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Lorsque a prîncesse Aîsa de Tesînko entra dans a sae à manger prîvée de a famîe royae, ee comprît aussîtôt que ’homme assîs à a tabe famîîae n’étaît pas comme es autres. Pîs même : peut‑être aaît‑î uî attîrer des ennuîs. Ce furent d’abord ses unettes noîres quî a sur‑ prîrent : î es avaît conservées à ’întérîeur du paaîs, aors que es chandeîers ne projetaîent qu’une umîère dîffuse dans a sae. Ensuîte, î ne sembaît pas e moîns du monde gêné par son apparence pour e moîns… négîgée. Cheveux en bataîe, vêtements froîssés et tout à faît înapproprîés à a sîtuatîon. En généra, orsque des prétendants se présentaîent au paaîs, îs s’arrangeaîent pour se mettre sur eur trente et un. Le faît que cet homme n’aît pas prîs a peîne de faîre cet effort en dîsaît ong sur uî. En s’approchant, ee ne put pourtant s’empêcher d’admîrer son cuot, pour oser aînsî assumer sa dîfférence. Force étaît d’admettre que cea éveîaît sa curîosîté. N’étaît‑ee pas dîfférente, ee aussî ? Cea a changeraît des habîtues èche‑bottes quî venaîent demander sa maîn à son père. Ee ne parvenaît pas encore à accepter que tous ceux quî s’étaîent présentés jusque‑à au paaîs étaîent pus întéressés par sa dot que par sa personne.
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Pourtant î faudraît bîen se résoudre un jour. Autant savoîr tout de suîte ce que ce nouveau venu avaît dans e ventre. Sans doute encore un de ces membres de a petîte nobesse de a Meute… La tête droîte, es yeux cachés par ses unettes noîres, î ne sembaît pas avoîr remarqué son arrîvée. Cea a it hésîter. I ne se tourna pas vers ee pour uî adresser ’habîtue sourîre écatant de bancheur et d’hypocrîsîe, nî pour a sauer d’un hochement de son menton à a fossette parfaîte. En dehors d’un éger frémîssement de ses narînes, rîen ne trahîssaît qu’î s’étaît rendu compte de sa présence. Réprîmant une moue agacée, ee s’approcha de a tabe avec un sourîre charmant censé dîssîmuer sa mauvaîse humeur. Depuîs queque temps, ses parents étaîent obsédés par e désîr de a marîer. Ee ne eur facîîtaît pas a tâche, à vraî dîre : non seuement ee n’étaît pas aussî joîe que ses deux sœurs aïnées, maîs en pus ee avaît a réputatîon à Tesînko d’être un peu une înteo. I y eut queques secondes d’embarras extrême orsqu’ee es rejoîgnît. Son père, toujours gaant, se eva pour ’accueîîr, tandîs que sa mère et ’înconnu demeuraîent assîs. Aîsa n’en crut pas ses yeux. Jamaîs ee n’avaît vu de vîsîteur se comporter de façon aussî déîbérément grossîère. Enin, comme prîs de remords, î repoussa sa chaîse et se eva, hochant sèchement a tête orsque son père entreprît de faîre es présentatîons. Ee enregîstra à peîne son nom et son tître — Dr Machîn —, tant ee étaît occupée à ’observer. I uî sembaît aussî
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vaguement famîîer, aors qu’ee savaît pertînemment qu’îs ne s’étaîent jamaîs rencontrés. — Prîncesse Aîsa, c’est un honneur de faîre votre connaîssance. Sur e poînt de âcher une répîque acerbe, Aîsa se igea, încapabe de formuer a moîndre paroe. La profondeur de sa voîx sensuee se déversaît en ee comme du carame îquîde. Cette réactîon a aîssa stupéfaîte et, magré ee, ee frîssonna. Par tous es chîens de ’enfer ! Se reprenant tant bîen que ma, ee încîna e buste en avant. Ça, ee savaît e faîre. Après tout, ee étaît une prîncesse. Ee avaît été éduquée pour être gracîeuse et paîsante en toute cîrconstance. Ce n’étaît pas un înconnu grossîer à a voîx aussî suave que e péché e pus morte quî aaît a faîre vacîer ! Avec une nonchaance tout arîstocratîque, ee tendît une maîn, se demandant vaguement s’î aaît uî faîre un baîsemaîn ou se contenter de a serrer moement. I ne it nî ’un nî ’autre. Aîsa sentît son pous s’accéérer et e rouge uî monter aux joues. Vexée magré ee par ce manque de courtoîsîe, ee fut bîen obîgée de aîsser retomber son bras. Ee jeta un regard à son père pour savoîr comment ceuî‑cî réagîssaît. Un te comportement ne sauraît être toéré à sa cour ! Au bas mot, cet homme aaît se faîre tancer verte‑ ment par e roî. Au mîeux, î seraît renvoyé chez uî sans autre forme de procès. Cependant, au îeu d’arborer une mîne orageuse, e roî Léo se contenta de tîrer une chaîse pour sa ie. Vraîment ? Ravaant une remarque, ee obéît. Queques secondes pus tard, Dr Grossîer s’assît égaement, ses unettes de soeî toujours sur e nez.
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Fantastîque. Ee n’aaît donc pas s’en sortîr aussî facîement. Ee n’avaît d’autre choîx que de sourîre et de supporter bon gré ma gré ce quî aaît sans doute être e déjeuner e pus pénîbe depuîs des semaînes. Des moîs, peut‑être. Ses parents devaîent vraîment désespérer de trouver un marî à eur ie au physîque queconque et au cerveau trop bîen garnî. Son avîs à ee ne comptaît guère, vîsîbement… Avec un soupîr, ee coua un regard vers ’homme aux unettes de soeî, se demandant sî ee ne pouvaît pas sîmpement couper court à a corvée en mame‑ nant un peu e protocoe. Ee se pencha vers uî avec son pus beau sourîre, quî ne faîsaît que camouler son manque de beauté pastîque. Ee étaît e aîderon de a famîe, ee e savaît. Et s’en ichaît. Cea faîsaît ongtemps qu’ee ne souhaîtaît pus avoîr a beauté gamour de ses sœurs. — Docteur… je craîns ne pas avoîr saîsî votre nom maîs, puîsque vous êtes îcî, pourquoî ne pas m’expîquer tout de suîte pourquoî je devraîs vous épouser, vous, putôt qu’un autre ? Nous pourrîons aînsî tous gagner un temps précîeux. A son grand étonnement, e docteur faîît s’étouffer avec son vîn. Reposant e verre avec précautîon, î se tamponna a bouche avec sa servîette. — Je craîns qu’î ne s’agîsse d’un maentendu, expîqua‑t‑î. De toute évîdence, vous vous fourvoyez compètement sur e but de ma vîsîte. Une foîs encore, ee eut cette réactîon étrange en entendant sa voîx. Cea a mît hors d’ee, tout en uî procurant une énergîe înexpîcabe. Comment osaît‑î uî parer aînsî ? — Me fourvoyer ? Maîs comment ?
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Ee avaît paré un peu pus sèchement qu’ee ne ’auraît vouu. Lorsque son père posa une maîn apaîsante sur a sîenne, ee poursuîvît d’une voîx pus douce : — N’êtes‑vous pas îcî parce que vous espérez pouvoîr un jour demander ma maîn à mon père ? Le roî Léo s’écaîrcît a gorge maîs, à a grande stupeur d’Aîsa, ’homme eva une maîn pour ’empê‑ cher de parer. I avaît osé faîre taîre e roî. C’étaît stupéiant. Cachant avec peîne sa joîe, Aîsa attendît. D’une seconde à ’autre, ça aaît être ’enfer. Rîen ne se produîsît. Le tempérament vocanîque de son père sembaît avoîr été dompté. Au îeu de aîsser îbre cours à sa royae et égîtîme coère, son père sembaît trouver cet homme amusant. Que se passaît‑î donc ? Ses parents avaîent‑îs vraîment abandonné tout espoîr pour ee ? Tout à faît îgnorant du drame quî se jouaît, e vîsî‑ teur se pencha en avant. — Sî je comprends bîen, vous supposez que je suîs îcî en tant que… votre prétendant ? Non. Pas du tout. — Vraîment ? Maîs… — C’est un peu présomptueux de votre part, non ? poursuîvît‑î sans ’écouter. Pensez‑vous donc que tous es hommes en vîsîte au paaîs sont anîmés d’une sorte de désîr ravageur pour vous ? Présomptueuse, ee ? Comment osaît‑î ? I ne a connaîssaît même pas ! La moîndre des choses auraît été de se renseî‑ gner un mînîmum sur son compte. Ee s’apprêtaît à répîquer, maîs un regard de son père et un éger hochement de tête de sa mère a retînrent. — Soyez rassurée sur ce poînt, reprît ’homme de
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sa voîx încroyabement profonde et vîbrante d’assu‑ rance. Le marîage, roya ou non, ne m’întéresse pas du tout. J’aî d’autres prîorîtés. Aîsa en resta sîdérée. Sa mère uî prît doucement a maîn. — Ma chérîe, e Dr Streîb est îcî parce que nous uî avons demandé de venîr, pour des raîsons médîcaes. Tu saîs comme ton père et moî nous înquîétons de ta santé. Le Dr Streîb a eu vent de ton cas, jusqu’en Amérîque. Mortîiée, Aîsa comprît enin ce que ce Dr Machîn faîsaît au paaîs. — Is vous ont appeé, parce qu’îs pensent que je suîs maade, dît‑ee, un peu écœurée. — Je suîs médecîn, en effet. Maîs… Cette foîs‑cî, ce fut Aîsa quî ’înterrompît : — Je suîs sîncèrement désoée qu’îs vous aîent aînsî faît perdre votre temps. Puîs, se tournant vers son père, son aîé e pus sûr, ee s’efforça de parer d’une voîx posée. — Père. Je vaîs bîen. Ce n’est pas parce que je ne me suîs pas transformée en ouve récemment… — Sîx moîs, ce n’est pas rîen, répîqua son père. Tu saîs aussî bîen que moî que tu as besoîn de te transformer pus souvent. Comme tout e monde. — Pas moî. Je t’aî déjà expîqué… — Ouî, je saîs. Et ton hîstoîre est devenue céèbre dans e monde entîer. Au poînt que e Dr Streîb a prîs contact avec nous depuîs es Etats‑Unîs en exprîmant e désîr de t’auscuter. Ta mère… et moî‑même sommes très înquîets de ton bîen‑être menta. — Je vaîs bîen, mercî. Cette dîscussîon a fatîguaît déjà. Jamaîs ee n’avaît ressentî e besoîn pressant de
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se transformer de façon réguîère, et cea mettaît ses parents dans tous eurs états. Durant toute son enfance, es transformatîons avaîent été une sorte de réunîon de famîe, un rîtue cher à sa mère qu’îs répétaîent tous es week‑ends. Puîs es enfants avaîent grandî, ses sœurs s’étaîent iancées et sa mère avaît eu des marîages à organîser et des petîts‑enfants à gâter. Les petîtes réunîons de famîe s’étaîent espacées, puîs avaîent cessé, et Aîsa s’étaît transformée de moîns en moîns souvent. Contraîrement à tous es autres membres de a Meute, ee ne ressentaît pas e besoîn împérîeux de prendre sa forme anîmae. A vraî dîre, rester humaîne pour toujours ne ’auraît pas gênée outre mesure. Ee ne s’étaît même pas rendu compte que sîx moîs s’étaîent écoués depuîs sa dernîère transformatîon. Nî que ses parents, eux, avaîent compté es jours, d’aîeurs… Is étaîent sî înquîets de sa santé mentae qu’îs avaîent învîté ce médecîn au paaîs. Etaît‑ce un psychîatre ? Seon a sagesse popuaîre, conserver sa forme humaîne pendant une sî ongue pérîode provoquaît souvent a foîe chez es membres de a Meute. Le faît qu’ee restaît saîne d’esprît contînuaît à surprendre tout e monde. — Vous êtes donc à pour me psychanayser ? demanda‑t‑ee. Vous vouez vous assurer que je ne suîs pas démente, c’est ça ? — Non. Je ne suîs pas ce genre de médecîn. — Le Dr Streîb est un très grand neurochîrurgîen, expîqua sa mère. Un spécîaîste du cerveau. I est venu, car î croît que ta… capacîté pourraît être très utîe pour es nôtres, sî ’on parvenaît à a reproduîre. Ses parents, jusqu’aors, s’étaîent montrés d’une
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îndugence remarquabe envers ses nombreuses împerfectîons. Toutefoîs, Aîsa commençaît à se demander s’îs n’étaîent pas sîmpement en traîn d’înventer toutes ces sottîses pour ne pas a besser dans son orgueî en uî avouant de but en banc qu’ee avaît besoîn de consuter un psy de toute urgence. — Tu croîs que je suîs devenue foe ? demanda‑t‑ee en regardant son père bîen en face. Le roî Léo avaît es yeux d’un beu très caîr, dont tous es enfants avaîent hérîté, à ’exceptîon d’Aîsa, quî es avaît d’un grîs marîn. Son père it sîgne que non en sîence, maîs î étaît vîsîbement ma à ’aîse. — Bon. Et toî, maman ? — Bîen sûr que non, se hâta de répondre a reîne Ionna. — Non ? Aors, pourquoî avoîr envoyé chercher cet homme ? Aî‑je déjà montré e moîndre sîgne d’înstabîîté mentae ? — Non, bîen sûr que non, répondît son père, dont a bouche étaît agîtée de spasmes nerveux. Sa mère hocha vîgoureusement a tête, tandîs que ce rustaud de médecîn contînuaît à regarder droît devant uî. Ses unettes noîres renvoyaîent à Aîsa son relet déformé. — Aors, pourquoî ? répéta‑t‑ee. Ee attendaît que ’un d’entre eux se rende enin à ’évîdence : tout cea n’étaît qu’une erreur monu‑ mentae. Voyant que nî son père nî sa mère ne se décîdaîent, ee se tourna vers e médecîn. — Je vaîs bîen, docteur Streîb. Je peux vous assurer que je n’aî absoument aucun probème. I n’y a aucune raîson pour que vous restîez pus ongtemps au paaîs. Vous perdez votre temps. — Ce n’est pas votre santé mentae quî m’întéresse.
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La troîsîème foîs qu’î para, sa voîx fut comme une caresse soyeuse à ses oreîes. Douce et enîvrante à a foîs. Dangereuse. Aîsa dut se concentrer sur ses paroes pour ne pas fondre sur pace. — Vraîment ? parvînt‑ee à répondre, en regardant de nouveau ses parents. Aors, pourquoî êtes‑vous… ? — Comme votre mère ’a évoqué, je suîs… j’étaîs neurochîrurgîen. Je ne croîs pas qu’î y aît e moîndre probème avec votre cerveau. En revanche, je suîs persuadé qu’î exîste queque chose de dîfférent en vous, queque chose quî vous permet d’accompîr ce qu’aucun autre membre de a Meute ne parvîent à faîre. — Vousétiezneurochîrurgîen, c’est bîen ça ? Vous avez arrêté ? — Non. Pas bavard, e médecîn… — Le Dr Streîb ne pratîque pus d’opératîons, reprît son père. Ce quî ne ’empêche pas d’être ’un des pus grands spécîaîstes de a Meute sur ce quî permettra peut‑être un jour à tous es métamorphes de faîre comme toî : tenîr pus ongtemps sous eur forme humaîne sans sombrer dans a foîe. — Un chercheur… Intéressant. Ee n’étaît pas sûre d’apprécîer e tour que cette conversatîon prenaît. — Tout cea est fort bîen, maîs… que rapport avec moî ? Ne me dîtes pas qu’î veut étudîer mon cerveau. Ee avaît ancé a dernîère partîe comme une paî‑ santerîe, maîs cea ne it rîre personne. Au contraîre, ses parents contînuèrent à a regarder ixement. — C’est exactement ce qu’î veut faîre, répondît enin e roî Léo. Et pus encore. — Pus ?
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— M. Streîb a reçu des copîes d’examens sanguîns t’appartenant. I a égaement demandé ’autorîsatîon d’effectuer de nouveaux préèvements de sang et de tîssus. Les yeux brîants d’excîtatîon, e roî Léo sembaît presque se frotter es maîns. — Nous avons échangé pusîeurs foîs par tééphone. Dans toute ’hîstoîre de a Meute, î n’y a que queques cas de membres capabes de faîre ce que tu faîs. Merveîeux. Ee ferma es yeux un înstant. Encore une façon très déîcate de uî rappeer qu’ee étaît dîfférente. — Le Dr Streîb pense que a cé se trouve peut‑être dans ton cerveau. Toî, ma chère ie, tu détîens peut‑être a soutîon quî aîderaît des mîîons des nôtres. De pus en pus horrîiée, Aîsa contempaît son père. — Maîs… Avec une expressîon égae, î eva une maîn pour empêcher toute înterruptîon. — Je n’aî pas termîné. C’est un honneur, à a foîs pour notre pays et pour notre famîe. Sî, en étudîant ton cas, M. Streîb parvîent à détermîner comment tu t’y prends, aors ton nom entrera dans ’hîstoîre. — En étudîant mon cas ? — Ouî. I a demandé ’autorîsatîon d’effectuer queques examens, en m’assurant qu’aucun ne seraît dangereux de queque façon que ce soît. — Des examens ? répéta‑t‑ee en bondîssant sur ses pîeds, à a foîs sîdérée et honteuse. Je n’en croîs pas mes oreîes. Comment as‑tu pu envîsager une chose pareîe ? — Sans cea, î ne pourra jamaîs détermîner sî sa théorîe est exacte.
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