Le désir pour seul maître

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Au marché aux esclaves, Claudia hésite longuement. Elle déteste cet endroit, mais aujourd’hui elle doit faire un achat capital. Lequel de ces hommes sera assez fort et loyal pour l’aider dans son projet de fuite ? Avec la mort de son détestable époux, elle est devenue une héritière haïe par sa belle-famille et convoitée par des prétendants sans scrupule. Rome n’est plus un lieu sûr pour elle. Lorsqu’elle croise le regard d’Artair, elle n’a plus aucun doute : il est fiable, différent des autres, et ses muscles saillants laissent deviner sa force. Lui seul pourra l’escorter en toute sécurité. Et aussi, elle le craint, éveiller en elle des sentiments encore inconnus. Mais est-ce bien prudent d’acheter un esclave pour lequel elle éprouve un trouble si étrange ?
Publié le : mercredi 1 juillet 2015
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EAN13 : 9782280281300
Nombre de pages : 64
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A PROPOS DE L’AUTEUR

Née aux Etats-Unis dans une famille arménienne, Greta Gilbert a toujours eu le goût du voyage et du dépaysement. Aujourd’hui, elle travaille en Californie dans l’édition scolaire et s’évade par l’écriture de romances d’un autre temps.

 

Pour Mom et Wumpy, avec gratitude

et beaucoup d’amour.

Et pour Mary Catherine (« MC »), mon inspiration.

Chapitre 1

Rome, 80 après J.-C.

Elle examina les mains du prisonnier, cherchant un signe des dieux. Sa vie même reposait sur ce choix.

— Est-ce qu’il te plaît, Claudia ? Ou en regardons-nous d’autres ? demanda sa sœur Davena.

Claudia fit courir un doigt sur l’estomac de l’homme et le sentit frémir. Il se dressait parmi ses semblables, torse nu comme ses compagnons, une horde tragique d’infortunés qui emplissaient la place du marché de leur malheur.

— Le marchand d’esclaves dit qu’ils sont de Pompéi, ajouta Davena. Tu imagines ? Ils ont survécu à la colère de ce terrible volcan ! Des garçons si courageux !

Claudia s’étonna de voir sa sœur passer aussi aisément, l’allure nonchalante, devant les hommes qu’elle appelait des « garçons », en respirant le parfum d’un gardénia rose, pendant que ses propres esclaves la rafraîchissaient avec des éventails en plumes d’autruche.

Pour sa part, elle ne pouvait feindre le moindre plaisir. Elle trouvait le marché aux esclaves honteux, l’essence de la brutalité de Rome. Cependant, elle savait que venir ici était le moindre de ses péchés.

Elle était l’épouse — non, la veuve, maintenant — du puissant général Paulinus, l’homme qui avait capturé la reine Boudica et mis à genoux les farouches tribus des Bretons.

« Gloire à Gaius Suetonius Paulinus ! », avaient entonné les invités aux jeux funéraires de son époux. Claudia n’avait pu se résoudre à se joindre à eux. Paulinus était un boucher, ce n’était pas un secret. Plus de dix mille femmes et enfants icènes, une tribu de Bretagne, massacrés en une seule bataille. Dix mille vies innocentes rayées du monde. Tout cela pour la gloire de Rome.

Claudia implora la déesse Minerve de la libérer de ces pensées, mais elle avait beau vouloir oublier les agissements de Paulinus, elle n’y parvenait pas. Elle ne pouvait pas non plus échapper à l’idée que, dans un certain sens, le sang versé par son époux était sur ses mains aussi.

Et maintenant, ainsi que les Parques l’avaient voulu, elle avait également son argent.

Paulinus ne comptait pas d’hommes dans sa famille. Pas de fils, de neveu ni de frère pour perpétuer le nom de Suetonius. Selon la loi, donc, Claudia héritait de tout.

C’était le pire sort qu’elle aurait pu imaginer. Paulinus était issu d’une vieille famille romaine, du genre qui trouvait la loi ennuyeuse. On disait que sa sœur, sa parente la plus proche, avait déjà mis sa tête à prix. C’était ce que l’on murmurait aux thermes.

Elle reporta son attention sur l’homme devant elle. Curieusement, elle tenait toujours sa main.

— Pardon, murmura-t-elle en la lâchant doucement.

Il frôla d’un doigt son poignet, faisant naître une étincelle invisible à l’endroit où il l’avait touchée.

Elle s’aperçut qu’il la contemplait de haut, une expression curieuse dans ses prunelles bleu-gris. Mais avant qu’elle puisse battre des cils, il regardait de nouveau devant lui, les yeux fixés sur un horizon lointain.

Il était grand, sale, et sentait la mer. Ses cheveux étaient épais, blonds, et poussaient en cordelettes ondulées qui se fondaient dans sa barbe, si longue et si emmêlée qu’elle semblait n’avoir jamais été coupée.

Bien qu’il soit horrible à voir, sa puissance physique ne faisait aucun doute. Il avait deux têtes de plus que Claudia, des bras musclés, des jambes longues et aussi solides que des troncs d’arbre.

Mais fera-t-il ce que je demanderai, quand le moment viendra ?

Il semblait n’y avoir aucun moyen d’en être sûre.

Sur le côté de la place, elle aperçut la longue toge du plus célèbre entraîneur de gladiateurs de la cité, le procurator des Grands Jeux. Sa silhouette menue et ses manières délicates trompaient sur son ambition sans bornes. Claudia avait entendu parler des efforts qu’il faisait pour conserver la faveur de l’empereur en organisant des spectacles de plus en plus sanglants.

Ses assistants examinaient les prisonniers, qui semblaient provenir de toutes les provinces de l’Empire. Il y avait des hommes de Judée las de la guerre, des Numidiens à la peau noire venus des sables de Maurétanie, des rebelles de Germanie et de Bretagne, aux yeux couleur de mers en colère. Sur les ordres du procurator, les hommes les plus grands et qui paraissaient jouir de la meilleure santé étaient marqués sur la joue avec de la cendre.

Si elle n’agissait pas, Claudia savait que l’homme devant elle serait aussi marqué pour l’école de gladiateurs. Et pour lui, comme pour les autres, il n’y aurait pas d’éducation. Les jeux inauguraux avaient besoin de victimes autant que de héros, et l’empereur Titus n’avait pas caché son désir de baptiser son nouvel amphithéâtre dans un fleuve de sang. En l’espace de deux brèves journées, ces hommes seraient certainement morts.

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