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Ladies' Taste - tome 1 Episode 5

De
41 pages

Éléonore, jolie blonde élégante, mère de famille de 33 ans, est directrice artistique d'un groupe de luxe à Paris – Modus Vivendi. De nature douce, elle a cependant appris à s'adapter à la jungle du monde de la mode.
Crystal, 26 ans, est une grande brune incendiaire et ambitieuse qui débarque chez Modus avec l'idée secrète de développer sa collection de chaussures.


Leur rencontre va bouleverser leurs vies...

Éléonore, jolie blonde élégante et mère de famille de 33 ans, est directrice artistique du groupe de luxe Modus à Paris. De nature douce, ancien peintre, elle a cependant appris à s'adapter à la jungle du monde de la mode.


Crystal, 26 ans, est une grande brune incendiaire qui vit en colocation avec son chat caractériel et s'adonne depuis longtemps à un hédonisme sans étiquette sexuelle. Ambitieuse, elle débarque chez Modus avec l'idée secrète de développer la collection de chaussures qu'elle dessine et peaufine depuis longtemps avec son meilleur ami Lorenzo.


Leur rencontre bouleverse leurs vies.


Dès le début, une complicité se noue. Teintée d'ambiguïtés pour Crystal, auxquelles Eléonore se découvre étrangement sensible. Commence un intense jeu de séduction entre elles, dont l'issue semble incertaine. Entre le lancement du parfumLadies' Taste au cours d'une soirée grandiose, les mesquineries et les coups bas dans les couloirs de Modus, chacune apprendra à quel point la passion peut parfois s'affranchir de tout.



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couverture
pagetitre

♦♦♦ 16

Crystal

ATTABLÉE FACE À MA BARBIE chevelure de rêve, je me sens en apesanteur. Je la regarde, je l’écoute mais je suis enveloppée dans une sorte de transe. Ce dîner ne ressemble en rien à nos précédentes escapades hors de la Tour. Ça me perturbe autant que ça m’émoustille. Sa façon de se mouvoir sur sa chaise, son attitude et le son de sa voix transpirent l’excitation inavouée. Parler de « Mourir de Plaisir » ne fait évidemment qu’amplifier cette impression. (Je me bénis une fois de plus du choix de ce nom.)

– Tu es prête à affronter le BB, le dragon et toute l’équipe ? Je sais que tu as les reins solides mais vu ton âge et ta jeune expérience, ils risquent de te charcuter…

– Je suis une panthère, je n’ai peur de personne. Mais, sincèrement, tu as vraiment envie de disserter sur mes capacités à assurer dans l’adversité ? Tu ne veux pas qu’on discute plutôt de comment JE pourrais te faire mourir de plaisir ?

Au moment où cette phrase s’échappe de mes lèvres, elle m’étonne moi-même. J’y vais un peu fort, guidée par cette tentation qui grandit de minute en minute. Après avoir avalé une gorgée de château pessan 2007, je cache sous la table mes mains tremblantes et scrute son visage. Elle rougit. Baissant les yeux, elle semble à la fois surprise, charmée et gênée. Elle se noie dans son verre, avant de reprendre :

– Tu trouves toujours les mots pour me troubler, espèce de Girafe obsédée !

– C’est parce que tu me plais et je veux être certaine que tu l’as intégré… obsédée yourself !

– Plus qu’Inès ?

– Qui ça ?

– Très drôle, ne fais pas l’innocente…

– Je ne vois absolument pas de qui tu parles. Je n’ai d’yeux que pour toi.

– T’es mignonne.

– Et toi, tu me trouves à ton goût ?

– Comme si j’avais besoin de le formuler après les épisodes du taxi et de la machine à café aujourd’hui…

– Bien sûr, mais je veux te l’entendre dire.

– Et voilà, tu recommences à m’embarrasser… Oui, tu es définitivement belle et attirante, mais je n’ai jamais vécu ça, tu sais, je suis un peu perdue. J’ai tantôt envie de combattre, tantôt de m’abandonner.

– Il faut une première fois à tout. Et puis, ne te torture pas trop. Parfois, l’attirance entre deux êtres dépasse de très loin les considérations de genre, j’en sais quelque chose. C’est chimique…

– Oui, mais je te rappelle que je suis mariée, et fidèle, enfin jusqu’à présent.

– La fidélité, c’est conceptuel ! Dans les faits, on croise des corps et des personnalités au fil de nos pérégrinations et résister, c’est se priver d’un plaisir à portée de main.

– Tu es jeune, Crys, si jeune ! La vie ne t’a pas encore donné de leçons, tu n’as ni mari ni enfants, tu ne sais pas ce que tu penseras dans quelques années. Les certitudes sont faites pour être balayées…

– Je te retourne l’affirmation. Je ne vois pas le rapport entre ma jeunesse et ma vision de la fidélité. Je pense qu’un couple a besoin d’incartades pour perdurer. Je crois aussi que se mentir à soi-même et se ronger de désir devant une tension sexuelle non consommée, ça détruit plus que ça construit.

– Tu dis ça parce que tu es une jouisseuse. Tu profites, tu cèdes à ta libido, tu n’as pas besoin de réfléchir aux conséquences.

– Arrête de parler comme une vieille aigrie, Barbie ! Tu t’enfermes dans une boîte et moi je vais t’en faire sortir…

Elle engloutit d’une traite la fin de son chardonnay et s’empresse de se resservir. Je pose ma main sur son genou et l’électricité circule d’un corps à l’autre. Elle bat des cils.

Le silence s’installe, parfois les gestes et les œillades parlent plus que les mots. Ils se laissent plus facilement aller aussi. Formuler les appétences rend les choses peut-être trop concrètes. J’ai toujours préféré les actions aux vérités, elles sont étrangement plus naturellement oubliées. La conscience et ses arrangements entre elle et elle-même…

Si Barbie n’ose pas dire, elle entreprend, poussée par cette charge émotionnelle qui s’est tissée entre nous. Ce fil invisible qui nous relie l’une à l’autre depuis le début et dont je me suis acharnée à renforcer les mailles. Cette attraction charnelle inexplicable et pourtant si palpable. Elle colle ses doigts sur les miens, je remonte ma main plus haut sur sa cuisse. Je rapproche mon siège du sien, lui souris comme pour la rassurer, attrape son visage et passe mon pouce sur ses lèvres. J’ai soif de sa salive, mais je retiens mon élan ; nous ne sommes pas seules, même si nous avons occulté le monde qui nous entoure. Bien sûr, je me fous éperdument de ces paires d’yeux curieux qui se délecteraient du spectacle, mais je pense à elle. Je ne dois en aucun cas troubler son cocon familial et c’est toujours lorsqu’on s’y attend le moins qu’une Gossip Girl grandeur nature s’empare d’un scoop qui fera par la suite ses heures heureuses en se répandant d’oreille en oreille.

 

Un regard suffit. L’addition, le taxi, la banquette arrière. Le chauffeur chinois, dont on ne comprend pas le marmonnement, nous préoccupe beaucoup moins que les clients du Banian. Je plaque Éléonore contre la vitre, avec autant de délicatesse que d’impatience, et je glisse ma langue sur, puis dans sa bouche. C’est chaud et humide à la fois, c’est doux, c’est bon. J’ai envie de fourrer mes doigts en elle, de parcourir chaque parcelle de son anatomie. Je veux lui faire du bien, je veux qu’on s’emboîte (oui, c’est possible, un peu d’imagination!), en nous faufilant l’une en l’autre. Je relève sa robe, je la caresse par-dessus son string, doucement. Ses yeux clos avouent son laisser-aller : elle succombe à ses sensations, elle ne réfléchit plus qu’avec son corps. Elle passe sa patte féline sur mon cou et se hasarde sur mes seins. Je frémis. Je me contiens pour ne pas l’allonger, là, tout de suite.

– Vous êtes arrivées, Mesdames.

Ah bon ? Je paye le taxi (Éléonore m’a invitée ce soir et j’avoue que, sortie des relations professionnelles, je n’aime pas me faire entretenir) et je la conduis vers mon antre.

Un bref moment de panique s’empare de moi. Va-t-elle aimer mon modeste appartement, s’y sentir à l’aise ? Ai-je suffisamment rangé l’éternel foutoir avant de partir ce matin ? Comment Alceste va-t-il réagir face à cette nouvelle intrusion ? Lui réserve-t-il un meilleur accueil qu’aux pénis sur ressorts ?

Nous titubons dans les escaliers, éclairées par mon iPhone, parce que je n’ai pas trouvé le chemin de la lumière. Mon Alma, qui ressemble à un labyrinthe piégé, m’offre un grand moment de solitude : où est donc mon trousseau ? Je ronchonne, honteuse, tandis qu’elle commence à rire, un peu fort. D’un coup, j’envisage la possibilité de l’étendre dans le couloir. Baiser sur un paillasson, voilà une expérience qui manque à ma collection. Mais, la clé enfin dans la serrure, je me reprends : Éléonore n’est pas femme à être prise sur un sol froid dans la pénombre. Elle mérite des bougies, du champagne, des coussins confortables pour supporter sa tête, puis étouffer ses cris.

 

Alceste bondit sur mes bottes et recule catégoriquement en voyant la deuxième paire. Ça promet. Barbie, dont le sens de l’observation m’étonnera toujours, quitte son manteau et attrape le tigré, dans un mouvement délicat. J’arrête de respirer et j’épie la scène, avec une inquiétude réelle. S’il lui refait le portrait de ses griffes acérées, je peux dire adieu à ce visage poupin que j’aime tant… et à ma nuit érotique ! Il n’en fait rien. Ses membres raides s’arrondissent, son museau frôle le menton de mon amante et ils s’installent tous les deux sur le rebord de mon king size. J’en pince pour ce tableau. En me débarrassant de mes chaussures, je sursaute : non mais, je rêve, il ronronne ?

Pendant que mes deux chatons s’apprivoisent, je plante le décor. Je dispose mes bougies rouge Pompadour aux quatre coins du studio. Du patchouli, de la vanille et du santal, relevés par un peu de chocolat et de céleri, avec une pointe d’orange et de truffe noire : cette senteur est propice à la création comme au sexe poétique. Elle attise mon feu intérieur, exacerbe la fièvre douce.

J’allume également mon sapin enchanteur et mes diverses guirlandes de lumières. Pas de lampes, pas de néons agressifs. Suavité et volupté, voilà ce que doit susurrer chaque détail de cette pièce.

La musique participe aussi à l’atmosphère idéale, pro-orgasmes. Au fil des années, j’ai créé les playlists adéquates à mes plaisirs nocturnes, adaptées à la versatilité des situations. On n’écoute pas le même son en s’envoyant en l’air défoncée avec Ethan, qu’en forniquant rapidement avec Yannick ou encore en faisant l’amour avec une Barbie. Je fouine dans mes tours de disques à la recherche de l’album idoine avant de réaliser que je suis vraiment trop old school, surtout à une heure pareille. En 2015, on branche son iPod sur ses jolies enceintes, on choisit sa liste et on n’a pas besoin de la pochette puisque les titres s’affichent sur l’écran. Sex Lover, ma playlist pour instants gourmands sur fond de sentiments, débute par ce qui ne pouvait être autre chose que « Feelin’ Love » de Paula Cole (oui, cette chanson attrape-corps qui avait déjà accompagné notre escapade en Mini, le jour où j’ai découvert l’appartement de Zahi).

Élé n’a pas bougé et le chat-roi aiguise ma jalousie. La tête entre ses cuisses, il se fait gratouiller le pelage et pétrir de bonheur. Pense-t-il sérieusement s’accaparer ma distraction préférée du moment et rivaliser avec mes atouts, du haut de son triple décimètre ? (Tu me rappelles la taille de ton zob, s’il te plaît ?)

– Je vois que le courant passe plutôt bien entre vous. C’est extrêmement rare, il a dû sentir que tu étais unique…

– On s’est surtout reconnus, entre amateurs de féline.

– Ah, tu t’avances sur un terrain glissant, si je puis me permettre.

– J’adore quand ça glisse…

Il ne m’en faut pas plus pour saisir le poilu, le lâcher sur son coussin chéri et rejoindre ma blonde sur le lit. En pianotant sur son corps, je m’arrête net : merde, les photos de Scarlett,
ça craint
. Barbie suit mon regard, me devine et, tournant ma tête avec ses mains, me fait comprendre qu’elle s’en moque. Ouf.

Je me noie dans ses prunelles qui s’apparentent à un feu vert, et je l’embrasse plus sexuellement que les fois précédentes. Je suçote sa langue, je lèche ses lèvres, je me perds dans son cou. Sa façon de pencher sa nuque en arrière galvanise mon excitation. Cette femme est la personnification de la sensualité. Elle invite à pécher, avec un air de ne pas y toucher. Je dirais même que j’ai trouvé mon maître en termes de manipulation sentimentale.

À califourchon sur elle, je m’effeuille en premier pour la mettre à l’aise et quitte mon top pour lui faire découvrir la partie haute de mes sous-vêtements rouges. Elle se redresse langoureusement pour examiner mes seins de plus près. Elle m’interroge du regard comme pour me demander la permission et colle sa bouche sur un de mes tétons qu’elle vient de libérer de son cocon. Je laisse échapper un gémissement, ça lui donne de l’assurance. « Diamonds » de Rihanna met mes sens en ébullition, j’allonge mon Éléonore à côté de moi et dégrafe sa robe en lui chuchotant qu’elle est magnifique. D’ordinaire, je ne parle pas vraiment quand je baise, mais ce soir, je fais l’amour à une femme mariée et hétéro. Je déroge donc à mes propres règles.

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