Le Destin des Highlands

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L’élue de son cœur deviendra-t-elle son ennemie jurée ?

Balfour Murray se sent irrésistiblement attiré par Maldie, la guérisseuse qui prend soin de son frère blessé. Animé par une profonde soif de vengeance, le guerrier a mis au point un plan pour provoquer la chute de son adversaire le plus redoutable, mais les hommes envoyés pour espionner le clan adverse ont été trahis et exécutés. Dans ces conditions, Balfour peut-il vraiment se fier à cette jeune inconnue qui entretient un mystère sur ses origines et laisser libre cours au désir qu’il éprouve pour elle ?

« Cette romance en kilt haute en couleur va faire chavirer les cœurs. » Romantic Times


Publié le : mercredi 22 octobre 2014
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EAN13 : 9782820518576
Nombre de pages : 528
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couverture

Hannah Howell

Le Destin des Highlands

Les Chefs du clan Murray – 1

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Rose Solon

Milady Romance

Chapitre premier

Écosse, printemps 1430

 

— Le jeune Eric a disparu.

Balfour Murray, seigneur de Donncoill, délaissa son épais ragoût de gibier et leva les yeux vers son sergent. Le robuste James lui parut sale, épuisé et blême. D’ordinaire, rien n’ébranlait cet homme tranquille, et l’inquiétude gagna Balfour, lui coupant l’appétit pour de bon. Il se rinça la bouche avec une gorgée de vin.

— Disparu ? Que veux-tu dire ?

Embarrassé, James piétina les joncs qui recouvraient le sol de la grand-salle.

— Ils l’ont enlevé, avoua-t-il, honteux et surtout anxieux de la réaction de son maître. Nous étions en train de chasser lorsqu’une dizaine de soldats nous ont encerclés. Colin et Thomas n’ont pas survécu – Dieu ait leurs âmes –, mais ils ont abattu deux fois plus d’ennemis avant de tomber. J’ai tenté de profiter de la confusion pour conduire Eric à l’abri, mais tandis que nous galopions, son cheval a trébuché. Sans que j’aie pu lui porter secours, ils se sont emparés de lui et ont pris la fuite. Ils ne semblaient pas se soucier de moi, aussi me suis-je hâté de revenir donner l’alerte.

Balfour chargea un jeune page d’avertir son frère Nigel.

— Enlevé ? Par qui ? s’emporta-t-il.

— Les hommes de Beaton.

La nouvelle ne le surprit guère. Sir William Beaton, seigneur de Dubhlinn et bête noire des Murray, leur cherchait querelle depuis déjà fort longtemps. Qu’il s’attaque à Eric, en revanche, l’étonnait davantage. Fruit d’une brève aventure entre le père de Balfour et l’ancienne épouse de Beaton, le nouveau-né avait été honteusement abandonné à son sort, sur le flanc d’une colline, par le mari jaloux. Le hasard avait voulu que, ce jour-là, James rentre de la chasse par le même chemin. Il découvrit l’enfant dans des langes aux couleurs des Beaton et Murray n’eut aucun mal à deviner l’identité du nourrisson. Horrifiés par tant de cruauté, révoltés qu’on ait osé attenter à la vie de l’un des leurs, les Murray considérèrent dès lors le clan de Dubhlinn non plus comme un simple rival, mais comme un ennemi juré. Balfour n’avait pas oublié la haine de son père envers Beaton, d’autant plus implacable depuis le décès brutal et suspect de la mère d’Eric. Une lutte sanglante et acharnée s’ensuivit. Après la mort de son père, il avait espéré la paix. Un désir que son adversaire ne partageait manifestement pas.

— Que compte-t-il faire de lui ?

Il serrait si fort sa coupe que les gravures qui l’ornaient s’imprimèrent sur la paume de sa main.

— Penses-tu qu’il ait l’intention de le tuer ? D’achever ce qu’il avait tenté de faire il y a des années ?

James réfléchit un instant.

— J’en doute. S’il avait voulu en finir avec le petit, ses sbires se seraient contentés de le passer par le fil de l’épée. Ce rapt était prémédité. Ces soldats n’ont pas croisé notre chemin en surnombre par hasard. Ils nous guettaient, nous attendaient.

— J’ignore ce que je dois en conclure, sinon que nous avons trop relâché notre vigilance. Ah ! Nigel, murmura-t-il lorsque son frère s’avança dans la grand-salle, je suis heureux que tu nous aies rejoints si vite.

— Le garçon qui est venu me chercher a parlé d’Eric et d’un enlèvement.

Le cadet des Murray se laissa choir sur le banc, aux côtés de son aîné, avant de se servir du vin.

Balfour s’étonna de son sang-froid, avant de remarquer que, comme lui, Nigel agrippait sa timbale d’une poigne de fer. Le regard du jeune homme s’assombrit et ses iris couleur d’ambre lui parurent tout à coup aussi noirs que les siens. Sa capacité à dominer ses émotions le surprenait toujours.

Il lui résuma les faits puis attendit, non sans impatience, qu’il ait vidé sa coupe pour répondre.

— Beaton veut un héritier, déclara enfin Nigel d’un ton glacial, plein de fureur contenue.

— Mais il a renié Eric il y a des années, répliqua Balfour avant d’inviter James à s’asseoir avec eux.

— Oui, car à l’époque, il espérait encore engendrer un fils. Il n’a pas réussi. L’Écosse grouille de ses filles illégitimes, mises au monde par ses différentes épouses, maîtresses, ribaudes, ou pauvres innocentes qui n’ont pas été assez rapides pour lui échapper.

James acquiesça d’un signe de tête et passa la main dans ses cheveux grisonnants.

— On raconte que le vieil homme s’affaiblit.

— Dis plutôt qu’il a un pied dans la tombe ! ironisa Nigel. Amis, ennemis… même ses plus proches voisins resserrent l’étau. Il n’a désigné personne pour lui succéder. Sans doute hésite-t-il à le faire, de crainte qu’un mauvais choix ne précipite sa perte. Les loups hurlent à sa porte et il ne sait plus comment les repousser.

— En reniant Eric, il a pourtant démontré qu’il ne considérait pas cet enfant comme le sien.

— Eric ressemble plus à sa mère qu’aux Murray. Beaton pourrait sans mal le reconnaître. Certes, peu de gens y croiraient, mais nul ne pourrait s’y opposer, puisque son épouse lui a donné naissance. Il lui suffirait d’invoquer la jalousie, l’humiliation d’avoir été trompé pour justifier sa réaction première. Tout le monde le dit irascible, prompt à ces accès de fureur. La légitimité d’Eric pourrait être contestée, mais personne ne douterait que Beaton se montre assez cruel pour condamner un bébé à une mort certaine, même le sien, sous le coup de la colère.

Accablé, Balfour étouffa un juron.

— Ainsi, ce misérable compte se servir de lui comme d’un bouclier.

— Je n’en ai pas la preuve, mais c’est mon avis.

— Entre ce que je sais de lui, les dernières rumeurs et la logique de ton raisonnement, j’ai peur que tu n’aies vu juste. Eric est encore trop jeune pour être précipité dans ce nid de vipères. Tant que Beaton sera de ce monde, il ne risquera rien, car le vieux seigneur inspire toujours la crainte. Mais sitôt qu’il sera trop affaibli par la maladie ou qu’il y succombera, je ne donne pas cher de la vie du petit.

— Il ne survivrait sans doute pas assez longtemps pour suivre son cercueil. Nous ne pouvons le laisser entre leurs mains. C’est un Murray.

— Ce n’était pas mon intention, même si lui aussi a droit à sa part de l’héritage de Beaton. Cependant, je m’interroge : de combien de temps disposons-nous pour le tirer de leurs griffes ?

— Quelques jours, quelques mois. Qui sait ? Peut-être quelques années.

— À moins que ce ne soit plutôt une question d’heures, murmura Balfour avec un coup d’œil à son frère qui, à en juger par son haussement d’épaules, songeait la même chose.

— Nous devons partir pour Dubhlinn dès que possible, décréta James.

Son seigneur acquiesça et prit plusieurs gorgées de vin pour se redonner un peu d’aplomb. Une énième bataille se profilait. Une fois de plus, elle coûterait la vie à des hommes de valeur et laisserait des veuves éplorées et des orphelins. S’il haïssait cette perspective, il ne redoutait pas le combat. Pour défendre ses terres, l’Église ou le roi, il n’aurait pas hésité à brandir son épée. Cependant, il avait en horreur ces bains de sang, provoqués par des querelles intestines. Trop de Murray avaient péri au nom d’une simple liaison entre son père et l’épouse d’un autre. À présent, ils s’apprêtaient à mourir pour sauver le fruit de cet adultère. Balfour aimait son jeune frère et ne reculerait devant rien pour le secourir, mais la lutte qui s’annonçait n’en demeurait pas moins la conséquence d’une rivalité qui n’aurait jamais dû exister.

— Nous partirons pour Dubhlinn au petit jour, déclara-t-il enfin. James, rassemble nos troupes.

— Nous les vaincrons, Balfour, et nous ramènerons le petit sain et sauf, affirma Nigel dès que le sergent d’armes eut quitté la grand-salle.

Balfour le dévisagea. Éprouvait-il autant d’assurance qu’il en montrait ? Les deux frères se ressemblaient à bien des égards, mais différaient par tant d’autres aspects que Nigel se révélait parfois pour lui une énigme. Son cadet était aussi jovial et avenant que lui était taciturne et ténébreux. Rien de surprenant à ce qu’il remporte toujours les faveurs des dames. Il avait un charme qui faisait défaut à l’aîné. Il avait également hérité de traits séduisants. Lorsqu’il s’observait dans le miroir, le seigneur de Donncoill s’étonnait souvent de son physique si sombre, avec ses cheveux bruns, son regard presque noir et son teint hâlé. Il lui arrivait de nourrir une certaine amertume à entendre les jeunes femmes se pâmer devant la chevelure auburn de Nigel, ses iris dorés et sa peau claire. Ce jour-là, comme toujours, il aurait aimé partager l’optimisme de son frère même si, en son for intérieur, il demeurait convaincu qu’ils couraient à leur perte et risquaient du même coup la vie d’Eric. Il résolut de placer ses espérances quelque part entre les deux.

— Avec l’aide de Dieu, nous vaincrons ! dit-il enfin.

— Lorsqu’il s’agit de sauver un enfant innocent des griffes d’un misérable, le Tout-Puissant ne peut que bénir une cause aussi noble, affirma Nigel. Quoique s’il écoutait plus souvent nos prières, il nous aurait depuis longtemps débarrassés de cette vermine.

— À moins qu’il ne trouve plus juste d’infliger à Beaton une lente et douloureuse agonie.

— Nous veillerons à ce que ce scélérat meure seul.

— Je crois que tu as parfaitement deviné ses plans, mais il faudrait être fou pour s’imaginer qu’ils fonctionneront. En admettant qu’il convainque son clan d’accepter Eric comme successeur ou, du moins, de ne pas contester sa légitimité, la pugnacité de notre petit frère risque de le surprendre. Sous ses dehors chétifs et tendres, Eric n’est ni veule ni stupide. À moins qu’il ne coopère, le projet de Beaton n’a aucune chance d’aboutir. Sitôt que le vieux seigneur aura le dos tourné, il s’échappera de cet enfer.

Avec un soupir, Nigel se caressa le menton d’un geste nerveux.

— Peut-être, mais Beaton ne manque pas de moyens pour soumettre un adolescent si frêle. On peut facilement déformer la vérité dans l’esprit d’autrui. Sous la contrainte, des hommes adultes, valeureux, des combattants aguerris, peuvent finir par reconnaître des crimes qu’ils n’ont pas commis. On leur extorque des aveux, les condamne à une mort qui n’est ni brève ni honorable. Le petit est certes déterminé, rusé, mais ce n’est qu’un garçon sans défense.

— Et seul, ajouta Balfour à voix basse.

Il réprima le désir de chevaucher sur-le-champ vers Dubhlinn, l’épée à la main, pour en rapporter la tête de Beaton sur un pieu.

— Dès demain, reprit-il, quelle que soit l’issue, il saura au moins que les siens ne l’ont pas abandonné et qu’ils se battront pour lui.

 

L’aube s’annonça, enveloppée d’une brume morne et glaçante. Tout en passant ses troupes en revue, dans la cour intérieure comble de Donncoill, Balfour luttait contre le funeste pressentiment que certains ne reviendraient pas. Eric ne faisait pas l’unanimité au sein du clan, mais le délivrer devenait une question d’honneur. Le seigneur aurait néanmoins préféré recourir à une autre tactique.

— Allons, mon frère, murmura Nigel en tirant vers lui leurs chevaux. Tu devrais apparaître combatif, assoiffé du sang de Beaton et confiant en notre victoire.

D’un geste distrait, Balfour flatta l’encolure puissante de son destrier.

— Tu as raison. Une fois en selle, ma détermination ne faillira pas. J’avais prié pour un peu de paix, pour avoir l’occasion de panser nos blessures, de ménager nos efforts et de cultiver nos terres. Si fertiles soient-elles, il semble que nous n’en récoltions jamais tous les bienfaits. Lorsque nous ne la négligeons pas pour guerroyer, nos ennemis la saccagent et tout est à refaire. J’en viens à éprouver aujourd’hui une profonde lassitude.

— Je te comprends. Il m’arrive de ressentir la même chose. Mais cette fois, nous livrons bataille pour la vie d’Eric. Et peut-être même pour son âme, qui sait ? Ne l’oublie pas.

— C’est juré. Il n’en faudra pas davantage pour éveiller une soif de sang qui galvanisera nos hommes.

Il enfourcha sa monture et laissa à Nigel le temps d’en faire autant, avant de tirer sur sa bride et de guider ses troupes hors de l’enceinte.

En chemin, il suivit le conseil de son frère. En songeant à Eric, si jeune et si doux, l’envie d’en découdre avec Beaton et ses sbires le gagna rapidement. L’heure était venue de mettre un terme au règne de terreur du seigneur.

 

Nigel fut désarçonné lorsque deux flèches lui transpercèrent la jambe et la poitrine. Balfour lâcha un cri caverneux, amplifié par la peur et la colère. Il mit pied à terre et, sous les volées des archers ennemis, postés le long des remparts de Dubhlinn, il fendit ses lignes pour rejoindre son frère, qui respirait encore.

— Dieu soit loué, souffla-t-il avec un soupir, avant de faire signe à deux de ses pages de l’évacuer.

— Non, protesta Nigel, pas question d’abandonner simplement parce que je suis touché ! Tu ne peux pas laisser ce misérable s’en tirer !

Balfour ordonna qu’on lui prépare une litière.

— Il avait déjà gagné avant même que nous n’approchions de cette maudite plaine. Il se doutait que nous viendrions chercher Eric et avait anticipé notre attaque.

Il empoigna un jeune page blême, qui se tenait avec ses compagnons près des chevaux.

— Sonne la retraite, petit. Quittons cet endroit avant qu’il ne devienne notre tombe.

Nigel jura comme un beau diable en regardant le garçon s’éloigner.

— Que ce maraud brûle en enfer !

— La défaite est amère, déclara Balfour qui s’agenouilla auprès de lui. Néanmoins, nous n’avions aucune chance de remporter la bataille. C’est la mort qui nous guette si nous nous obstinons à poursuivre le combat et nous ne serions plus d’aucun secours à Eric. Dubhlinn est mieux protégé que je ne l’aurais cru. Il faut fuir, panser nos blessures et trouver un autre moyen de tirer notre petit frère des griffes de ce démon. (Il désigna les deux plus robustes de ses pages tremblants.) Vous deux, tenez-le pendant que j’extrais ces flèches de sa chair.

Les deux jeunes gens s’exécutèrent. Lorsqu’il arracha la première, Nigel poussa un hurlement et perdit connaissance. Balfour savait que l’évanouissement ne lui épargnerait pas la douleur, aussi se dépêcha-t-il d’ôter la seconde. En guise de bandages, il déchira sa chemise, observant avec dégoût la saleté du tissu. Ses troupes se repliaient déjà quand il installa Nigel sur la litière et il se hâta de les rattraper.

La défaite le rongeait, mais il dut s’y résigner. Il avait compris son erreur à l’instant même où son cheval abordait la vaste plaine qui entourait Dubhlinn. Ses soldats s’étaient jetés à corps perdu dans la bataille sans qu’il ait pu les en empêcher. Les défenses de Beaton s’étaient vite révélées solides et redoutables. Furieux, abattu, il songea aux hommes tués ou blessés qu’il avait précipités dans ce traquenard. Il ne lui restait plus qu’à espérer que sa sottise n’ait pas causé de trop lourdes pertes. Tandis qu’ils repartaient pour Donncoill, sous l’œil vigilant de quelques recrues choisies pour assurer leurs arrières, il continuait à chercher un moyen de libérer Eric sans verser de sang. Ou, du moins, moins qu’il n’en avait coulé sur les champs de Dubhlinn, en ce triste jour.

Il lança un regard à Nigel, qui se redressait avec difficulté, et pria pour que sauver un frère ne signifie pas en perdre un autre.

 

Le calme et la douceur de cette belle matinée de printemps furent vite troublés par la terrible rumeur des affrontements. Maldie Kirkcaldy étouffa un juron et interrompit sa marche décidée vers Dubhlinn, un périple entamé trois mois auparavant, devant la tombe de sa mère. Tandis qu’on déposait sa dépouille, enveloppée d’un maigre linceul, dans sa dernière demeure, Maldie avait résolu de faire payer au seigneur de Dubhlinn les torts qu’il leur avait causés. Si elle s’était préparée aux caprices du temps, aux nuits à la belle étoile, à la privation de nourriture, elle n’avait pas songé qu’une lutte armée la freinerait dans sa progression. Elle s’assit le long du chemin creusé d’ornières et jeta un regard mauvais en direction de Dubhlinn. L’espace d’un instant, elle hésita à s’aventurer plus près, curieuse de savoir lequel des voisins de Beaton lui cherchait querelle, mais abandonna vite cette idée. Un champ de bataille pouvait se révéler d’autant plus dangereux lorsqu’on n’appartenait à aucun des deux camps. Même ceux qui accompagnaient leur clan risquaient leur vie en s’approchant trop des combats. Elle aurait, après tout, l’occasion de rencontrer plus tard les ennemis de Beaton, se dit-elle. Elle devrait simplement les convaincre qu’elle leur ferait une alliée loyale et précieuse.

D’un geste distrait, elle s’empara d’un bâton pour tracer des formes dans la boue, puis se mit à rire de sa propre audace.

— Bien sûr ! Car tous les chevaliers en armure de la région n’attendent que toi, Maldie Kirkcaldy, pour guerroyer.

Elle jeta un rapide coup d’œil autour d’elle afin de s’assurer que personne n’était aux alentours, puis fit courir une main dans son épaisse crinière. Malgré sa petite taille et sa silhouette menue, elle avait survécu à trois mois d’errance dans ces contrées inconnues. Il semblait absurde de renoncer à la prudence qui l’avait jusque-là maintenue en vie, d’autant qu’elle touchait presque au but et accomplirait bientôt son serment. Jamais elle n’avait passé tant de temps isolée, avec sa soif de vengeance pour seule compagne. La solitude finissait-elle par vous faire perdre la tête ? Plus que jamais, elle devrait rester sur ses gardes. Échouer à cet instant, alors qu’elle tenait presque la revanche tant désirée par sa mère, lui paraîtrait un dénouement bien amer.

La clameur du conflit s’atténua et elle se redressa lentement. Elle pressentait la fin de la bataille. La route portait des traces encore fraîches, ce qui signifiait que les assaillants repartiraient probablement par le même chemin, qu’ils soient galvanisés par leur victoire ou minés par la défaite. Maldie craignait l’un comme l’autre de ces états d’esprit. Elle épousseta ses jupes rapiécées et s’enfonça dans les épais bosquets qui se courbaient sous les bourrasques de vent. Elle ne choisissait pas l’abri le plus sûr, mais elle était certaine de ne pas y être surprise. Une armée triomphante, ivre de gloire, ne se méfierait pas. Vaincue, elle se contenterait de surveiller ses arrières. Tant qu’elle demeurerait immobile, elle ne risquait rien.

Après s’être tapie dans les buissons et avoir scruté les alentours pendant de longues minutes, Maldie se demanda si elle n’avait pas rêvé. En fin de compte, il ne viendrait peut-être personne. C’est alors qu’elle perçut le tintement discret, mais caractéristique des harnais des chevaux. Hésitante, elle dut prendre une décision. Si sa fierté l’assurait qu’elle se débrouillait fort bien toute seule, un allié n’aurait toutefois pas été de trop pour l’aider dans sa quête. Elle y aurait au moins gagné un gîte plus confortable, le temps d’imaginer comment utiliser les informations glanées au cours des trois derniers mois.

Elle réussissait tout juste à se persuader que les ennemis de Beaton pourraient devenir ses amis et qu’elle avait tout intérêt à les aborder quand elle entraperçut enfin les soldats et sa conviction s’évanouit avec ses projets. Même à cette distance, elle comprit que ces troupes quittaient Dubhlinn en déroute. Or, si une horde de guerriers accomplis et armés jusqu’aux dents n’avait rien pu contre Beaton, quel espoir lui restait-il ? Elle chassa aussitôt ses inquiétudes. Elle ne doutait pas de ses propres capacités, mais ne pouvait en dire autant des hommes qui se dirigeaient vers elle d’un pas pesant. Si Beaton avait pu en venir à bout, en dépit de leur force et de leur adresse, pourraient-ils vraiment lui être utiles ? Alors qu’elle devinait à présent l’abattement, la lassitude et la douleur sur ces visages meurtris, elle fit son choix.

Mieux valait un allié défait que pas du tout, songea-t-elle en se relevant avec précaution. Peut-être sauraient-ils quelque chose qu’elle ignorait, des éléments qui lui permettraient d’atteindre son but. À moins bien sûr qu’ils ne décident de la tuer avant. Espérant ne pas tenter le diable, Maldie s’avança au milieu du chemin.

Chapitre 2

L’imposant chevalier arrêta sa monture et Maldie pria pour qu’il ne perçoive pas les battements sourds de son cœur. Voyant qu’il n’esquissait aucun geste hostile, elle s’efforça de recouvrer son sang-froid. Quitter sa cachette pour se faire un précieux allié : le jeu avait semblé en valoir la chandelle. Mais à présent, confrontée aux mines renfrognées de ces soldats, à leurs silhouettes maculées de sang et de boue, elle commençait à en douter. Comment allait-elle justifier sa présence sur la route de Dubhlinn ? Était-il avisé de leur exposer aussi vite ses sombres projets de vengeance ? Comment des guerriers accueilleraient-ils des intentions de meurtre ?

— Peux-tu m’expliquer ce qu’une jeune femme comme toi fait seule, sur ce chemin ? lui lança Balfour lorsqu’il détacha enfin son regard de ses grands yeux d’émeraude.

— Peut-être voulais-je simplement constater l’ampleur de votre défaite, répliqua-t-elle.

Cet homme brun, à la carrure impressionnante, éveillait en elle une dangereuse impertinence.

— Oui, ce scélérat a remporté une bataille, lâcha-t-il froidement, contenant mal sa fureur. Et toi, peut-on savoir qui tu es ? L’un de ses vautours, venus se repaître du spectacle ? Dans ce cas, je te conseille de t’écarter et de poursuivre ta route.

Maldie ne broncha pas. Le camouflet était mérité.

— Je me nomme Maldie Kirkcaldy. J’arrive de Dundee.

— Te voilà bien loin de ton foyer, jeune fille. Que fais-tu donc dans cet endroit maudit ?

— Je recherche les miens.

— Qui donc ? Si je connais le nom de ceux que tu cherches, je peux t’aider à les retrouver.

— C’est fort aimable de votre part, mais j’en doute. Il s’agit de gens modestes qui ne fréquentent pas des personnes de votre rang.

Avant qu’il ait pu se montrer plus curieux, elle désigna l’homme étendu sur la litière. Elle s’approcha du blessé, sans tenir compte de la soudaine tension du chevalier ni de son geste furtif pour l’arrêter.

— Votre compagnon semble grièvement touché, messire. Peut-être pourrais-je lui être utile ? Je puis, sans me vanter, prétendre posséder un don particulier pour guérir.

Face à tant d’assurance, Balfour s’écarta à contrecœur. Il rechignait à se laisser si facilement convaincre par une femme et à accorder sa confiance à une étrangère. Elle était d’une beauté à couper le souffle, de sa chevelure de jais à ses petits pieds emprisonnés dans ses bottes usées, mais il n’avait pas pour habitude de perdre ses moyens devant un joli minois. Il se plaça de l’autre côté de la litière et regarda la frêle créature relever ses jupons pour s’agenouiller près du soldat.

Sans lâcher la poignée de son épée, il surveilla chaque mouvement de ses mains pâles et fines.

— Je suis sir Balfour Murray, seigneur de Donncoill, et voici mon frère, Nigel. Il a été blessé par l’ennemi qui a employé la ruse pour nous attirer dans un piège.

En l’absence d’ingrédients nécessaires, Maldie dut improviser pour soulager son patient.

— Je m’étonne toujours que les hommes imaginent leurs adversaires respectueux des lois de la guerre. Si vous appreniez tous à faire preuve de prudence, vous ne seriez plus massacrés en si grand nombre.

Avec une grimace de dégoût, elle ôta les bandages de fortune qui recouvraient les plaies.

— Un individu qui s’est élevé au rang de chevalier ne doit-il pas se comporter comme tel ? rétorqua Balfour.

Il fronça les sourcils lorsqu’elle émit un claquement de langue méprisant. Ce son, bien que dérisoire, dénotait toute sorte de ressentiments : la colère, l’amertume et une absence totale de déférence. À en juger par l’étoffe grossière de sa robe, elle était d’origine modeste, mais ne lui témoignait pas le respect dû à son rang. Sans doute, pensa-t-il, n’en montrait-elle pour personne. Balfour se demanda qui avait bien pu causer du tort à cette petite écorchée vive, puis pourquoi cette question lui importait.

Il l’observa avec attention pendant qu’elle lavait puis pansait les blessures de Nigel pour arrêter le saignement. Déjà, son frère retrouvait quelques couleurs, comme apaisé par son simple contact. Elle n’avait donc pas menti et possédait bel et bien le don de guérison. En la voyant effleurer le front ruisselant du jeune homme, Balfour imagina la caresse de ces doigts effilés sur sa peau. Ses muscles se raidirent et il dut lutter pour chasser cette impression et le désir inopiné qu’elle éveillait.

Certes, elle n’était pas dénuée de charme, concéda-t-il pour lui-même en la détaillant de la tête aux pieds. Sa robe élimée épousait sa mince silhouette aux courbes séduisantes. Il remarqua la poitrine haute, généreuse, la taille fine et l’arrondi voluptueux de ses hanches. Pour une femme aussi minuscule, elle avait les jambes étonnamment longues, sveltes et bien proportionnées, terminées par des pieds menus comme ceux d’un enfant. Un lien de cuir maintenait tant bien que mal sa crinière d’ébène, d’où s’échappaient quelques boucles soyeuses retombant sur ses joues pâles. Ses yeux éclipsaient presque le reste de son visage en forme de cœur. Ils étaient immenses et d’un vert profond, encadrés par d’épais cils noirs et surmontés par l’arc harmonieux de ses sourcils bruns. Elle arborait un petit nez, droit et légèrement retroussé. Sous ses lèvres pulpeuses se dessinait un menton délicat, mais volontaire. Balfour s’étonna qu’une créature puisse paraître si jeune, si gracile et si sensuelle à la fois.

Je la veux, songea-t-il alors, avec un mélange de surprise et d’amusement.

L’attirance que suscitait chez lui cet être si fragile, insolent et dépenaillé se confrontait à l’intensité, la brutalité de ce désir, plus soudain et plus violent qu’il n’en avait jamais éprouvé auparavant. Elle réveillait en lui une ardeur si puissante, si dévorante qu’elle l’effrayait presque. Le genre d’émotion capable de perdre un homme. Il s’efforça de recouvrer ses esprits et se concentra sur Nigel.

— Il reprend déjà de la vigueur.

— Une observation fort élogieuse, mais qui prouve votre ignorance en la matière.

Maldie s’assit sur ses talons, s’essuya les mains sur sa robe et croisa le regard noir de Balfour.

— J’ai simplement nettoyé les plaies avant de les envelopper dans des linges propres. Je ne dispose d’aucun des remèdes essentiels.

— De quoi as-tu besoin ?

Il écarquilla les yeux en l’écoutant énumérer une liste d’ingrédients, dont beaucoup lui étaient inconnus.

— Je n’emporte rien de tel au combat !

— Vous devriez. N’est-ce pas vos batailles absurdes qui vous valent ces blessures ?

— Il n’y a rien d’absurde à délivrer mon frère des griffes de Beaton, s’offusqua-t-il, avant de l’interrompre d’un geste ferme. Nous nous sommes trop attardés ici. Qui sait si les sbires de Beaton ne rôdent pas aux alentours ? Ils nous talonnent peut-être déjà. Je dois mettre Nigel en sûreté et m’assurer qu’on lui prodigue les soins nécessaires.

Elle se redressa et épousseta ses vêtements.

— Il en a en effet grand besoin. Vous devriez vous mettre en route sans tarder.

— Tu es parvenue à soulager sa douleur sans rien sous la main. Je suis curieux de voir quels miracles tu accompliras lorsque tu disposeras de tout ce qu’il te faut.

— Que voulez-vous dire ?

— Tu vas nous accompagner à Donncoill.

— Serais-je donc votre prisonnière ?

— Non, plutôt mon invitée.

Elle ouvrit la bouche pour riposter, puis se mordit la langue. Le moment semblait mal choisi pour opposer un refus cinglant. Lier son destin à celui de sir Balfour présentait quelques avantages qu’il valait mieux ne pas négliger. Tout comme elle, il désirait en finir avec Beaton et, malgré sa défaite, il possédait encore une armée et les moyens suffisants pour porter un coup sérieux à leur ennemi commun. Sans compter qu’il lui assurerait le gîte et la pitance pendant qu’elle fomenterait ses projets de vengeance.

Les inconvénients ne paraissaient pas moins nombreux, songea-t-elle avec réticence. À l’évidence, une haine tenace divisait les deux seigneurs et Maldie risquait gros si Balfour apprenait le secret de ses origines, ou bien la raison qui l’avait conduite sur la route de Dubhlinn. En acceptant de le suivre, Maldie devrait déguiser la vérité et quelque chose lui disait que sir Balfour n’était pas du genre à tolérer le mensonge. S’allier à lui se révélait déjà plus complexe que prévu.

À mesure qu’elle l’observait, elle pressentit une autre complication. Ce regard de braise luisait d’un éclat qu’elle ne reconnaissait que trop bien. Il la convoitait. Ce qui l’alarmait davantage, c’était qu’elle-même partageait cette attirance, un sentiment qui lui était jusque-là inconnu. Le désir du ténébreux chevalier n’éveillait pas en elle la colère, le dégoût, ou le mépris que lui inspiraient habituellement les hommes.

Cette impression l’inquiétait, mais elle piquait également sa curiosité. Il était certes beau, mais elle avait croisé nombre de personnages tout aussi plaisants. Il émanait cependant de cette silhouette élancée une force tranquille que toute femme normalement constituée aurait trouvé irrésistible. Il arborait un visage charmant, aux pommettes saillantes, au nez droit et à la mâchoire puissante. Son abondante chevelure ondulée retombait sur ses larges épaules, le soleil y projetant çà et là des reflets auburn. Ses yeux, en particulier, captivèrent son attention. Ils étaient d’un brun à la fois doux et profond, bordés de cils étonnamment épais, sous des sourcils charbonnés, à peine arqués. Quelque peu déstabilisée par l’intensité de son regard, elle se concentra sur sa bouche, puis renonça à s’y attarder. Elle était parfaitement dessinée, la lèvre inférieure à peine plus charnue. Elle n’eut aucun mal à imaginer l’embrasser.

D’un mouvement brusque, elle se détourna et ramassa son baluchon.

— Je vous remercie de votre hospitalité, mais le printemps touche déjà à sa fin et ce ciel clément ne durera pas éternellement. Je ne puis m’arrêter maintenant. Je souhaiterais retrouver ma famille avant de devoir chercher un refuge pour l’hiver.

— Si la convalescence de mon frère devait se prolonger, tu pourras le passer à Donncoill. Nigel a grand besoin de tes talents, décréta-t-il en l’entraînant vers son cheval.

— Ainsi, monseigneur, il ne s’agit pas d’une proposition, mais bel et bien d’un ordre.

Balfour l’attrapa par sa taille menue pour la hisser sur la selle, songeant brièvement qu’elle aurait mérité de faire quelques bons repas, car elle pesait à peine plus lourd qu’une enfant.

— Ton séjour à Donncoill n’en sera que plus plaisant si tu le considères comme une invitation.

— Oh, vraiment ? Je ne suis pas certaine de pouvoir me convaincre d’un tel mensonge.

— Essaie.

Il lui décocha un grand sourire, et Maldie sentit sa respiration s’emballer. La franchise de son expression la subjuguait. Ce qu’elle lisait sur son visage ne dissimulait ni ruse ni arrogance, mais invitait simplement à un moment de complicité. Ce n’était donc pas seulement son physique, mais le personnage tout entier qui pourrait se révéler dangereux. Se pouvait-il que sir Balfour Murray possède certaines qualités qu’elle avait depuis longtemps renoncé à trouver chez les hommes ? En ce cas, ses précieux secrets n’en deviendraient que plus difficiles à garder.

— À votre guise, messire, plaisanta-t-elle. Et une fois votre frère remis, serai-je libre de partir ?

— Bien entendu, acquiesça-t-il presque à contrecœur.

— Alors, en route, sir Murray. Le soleil décline rapidement et la fraîcheur du crépuscule n’arrangera en rien l’état du patient.

Il hocha la tête, fit signe à ses soldats d’avancer, puis resta aux côtés de Nigel.

Maldie maniait sans mal son cheval, qui hâlait pourtant déjà la litière. Le destrier semblait même ravi de sa nouvelle charge et dressait les oreilles pour mieux entendre les paroles qu’elle lui murmurait.

— Elle sait y faire avec les animaux, fit observer Balfour.

— Et avec les hommes aussi, on dirait, grommela le blessé.

— Que lui reproches-tu donc ? N’a-t-elle pas apaisé tes souffrances ? Ton soulagement se lit sur ton visage.

— Si, en effet. Elle possède le don, c’est certain. C’est également une charmante jouvencelle. Je n’ai jamais vu de regard aussi envoûtant. Néanmoins, nous ignorons tout d’elle. Cette fille nous cache quelque chose, Balfour, j’en suis convaincu.

— Sa réserve me paraît bien naturelle. Après tout, elle n’en sait pas plus sur notre compte et se montre méfiante, voilà tout.

— Espérons que tu aies raison et qu’elle ne se sente pas en confiance en compagnie d’étrangers. En ces temps troublés, nous ne pouvons nous permettre de nous montrer trop naïfs et de nous fier à un joli minois. Le moindre faux pas pourrait coûter la vie à Eric.

Les yeux rivés sur le dos de Maldie, Balfour se renfrogna. Il avait raison. Ce n’était guère le moment de perdre la tête pour une jolie femme. Il n’avait pu se résoudre à la laisser poursuivre sa route, mais se jura d’observer la prudence. Leur clan avait assez souffert des appétits charnels de son père. Il ne commettrait pas les mêmes erreurs.

 

Maldie aperçut pour la première fois Donncoill au sortir d’une futaie. La forteresse se dressait sur la colline qu’ils gravissaient, aussi imprenable que menaçante. Elle dominait une étendue de terres fertiles, propices à donner aux Murray l’abondance que de nombreux Écossais envieraient. Elle vit néanmoins au premier coup d’œil que ces terres n’étaient pas pleinement exploitées. La promesse de ses fruits demeurait prisonnière d’un sol négligé et de champs en friche. Cette dernière défaite venait sans doute allonger une interminable succession de conflits, qui empêchaient les Murray de récolter tous les bienfaits de leur fief.

Quand les hommes comprendront-ils les conséquences de leurs guerres incessantes ? se demanda-t-elle avec mélancolie.

Elle chassa aussitôt cette sombre pensée. Il ne servait à rien de ruminer ce qu’elle ne pouvait changer et se focalisa alors sur le château. Derrière son imposant mur d’enceinte, la forteresse avait reçu plus d’attention que le domaine environnant. Le donjon carré d’origine, bien visible au centre de plusieurs corps de bâtiments, avait été consolidé et remanié. À droite de la vieille fortification trapue, une aile menait à une seconde tour plus élancée. Une autre partie s’étendait sur la gauche, donnant sur une troisième tour en construction. Dans son enfance, sa mère lui avait décrit les demeures majestueuses de France et d’Angleterre. Elle commençait à croire que sir Balfour les avait visités ou avait entendu les mêmes récits, car les bastions qui prenaient forme au sein des courtines n’auraient bientôt rien à envier à ceux que sa mère lui dépeignait avec emphase.

— Les travaux progressent lentement, commenta-t-il en saisissant les rênes de son cheval.

Maldie sursauta, troublée par sa soudaine réapparition et sa brusque proximité.

— Ils s’accéléreraient peut-être si vous rengainiez plus souvent votre épée.

— Je ne demande pas mieux, mais je doute que Beaton partage mon désir de paix.

— Vous parlez de paix, pourtant vous marchez au combat. Il ne vous avait tout de même pas invité à l’attaquer !

— Au contraire. Il n’aurait pu s’y prendre plus clairement en dépêchant un émissaire. Vois-tu, il a capturé mon jeune frère Eric, en envoyant ses sbires sur mes terres pour enlever le malheureux au cours d’une partie de chasse.

— Autrement dit, il s’attendait à votre riposte.

Il hocha la tête, honteux de ce qu’il considérait à présent comme une manœuvre stupide.

— En effet. J’ai compris mon erreur à l’instant même où nous déferlions sur la plaine de Dubhlinn. Au pied des remparts, je l’ai fait appeler dans l’espoir de régler ce différend sans effusion de sang. Il a fait mine d’accepter et, imbécile que je suis, je me suis rapproché pour parlementer. Il s’agissait d’un piège, naturellement. Beaton n’avait qu’une intention : pousser mes troupes à relâcher leur vigilance et me tuer. Il a bien failli réussir. Néanmoins, ses archers ont manqué leur cible et mes compagnons se sont révélés plus méfiants que moi. Ils n’étaient pas dupes de sa promesse de trêve.

— Dans ce cas, pourquoi vous être attardés là-bas ? Pour mieux le laisser vous décimer ?

— Non, tu ne saisis pas…

Balfour se demanda pourquoi diable il éprouvait le besoin de se justifier auprès de cette fille, avant de s’apercevoir qu’il appréciait tout simplement sa compagnie. Peut-être cherchait-il aussi à s’expliquer lui-même cette débâcle.

— Mes hommes, furieux, étaient déterminés à riposter. Comme moi, ils sont las de cette guerre interminable et ont agi sous l’emprise de la colère. Ils ont vite compris que la bataille était perdue, mais des soldats ivres de vengeance, pris dans la fougue du combat ne se maîtrisent pas facilement. En voyant Nigel tomber, ils ont recouvré suffisamment de lucidité pour obéir au signal de la retraite.

— Et votre frère reste son prisonnier ?

Maldie eut de la peine pour lui, mais se ressaisit aussitôt. Elle avait suffisamment de soucis sans se mêler des siens.

— Malheureusement. Mais à présent, notre petit Eric...

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