit à une jeune femme un avenir amoureux hors du commun. Marie comprendra seulement trente ans plus tard toute la portée de l’extraordinaire prophétie. Cette histoire d’amour romanesque nous fait découvrir sous un jour intime les « guerriers » des temps modernes, militaires et policiers.
Publié le : mercredi 15 juin 2016
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EAN13 : 9791026205821
Nombre de pages : non-communiqué
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Catherine Choupin
La Voyante avait vu loin
© Catherine Choupin, 2016
ISBN numérique : 979-10-262-0582-1
Courriel : contact@librinova.com
Internet : www.librinova.com
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«Ils reviendront, ces dieux que tu pleures toujours
Le temps va ramener l’ordre des anciens jours. »
Gérard de Nerval, sonnet « Delfica » dansLes Chimères, 1854.
«Le hasard est le plus grand romancier du monde».
Honoré de Balzac, Avant-Propos de 1842 deLa Comédie humaine.
A François Altmayer (1922-2002), en souvenir du 4 octobre 1978
Chapitre 1 La voyante
En 1978, pour mes 24 ans, ma tante Françoise de Fontainebleau, comme on dit Héraclite d’Ephèse ou Aristarque de Samos, m’offrit un cadeau plutôt original. Elle m’emmena chez une voyante. J’adorais ma tante. Elle était belle, pétillante, cultivée, elle enseignait les lettres avec passion. Son goût pour le paranormal témoignait de la part d’irrationalité qui demeure chez ceux qui aiment la littérature. Cependant cette part est parfois plus grande, mais d’une manière inconsciente, chez ceux qui pensent l’avoir chassée. Bref, je consultai une voyante que ma tante visitait régulièrement quand elle avait du vague à l’âme. Mon esthéticienne m’offrait à peu près le même service, prédictions en moins, et encore… ! Je m’étais attendue à un décor chargé de tentures rouge carmin, à une boule de cristal étincelante au milieu de la pénombre, à une gitane aux colifichets colorés et aux boucles d’oreilles voyantes, c’est le cas de le dire. Mais non, une dame plutôt distinguée, n’affichant qu’un léger embonpoint, nous reçut dans un salon beaucoup plus sobre que je ne l’avais imaginé.
Nous sympathisâmes très vite, au sens étymologique. C’était une chiromancienne : elle lisait les lignes de la main tout en se fiant aux images qui assaillaient éventuellement son esprit au contact de ladite main. Je n’avais guère parlé pour éviter d’influencer ses visions, mais j’ignorais ce que ma tante avait pu lui apprendre auparavant sur ma famille et mes activités. Nous étions à la fin du mois de juillet 1978. J’habitais encore chez mes parents, l’École Normale Supérieure chassant honteusement ses pensionnaires pendant l’été. Or mes parents emménageaient précisément à l’École militaire à Paris. Mon père prenait pour deux ans le commandement de l’École Supérieure de Guerre Navale.
« Vous avez de la chance, me dit-elle en fermant les yeux et en me tenant la main gauche entre ses deux mains chaudes et douces. Je vois une foule de choses en désordre. Quelle vie riche sera la vôtre ! Hélas, certains hommes vous feront du mal. Mais je lis quelque chose d’étonnant ! Quel destin romanesque, ma belle !
— Comment cela ? Rassurez-moi, ne me faites pas le coup de la gitane qui regarde la main de Romy Schneider au début deSissi face à son destin et qui refuse de lui parler, épouvantée par la vision de son futur assassinat !
— Cela, c’est du cinéma. De Sissi, vous n’avez que le meilleur : la grâce, les yeux clairs et l’abondante chevelure ! Je peux affirmer que vous allez bientôt rencontrer un homme en uniforme. C’est un homme bon. Il vous aimera et ne vous fera que du bien.
— Cela ne va pas être difficile en habitant l’École militaire ! C’est peut-être mon père : je le croise tous les jours en uniforme, et c’est un homme bon.
— Il est plus jeune que votre père, il est père aussi mais il sera votre amant. »
Je me tus. Elle se tut aussi un moment, toujours en fermant les yeux.
« Vous vous quitterez un jour, mais d’une certaine manière, vous le retrouverez plus tard, beaucoup plus tard, et il vous fera encore du bien. C’est incroyable !
— Qu’est-ce qui est incroyable ?
— La manière dont vous le retrouverez. Je ne peux en dire plus, j’ai peur de me tromper. Mais que du bon, soyez-en sûre, c’est ce que me dit votre main. Vous êtes une grande amoureuse et vous rendrez les hommes fous d’amour. Je vois aussi une sorte de lumière jaune ou dorée, partout.
— Les hommes ou un homme ?
— C’est un peu confus dans mon esprit. C’est comme un pluriel au singulier ou un singulier au pluriel ! ».
J’écris ces lignes trente-cinq ans plus tard. La voyante de ma tante de Fontainebleau n’est plus et je me pose incidemment la question de savoir si elle avait prévu la date de sa mort. Une chose est sûre : elle ne s’était pas trompée pour moi, je viens seulement de le comprendre. Je m’émerveille de l’infaillibilité avec laquelle elle avait prévu les grandes lignes de mon destin, un destin hors du commun, que je vais raconter ici. Les sibylles modernes ne voient peut-être pas toutes, ni pour tout le monde, mais le courant était vraiment bien passé entre elle et moi. Le seul point qui m’attriste, c’est que ma tante ne le saura jamais, elle qui fut emportée prématurément par une maladie de Parkinson. Elle adorait les prédictions qui se réalisaient et qui confirmaient sa croyance dans le pouvoir des diseuses de bonne aventure. J’espère qu’elle les voit s’accomplir de là-haut. Peut-être même contribue-t-elle à leur réalisation. Les morts auraient, paraît-il, de telles aptitudes.
Chapitre2 La fille de l’amiral
Je fis la rencontre d’un officier de l’armée de terre au mois de septembre 1978. Ce ne fut pas à L’École militaire, qui était pourtant le lieu le plus probable pour rencontrer un homme en uniforme, surtout quand on y résidait. Le sexe féminin était assez peu représenté à l’époque dans l’enceinte de ce vaste établissement. Quant aux jeunes filles, je devais en être le seul exemplaire. Je m’en rendais compte aux mouvements nets de curiosité que je provoquais parmi les soldats de garde chaque fois que je rentrais après 20 heures et qu’il fallait montrer patte blanche. Je sortais alors mon laissez-passer du ministère de La Défense, sur lequel il était écrit à la rubrique « grade ou qualité » :Fille de l’amiral. Cette qualité faisait rêver, j’en lisais quelque chose dans les regards des sentinelles qui m’ouvraient. Je les imaginais parfois tirant à la courte paille la chance de contrôler ma carte et d’échanger quelques mots protocolaires avec moi. Un seul me parlait mais tous les autres me regardaient avec un vif intérêt. Je me souvenais des fantasmes que suscitait la fille de l’amiral Patou au lycée de l’Harteloire à Brest, quand j’étais en 6e et que mon père n’était encore qu’un capitaine de frégate. Elle étudiait en terminale et tous les garçons lui couraient après. Certes, elle était fort mignonne mais dans l’appréciation de la beauté d’une personne il ne faut pas sous-estimer le poids des représentations sociales. Maintenant que j’en profitais à mon tour, j’étais ravie ! J’avais pris la relève de la fille de l’amiral Patou qui, elle, selon les lois immuables du milieu de la marine, devait être enceinte de son troisième ou quatrième enfant.
Au mois de septembre, je dus me rendre à Brest. Il me fallait récupérer des diplômes universitaires qui s’étaient égarés et je voulais en profiter pour retrouver des amis d’enfance. J’avais 24 ans, je venais d’obtenir en juillet l’agrégation de lettres classiques : après une année d’un travail acharné, j’exultais de fierté et de liberté. Grâce à mon père, je pouvais loger au Cercle naval de Brest, pour une somme très modique. J’y restai donc quelques jours. Grande buveuse de thé, je descendais régulièrement au bar de l’hôtel. Il n’y avait pas grand monde aux heures où j’y allais. Je m’installais donc tranquillement dans un fauteuil en cuir avec un livre, jetant parfois un regard rêveur vers l’océan qu’on apercevait au loin.
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