Laisse les morts en paix

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Cafferty & Quinn TOME 1
 
Un objet de désir ? Ou de peur ? Une statue ancienne, arrachée à la tombe d’un homme démoniaque, a refait surface à La Nouvelle-Orléans. Convoitée depuis toujours par les collectionneurs – et par les hommes les plus cruels de la planète –, elle sème la mort et la terreur sur son passage…
Lorsque Danni Cafferty voit une vieille dame affolée pénétrer dans sa boutique d’antiquités, elle craint d’abord pour la santé mentale de cette dernière : un buste malfaisant a tué son mari, affirme-t-elle. Une folie qui prend des airs de sombre malédiction quand cette dernière est retrouvée pendue le soir même, et que cette mort soudaine est suivie d’autres tout aussi violentes. Dès lors, Danni doit se rendre à l’évidence : un mystère entoure le marbre tant redouté et aujourd’hui introuvable. Aidée de Michael Quinn, un détective privé aux étranges pouvoirs et au charme redoutable, elle décide alors de partir à la recherche de la statue meurtrière – pour la détruire.
 
A propos de l’auteur :  
« Le nom de Heather Graham sur une couverture est une garantie de lecture intense et captivante », a écrit le Literary Times. Son indéniable talent pour le suspense, sa nervosité d’écriture et la variété des genres qu’elle aborde la classent régulièrement dans la liste des meilleures ventes du New York Times. Laisse les morts en paix est le premier tome de la série « Cafferty & Quinn ».
Publié le : mercredi 1 juin 2016
Lecture(s) : 17
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280361743
Nombre de pages : 400
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A tous ceux qui vivent à La Nouvelle-Orléans, qui la font vivre et qui permettent à nos conférences1 de contribuer à la renaissance de leur extraordinaire patrimoine ! Merci donc à :

Mardin Andrade, Beti Basile, Molly Bolden, Zach Bolden, Camille Burgin, Tina Callais, Dionne Cherie Charlet,Beth Ciotta, Teresa Davant, Jezabel DeLuna, Rich Devin, Corrine De Winter, Keith Donato, Pam Ebel, Paula Eykelhof, Nick Genovese, Paula and Mike Hardin, Patty Harrison,Jennifer Hughes, Pamela Kopfler, Harley Jane Kozak,Cindy Krempel, Kay Levine, Veronika Levine, Kathy Love, Lisa Mannetti, Debra Maas, Erin McCarthy, Ginger McSween, James, Bonnie and Helen Moore, Stacey, Kaylyn,Scott and Joshua Perry, Kathleen Pickering, Jason, Shayne, Derek, Zhenia, Bryee-Annon et Chynna Pozzessere, « Suzy Q » Quiroz, Kevin Richard, Debbie Richardson, Helen Rosburg, Bobby Rosello, Dave Simms, Alexandra Sokoloff, Mary Stella, Lance Taubold, Jo Templeton, Greg Varricchio, Sheila Vincent, Leslie Wainger, Pat Walker, Mary Walkley, Adam Wilson, F. Paul Wilson, à tous les salariés de l’hôtel Monteleone, à tous ceux de la « Boutique des vampires » et de chez Fifi Mahoney’s…

Sans oublier l’extraordinaire Connie Perry !

Ce roman est également dédié à la mémoire de Kate Duffy, éditrice hors pair qui comptait tant d’amis. Elle nous a soutenus dès le début, convaincue que ces conférences apporteraient leur pierre à l’immense travail de reconstruction entrepris. J’entends encore sa voix, je revois son sourire, j’imagine souvent ce qu’elle aurait pu dire face à une situation donnée…

Enfin, je rends ici hommage à la mémoire de ma seule et unique sœur, Victoria Jane Graham Davant, qui adorait La Nouvelle-Orléans et avait su m’en faire partager la magie.

1. « Writers for New Orleans », autrement dit « Ecrivains pour la Nouvelle-Orléans », une initiative créée à la suite de l’ouragan Katrina. (Toutes les notes sont du traducteur.)

Prologue

— C’est la fin, hélas, mademoiselle Cafferty, murmura le Dr Vincenzo.

Il s’éclaircit la gorge, puis ajouta :

— Eh bien, je… vous laisse faire vos adieux.

Danielle Cafferty le dévisagea, muette de stupeur, trop hébétée pour fondre en larmes. Ce matin encore, elle avait voulu se convaincre que son père vivrait très longtemps. Il était grand, costaud, vigoureux. C’était le digne descendant de ses ancêtres écossais, aussi résistant que les collines natales des Highlands qui l’avaient vu naître.

Seulement, elle avait reçu ce coup de fil de Billie McDougall. Angus Cafferty était à l’hôpital et son cœur était en train de lâcher.

Vincenzo soutint son regard d’un air gêné. Il avait l’habitude de ce genre de situations, bien sûr, puisqu’il dirigeait l’unité de cardiologie. Il semblait tout de même mal à l’aise. Il effleura la main de Danielle puis sortit avec l’infirmière, qui, elle aussi, affichait un air compatissant.

Bref, Danielle devait se rendre à l’évidence. Son père était dans le coma depuis une heure, et bientôt…

Elle resta sur sa chaise, près du lit, caressant doucement la main du vieillard en refoulant ses larmes. Elle avait l’impression que sa tête doublait de volume et résonnait douloureusement, comme une calebasse vide.

— Tu sais, je te fais tout de même confiance, dit-elle à voix haute. Je t’ai toujours fait confiance. Tu as été un père merveilleux, toujours prêt à raconter des histoires… Tu vois, grâce à toi, je me rappelle très bien maman alors qu’elle est morte quand j’avais quatre ans. La Nouvelle-Orléans, c’est ma ville, mais tu m’as fait faire tellement de voyages… Allons, tu vas t’en remettre, cette fois encore, n’est-ce pas ? Nous avons surmonté tellement d’épreuves, tous les deux ! Papa ?

Son père ne répondit pas.

Elle consulta du regard l’horloge murale. La télévision était en marche, le son baissé. Il y eut des publicités pour des voitures, puis un présentateur interviewa un homme d’affaires, Brandt Shumaker, qui comptait se lancer dans la politique. Un groupe de blues local leur succéda. Danielle l’écouta une minute, puis commenta à voix haute :

— Ils sont très bons, tu sais… Quand tu iras mieux, on ira les écouter.

Elle n’eut toujours pas de réponse.

Pourtant, impulsivement, elle continua.

— J’ai acheté un nouveau tableau, la semaine dernière. Une production du groupe Blue Dog. Je ne sais pas pourquoi, j’adore ce qu’ils font. Mon propre travail n’a rien à voir, bien sûr, mais c’est vrai de tous les artistes. Chacun a sa vision…

Elle avait bien conscience de parler à tort et à travers. De dire tout ce qui lui passait par la tête, pour ne pas voir qu’Angus était en train de mourir.

Puis, tout à coup…

Il se redressa brusquement. Ses cheveux d’un blanc de neige étaient en bataille. Il fixait sur elle ses iris d’un bleu profond.

— C’est trop tard, ma fille, trop tard, hélas ! J’aurais dû te parler il y a bien longtemps. Pourquoi ai-je voulu attendre que tu aies trente ans, sans imaginer une seconde que je partirais avant ? Quelle sottise ! J’ai voulu te préserver, t’accorder quelques années de répit… Je n’aurais jamais dû. Ecoute-moi bien, Danni. Ne vends jamais la boutique. Jamais, tu m’entends ? C’est notre destin, si sombre soit-il. Ma pauvre petite, moi qui voulais pour toi une existence paisible, protégée… Ah, qu’est-ce que j’ai fait ?

Son accent écossais, d’ordinaire tempéré par ses longues années passées en Amérique du Sud, redevenait rugueux. Il s’exprimait avec passion. Son père se pencha vers elle en lui serrant la main avec force, mais c’était signe qu’il était vivant, et elle retint un cri de douleur.

— Je ne vendrai jamais, papa, ne t’inquiète pas. Et puis, c’est ta boutique. Tu vas aller mieux, j’en suis sûre, et quand tu rentreras…

— Quoi qu’il arrive, je le répète, ne vends pas, coupa-t-il. Et surtout, ma fille, tu dois lire le livre. Ne redoute jamais ce que tes yeux verront, ce que tes oreilles entendront. Ne mets pas l’évidence en doute. Toutes les réponses sont dans le livre. C’est lui qui te fera connaître l’enfer, le paradis, et tous les royaumes qui les séparent… Tu m’entends, ma fille ? Ma chère petite Danni, je t’aime profondément, tu sais. N’oublie pas mes paroles. Vis longtemps et, surtout, vis bien. Tu es belle, brillante, mais le monde change autour de nous… Fie-toi au livre, Danni. Reste-lui fidèle quoi qu’il arrive.

Son étreinte se desserra. Il retomba sur le lit, les yeux clos, soudain silencieux.

Danni bondit pour se précipiter dans le couloir en hurlant :

— Docteur Vincenzo, venez vite !

Le médecin sortit d’une pièce et la rejoignit à grandes enjambées.

— Mon père m’a parlé… Il est inconscient de nouveau, maintenant, mais il m’a parlé !

Vincenzo fronça les sourcils. Il s’approcha du lit, posa une main sur le bras du malade, puis se tourna vers Danni.

— Je sais que c’est un moment difficile, mademoiselle Cafferty, mais il faut que vous sachiez que… A vrai dire, il venait juste de mourir quand je vous ai laissée seule avec lui. Je voulais que vous ayez quelques minutes pour lui dire adieu… Mais il n’a pas pu vous parler. Il était déjà mort.

— Quoi ? s’écria Danni, bouche bée. Vous vous trompez, forcément… Il s’est assis et vient de me parler !

Vincenzo la regarda avec une profonde pitié.

— Votre père est mort depuis plus d’une demi-heure, mademoiselle Cafferty. Touchez son bras. Il est déjà froid. Je suis vraiment désolé. Je sais à quel point vous l’aimiez. Dites-vous qu’il avait presque quatre-vingt-dix ans, qu’il a eu une vie bien remplie, qu’il a été très aimé…

— Ecoutez, je n’ai pas rêvé, protesta-t-elle. Il m’a tenu tout un discours. Je n’invente rien !

Vincenzo serra les lèvres. Il jugeait inutile d’argumenter, apparemment.

— Voulez-vous que je fasse venir quelqu’un pour vous tenir compagnie ? Je vais voir si nous avons un pasteur dans les locaux, un prêtre…

Elle secoua la tête, les sourcils froncés.

— Je ne suis pas folle, objecta-t-elle.

— Votre père est mort, répéta le médecin. Il l’était déjà tout à l’heure. Je le regrette.

Danni baissa la tête en refoulant ses larmes. Puis elle murmura avec dignité :

— Je n’ai besoin de personne, merci. Je vais rester encore un moment avec lui.

Le médecin la laissa. Elle retourna s’asseoir près de son père, lui prit la main et, cette fois, s’en convainquit : le fier Ecossais qui avait bercé sa jeunesse d’histoires et de légendes avait bel et bien quitté ce monde. Les larmes qu’elle avait retenues jusque-là coulèrent à flots.

— Danni ?

Elle tourna la tête.

Billie McDougall, grand, mince comme un roseau, se tenait debout sur le seuil. Même s’il avait vingt ans de moins que son ami Angus, Danielle l’avait toujours cru bien plus vieux. A côté de lui se tenait Jane Pearl, la comptable de la boutique, qui faisait aussi office d’assistante et de secrétaire. Ils faisaient tous les deux partie de la famille. En fait, c’était toute la famille qui lui restait, maintenant.

— Allons, viens, maintenant, dit gentiment Billie. Ton père était âgé et fatigué. Laisse-le quitter en paix les vicissitudes d’ici-bas. Il t’aimait autant que tu l’aimais. Rien que cela, c’est le signe d’une vie accomplie.

— Venez, Danni, nous allons vous ramener, ajouta Jane. Je vous ferai une bonne tasse de thé, avec une rasade de scotch ou de whisky pour vous aider à dormir.

Billie s’approcha du lit en retirant sa casquette.

— Mon vieil ami, je vais poursuivre ta tâche, fais-moi confiance, murmura-t-il.

Aux oreilles de Danni, ces mots résonnèrent comme une promesse solennelle.

Jane posa une main sur son épaule.

— Allons, venez, insista-t-elle. Le docteur dit que vous avez déjà passé plus d’une heure avec le cad… avec votre père. Il est temps de vous reposer. C’est ce qu’il aurait voulu, vous savez.

Jane avait de grandes mains, des bras très musclés, pour une femme. Elle pouvait se montrer persuasive.

Danni s’écarta, puis revint un instant sur ses pas pour embrasser le front de son père. La tête posée sur sa poitrine, comme elle le faisait si souvent petite, elle murmura :

— Je t’aime… je t’aimerai toujours. Tu seras toujours vivant dans mon cœur.

Le corps devenait de plus en plus froid.

Oui, c’était un cadavre, à présent. Mais c’était aussi son père.

— Allons ! lui intima Jane.

Danielle embrassa une dernière fois le vieillard.

— Tu seras toujours avec moi !

Billie resta seul, un regard plein de tristesse fixé sur celui qui avait été son patron, son mentor et surtout son ami.

— Elle ne sait toujours rien, Angus, n’est-ce pas ? fit-il d’une voix inquiète. Je t’avais bien dit que tu ne serais pas éternel, pourtant. Pauvre gosse… Elle n’imagine pas à quel point tu seras toujours avec elle, effectivement. Avec ce que tu laisses derrière toi…

1

C’était une belle journée d’avril à La Nouvelle-Orléans. Quand Michael Quinn entra dans le magasin d’antiquités nommé le Cheshire Cat1, sur les talons de Gladys Simon, une veuve, Angus Cafferty était mort depuis trois mois.

Le Cheshire Cat occupait l’une des dernières maisons de la rue Royal, datant du XVIIIe siècle, l’une des rares à avoir survécu aux grands incendies de 1788 et 1794 qui avaient détruit plus d’un millier d’édifices. La bâtisse, à deux étages, possédait une cour intérieure et des balcons courant sur toute la façade. Michael Quinn connaissait déjà les lieux : à l’intérieur, au rez-de-chaussée, le salon, la bibliothèque et la salle à manger d’origine abritaient maintenant les pièces d’exposition. Danielle Cafferty avait installé son atelier dans l’ancienne dépense. Dans la cour, des ouvertures menaient aux galeries et au reste de la demeure. Il y avait également un sous-sol mais, comme souvent à La Nouvelle-Orléans, il était surélevé et six marches y conduisaient depuis la rue. Ces « caves » étaient remplies de trésors accumulés par Angus au fil des ans et soigneusement conservés à l’abri des regards. A l’étage, au-dessus du magasin, se trouvaient le bureau de l’administration et le petit appartement occupé par la famille Cafferty. Billie McDougall, toujours vigilant, habitait l’ancien grenier. Enfin, à côté de l’entrée principale, une ancienne remise à calèches avait été transformée en garage.

Michael Quinn n’avait eu aucune difficulté à suivre Gladys. Elle n’avait rien remarqué. Il se sentait gêné de la pister ainsi, mais comment faire autrement ? Il avait bien tenté de la rencontrer, dès qu’il avait appris qu’elle possédait le buste, mais n’y était pas parvenu. Gladys Simon ne recevait personne et, si enjôleur qu’il se fût montré, Michael n’avait pu ébranler sa vieille domestique.

Il avait alors attendu devant chez elle, puis tenté de nouveau de lui parler quand elle était sortie, mais elle s’était détournée pour courir vers sa voiture. Il n’avait eu d’autre choix que de la suivre, en priant le ciel pour qu’elle se rende bien chez l’antiquaire.

Quand elle entra dans la boutique, il était juste derrière elle. Il vit Billie en train de lire, derrière le comptoir, et Jane Pearl — la comptable et secrétaire — monter l’escalier, sans doute pour rejoindre son bureau. Jane s’arrêta sur une marche en entendant la porte s’ouvrir.

Gladys Simon ne prêta aucune attention à ce qui l’entourait. Elle fonça directement vers le vieux comptoir d’acajou qui servait maintenant de bureau de réception. Quinn, toujours sur ses talons, fit mine de s’intéresser à la vieille pendule accrochée à côté de la porte.

En fait, Billie aurait pu aisément jouer le rôle de Riff Raff dans le film The Rocky Horror Picture Show, ou alors un Ichabod Crane vieillissant2. Aussi maigre que son ancien patron avait été costaud, il avait des yeux gris fer et de longs cheveux blancs qui lui frôlaient les épaules. Il portait un T-shirt des « Grateful Dead ». En théorie, il aurait dû impressionner une femme aussi élégante et soigneusement manucurée que Gladys Simon, mais elle l’aborda sans prêter la moindre attention à son aspect.

— Vous vendez des antiquités, n’est-ce pas ? Des curiosités ? Je veux vendre un buste sculpté. Il faut que vous l’achetiez. Il le faut ! Tenez, vous pouvez même l’avoir gratuitement, si vous voulez. Mais vous devez venir le prendre chez moi, tout de suite. Sa place est ici, dans cette boutique !

Billie jeta un bref coup d’œil à Quinn, puis plissa le front, l’air soucieux.

— J’aimerais vous aider, madame. Ce n’est pas moi le propriétaire, mais…

— Mon Dieu, c’est vrai ! répliqua son interlocutrice d’une voix haletante. Le propriétaire est mort, n’est-ce pas ? Mais il y a sûrement quelqu’un qui le remplace… Appelez-le, je vous en prie ! Je ne peux plus vivre avec ce… cette chose !

— Je vous en prie, essayez de vous calmer, madame… ?

— Simon. Gladys Simon. Ce buste appartenait à mon mari, qui est mort aussi. A cause de… de lui, justement !

— Calmez-vous, madame Simon, répéta Billie. Vous me parlez donc d’une statue ?

— Oui, très ancienne. Très belle, d’ailleurs.

— Et vous parlez de nous donner un objet ancien et très beau ? demanda Billie, l’air incrédule.

— Vous avez entendu, ou est-ce que vous êtes sourd ? s’écria Gladys, hors d’elle. Je veux me débarrasser de ce truc ! M’en débarrasser !

Les éclats de voix avaient maintenant alerté la propriétaire de la boutique, jusque-là enfermée dans son atelier.

Quinn se rappelait l’avoir observée, le jour de l’enterrement d’Angus Cafferty. Tandis qu’on déposait Cafferty dans le vieux mausolée de la « Cité des morts » où il avait toujours annoncé qu’il reposerait, Quinn avait préféré ne pas aborder sa fille et garder ses distances. Un joueur de cornemuse était venu, mais il y avait eu aussi un groupe de jazz traditionnel de La Nouvelle-Orléans et, bien sûr, une foule d’amis, car Angus avait été très apprécié dans la ville. Quelques touristes — une grosse poignée —, fascinés par le rituel, s’étaient joints à eux. Comme l’enceinte du mausolée ne permettait pas à tout le monde de se grouper à l’intérieur, Quinn avait pu déambuler discrètement dans la foule, en rendant hommage au défunt d’un peu plus loin.

Ce jour-là, la fille d’Angus était ravagée par le chagrin, cela ne faisait aucun doute. Tout comme il était indéniable qu’elle était bien sa fille. Elle était beaucoup plus mince, bien sûr, mais avait le même regard bleu profond, les mêmes traits ciselés, avec une longue chevelure auburn, couleur qui avait sans doute été celle des cheveux d’Angus, signe de leurs origines écossaises. Même effondrée, cependant, elle n’avait paru ni brisée, ni particulièrement vulnérable, ce que Quinn trouvait encourageant. Bien que mince, elle mesurait près d’un mètre quatre-vingts, et avait sans doute hérité de la force intérieure de son père.

A présent, elle s’avançait vers eux en haussant les sourcils, visiblement intriguée par le tapage. Elle portait un jean avec un chemisier à manches courtes, bien coupé, une tenue sobre qui soulignait pourtant son élégance naturelle. Elle se mouvait avec une grâce innée.

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