Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 4,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB

avec DRM

Partagez cette publication

Vous aimerez aussi

suivant
1.
— Mademoisee Chamberain ? Pour votre rendez-vous, c’est a deuxième porte à gauche. — Merci. Se evant, Reese passa devant ’empoyée assise à son bureau et se dirigea vers e ha. e A 10 heures du matin, ’agence de a 59 Rue, dans ’East Side de New York, était déjà noire de monde. Reese s’était renseignée et avait appris qu’ee était considérée comme ’une des agences de pacement es pus sérieuses de a vie. Cea n’empêchait pas cet endroit de ui rappeer fâcheusement a sae d’attente d’un dentiste, toujours rempie de patients, de sa petite vie du Nebraska. Quee était a tenue adéquate pour un entretien, orsque ’on postuait à un empoi de nourrice ? N’en ayant pas a moindre idée, ee avait essayé pusieurs tenues avant d’opter pour un taieur jaune, ressembant à ceui qu’ee avait porté mercredi, ors de ’entretien préiminaire. Cette convocation, voià trois jours qu’ee ’attendait et ee savait que, si ee n’était pas prise, ee n’aurait pas d’autre chance. Dès e endemain, ee devrait reprendre ’avion pour rentrer chez ee. Or, c’était bien a dernière chose qu’ee souhaitait. Bien sûr, son père, qui dirigeait une expoitation forestière, pouvait ’empoyer mais e saaire serait,
7
à coup sûr, bien maigre et i ui faait beaucoup pus d’argent. Le pire serait de revoir Jeremy ! I ui serait impossibe de ’éviter puisqu’i était empoyé dans a banque qui détenait e compte de son père, ainsi que ceux de son entreprise. Ee e rencontrerait inévitabement et toute a vie saurait vite qu’ee était de retour ! — Entrez, mademoisee Chamberain. — Bonjour, monsieur Loyd. C’était ui qui avait étudié son premier formuaire. — Je vous présente Mme Tribe, a secrétaire parti-cuière de M. Nicoas Wainwright, ceui-ci réside depuis peu à New York et cherche une bonne d’enfants. Je vais vous aisser discuter queques minutes. La petite femme brune en face d’ee, habiée d’un taieur très strict, devait approcher a cinquantaine. — Asseyez-vous, s’i vous paît. Vous vous appeez Reese, c’est bien cea ? — Oui. — Vous avez d’exceentes références. D’après votre formuaire de candidature, vous avez entamé de bonnes études universitaires. Cependant, vous êtes céibataire et n’avez aucune expérience des soins aux enfants, pourquoi désirez-vous cet empoi ? Reese aurait pu mentir, mais ressentit ’impression étrange, que cette femme pouvait ire en ee comme dans un ivre. — J’ai besoin de gagner autant d’argent que possibe cet été, aïn de pouvoir continuer mes études jusqu’à mon examen ïna. Ma bourse ne couvre ni e ogement ni a nourriture et, même dans un comté recué comme e mien, on sait qu’être bonne d’enfant à New York est très bien payé.
8
— S’occuper d’enfants est un travai très difïcie. Je e sais, j’en ai éevé deux. Reese sourit. — Je n’ai jamais été mariée, mais je suis ’aînée de six enfants et j’ai fait beaucoup de garderies pendant mon adoescence. J’avais quatorze ans orsque a dernière de mes sœurs est née et ma mère a dû rester aitée, aors je me suis souvent occupée du bébé. Ma sœur était adorabe et j’aimais a materner. Cea remonte à douze ans mais s’occuper des bébés, c’est comme faire de a bicycette, ça ne s’oubie pas. Mme Tribe ’observa un instant. — Certainement. — Combien d’enfants ont-is ? Au fond de son esprit ee éeva une prière pour qu’i n’y en ait pas pus de trois. Quoique, si a rémunération était assez éevée… — M. Wainwright est veuf et père d’un petit garçon de dix semaines nommé Jamie. Ce fut un choc pour Reese ! Dans e cas où ee obtiendrait un poste, ee s’était imaginé travaier pour un coupe avec pusieurs enfants. — Donc, i peure encore son épouse… Que maheur pour ui et ce petit garçon qui ne connaîtra jamais sa mère. — Oui, c’est une perte tragique pour tous deux. M. Wainwright a engagé une bonne d’enfant qui était déjà au service d’une autre famie, mais ee ne peut pas prendre son poste avant septembre. Vous ne désirez un empoi que pour ’été, c’est ’une des raisons qui m’ont amenée à étudier votre candidature. — Et quees sont es autres raisons ? — Vous n’avez pas demandé un saaire compètement irréaiste. De pus, ’un de vos professeurs à Wharton
9
m’a conïé que vos études sont entièrement ïnancées par une bourse, obtenue grâce à vos briants résutats, ce qui signiïe que vous avez toutes es chances d’ac-compir une bee carrière. — C’est mon rêve… Le grand projet de Reese était de diriger un jour sa propre société de courtage, ce qui avait été a cause de sa rupture avec Jeremy. Lorsqu’ee avait obtenu sa bourse, ee était partie en Pennsyvanie et son ïancé avait estimé que cea dénotait une ambition trop dévorante. A ’évidence, i n’avait aucune envie de prendre pour épouse une femme d’affaires briante et Reese avait compris, à ce moment, qu’ee venait d’échapper à une union dans aquee a pace de a femme se conïnait dans a cuisine. C’est donc sans e moindre regret qu’ee était partie. — C’était égaement mon rêve, reprit Mme Tribe, mais j’étais oin d’être aussi briante que vous. L’un de vos professeurs m’a afïrmé avoir déceé en vous des capacités exceptionnees. En son for intérieur, Reese se demanda eque de ses professeurs avait d’ee une opinion aussi latteuse. — C’est un compiment dont je vais devoir me montrer digne. — Effectivement… Mon impression personnee est que vous convenez pour ce poste, mais vous devez encore passer un entretien avec M. Wainwright. C’est à ui, bien sûr, qu’appartient a décision ïnae. — Je ne sais pas comment vous remercier. Auriez-vous une photo du bébé ? — Non, mais vous e rencontrerez cet après-midi, avec son père. Où séjournez-vous depuis que vous êtes partie de Phiadephie ? e — Au Chesea Star Hote, sur a 30 Rue.
10
— Vous avez dit être disponibe immédiatement ? — Bien sûr ! Avec un it à cinquante doars a nuit, ee ne pouvait se permettre de rester à New York vingt-quatre heures de pus… — Bien. S’i suit mes recommandations et si e saaire vous convient, vous pourrez commencer dès aujourd’hui. — Que stye de tenue dois-je porter pour cet entretien ? Cette situation est compètement nouvee pour moi. — Franchement, ee ’est pour moi aussi. Votre tenue actuee conviendra très bien, s’i a des exigences particuières dans ce domaine, i vous es détaiera. — A-t-i des animaux domestiques ? — I ne m’en a jamais paré, pourquoi, souffrez-vous d’aergies ? — Non, en fait, je me disais que je pourrais acheter une gâterie à son chien ou son chat, aïn de me faire adopter dès e premier instant. — J’aime bien votre façon d’aborder es choses, mademoisee Chamberain. — Bien sûr, e bébé risque de poser queques probèmes. Après avoir été habitué à recueiir toute ’attention de son père… — En fait, depuis sa naissance, ce sont ses grands-parents qui se sont occupés de ui. — Vivent-is avec M. Wainwright ? — Non, es Hirst habitent à White Pains, à une heure de route. Cea signiïait donc que son père ne ’avait pas vu depuis deux mois ? Non, ce n’était pas possibe, es grands-parents venaient sans doute tout juste de rentrer chez eux, après avoir gardé eur petit-ïs.
11
— Jamie a-t-i des grands-parents paternes ? — Oui, is sont actueement en voyage. Mme Tribe ne sembait guère avoir envie d’en dire pus. Reese resta songeuse. Quant à ee, ee était issue d’une famie nombreuse : ses quatre grands-parents, toujours vivants, étaient très présents, ee avait sept onces et tantes et, à ce jour, vingt-sept cousins et cousines. Avec es enfants de ses frères et sœurs, y compris ceux de Carrie, qui avait deux bambins de moins de trois ans, cea ui en faisait trente-quatre. Son empoyeur avait-i des frères et sœurs ou, tout au moins, simpement de a famie ? — Vous connaissez M. Wainwright depuis ongtemps. Y a-t-i autre chose que je doive savoir ? — I est ponctue. — Je ne ’oubierai pas. Je ne vais pas davantage abuser de votre temps. Je vous remercie, madame Tribe. — Tout e paisir est pour moi. Une voiture passera vous prendre à 13 heures. — J’attendrai devant ’hôte. Oh ! J’ai encore une question. Que fait M. Wainwright dans a vie ? — Comme vous étudiez à Wharton, je me serais attendue à ce que vous soyez au courant, i est Président Directeur Généra de Sherborne-Wainwright & Co, dans Broadway. Je vous souhaite bonne chance. — Merci, murmura Reese, stupéfaite. Cette nouvee a aissa ébahie, pas une minute, ee n’avait pensé qu’i s’agissait de ce M. Wainwright ! La société de courtage qu’i dirigeait était reconnue comme ’une des pus prestigieuses et des pus anciennes de New York. A a tête de cette société, ee aurait imaginé un homme d’au moins quarante ou cinquante ans.
12
Après tout, peut-être était-ce sa deuxième épouse qu’i avait perdue ?
Nick Wainwright regarda ’inscription sur a pierre tombae : « A a mémoire d’Erica Woodward Hirst Wainwright ». Trente-deux ans, se dit-i avec tristesse, ee était bien trop jeune pour mourir… — Je suis désoé, Erica. Jamais je n’aurais dû te négiger ainsi, c’est ce qui a provoqué notre divorce. Avant notre séparation, je n’ai pas imaginé une seue seconde que tu portais notre enfant, ni que tu perdrais a vie ors de ’accouchement. Par ma faute, notre petit garçon ne connaîtra jamais sa mère. Ton dernier vœu a été que je ’éève, mais je craignais de ne pas savoir être un bon père et j’ai préféré jusqu’ici aisser tes parents s’occuper de ui. Aujourd’hui, je me sens prêt et je te jure de faire tout ce qui est en mon pouvoir pour être meieur père que mari. Après avoir déposé des leurs, i s’éoigna vers a imousine qui ’attendait. C’était a première fois qu’i revenait ici depuis ’enterrement. Après a décision qu’i venait de prendre, cette visite sur a tombe de son épouse ui avait paru être a première chose à faire. I monta dans a voiture. — Aons chez mes beaux-parents. Son chauffeur, Pau, hocha a tête. I travaiait déjà pour e père de Nick quand ceui-ci n’était encore qu’unadoescent et, maintenant que son ancien patron avait pris une semi-retraite et que son ïs avait repris a
13
direction de a société, i était resté. Au ï des années, Nick et ui étaient devenus amis. Nick se prépara pour a scène qui aait inévitabe-ment avoir ieu. Lorsqu’i avait cessé a vie commune avec Erica, c’était juste avant d’apprendre qu’ee était enceinte et sa mort ui avait causé un terribe choc. Annihié par a tragédie, i avait aissé es parents d’Erica emporter e bébé mais, dans son esprit, ce n’était qu’un arrangement temporaire de queques semaines, tout au pus. Maheureusement, i avait aissé cea durer trop ongtemps. Le pédiatre de White Pains ui avait tééphoné pour ui dire que, s’i vouait que es iens affectifs se mettent en pace, i devait s’occuper de son ïs dès maintenant. Lors de eur entretien, i ui avait recommandé ’un de ses coègues, e Dr Herbert Wes, qui dirigeait une cinique dans ’Upper East Side de New York, avant de ui souhaiter bonne chance. Nick avait immédiatement appeé son avocat, qui avait contacté ceui de a famie Hirst pour es informer que e père était prêt à assumer ses responsabiités et passerait prendre Jamie. Les parents d’Erica souhaitaient que Nick attende que a bonne d’enfant qu’is avaient choisie soit disponibe. En fait, is désiraient surtout contrôer ’éducation de eur unique petit-ïs, un Hirst qui devrait grandir dans a tradition famiiae. Is tenaient particuièrement à avoir a mainmise sur son avenir. Des écoes où i irait aux camarades qu’i fréquenterait… Mais Nick estimait avoir assez attendu. Par e truche-ment de son avocat, i eur avait promis de es consuter pour es décisions importantes et de eur amener régu-ièrement Jamie à White Pains. Cependant, a bonne
14
voonté qu’i démontrait ne sufïrait certainement pas à es rassurer, i faudrait du temps pour y parvenir. Ses parents habitaient à Long Isand et vouaient, eux aussi, contrôer a vie de eur unique petit-ïs mais, pour e moment, is se trouvaient dans a via famiiae à Cannes et faisaient conïance à Nick pour réussir à apaiser ses beaux-parents. — Les parents d’Erica sont si heureux d’avoir Jamie ! s’était excamée sa mère. I serait préférabe que tu e eur aisses, tout au moins pendant ’année à venir. Ce serait a meieure soution, vu es circonstances. Ce discours, i e connaissait par cœur. Et ce n’était que e début… En fait, ses parents ui avaient déjà trouvé une nouvee épouse. Ce n’était guère surprenant : ïs unique, Nick avait été éevé dans e uxe par une armée de domestiques, sans réee présence de ses parents. Ces derniers étaient persuadés ui avoir offert une vie de rêve et n’avaient jamais compris qu’en réaité, eur ïs, en manque perpétue d’affection, avait terribement souffert de soitude. Aujourd’hui, i était hors de question qu’i inlige a même chose à Jamie. Cependant, i se sentait, dans ce domaine, totae-ment désarmé. I avait beau être un briant homme d’affaires qui dirigeait une société famiiae vieie de deux sièces, e monde d’un bébé de dix semaines ui était totaement étranger. Chaque semaine, i avait rendu visite à son ïs, mais i n’était que trop évident qu’i n’était pas e bienvenu dans a famie d’Erica. On n’avait pas besoin de ui, es Hirst avaient déjà tout e personne nécessaire. A aucun moment, i n’était parvenu à être seu avec son ïs, i ui était déjà assez difïcie de s’en approcher.
15
Pau gara a voiture devant ’immense demeure de stye coonia. — Je ne serai pas ong, dit Nick. — Je me réjouis à ’avance de revoir e petit. Chaque fois que nous venons, i a grandi un peu pus. C’était bien à e probème : Jamie changeait chaque jour et Nick n’était pas à pour e voir. I faait en ïnir et assumer son rôe de père. Avant même qu’i n’atteigne a porte d’un banc uisant, e père d’Erica ’avait ouverte, e regard assassin. Ce n’était pas e moment de perdre son came. — Bonjour, Water. — Avant que je te aisse entrer, tu dois savoir qu’Anne est boueversée. — Crois-tu que je ne m’y attendais pas ? — Ee veut que je te dise… — Je sais déjà tout cea, coupa Nick. Je ne peux rien changer au passé mais, en ce qui concerne ’avenir, j’ai a ferme intention d’agir pour e bien de notre ïs. Je viens de e promettre à Erica, au cimetière. L’air surpris par cette décaration, Water resta muet puis, après une hésitation, répondit entement : — Entre. La nourrice t’attend avec Jamie. — Merci. Son union avec Erica avait duré trois ans et cea avait sufï pour que, aujourd’hui, a maison de ses beaux-parents ui sembe hantée par un fantôme. Au début, ce mariage avait été heureux et tout e monde féicitait Nick d’avoir épousé ce merveieux parti qu’était a ïe des Hirst. Cependant, au ï du temps, i s’était avéré qu’Erica et ui n’étaient pas faits ’un pour ’autre et son épouse avait passé a majeure partie de a dernière année chez ses parents. Les espoirs qu’is avaient nourris n’avaient rien
16