Le Cap

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Hannah est une femme heureuse, attachée à ses proches et à la vie. Lorsqu'elle se découvre de nouveau malade, sans traitement envisageable, elle décide de s'éclipser tout en donnant le courage de vivre à ceux qu'elle va laisser derrière elle ou plus exactement en leur léguant le désir de vivre. Hannah éprouve au plus profond d'elle-même que c'est une chose de se résigner à sa propre mort et une autre de laisser derrière soi ceux que l'on aime  sans les détruire...
Publié le : mercredi 1 avril 2015
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EAN13 : 9791026201649
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Mathilde Charmant

Le Cap

 


 

© Mathilde Charmant, 2015

ISBN numérique : 979-10-262-0164-9

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« Celui qui franchit un cap devrait s’attendre au pire. Il pourrait croire en effet qu’à l’approche d’un promontoire, la mer s’aplanit comme pour le laisser passer. Le plus difficile serait alors derrière soi, l’attention se relâcherait d’un coup ; pour peu on descendrait se faire un café et on prendrait le temps de le boire à l’abri dans le ventre confortable du carré. Mais voilà que brutalement les vagues se creusent et se brisent sur des écueils avec force, que le vent s’accélère, forcît et vous rabat à la côte alors que vous pensiez pouvoir passer sans tirer un bord de plus. Il faut s’extirper de la chaleur du carré. Rien ne va plus ! C’est reparti, il faut agir ! Vite ! Il faut accentuer sa vigilance pour ne pas se mettre au tas. Il faut savoir manœuvrer la barre au moment opportun pour éviter la lame qui vous brisera ; tirer parti du vent, de la houle et des courants qui sans cela pourraient se révéler de redoutables ennemis et si possible fixer un amer pour ne pas se perdre. Pourtant, l’océan semble toujours si beau qu’on recommence à se perdre sur ses eaux. On pourrait presque y croire jusqu’au bout. »

 

Dernière page du journal épisodique d’Hannah Cohen.

 

 

 

Chapitre 1 – Plus au sud

 

 

« Elle aimait voir le soleil brunir sa peau blanche
éclaircir ses cheveux ou dessiner sur le sol des ombres franches.
Elle aimait profiter de l’ombrage des flamboyants fleuris,
pour attendre et voir se dérouler les choses de la vie.
Elle prenait le temps d’être contemplative,
ce qui n’était pas à ses yeux rester inactive.»

Extrait de La vie modeste d’une amie, Arthur, œuvre I.

 

 

 

Entendant du bruit dans la case1, le petit homme s’effraya, prit l’objet convoité sous son bras. Il referma sans faire le moindre bruit la porte de l’atelier, dans lequel il avait dérobé le panneau malgache sculpté. Puis il referma la porte de la cour et s’enfuit prestement dans la rue.

 

Hannah venait d’achever la lente restauration du panneau après plus d’un mois de travail ; décrassage des détails, décapage de l’ensemble, ponçage, vernissage, une couche, deux, trois. Elle y consacrait une ou deux heures chaque soir une fois que les enfants étaient au lit et quasiment endormis. William venait toujours la rejoindre un peu plus tard et ils parlaient à n’en plus finir de leur vie, des petits, du monde, de l’avenir en général et de leurs projets en particulier. Hannah appréciait ces moments de conversation, moments de grande complicité intellectuelle et de sérénité. Avec quel autre homme aurait-elle pu se sentir si bien ! Avec quelle autre personne aurait-elle pu avoir des heures si riches ? Pour tout dire, elle n’en voyait guère. Hannah se disait : <<Il existe peu d’amis sincères. La famille ? Existe-t-il vraiment un frère, une sœur, avec qui on partage plus qu’un nom de famille ? Cela fait longtemps que mes frères et sœurs me sont devenus étrangers.>>

 

Ce qui était sûr en revanche, c’était que le petit homme était content de lui, au point de ne plus faire attention à sa fuite. Après quelques centaines de mètres, il faillit tomber, son pied roulant sur un caillou. Il reprit son équilibre et sa fuite. Il retrouva également sa prudence. C’était le troisième panneau qu’il subtilisait ici pour décorer sa petite pension de famille. Ces panneaux en palissandre causaient l’admiration de ses hôtes, ce dont il était fier quelle que fusse la manière dont il les avait acquis ! De cela il se moquait éperdument. Certains touristes, qui n’y connaissaient rien en la matière, lui avaient déjà proposé beaucoup d’argent pour lui en acheter : il préférait les garder encore car ces panneaux, grâce au bouche à oreille, lui amenaient sans cesse de nouveaux clients attirés par leur beauté présumée.

Il serait toujours temps de les vendre un jour quand il se sentirait près d’être découvert si tant est que cela arrivait un jour. La femme devrait d’abord porter plainte, mais le ferait-elle? La police devrait ensuite faire une enquête, ce qui était peu probable étant donné le peu d’importance du crime. C'était un petit vol de trois fois rien. Il ne fallait pas exagérer. Non, il fallait plutôt craindre dans une île aussi petite et bavarde, les amis d’amis qui pouvaient avoir vu dans telle pension tel panneau qui ressemblait à l’un de ceux que la libraire avait restaurés. Oui, la femme avait une jolie librairie dans le quartier. Mais d’ici-là, l’homme aurait eu le temps de revendre les panneaux à un bon prix en leur donnant une origine et un passé prestigieux auprès d'amateurs peu avisés d’antiquité malgache. Aucun d’entre eux ne pourrait rien vérifier et on pouvait toujours trouver des collectionneurs avides de toutes pièces ayant l’air patiné par le temps, prêts à dépenser beaucoup d’argent pour les acquérir surtout si c'étaient des étrangers. Le petit homme toujours aussi satisfait de son larcin se retint de chanter un air de son enfance en regagnant la rue. Il devait rester vigilant. S’il était découvert à cause de son insouciance, cela serait dommage !

C’était sûr, il reviendrait. Cet atelier représentait peu de risques si ce n’était le chien qui n’était jamais lâché à heures fixes. L’homme n’aimait pas les chiens. Depuis qu’enfant, des chiens errants l’avaient attaqué alors qu’il rôdait en quête de trouvailles près d’une décharge, il en avait une peur incontrôlable. Il avait beau se répéter que ce n’étaient que des chiens et qu’un chien tuait rarement un homme, il avait peur. Dans cette maison, il n’arrivait pas à savoir quand le chien était libéré ou pas. Il fallait reconnaître que les propriétaires de l’animal n’avaient guère non plus de cadre horaire strict, comme il l'avait remarqué lors de ses séances préliminaires d’observation. Il n’était pas du genre à voler sans prendre les précautions requises. Avec les wasas2 on n’était jamais trop prudent !

 

Pour Hannah, ce jour là commença d’abord par un bel éveil au matin. La pluie faisait résonner ses gouttes sur le toit de tôle. La libraire adorait ce tintement frais et vivace, au-dessus de sa tête, ce goutte à goutte musical qui la tirait lentement de son sommeil. C’était une délivrance, surtout ce matin-là, après plusieurs jours d’une chaleur humide et étouffante. C’était déjà la saison chaude. Elle entrouvrit les volets, puis la fenêtre sur les ombres des arbres du jardin qui se détachaient peu à peu dans l’aube naissante. Recouchée, elle s’amusait à regarder, des profondeurs de son lit, s’agiter les feuilles bruissantes de l’arbre du voyageur, longues feuilles pleines découpées sur les côtés par le vent et luisantes sous la pluie. Inspirant profondément, elle se pénétrait du doux parfum de l’ylang-ylang mêlé à ce parfum si particulier de la terre mouillée après une longue période sèche et chaude. Femme alanguie, elle profitait de ce réveil odoriférant. C’était comme si l’humus, les plantes, les arbres et les fleurs n’attendaient que de recevoir l’hommage de cette eau brutale, martelante pour exhaler, de nouveau, d’agréables flagrances. Celles-ci s’infiltraient dans la grande chambre aux murs blancs et bleus. L’ensemble produisait sur son corps endormi et engourdi par toute la chaleur des derniers jours un rafraîchissement providentiel. Il était encore grand matin, même si le jour pointait. Trop tôt pour se lever, mais non pour penser vaguement en son lit, laisser traînasser son esprit d’un songe à l’autre, d’une idée à l’autre, d’une image à l’autre, d’un souvenir à l’autre, lentement et délicieusement. Quel plaisir de laisser marronner3 sa pensée en écoutant le souffle régulier de la houle lointaine, loin des entraves de la vie quotidienne, loin de l’impératif de la réflexion efficace, rentable.

Un adulte responsable, se disait Hannah en songeant à la triste vie de sa sœur, ne perdait évidemment pas son temps à penser à n’importe quoi, à n’importe qui, n’importe comment. Il ne créait rien non plus. Hannah n’avait certainement pas le sens des responsabilités et elle ne détestait pas perdre son temps. Elle décida de ne pas se lever trop vite. Elle avait tout son temps et le nid du lit conjugal lui paraissait si doux, d’autant plus qu’elle y était seule et pouvait s’y étendre à sa guise. William était parti très tôt au journal pour terminer un article. Il ne l’interromprait pas dans ses rêveries matinales. Elle comptait profiter de ce moment de solitude pour rester face à soi. Elle ne voulait pas faire le point, elle n’avait pas besoin d’un sextant. Elle désirait juste se parler à elle-même.

 

C’était ici, dans cette île qui était devenue comme son pays, qu’Hannah avait appris à aimer ces pluies d’été qui transperçaient les vêtements légers en un rien de temps. Malheur alors aux imprudentes qui sortaient sans se méfier, car les formes disgracieuses apparaissaient en un rien de temps, fesses débordant des strings de mauvais goût, dont c’était alors la mode, seins avachis, ventres congestionnés. Vivacité des fortes pluies ! Mais si la pluie était sans pitié pour les corps qui avaient passé l’heure, Hannah appréciait la sensualité des beaux corps trempés qui s'étaient laissés surprendre par les pluies auxquels, transpirants, ils aspiraient d’ailleurs. Elle ne détestait pas de voir les muscles des hommes ou des femmes saillir sous les habits mouillés. Elle-même ne dédaignait pas être surprise par les averses tièdes quand elle faisait du vélo avec une amie qui n’avait de cesse de pédaler chaque soir quel que soit le temps. Hannah aimait rentrer à la maison, détrempée de la pointe des cheveux au bout des baskets, se déshabiller sous la varangue au grand scandale des enfants - « Mais Maman tu es toute nue ! » Hannah ne comprenait pas d’où leur venait cette pudeur presque moralisatrice alors qu’elle se sentait tellement en accord avec sa nudité sous les tropiques - Elle appréciait alors de se précipiter sous une douche chaude et généreuse.

Ce qui l’impressionnait particulièrement à la saison chaude, c’était la folle fureur des pluies cycloniques, quand, bien à l’abri sous sa varangue, elle observait, pénétrée du sentiment de sa finitude, la dangereuse ravine gonflée par un torrent impétueux, parfois dévastateur. En temps normal, la ravine était absolument sèche; pas le moindre bassin4, pas le moindre ruissellement, rien ; et tout à coup quand la pluie dégringolait brutalement des nuages menaçants et s’intallait quelques heures, l’eau surgissait de partout. Un torrent qui venait des hauts de l’île s’enflait et grondait , charriant galets et branches brisées dans un grand fracas. Le silence habituel de la ravine était rompu par la rage des eaux. Parfois, celles-ci se déversaient sur la route et s’écoulaient en une cascade bruyante dans le petit bras de mer en contrebas. C’était à la fois effrayant, il devenait impossible de passer sur la route, et attirant, toute cette eau bruyante qui regagnait l’océan dans un flux irrésistible.

 

Pourtant, la pluie, Hannah la connaissait bien. Elle venait d’une région où, très souvent, le matin suffoquait sous une tenaille de nuages sombres, qui ne se dissipaient pas de la journée. C'était une petite région souvent méprisée car l’hiver y paraissait long à force d’être gris et l’été y semblait d’une tristesse insoutenable à force d’être pluvieux. Une petite pluie fine, froide, insidieuse rendait les journées maussades et interminables, propices à la mélancolie. La mélancolie n’était-elle pas fille des pays gris du Nord ? De fait, Dürer était allemand. Le spleen était anglais. Là où le soleil régnait, la mélancolie semblait avoir plus de mal à s’établir. Elle devenait simple langueur, indolence passagère. Pourtant il s'agissait sans doute du même désintérêt, du même dégoût de tout. On partait, on voyageait, on croyait tout quitter songeait Hannah, mais la mélancolie vous rattrapait partout sous une forme ou une autre.

Hannah se souvenait de sa région natale et de sa mère qui prétendait, dès que la bruine avait cessé, quand bien même le ciel restait chargé ou qu’un voile épais, souligné par la voix sourde de la corne de brume, enveloppait toute chose, que la journée avait été belle en définitive. Cela supportait Hannah. De toute façon, Hannah s’en moquait du temps, sujet sans intérêt des conversations entre personnes qui n’avaientt rien à se dire. La pluie lui permettait de réfléchir et lui donnait mille idées. Le soleil, lui, lui procurait un plaisir charnel. Elle aimait sa caresse parfois cuisante sur son corps, sa chaleur qui l’étourdissait.

Ah, sa mère et sa conception du climat ! se souvenait Hannah. Dès que le thermomètre dépassait 24 degrés, la pauvre femme s’épouvantait de ce qu’il faisait lourd, que c’était mauvais pour ses pauvres jambes qui enflaient de façon disgracieuse ; elle se plaignait de maux de tête… Hannah, enfant, s’en amusait de façon quelque peu maligne. Habituellement les rares jours où il faisait vraiment beau, la mère se mettait à geindre qu’elle n’aurait jamais pu vivre dans les « pays chauds », contrées lointaines dont elle n’avait qu’une vague perception et qu’elle assimilait dans son vocabulaire désuet « aux colonies ». Quand elle tenait de tels propos, Hannah sortait en riant et dévalait la rue en chantant ce refrain de Dutronc, qu’elle avait entendu sur la petite radio de son frère : « Le fond de l’air est frais, la hi ho, la hi ho ; il n’y a plus de saison, la hi ho, la hi ho… . ». Bien sûr, Hannah s’amusait à chanter très fort afin que sa mère puisse en profiter de loin. C’était certes agaçant, mais ce n’était que sottise d’enfant.

D'ailleurs, cela n’amusait pas du tout sa mère, femme ô combien respectable, qui n’arrivait pas du reste à comprendre cette enfant frivole, qui n’accordait aucune valeur à tout ce qui était si important. Cette petiote effrontée plaisantait à propos de la santé, de la religion, comme de la propreté des habits du dimanche ou de ce qu’allaient dire les voisins si le jardin n’était pas bien tenu, si les volets s’ouvraient trop tard, si les aînés sortaient avec des filles à matelots. La pauvre femme se lamentait souvent sur sa fille en levant les bras de chaque côté de son visage. Elle s’exclamait en prenant une attitude tragique : « Mais qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu pour avoir une fille pareille?!! ».

Ce à quoi Hannah répondait, si d’aventure elle traînait par là et ne pouvait se retenir de pouffer : « Pécheresse ! Pécheresse ! (C’est un mot qu’Hannah avait entendu dans un film et qu’elle aimait bien, même si son sens lui paraissait obscur) Je suis ton châtiment ! ». Ce qui lui valait à coup sûr une semonce maternelle, quand ce n’était pas une claque retentissante, puisque Hannah avait déjà dépassé l’âge des fessées. Ensuite, la mère punissait sa fille jusqu’à la fin de la journée. Elle n’avait plus une emprise totale sur son enfant ; ce qui l’irritait beaucoup. Elle se sentait outragée par la moindre remarque déplacée de celle qui avait été sa petite et qu’elle ne contrôlait plus.

Heureusement sa seconde fille, Andréa, était plus obéissante ou du moins s’arrangeait pour le paraître car la cadette détestait toute confrontation directe. En cela, Hannah était très différente. Elle faisait partie de ces enfants indépendants qui échappent vite à l’emprise parentale. Elle avait une sorte de liberté légère qui la rendait insaisissable ; liberté que ne supportaient pas les adultes qui voulaient avoir de la « poigne » sur les enfants. C’était ainsi que Hannah avait instauré sans s’en rendre compte des relations quelque peu tendues avec sa mère. Plus vieille, en s’apercevant de cet état de leurs relations, elle pensait que cela s’arrangerait avec le temps. Cela ne fut le cas que provisoirement. Au fond, une certaine incompréhension s’était installée à demeure entre elles : Hannah avait beau faire profil bas et ne cherchait plus aucune provocation, elle ne s’entendait pas mieux avec sa mère.

Les relations d’Hannah avec son père avaient toujours été plus sereines, car celui-ci, s’étant habilement réservé en quelque sorte le rôle de patriarche, s’était arrangé pour se réserver des moments privilégiés avec ses enfants : petites sorties, parties de pêche, baignades. Il n’avait guère endossé le rôle parental le plus ingrat ; celui de l’éducation au jour le jour. Pour lui, les règles éducationnelles n’étaient que des contraintes auxquelles il ne vouait pas un respect absolu. Cela ne l’intéressait pas. Il grondait les enfants quand il y avait de gros problèmes. Pour les menues affaires, sa femme s’en occupait. Après tout, c’était elle qui avait voulu arrêter de travailler pour élever ses enfants. Elle voulait se dévouer pour eux : il ne l’avait jamais exigé. Il ne lui avait jamais demandé de renoncer à son emploi. Il ne pensait pas que l’éducation des enfants qu’on a voulu devait être un sacerdoce. Mais sa femme se l’était accaparée comme une lourde mission, presque divine, dont il lui revenait la charge. Ce qu’elle voulait par son prétendu sacrifice, c’était retirer le grand mérite d’avoir bien éduqué ses enfants. En toute bonne foi, elle avait fait de son mieux ; elle avait tenté de former ses enfants à son image, de les formater selon sa vision étroite du monde et en cela elle avait en grande partie échoué. Elle en avait conscience ; ce qui l’avait aigrie avant l’heure. Elle était au fond déçue que ses enfants ne soient pas devenus ce qu’elle voulait qu’ils soient.

Quant à Hannah, dès son enfance, elle s’était sentie prisonnière dans sa famille, dans son milieu social d’employés modestes, propres sur soi, méritants et pieux ainsi que dans sa petite ville qui n’avait comme avantage que celui d’être au bord de la mer. Ce qui en soi était déjà beaucoup. « Comment vivre sans la mer ? » s’était souvent demandée par la suite Hannah. Il lui avait toujours suffi de la voir pour se sentir rassérénée. Bien sûr, dans son enfance, Hannah n’avait jamais manqué de rien ; elle avait été globalement heureuse, mais le petit monde de ses parents dans lequel rien ne devait bouger, l’enfermait trop. Elle avait besoin d’ailleurs, dans ses relations sociales, affectives ; elle avait soif d’autres horizons culturels, sociaux, géographiques, amoureux. Chez elle, elle s’ennuyait même si elle ne manquait pas de ressources pour employer son esprit ou ses mains. Mais on ne recevait pas en dehors de la famille, on ne sortait pas assez, on ne partait pas en vacances, on ne faisait pas les boutiques. Le verdict était toujours le même, sans appel : « trop cher !». Elle n’avait pas le droit de fréquenter des amies issues de familles aisées sous prétexte qu’elles n’étaient pas « du même milieu ». Ah, le milieu ! Il ne fallait pas trahir son milieu. Hannah s’en était aperçue plus tard à ses dépens lorsqu'elle en fut rejetée.

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