Le cadeau d'une vie (Harlequin Azur)

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Le cadeau d'une vie, Sara Craven

Allie ne pensait pas revoir le seul homme qu'elle ait jamais aimé et dans les bras duquel elle s'était abandonnée, deux ans plus tôt, pour une seule nuit d'amour. Car lorsque Rémy avait appris qu'elle était mariée, il l'avait rejetée, sans chercher à en savoir plus. De toute façon, aurait-il pu comprendre que cette rencontre inespérée avait redonné le goût de vivre à Allie, qui s'étiolait dans un mariage sans sentiments avec lord Hugh Marchington, un homme sinistre et invalide ? Comment aurait-il pu imaginer qu'elle n'avait succombé que par amour, un amour aussi irrépressible que soudain? Mais aujourd'hui, Allie est veuve. De retour à Ignac, en Bretagne, pour voir sa vieille tante malade, la jeune femme a une crainte terrible : que Rémy ne comprenne que Thomas, son petit garçon de quatorze mois, est aussi son enfant...

Publié le : mercredi 1 août 2007
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280256100
Nombre de pages : 160
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Prologue

Du sable ferme sous ses pieds nus, une longue plage déserte, et le murmure des vagues à marée montante. Pas de rochers. Aucun abri.

Et soudain, le galop sourd et régulier d’un cheval derrière elle… Un cheval qui se rapprochait inexorablement, comme s’il s’apprêtait à la piétiner.

Sans oser regarder en arrière, Allie se mit à courir, consciente en même temps qu’il n’y avait pas d’échappatoire, que son poursuivant la traquerait toujours…

La jeune femme se réveilla en suffoquant et fixa les ténèbres, tremblante, la bouche sèche, le cœur battant à tout rompre. Sa fine chemise de nuit lui collait à la peau.

Alors elle perçut le grondement sourd et lent du tonnerre presque au-dessus du manoir, puis la pluie cinglante contre les vitres.

Ce n’était ni la mer montante ni les sabots d’un cheval. Simplement un orage nocturne, après la vague de chaleur de ces derniers jours.

Elle se renversa contre les oreillers, en réprimant un sanglot.

Ce n’était qu’un rêve, un rêve provoqué par la tempête. Juste un rêve… Et qui bientôt ne la hanterait plus. Car il la laisserait enfin en paix, elle en était sûre…

1.

Comme elle descendait le majestueux escalier du manoir, Allie s’arrêta un instant pour contempler le panorama par la fenêtre de l’entresol.

Il n’y avait rien de nouveau à découvrir pourtant ; seulement le parc de Marchington Hall dans sa splendeur formelle, avec ses pelouses impeccables qui s’étendaient jusqu’au lac, le labyrinthe de buis entourant la fontaine à droite, et les cyprès sombres du jardin italien à l’autre extrémité.

Mais par une matinée comme celle-ci, où l’air semblait étinceler après la pluie de la nuit, cette simple vue lui redonnait le moral. Si bien qu’elle en arrivait même à penser que les mesquineries qu’elle était forcée d’endurer valaient la peine d’être vécues.

Au moins pour Thomas. « Parce que rien d’autre ne compte… », se dit-elle en sentant sa gorge se serrer.

Elle se détourna de la fenêtre. En apercevant son reflet dans le grand miroir de l’escalier, elle s’immobilisa de nouveau. Mon Dieu ! Elle avait l’air d’un fantôme. D’un spectre aux cheveux blonds, aux yeux vides, sans lumière. Un fantôme aussi tendu que s’il était maintenu par des fils de fer. Une marionnette triste.

Cette tension était en partie due à l’orage de la nuit dernière, bien sûr. En partie seulement… Car la bataille continuelle qu’elle devait mener autour de l’éducation de son fils de quatorze mois y était aussi pour beaucoup.

Elle venait de se rendre à la nurserie afin de s’assurer que son petit Tom n’avait pas été réveillé par la tempête. Et comme d’habitude, elle s’était heurtée à la réprobation de la nurse qui ne tolérait pas que l’on dérange le quotidien de l’enfant.

— Il prend son petit déjeuner, lady Marchington.

— C’est ce que je vois, avait répondu Allie tout en comptant jusqu’à dix pour s’adjurer au calme. Il se trouve seulement que j’aimerais aussi prendre part à ses repas. Je l’ai souvent dit.

— Nous préférons qu’il ne soit pas distrait dans ces moments-là.

« Si seulement j’avais une once de courage, je résisterais à cette vieille chèvre ! » avait une nouvelle fois pensé Allie en refermant la porte de la nurserie.

Mais derrière la silhouette corpulente et autoritaire de Nanny, se profilait l’ombre de lady Grace Marchington, sa belle-mère. En cas de conflit, Allie devenait automatiquement la cible du mécontentement glacé de cette dernière. Une expérience à éviter à tout prix.

Pour le bien de Tom, elle voulait maintenir la paix familiale envers et contre tout. Tom, qui était l’héritier en titre de Hugo…

Elle aurait seulement aimé qu’on ne l’écarte pas ainsi de l’éducation de son fils, que Nanny ne veille pas sur lui comme si elle, Allie, était une kidnappeuse plutôt que sa mère. Cette situation était révoltante et absurde.

Ses amies mariées, qui se démenaient entre l’éducation de leurs enfants et les exigences de leur carrière, pensaient que, hormis le fait d’être veuve à vingt et un ans, elle était plutôt gâtée. Après tout, elle vivait dans un château, avait du personnel à sa disposition, n’avait à faire face ni aux soucis financiers ni aux problèmes de nourrice. Certaines pensaient sûrement aussi — sans jamais oser l’exprimer — que la fin prématurée de son mariage était une bénédiction.

Lentement, la jeune femme traversa le vestibule et poussa la porte de la salle à manger.

Trônant à un bout de la longue table, Grace Marchington la toisa, avec une moue réprobatrice pour sa minijupe en jean et son chemisier à la mode.

— Bonjour, Alice. Avez-vous bien dormi ? Je vais demander à Mme Windom d’apporter d’autres toasts.

Sur quoi, sans attendre de réponse à sa question, lady Marchington s’empara de la clochette placée à portée de sa main et l’agita énergiquement.

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