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Le Congrès des ténèbres

De
600 pages

« À chaque génération, il y a une Élue. Seule, elle devra affronter les vampires, les démons et les forces de l’ombre. »

Dans le monde de la Tueuse, les mystères à résoudre se suivent et ne se ressemblent pas... Entre un véritable carnage effectué contre les sang-mêlé, ces êtres mi-hommes mi-démons, et un mystérieux rassemblement de membres de toutes les espèces démoniaques à Providence, Buffy va avoir de quoi faire ! Heureusement qu’elle peut toujours compter sur ses amis de longue date...


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Le Congrès des Ténèbres
Christopher Golden
D’après la série télévisée de Joss Whedon
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Marie-Aude Matignon
Milady
Pour Wendy & Ari
REMERCIEMENTS
L’auteur souhaite remercier Emily Westlake et Patrick Price, de Simon & Schuster, pour avoir fait de son retour au pays un tel plaisir, ainsi que Debbie Olshan de la Fox, qui lui a permis de perpétrer cet acte de justice cosmique. Merci également à Lisa C. pour ses encouragements et son soutien, depuis le tout premier jour. Enfin, comme d’habitude, je remercie Connie et les enfants, qui n’arrêtent pas de chanter « I’ve Got A Theory » et Amber, qui m’a inspirée.
PROLOGUE
Micaela Tomasi était postée sur la berge du Sebou. Le vent torride charriait une odeur d’humus, bizarrement épicée. Micaela contemplait la rive opposée et son paysage primitif, en se demandant comment cette splendide et paisible région d’Afrique du Nord avait pu accueillir, en son temps, une race de démons belliqueux. Quoi qu’il en soit, toutes les recherches menées pas le Conseil des Observateurs convergeaient vers cet endroit, situé à une heure de jeep de Marrakech. En ville, Dyannah Neville – la médium de l’équipe – n’avait rien perçu de particulier. Mais dès qu’ils s’étaient approchés du Sebou, elle avait fermé les yeux, tendu les doigts comme des baguettes de sourcier et guidé ses collègues jusqu’à ce point précis. Depuis, six jours s’étaient écoulés. Les membres de l’expédition avaient travaillé d’arrache-pied pour déterrer la plus grosse partie de l’étrange mausolée enseveli dans les parois de la berge. Si ses massives briques en terre cuite le différenciaient nettement des édifices locaux, Micaela lui trouvait de fortes ressemblances avec les ruines laissées par d’autres civilisations du désert. Tandis qu’elle admirait la vue, les archéologues du Conseil des Observateurs s’affairaient avec le plus grand soin. Ils tenaient absolument à ouvrir le caveau sans l’endommager. Les voir à l’œuvre émerveillait Micaela. C’étaient de véritables artistes. La grâce de leurs gestes et leur délicatesse presque religieuse l’avaient toujours stupéfiée. Micaela poussa un profond soupir, longea la rivière d’un pas décidé, ramassa une masse et contourna précautionneusement Dyannah. Officiellement, l’expédition était placée sous la responsabilité de Trevor Hopkins, qui dirigeait le département d’archéologie. Micaela avait trahi le Conseil. Depuis cette fois-là, elle avait prouvé sa valeur à maintes reprises, mais quoi qu’elle fasse, elle ne se verrait jamais confier d’opération de cette envergure. Pourtant, à sa grande surprise, elle s’était fait une raison. Elle était l’outsider : on la redoutait, on lui jetait des regards en coin… mais on l’appelait à la rescousse dès qu’il y avait du grabuge. — Trevor ? lança-t-elle. L’archéologue était occupé à brosser, avec précaution, le mortier ceignant la porte de la chambre mortuaire. Il fronça les sourcils, n’appréciant pas qu’on le dérange, et se tourna vers elle, aussitôt imité par Roberto Corelli, son assistant. Mais c’était trop tard. Micaela brandissait déjà sa lourde masse. Les deux hommes poussèrent un juron et bondirent pour l’éviter. L’outil percuta la maçonnerie avec un bruit sourd qui résonna à l’intérieur du tombeau. Sous l’impact, la porte se fendit en son milieu. Micaela souleva de nouveau son arme, mais Marcus Green – un Observateur américain avec lequel elle avait eu une liaison – saisit le manche pour la retenir. — Qu’est-ce que tu fous, Mickey ? lui cria-t-il. Elle détestait quand il l’appelait comme ça. Micaela avait beau être svelte, elle était grande et musclée. Elle fit pivoter la masse pour lui faire lâcher prise, le repoussa sans ménagement, et se prépara à réitérer. — Non ! Micaela ! s’écria Trevor. Je vous en conjure, ne faites pas ça ! Le vieil homme à lunettes et aux cheveux blancs s’interposa entre le tombeau et sa collaboratrice. Micaela, qui avait déjà soulevé la lourde masse, trébucha, reprit l’équilibre et soupira. Lorsqu’elle reposa l’outil par terre, Trevor afficha un soulagement presque comique. Une dizaine de membres de l’expédition se groupèrent autour d’elle, à la fois fascinés et horrifiés par les dégâts qu’elle venait d’infliger au caveau. — Vous êtes tous des demeurés, ou quoi ? s’exclama-t-elle. Micaela regarda Trevor avec insistance, avant de se tourner vers Corelli, Dyannah, Marcus et le reste de l’équipe. — Je suis la seule à avoir lu le mot « apocalypse » dans le briefing de l’excursion ?
poursuivit-elle. Trevor fit la même moue qu’un père réprimandant sa fille. — Ce tombeau est resté intact pendant plus de trois mille ans. Par respect pour l’histoire et pour la culture marocaines, nous nous devons de… Micaela leva les yeux au ciel. — Oh, épargnez-moi votre petit discours ! — Mademoiselle Tomasi ! aboya le vieil homme. Elle comprit qu’il ressemblait finalement davantage à un professeur condescendant, bouffi de mépris et outré par l’impertinence de son étudiante. — Mon cher professeur, répliqua-t-elle, je comprends et j’admire le soin que vous apportez à votre travail. Sincèrement. Mais nous ne sommes pas ici en tant qu’archéologues. Nous représentons le Conseil des Observateurs et nous tentons d’empêcher un cataclysme surnaturel. Nous n’avons pas le temps de faire preuve de tact et d’ouvrir cette tombe dans les formes. Il faut choisir. Soit vous menez une fouille en bonne et due forme, soit vous préservez l’avenir de vos enfants et de vos petits-enfants. Des murmures parcoururent la foule. Micaela supposa que la plupart des membres de l’expédition partageaient son avis. Trevor s’écarta à contrecœur. La voie était libre. Micaela constata qu’elle n’aurait pas à s’acharner sur la tombe : un pan entier de la porte s’était déjà effondré. Elle s’agenouilla devant l’ouverture, retira les briques en terre cuite bloquant le passage et les jeta derrière elle. Elle en entendit une dégringoler le long de la berge et tomber dans la rivière. Corelli l’insulta en italien. Ce qu’il ignorait, c’était que Micaela parlait parfaitement cette langue. Elle s’abstint cependant de tout commentaire. En moins de trois minutes, elle était arrivée au résultat que Trevor aurait atteint au bout de trois jours. Elle dégagea les dernières briques. — Lampe, dit-elle, toujours à genoux. Trevor et Corelli feignirent ne pas l’avoir entendue. Refusant d’être complices de ce qu’ils considéraient sûrement comme un acte de vandalisme à l’encontre d’un monument historique, ils se contentèrent de regarder les oiseaux tournoyer dans le ciel. Micaela détestait ce genre de mélodrame, surtout de la part d’individus âgés de plus de seize ans. Elle ne prit pas la peine de masquer son mécontentement. Enfin, Marcus s’approcha et lui tendit une lampe torche. — Merci, répondit-elle. Elle l’alluma et la braqua sur les entrailles du caveau, qui s’avéra étonnamment sec en dépit de la proximité du fleuve. Il n’y avait aucune trace d’infiltration. Certes, le sépulcre avait été bâti comme un four à briques, mais au bout de tant de siècles, il aurait dû y avoir quelques signes de détérioration. Pourtant, tout est archi-sec, pensa-t-elle en examinant les briques. Le faisceau lumineux révéla les contours d’une sorte de cercueil. Cela ne correspondait pas aux rites funéraires observés dans ce coin du globe vers l’an mille avant Jésus-Christ, mais Micaela ne s’étonna pas de sa découverte. Si leurs recherches étaient exactes, ils venaient d’ouvrir la tombe de Kandida – appelée également « la démone de la rivière », ou encore « le djinn de l’eau ». Selon la légende, les dieux avaient désigné une jeune fille de Marrakech pour leur servir d’intermédiaire. L’Élue avait vaincu Kandida mais n’était pas parvenue à détruire son enveloppe corporelle. Elle avait donc prié les gens de la rivière d’enterrer la démone et leur avait donné des instructions destinées à l’empêcher de revenir à la vie. Micaela était convaincue que cette mystérieuse jeune fille était en réalité une Tueuse. Certains membres du Conseil étaient d’un avis contraire, mais ils préféraient sûrement avoir tort plutôt que se rallier à l’opinion d’une paria.
Avec sa coque de planches polies, scintillantes comme si on venait de les enduire de miel – encore un signe inexplicable de l’incroyable état de conservation du tombeau –, le sarcophage posé au milieu de la chambre mortuaire ressemblait presque à une petite barque. Micaela dégagea le passage, se releva et épousseta ses genoux. — Sortez-le de là, ordonna-t-elle. Trevor secoua la tête avec dédain. Au bout d’un moment, il se rendit compte que tous les regards étaient rivés sur lui. Son équipe attendait sa réponse. C’était lui qui dirigeait l’expédition. — Allez-y ! concéda-t-il en désignant la tombe. Sur ces mots, il tourna les talons, descendit au bord de la rivière et se plongea dans la contemplation de la rive opposée. Marcus fit signe à des fouilleurs de se joindre à lui. Micaela recula légèrement pour les laisser passer, mais supervisa leur manœuvre avec attention. Sa coiffure commençait à se défaire, des mèches dorées s’échappant peu à peu de son élastique. Elle l’enleva et lâcha ses cheveux, qui tombèrent sur ses épaules. — Micaela, l’interpella Dyannah d’une voix posée, mais empreinte d’une force qui tranchait avec sa douceur. Sa double ascendance – indienne et anglaise – conférait à la jeune femme une beauté exotique et éthérée qui s’accordait à merveille à sa nature de médium. — Qu’y a-t-il ? lui demanda Micaela. Dyannah secoua la tête. — J’ai un mauvais pressentiment. — Moi aussi. Pour être parfaitement honnête, je donnerais cher pour être ailleurs. Un ailleurs avec des margaritas, si possible. Mais on n’a pas le choix, Dyannah. Micaela se tourna vers Corelli. Il regardait l’opération d’un air buté, les bras croisés en signe de désapprobation. — Et puis M. Corelli m’a assuré que nous n’avions rien à craindre, ajouta-t-elle. L’Italien posa ses yeux noirs sur elle, sa paupière droite tressaillant d’agacement. Il avait la même attitude mollassonne que la plupart de ses pairs sur ce chantier. Peut-être Trevor Hopkins avait-il déteint sur lui ? Chez Corelli toutefois, ce comportement était d’autant plus troublant que l’homme était d’une beauté époustouflante. Il ressemblait à une star de cinéma des années 1930. Ça mettait Micaela hors d’elle. Comment quelqu’un d’aussi attirant pouvait-il être à ce point imbuvable ? Certes, les apparences étaient souvent trompeuses, mais quel gâchis ! — Nous en avons déjà parlé des centaines de fois, Micaela. Oui, nos recherches tendent à prouver que Kandida a bien été vaincue par une Tueuse. Non, la construction de ce mausolée n’est pas anodine. Mais je reste convaincu que nous y découvrirons les sceaux et les talismans destinés à la maintenir prisonnière. Si nous évitons d’enlever sa dépouille et si nous nous dépêchons de refermer le caveau et de le sceller, nous ne courrons aucun danger. Micaela fourra ses mains dans ses poches. — Dans ce cas, pourquoi l’ont-ils inhumée avec l’Ivoire du Maghreb ? Corelli esquissa une grimace. — Vous êtes la femme la plus arrogante que je connaisse. Peut-être y prenez-vous plaisir ? J’en suis de plus en plus persuadé. En tout cas, ce ne sont que des suppositions, qui sont par ailleurs tout à fait illogiques. Vous avez pourtant lu tous nos rapports ! Rien dans les mythes évoquant l’Ivoire du Maghreb n’indique que cette amulette possède les vertus magiques nécessaires pour contrer ou annuler le pouvoir d’une déesse. — Et pourtant, nous comptons l’utiliser pour éviter l’apocalypse !
Elle le provoquait délibérément. Plus il était hors de lui, plus elle avait envie de l’embrasser – mais elle ne ferait jamais une chose pareille. Ou alors elle lui décocherait un coup de poing au préalable. — La dernière fois que la membrane entre notre dimension et le Bas-Royaume des Nargoth Fashi s’est fissurée, non seulement l’amulette a repoussé l’influence néfaste qui s’infiltrait dans notre monde, mais elle a permis de refermer la faille. — Ce n’est qu’une rumeur vieille de quatre mille ans. En réalité, vous ne savez pas du tout pourquoi l’Ivoire du Maghreb a été façonné. Ni pourquoi il a été inhumé dans ce caveau. Corelli grimaça derechef. — Les problèmes que nous rencontrons avec les Nargoth Fashi sont identiques à ceux décrits dans les légendes. Forts de ce constat, nous avons établi que l’amulette a été conçue pour réparer l’étoffe du rideau tiré entre les dimensions, et non pour servir de vulgaire éponge magique. Si la Tueuse a enseveli cet artefact en ces lieux, c’est probablement pour éviter qu’il ne tombe entre de mauvaises mains. Ou qu’il soit détruit. Nous sommes venus contrer une apocalypse. Pas en provoquer une. Il fit volte-face et s’éloigna d’un pas décidé. Dans le caveau, Marcus et les fouilleurs avaient entrepris de faire glisser vers l’entrée – avec toutes les précautions d’usage – l’étrange barque en bois qui faisait office de sarcophage. Ils comptaient l’ouvrir dans l’enceinte de sa prison de briques. Micaela reporta son attention sur Dyannah. — Pensez-vous que Corelli ait raison ? — Si seulement ! répondit la médium. D’un autre côté, mon angoisse est peut-être simplement due aux ondes maléfiques émanant de cet endroit. C’est plausible. — Mais peu probable. — Effectivement. Dyannah passa la main sous sa fine chemise en coton et en tira une petite sacoche en cuir pendue au bout du lacet en cuir qu’elle portait autour du cou. L’objet contenait diverses herbes, de la pomme séchée et un morceau de cœur de corbeau déshydraté. Micaela connaissait les ingrédients du talisman pour la simple et bonne raison qu’elle portait exactement le même – confectionné par Dyannah à sa demande – dans la poche avant de son pantalon. Au diable Corelli ! Mieux valait prévenir que guérir. — Le cercueil est ouvert ! s’exclama soudain Marcus. Trevor se détourna de la rivière et regagna précipitamment le tombeau, sans un regard pour Micaela. Dyannah et elle se tenaient légèrement en hauteur. De leur promontoire, elles voyaient l’entrée de la chambre mortuaire, par-dessus les épaules des hommes accroupis devant le cercueil. Les archéologues avaient fait coulisser le couvercle du sarcophage en bois. À l’intérieur de l’étrange pirogue gisait un cadavre flétri. Une coquille vide évoquant les dépouilles d’enfants carbonisés retrouvés dans la ville maudite de Pompéi. Trevor enfila un gant en latex et tâta l’intérieur de la barque scintillante, qui luisait toujours de mille feux. Comme le caveau, le cercueil avait été totalement épargné par les infiltrations. On avait pris soin de priver la démone de la rivière de toute source d’humidité. Micaela fut saisie d’une terreur indicible, mais ils avaient une mission à accomplir. Et malgré ses doutes, malgré ses réserves à l’encontre de Corelli, c’était la seule idée qu’ils avaient eue. Avec un sourire de triomphe, Trevor ôta l’Ivoire du Maghreb du sarcophage. Il souleva l’objet bien haut pour le montrer à son équipe. L’amulette mesurait dix ou douze centimètres de diamètre. C’était un magnifique bijou d’or brillant, dans lequel
était serti un disque d’ivoire pur. Dyannah poussa alors un hurlement. Micaela se retourna vers elle, suivit son regard horrifié et vit une gigantesque main griffue jaillir de l’eau. Elle comprit que c’était la rivière elle-même qui s’était modelée pour former un membre colossal. L’abomination remonta la berge, renversa Trevor pour l’éloigner du sarcophage et pénétra le tombeau. Les doigts entrèrent dans le cercueil, soulevèrent la dépouille fripée de la démone et se refermèrent autour du cadavre. Ce dernier, dans une position quasi-fœtale, absorba le liquide et se mit à gonfler. L’eau tourbillonna un moment… puis la démone apparut subitement sur la berge du Sebou. Totalement nue, à la fois belle et terrifiante. Elle mesurait près de trois mètres. Sa peau avait la couleur du cuivre et ses cheveux azur rappelaient les flots de la rivière. Kandida ouvrit les bras, sortit ses longues griffes – elle en avait trois à chaque main – et sourit. À cet instant, Micaela l’aima de toute son âme. Elle ne désirait plus qu’une chose : s’approcher d’elle. Mais c’était là un sortilège de djinn. — Ne la regardez pas, lui intima Dyannah. Micaela prit alors la main de la médium et les deux femmes s’enlacèrent, fermèrent les yeux et prièrent pour que les amulettes concoctées par Dyannah les protègent. C’est alors que les cris commencèrent à retentir.
CHAPITRE PREMIER
Buffy Summers suffoquait de chaleur. Postée au coin de Benefit Street, elle avait l’impression de regarder dans un tunnel à remonter dans le temps. La rue était bordée de maisons du XVIIIe siècle accolées les unes aux autres. Seul un étroit trottoir en briques les séparait de la chaussée. Les becs de gaz avaient cédé la place à des lampadaires électriques, mais en plein jour, l’illusion était parfaite. Les arbres plongeaient dans l’ombre des pâtés entiers de maisons à bardeaux, dérobant à la vue de la Tueuse leurs épais volets de bois et leurs portes massives. Autrefois, Edgar Allan Poe avait inlassablement parcouru cette rue, où habitait la jeune femme dont il était épris. À Providence, dans l’État de Rhode Island, une légende urbaine voulait qu’on y aperçoive encore son spectre, soit dissimulé derrière la ramure des vieux arbres plantés en face du 88 Benefit Street, soit faisant les cent pas. Heureusement, au beau milieu de la journée, personne ne s’amusait à chasser les fantômes. Sauf Buffy Summers. Mais bon, c’était sur sa fiche de poste. En tant que Tueuse – Élue de surcroît –, elle devait affronter les forces des ténèbres, combattre le mal, tout ça, tout ça. Cela dit, ces derniers temps, elle consacrait plus de temps à jouer les mères poules qu’à faire son boulot de guerrière. Et pour cause : le bon vieux temps de la Tueuse solitaire était révolu. Afin de faire face à une situation vraiment désespérée – et grâce à la magie de Willow –, toutes les potentielles de par le monde s’étaient en effet vues instantanément transformées en Tueuses. Par conséquent, Buffy parcourait la planète sans relâche à la recherche de nouvelles recrues. Avec l’aide de ses amis et alliés – et aux dépens de ses activités de combattante –, elle les briefait sur leur destinée et les entraînait. Certaines s’en sortaient mieux que d’autres, mais dans l’ensemble, Buffy était soulagée de pouvoir compter sur leur soutien. Chaque jour, une nouvelle crise éclatait quelque part. Chaque jour, il fallait éviter une nouvelle catastrophe. Mais dorénavant, Buffy n’était plus obligée d’y faire face seule. De temps en temps, elle arrivait même à se détendre. Cependant, ses années de service en tant que seule et unique Tueuse lui avaient fait oublier le concept de vacances. Et parfois, ça lui faisait du bien de se retrouver toute seule, de dénicher une petite fourmilière maléfique et de donner un bon coup de pied dedans. — On est en enfer, c’est ça ? s’exclama une voix d’homme. Buffy se retourna. Elle venait tout juste de gravir une petite ruelle grimpant à flanc de colline pour rejoindre Benefit Street, construite sur un promontoire. Alex Harris avait beau être au sommet de sa forme – même s’il venait tout juste de boucler un gros chantier –, on aurait dit qu’il s’était attaqué à l’Everest. Plié en deux, le jeune homme parcourut la dernière centaine de mètres qui le séparait du sommet en traînant les pieds. Son tee-shirt trempé de sueur lui collait à la peau et la bouteille d’eau en plastique qu’il tenait à la main était presque vide. — Mais non, rétorqua la Tueuse. On est juste à Providence en août. Il s’affala en grognant sur le bord du trottoir. — Ah ouais ? C’est marrant, parce que ça ressemble vraiment à l’enfer. Ou à San Francisco. Je suis sûr que l’enfer est un endroit fait pour qu’on y grimpe et qu’on y transpire. — La sueur, c’est viril, tenta de le rassurer Buffy. Surtout l’odeur. Alex lui décocha un regard inquiet. — L’odeur ? Quelle odeur ? — Meuh non… C’était juste une vanne. Ça m’arrive de te vanner, de temps en temps. Tu te rappelles ? — Oui. Très bien, même. La dernière fois, c’était il y a douze minutes. Treize, à tout
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