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Syvîe Smîth jeta un coup d’œî à ’horoge de son ordînateur portabe : 14 h 45. Troîs quarts d’heure ! Cea faîsaît troîs quarts d’heure qu’on ’avaît abandonnée dans ce uxueux bureau de réceptîon, devant une tasse de café maîntenant froîd. Son cîent, Tom McFarane, uî avaît donné rendez-vous à 14 heures, aaît-î encore tarder ongtemps ? A vraî dîre, sa grossîèreté ne ’étonnaît pas. Ee savaît qu’ee étaît a dernîère personne au monde qu’î désîraît voîr. La récîproque étaît d’aîeurs vraîe. Ee n’étaît guère enthousîaste à ’îdée de rencontrer un homme dont e souvenîr a hantaît depuîs qu’ee ’avaît vu, sîx moîs pus tôt. Un homme quî avaît été à deux doîgts d’épouser son ancîenne camarade d’écoe, a ravîssante et frîvoe Candîda Harcourt. Ce que Syvîe ne comprenaît pas, c’étaît pourquoî, aors qu’î ’avaît évîtée pendant sîx moîs, î uî împosaît maînte-nant une confrontatîon quî uî seraît aussî pénîbe qu’à ee. En tout cas, s’î croyaît a déstabîîser en a faîsant attendre, î se trompaît. Ee savaît s’occuper, Dîeu mercî ! Pendant ces troîs quarts d’heure d’attente, ee avaît mîs au poînt es détaîs d’un marîage à ’îndîenne qu’ee organî-saît pour un top mode înternatîona. Ee avaît égaement réussî à réconforter une pop-star sur e décîn quî espéraît reancer sa carrîère par un gaa spectacuaîre à ’occasîon de a sortîe de son nouve abum. 14 h 50, et toujours pas de Tom McFarane. Eh bîen, tant pîs pour uî ! Ee n’avaît pus e temps d’attendre. Ee aussî avaît des obîgatîons pressantes, après tout ! La jeune femme éteîgnît son portabe, e rangea et se
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dîrîgea d’un pas décîdé vers a réceptîonnîste quî, depuîs son arrîvée, ’avaît soîgneusement îgnorée. — Je ne peux pas rester davantage. Veuîez dîre à M. McFarane que, s’î veut me voîr, je seraî à mon bureau demaîn à partîr de 10 heures. — Oh, maîs… — Je suîs attendue aîeurs. Sî je ne pars pas maîntenant… La réceptîonnîste ’înterrompît par un regard au-dessus de son épaue. Syvîe se retourna, et ses yeux tombèrent sur un arge torse caché par une chemîse de în banc dont es manches retroussées révéaîent des avant-bras puîssants. Tom McFarane. Etrange… Ee avaît passé ces sîx dernîers moîs à préparer son marîage, et pourtant, c’étaît a deuxîème foîs seuement qu’ee e rencontraît. Qu’î étaît grand ! songea-t-ee, contraînte de ever es yeux magré es taons aîguîes qu’ee avaît eniés en prévîsîon d’un après-mîdî dîficîe. Son menton étaît creusé d’une fossette profonde, pus accentuée que sur es photos. Sans être adepte des monda-nîtés, Tom McFarane, séduîsant mîîardaîre en passe d’épouser une jeune hérîtîère de petîte nobesse, étaît une cîbe de choîx pour es magazînes à scandaes. Cet homme dégageaît un magnétîsme rare, une aura d’autorîté îrrésîstîbe et terrîbement întîmîdante. La cravate desserrée et e co de chemîse ouvert, î avaît ’aîr d’avoîr affronté récemment un probème dont ee ne doutaît pas qu’î eût trîomphé. Invoontaîrement, Syvîe baîssa es yeux, troubée comme une petîte ie. Et c’étaît avec cet homme que Candy avaît un temps envîsager d’accompîr ce qu’ee appeaît son « projet de vîe »… Car, dès e ycée, son pan de carrîère avaît été d’épouser un mîîonnaîre. Un marî quî uî offrîraît une maîson à Westmînster, un domaîne à a campagne et un tître, peu împorte eque. Seue une questîon n’étaît pas sujet à négocîatîons : e voume du compte en banque. Les études ? Très peu pour ee. Ee préféraît de beaucoup învestîr dans ses « atouts natures » — consîdérabes, de
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’avîs de tous —, et réussîr e marîage parfaît. Lorsqu’ee avaît dît cea, tout e monde avaît rî. Candy avaît en effet e chîc pour faîre rîre es gens, maîs personne n’avaît douté qu’ee ne mette un jour son projet à exécutîon. Par deux foîs, ee n’avaît pas été oîn d’y parvenîr. Enin, a trentaîne approchant, ee avaît tenté e tout pour e tout, sans abandonner toutefoîs sa motîvatîon prîncîpae : ’argent. Une questîon demeuraît cependant : pourquoî Tom McFarane avaît-î consentî à se faîre ’înstrument des ambî-tîons d’une femme aussî supericîee, quoîque charmante ? Charmante… La réponse étaît à. Comment résîster à un sourîre de Candy Harcourt ? Bee, drôe, sophîstîquée, ee avaît tout pour faîre tourner a tête à n’împorte que homme. Et bîen qu’î donne ’împressîon d’être taîé dans e roc, Tom McFarane n’avaît pu être însensîbe à ses charmes. Sî seuement ee avaît pu en dîre autant… Lorsque, sîx moîs pus tôt, eurs regards s’étaîent croîsés au-dessus des bouces bondes artîstement agencées de Candy, une bouffée de désîr avaît embrasé Syvîe sî soudaînement que, pendant queques secondes, ee avaît faîî perdre toute contenance. Heureusement, sîtôt e contrat sîgné, Tom s’étaît excusé et avaît prîs congé. Maîntenant encore, a seue pensée de ces dîx ongues mînutes sufisaît à uî mettre e feu aux joues. Pourtant, ee étaît une femme de tête, une femme d’affaîres habîtuée aux sîtuatîons déîcates. « Concentre-toî, concentre-toî, et surtout, évîte de e regarder dans es yeux. » — Sî vous ne partez pas maîntenant… ? répéta-t-î. — J’auraî de gros ennuîs. Comme sî ce n’étaît pas déjà e cas… Réprîmant cette pensée, ee se contraîgnît à un sourîre professîonne et uî tendît a maîn. — Bonjour, monsîeur McFarane. J’étaîs justement en traîn d’expîquer à votre réceptîonnîste… — J’aî entendu, répondît-î sans uî serrer a maîn. Tééphonez à a personne quî vous a donné rendez-vous et dîtes-uî qu’ee devra patîenter.
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Syvîe e regarda, înteroquée. Pour quî se prenaît-î ? Pensaît-î vraîment qu’ee étaît à sa dîsposîtîon, comme une sîmpe assîstante ? — Désoée, maîs c’est împossîbe. J’aî rendez-vous avec Deores Casteo, a céèbre vedette. En revanche, poursuîvît-ee en feuîetant son agenda, j’aî un créneau îbre après-demaîn, à… — Ce que vous ne comprenez pas, mademoîsee Smîth, ’înterrompît-î, c’est que je ne vous donneraî pas deux foîs a chance de réparer votre iasco. Syvîe se mordît a èvre înférîeure. Un iasco ? Aors qu’ee s’étaît démenée pour négo-cîer es meîeures condîtîons d’annuatîon possîbes ! Et encore, rîen ne ’y avaît obîgée, sî ce n’étaît sa conscîence professîonnee. Et puîs, en quoî étaît-ee responsabe de ce quî s’étaît produît ? Ee comprenaît sa coère, maîs ee refusaît d’endosser es torts de Candy. — Sî vous partez, dît-î encore, je vous promets que vous ne reverrez pas votre argent de sîtôt. Sans attendre sa réponse, î tourna es taons et se dîrîgea à grands pas vers son bureau. Syvîe e regarda ixement. Paîsantaît-î ? Apparemment non. Gacîae, sa voîx accentuaît a sécheresse de son vîsage aux traîts de granît. Pus que jamaîs, î uî faîsaît penser à un vocan enneîgé aux entraîes de ave bouîonnante. Queque chose uî dîsaît que Tom McFarane étaît faît du même boîs que es aventurîers des sîèces passés, quî avaîent cherché a goîre et a fortune sur des mers încon-nues. Ce surdoué des affaîres avaît très tôt révéé un don pour e commerce : partî de rîen, î avaît fondé à sa sortîe du ycée sa socîété d’împort-export quî n’avaît pas tardé à devenîr un eader dans son domaîne. A 20 ans à peîne, î possédaît son premîer mîîon. L’expressîonselfmade mansembaît avoîr été faîte pour uî. Toutefoîs, cette réussîte fugurante n’auraît jamaîs effacé ses orîgînes modestes aux yeux d’une hérîtîère comme Candy. I uî manquaît e savoîr-vîvre, a dîstînctîon d’un
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homme du séraî. I n’avaît pas de proprîété à a campagne, pas de demeure à Mayfaîr ou aux Barbades. Juste un grand oft, et quî pus est du mauvaîs côté du leuve… Lorsque Candy uî en avaît faît e reproche, î s’étaît contenté de rîre et de se moquer de tous ceux quî déboursaîent une fortune pour avoîr e uxe de e regarder de ’autre rîve. Syvîe avaît réprîmé un sourîre orsque Candy, exaspérée, uî avaît rapporté cette anecdote. Ee avaît même songé que Tom McFarane n’étaît pas e mîîardaîre e pus facîe à manîpuer. Peut-être Candy s’étaît-ee montrée trop ambîtîeuse ? Ou aors, peut-être avaît-ee tout sîmpement été séduîte par ’odeur de soufre quî entouraît sa proîe… Du moîns, songea Syvîe, c’étaît ’effet qu’î exerçaît sur ee-même. Sauf qu’ee avaît bîen pus à perdre que Candy dans toute cette hîstoîre. Sa réputatîon, notamment. Ee avaît des comptes à rendre à tous es prestataîres et artîsans qu’ee avaît engagés pour ’organîsatîon du marîage : des professîonnes quî s’étaîent acquîttés au mîeux de eur travaî et quî attendaîent d’être payés. Syvîe se trouvaît au pîed du mur. D’un geste sec, ee sortît son portabe et expîqua à son assîstante éberuée qu’ee seraît en retard. L’appe ne prît guère pus de 30 secondes, maîs orsqu’ee retrouva Tom, î étaît déjà assîs à son bureau, e front appuyé sur une maîn, pongé dans a ecture d’un dossîer. C’étaît une copîe de ceuî qu’î uî avaît retourné avec une note aconîque uî suggérant de e transmettre au nouve homme de son ex-future épouse. Maîs Syvîe comprenaît sa réactîon. I devaît avoîr reçu ce dossîer en même temps que a ettre de rupture de Candy… Ee ne pouvaît s’empêcher de ressentîr pour uî une certaîne compassîon. Ee aussî avaît été abandonnée juste avant son marîage. Ee étaît bîen pacée pour savoîr à que poînt pareîe expérîence pouvaît être humîîante. C’étaît d’aîeurs pour cea qu’ee s’étaît gardée d’une formue creuse du genre « Je comprends ce que vous ressentez ». Car, justement, personne ne pouvaît comprendre.
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Au îeu de cea, orsqu’ee avaît découvert e pot aux roses, ee s’étaît contentée de gîsser a note aînsî qu’une énorme îasse de copîes de factures dans un dossîer décoré non de coches de marîage maîs du ogo de ’entreprîse, et ee uî avaît envoyé e tout accompagné d’un courrîer poî uî demandant e règement sous 28 jours. Maîs au îeu du chèque attendu, ee avaît reçu un coup de i de ’întéressé en personne, uî demandant de se présenter à son bureau e endemaîn, à 14 heures précîses. I avaît raccroché sans uî aîsser e temps de répondre, ne uî donnant pas d’autre choîx que d’annuer ou de dépacer ses rendez-vous… Syvîe pénétra dans une vaste pîèce et s’arrêta devant un ong bureau. I uî ança un bref regard acéré quî a pétrîia. De nouveau, ee se sentît comme frappée d’un écaîr dont a chaeur pénétraît au pus profond d’ee-même et faîsaît courîr des frîssons sur sa peau. Aucun homme n’avaît suscîté chez ee de tees émotîons. Pas même Jeremy. C’étaît teement étrange… En amour comme en tout, ee s’étaît toujours méiée du premîer regard. Ee connaîssaît Jeremy, son ex-iancé, depuîs e berceau. Maîs à y réléchîr, ce n’étaît peut-être pas e meîeur exempe… — Vous devrîez vous asseoîr, mademoîsee Smîth. Nous en avons pour un moment. A tout autre cîent, ee auraît aussîtôt répondu « Appeez-moî Syvîe », maîs es cîrconstances ne se prêtaîent pas à de tees famîîarîtés. Ee s’assît donc en sîence, e dos raîde contre e dossîer de son sîège, întîmîdée comme une écoîère par e froîd regard ixe de Tom McFarane. Maadroîtement, ee posa son dossîer sur ses genoux et sortît un styo. Ce regard s’éternîsaît sur ee, împîtoyabe. Syvîe sentît ses joues s’enlammer. L’atmosphère ourde comme avant un orage a faîsaît suffoquer. Sans réléchîr, ee déboutonna e co de sa chemîse. I attendît qu’ee fût parfaîtement îmmobîe pour prendre a paroe. — Avez-vous renvoyé ’honorabe Quentîn Turner Lya ?
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Syvîe dégutît avec dîficuté. — Monsîeur McFarane, î est dîficîe de renvoyer un empoyé au motîf qu’î est tombé amoureux de ’une de nos cîentes. Les prud’hommes prendraîent très ma a chose. — Amoureux ? répéta-t-î avec dédaîn. — Eh bîen, ouî. De quoî s’agît-î d’autre, à votre avîs ? En tout cas, ce n’étaît pas pour ’argent que Candy ’avaît préféré. — Et vos obîgatîons envers votre cîent ? Car, dans votre courrîer, c’est bîen aînsî que vous me consîdérez. I a transperça d’un regard gacîa. — Et j’îmagîne que M. Lya est partî sans aîsser de traces. Syvîe se sentît rougîr jusqu’à a poînte des cheveux. — En faît, î… Non. I m’a demandé un congé. Tom McFarane se renversa sur son sîège, ’aîr consterné. — Vous vouez dîre que vous uî avez permîs de s’enfuîr avec une femme dont vous organîsîez e marîage ? demanda-t-î après un sîence întermînabe. Comment uî dîre que Quentîn uî avaît faît croîre qu’î devaît se rendre au chevet de sa grand-mère mourante ? Lorsqu’î étaît partî du bureau en compagnîe de Candy, soî-dîsant pour ’aîder à porter ses sacs de boutîques, Syvîe avaît été à des îeues d’îmagîner que son amîe âchaît un mîîardaîre pour son tout jeune assîstant. Certes, Quentîn étaît îssu d’une famîe arîstocratîque, maîs î avaît peu de chances d’hérîter du tître de son grand-père. Et puîs, comment ne pas ressentîr une certaîne sympathîe pour ce garçon ? Sî un homme de a trempe de Tom McFarane avaît succombé aux charmes de Candy, que espoîr restaît-î pour un înnocent comme Quentîn ? Pourtant, înnocent ou pas, ee devraît se passer de ses servîces. Cea ne seraît pas de gaîeté de cœur : Quentîn étaît un exceent coaborateur, d’une honnêteté îrréprochabe et quî s’y entendaît mîeux que personne pour camer es cîentes. Avec cea, î étaît doux comme un agneau. I ne uî vîendraît même pas à ’esprît de ’attaquer pour îcen-cîement abusîf.
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Cependant, Tom McFarane, absorbé par a ecture du dossîer, feuîetaît es factures d’un aîr înexpressîf. Syvîe, e soufle court, attendaît, fascînée par ses ongs doîgts quî tournaîent es pages… Sa maîn, appuyée sur son front… Son menton angueux… La pîèce étaît pongée dans un sîence troubé seuement par e ent bruîssement des feuîes et a respîratîon saccadée de a jeune femme. Tom McFarane uî jeta un bref regard. Ee étaît nerveuse ? I y avaît de quoî ! Jamaîs î n’avaît été autant en coère. Ce marîage auraît été e couronnement de son ascensîon fugurante, sonnant e gas de sa vîe de pay-boy, passant son temps à coectîonner es voîtures de uxe et es joîes ies. Issue d’une famîe dont ’arbre généaogîque remontaît à Guîaume e Conquérant, Candîda Harcourt personnîiaît tout ce dont î rêvaît : reconnaîssance, respectabîîté. En ’épousant, î auraît tîré un traît déinîtîf sur ses orîgînes modestes. L’amour avaît peu de choses à voîr dans tout cea. Non, î convenaît davantage de parer d’échange de bons procédés : rîchesse contre tître. L’aîance îdéae. Et pourtant, Candy étaît partîe à a dernîère mînute avec un type contraînt de travaîer comme sîmpe assîstant dans ’événementîe pour assurer sa subsîstance. Certes, î étaît d’ascendancearistocratique… Le tître prenaît toujours e pas sur es mîîards, aînsî qu’î en avaît déjà pusîeurs foîs faît ’amère expérîence. De toute façon, î auraît toujours été un étranger dans cette caste. Ces gens-à se connaîssaîent tous depuîs ’enfance, se marîaîent entre eux… D’aîeurs, cette même Syvîe Smîth avaît été chargée de ’organîsatîon du marîage pour a sîmpe raîson qu’ee étaît une amîe d’écoe de Candy. Le réseau, toujours… Syvîe Smîth… Cea faîsaît sîx moîs qu’î s’efforçaît de se îbérer de son souvenîr. Pendant une heure entîère, î avaît en vaîn cherché un prétexte pour a congédîer sans avoîr à a rencontrer. Et tandîs qu’î faîsaît mîne d’examîner es factures étaées devant uî, î ne pouvaît s’empêcher de remarquer, sous e
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co de chemîse déboutonné, un soupçon de dentee brune souîgnant une poîtrîne ronde, ferme. Lorsqu’ee croîsa es jambes pour redresser e dossîer posé sur ses genoux, î détaîa dîscrètement une chevîe ine, un pîed menu chaussé d’un souîer de daîm sombre d’où dépassaît un orteî peînt en rouge. D’une maîn nerveuse, ee repoussaît une mèche d’un bond sombre, sa coueur naturee, à n’en pas douter. Qu’est-ce quî e retenaît de uî rédîger son chèque maîn-tenant ? Autant en termîner e pus vîte possîbe. Soudaîn, son regard tomba sur une facture. — Un canon à confettîs ? Maîs qu’est-ce que c’est que cette înventîon ? Se sentant perdre pîed, Syvîe s’efforça de respîrer camement pour maïtrîser es battements fous de son cœur. — En faît, c’est écrît sur e paquet. I haussa es sourcîs. — C’est-à-dîre ? — Eh bîen, î s’agît de… d’un dîsposîtîf quî projette des confettîs… Seîgneur, a voîà quî bafouîaît, ce quî ne uî étaît pas arrîvé depuîs des années, tout sîmpement parce que monsîeur étaît ma dîsposé. Du came ! — Des confettîs de toutes taîes et de toutes coueurs. C’est assez… spectacuaîre, acheva-t-ee, troubée par son sîence. I a dévîsageaît comme sî ee étaît foe. I avaît peut-être raîson, après tout. Une femme capabe d’écumer ’înternet une journée entîère à a recherche d’un ééphant à ouer ne pouvaît être tout à faît saîne d’esprît. — Et es « fontaînes de umîère », c’est quoî, au juste ? — Ce sont des mîîers de ibres optîques agîtées par une brîse, expîqua-t-ee en îmîtant e mouvement d’un geste éger de a maîn. Et quî changent de coueur en bougeant. I a regarda un înstant en sîence avant de reprendre d’un ton sec : — Et s’î n’y a pas de vent ? — On utîîse des ventîateurs. — Vous êtes sérîeuse ?
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Syvîe remua sur sa chaîse. Avec uî, a magîe se dégon-laît comme un baon de baudruche. — Candy ne vous avaît-ee pas expîqué tout cea ? I pîssa e front. Bîen sûr, ee auraît dû y songer : un homme habîtué à jonger avec es mîîards ne s’occupaît pas de tees trîvîaîtés. I s’étaît contenté de aîsser un chèque en banc à sa iancée, quî s’étaît învestîe dans son rôe avec un enthousîasme dont es seues îmîtes avaîent été es contraîntes de temps et d’îmagînatîon. Sî ee avaît demandé a une, ee auraît însîsté pour qu’on aîe a uî décrocher. Rîen n’avaît été épargné pour faîre de son marîage un vérîtabe rêve, et de cette journée a pus înoubîabe de toute son exîstence. Maîs en ’espace de queques heures, ce rêve étaît devenu un cauchemar, tant pour e iancé abandonné que pour ’organîsatrîce. Et un cauchemar à sîx chîffres. Syvîe ne doutaît pas qu’en homme d’affaîres avîsé, î comprendraît qu’ee avaît des comptes à rendre à ses fournîsseurs et à ses coaborateurs… Quoî qu’î en soît, ee ne repartîraît pas de ce bureau sans son chèque, dût-ee y passer a nuît. Maîs devant son regard brûant comme de a ave, ee se prît à penser que cette perspectîve n’étaît pas sî désagréabe que cea… Ee pencha a tête sur son dossîer et it mîne de gîsser une mèche derrîère son oreîe. Le bureau étaît de nouveau pongé dans un sîence étrange : e tééphone ne sonnaît pas, personne ne passaît a tête par a porte pour poser une questîon. Seus résonnaîent à ses oreîes es ourds battements de son sang, à grands coups sourds, et e bruîssement des feuîes. I s’întéressaît maîntenant à a facture du chœur… — Is n’ont pas chanté, objecta-t-î. Is ne sont même pas venus. — Nous es avîons réservés depuîs des moîs. Je n’aî pas pu eur notîier ’annuatîon sufisamment tôt pour eur permettre de trouver une soutîon de rempacement, acheva-t-ee avec hésîtatîon. I a regarda un înstant en sîence, puîs passa à une autre facture. Cee des carîonneurs… Redoutant qu’î
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