Lady Rebelle

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Jamaïque et Londres, 1820

Fille unique d’un célèbre pirate et d’une lady qui a refusé d’épouser son amant quand elle s’est retrouvée enceinte, Amanda Carre n’a jamais connu sa mère. A sa naissance, son père l’a emmenée vivre avec lui sur son bateau et, dès lors, Amanda n’a eu d’autre horizon que celui de l’océan et des voyages. Sauvage et passionnée, elle s’habille comme un homme et n’a peur de rien - jusqu’au jour où le destin la foudroie : son père, son seul repère en ce monde, a été arrêté en Jamaïque et, sur décision des autorités de l’île, va être pendu ! Déterminée à le sauver, Amanda fait irruption, pistolet au poing, dans le bureau du gouverneur au moment même où Cliff de Warenne, capitaine marchand au service de la Couronne, s’y trouve. Et devant Warenne stupéfait, Amanda menace le gouverneur de mort puis, se ravisant, promet de se donner à lui s’il gracie son père…

Publié le : jeudi 1 décembre 2011
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EAN13 : 9782280241137
Nombre de pages : 320
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1
La Villa Royale, résidence du gouverneur,Jamaïque, 20 juin 1820
On disait du troisième et plus jeune fils du comte d’Adare qu’il était le plus grand gentilhomme corsaire de son temps. Un titre qui ne manquait jamais de faire sourire l’intéressé, les mots « corsaire » et « gentilhomme » figurant rarement accolés dans une même phrase. Mais Cliff de Warenne constituait l’exception à la règle.
Aujourd’hui, cependant, le regard rivé sur la nouvelle potence qui venait d’être érigée sur la place municipale de Spanish Town, Cliff n’avait pas envie de sourire. Même s’il ne reculait jamais devant un combat, il n’était pas homme à prendre la mort à la légère. Si, à l’instar des chats, neuf vies lui étaient données à vivre, il en avait déjà usé largement six. Mais il comptait bien prolonger les trois restantes.
De tous les événements publics qui rythmaient la vie colorée des Caraïbes, une pendaison attirait toujours les foules les plus denses. Toute la population de l’île accourrait en ville le lendemain : les planteurs comme les marchands, les grandes dames comme les catins. Et l’excitation serait générale. Lorsque la corde se resserrerait autour du cou du condamné, des salves d’applaudissements se feraient entendre. Puis une clameur de triomphe s’élèverait lorsqu’on entendrait les os du pendu se briser avec un claquement sec et que le condamné passerait de vie à trépas.
De haute taille et d’allure puissante, Cliff avait fière allure avec sa longue chevelure fauve, éclaircie par le soleil et le vent. Comme tous les hommes de la famille de Warenne, il avait des yeux d’Irlandais, d’un bleu lumineux et perçant. Ce jour-là, il n’avait pas revêtu l’habit bien qu’il fût convoqué chez le gouverneur royal. Il portait, comme à l’ordinaire, une fine chemise en lin blanc sur une culotte en peau claire. Mais il était lourdement armé. Même en compagnie choisie, il ne sortait jamais sans avoir au moins une dague à la ceinture et un poignard glissé dans une botte. Car c’était à la force de l’épée qu’il s’était constitué une fortune. Et ses ennemis étaient légion. Les mœurs, d’autre part, étaient moins rigides dans les îles que sur le continent. Et il avait toujours été indifférent aux modes et aux conventions.
Craignant de faire attendre son ami le gouverneur, Cliff hâtait le pas lorsqu’il vit un petit groupe de femmes déboucher sur la place. Elles étaient élégamment mises et appartenaient visiblement à la meilleure société de l’île. Avisant sa présence, elles échangèrent à voix basse quelques commentaires qu’il devina pimentés. Toutes se dirigeaient vers la potence, apparemment curieuses de découvrir le gibet qui servirait à la pendaison du lendemain. L’une des jeunes femmes était d’une grande beauté. Libertin convaincu et grand amateur des plaisirs de la chair, Cliff n’aurait pas hésité, en temps normal, à lui faire quelques avances. Mais le regard brillant de plaisir avec lequel la belle examinait la potence lui inspira un mouvement instinctif de dégoût.
Le dos tourné à l’imposante demeure du gouverneur, il regarda les trois ladies tourner autour du gibet. La fascination sans limites qu’il exerçait sur les femmes de la bonne société de l’île était pour lui une commodité dont il usait sans modération. Comme tous les hommes de sa famille, il avait une virilité exigeante qui demandait des satisfactions fréquentes. Il avait reconnu la jeune personne blonde qui était mariée à l’un des gentilshommes planteurs de l’île. Mais c’était la première fois qu’il voyait son amie brune. Sans l’ombre d’un doute, la beauté au regard langoureux était nouvelle à Spanish Town. Le rapide sourire qu’elle lui adressa était dépourvu d’ambiguïté. Elle savait qui il était, de toute évidence. Et lui laissait entendre que sa réputation de libertin ne lui faisait pas peur et qu’il pouvait se permettre toutes les privautés, s’il le souhaitait.
A part qu’il ne souhaitait rien de la sorte.
Lorsqu’il répondit à son salut par un signe de tête poli, elle soutint longuement son regard avant de poursuivre son chemin. Cliff appartenait à la meilleure noblesse et s’enrichissait par le commerce de marchandises lorsqu’il n’était pas appelé à faire justice en mer. Mais même si ses occupations étaient honorables, sa réputation restait sulfureuse. Une de ses maîtresses les plus passionnées l’appelait même « mon pirate » dans le secret de l’alcôve. Bien qu’il n’eût jamais volé ni pillé, il était guerrier dans l’âme. Et plus dans son élément à Spanish Town qu’à Dublin, à Kingston qu’à Londres. Il n’avait jamais fait un secret de sa nature sauvage. Et lorsqu’il était à bord de sa frégate et qu’il chassait un navire ennemi, il ne restait plus trace du gentilhomme en lui. Même s’il avait reçu une éducation raffinée, il se trouvait souvent dans des situations où de trop bonnes manières pouvaient vous coûter la vie.
Des médisances qui se chuchotaient dans son dos, il n’avait jamais fait grand cas. Il avait toujours vécu sa vie comme il l’entendait, sans l’aide de personne, pas même celle de son père, le puissant comte d’Adare. On disait de lui qu’il était invincible en mer et qu’il régnait en maître sur les eaux. Même s’il gardait la nostalgie de l’Irlande qui restait pour lui le plus beau pays du monde, il se sentait plus libre dans les îles. Lorsqu’il retournait sur les terres du comte d’Adare, il ne pouvait que constater à quel point il était différent de ses deux frères. Tyrell et Rex avaient tous deux un sens très fort du devoir et un attachement profond à la terre. Lui était un errant dont l’océan constituait la vraie patrie. Si la bonne société ne l’avait jamais banni de ses rangs, il n’en était pas moins considéré comme un homme en marge. Et cette position lui convenait.
Juste au moment où Cliff allait se faire annoncer à la résidence du gouverneur, quelques marins et un marchand arrivèrent à leur tour sur la place.
— Espérons pour lui qu’il appréciera son dernier repas, commenta un marin en riant.
Une des dames gloussa.
— On raconte qu’il a tranché la gorge d’un officier de la Royale. Et qu’il se serait servi du sang qui giclait à flots pour en maculer les parois de la cabine de sa victime.
— Ah, madame, c’est une vieille tradition parmi les pirates, confirma le marin.
Cliff leva les yeux au ciel, irrité par l’absurdité de leurs propos.
— Les pendaisons sont-elles fréquentes ici ? demanda la beauté brune avec un sourire gourmand.
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