Le fils caché de Santino Ferrara

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Lorsqu’elle croise le regard brûlant de Santino Ferrara, qu’elle n’a pas revu depuis des années, Fia est tétanisée par la peur. La peur qu’il ne découvre que de leur unique nuit de passion est né un fils…

Publié le : vendredi 1 février 2013
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280292252
Nombre de pages : 160
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1.

Un silence réprobateur s’installa dans la salle de réunion. Ravi de cette réaction, Santo Ferrara se carra dans son fauteuil.

— Vous êtes certainement tous d’accord pour reconnaître qu’il s’agit d’un projet très excitant, conclut-il, et je vous remercie de…

— Tu n’es pas sérieux ! C’est irréalisable ! interrompit Cristiano, son frère aîné.

Celui-ci avait récemment abandonné un certain nombre de responsabilités dans le groupe, pour se consacrer davantage à son épouse et à ses deux fillettes.

— Si tu n’as pas réussi, c’est parce que l’acuité intellectuelle d’un homme diminue quand il est trop accaparé par sa famille, répondit Santo sur un ton plein de compassion. C’est un peu comme la chute d’un grand guerrier. Mais ne te fais aucun reproche : vivre avec trois femmes épuiserait n’importe qui…

Les membres du conseil d’administration échangèrent des regards gênés, mais gardèrent le silence.

— Je suis toujours président de cette entreprise, que je sache ! rétorqua Cristiano en fusillant son frère du regard.

— Sans doute, mais à force de préparer les biberons, tu donnes l’impression de t’être mis en retrait, et tu ferais mieux de passer la main.

Cristiano répondit à cette agression par un petit rire.

— Je ne nie pas que ton projet soit séduisant. L’idée d’élargir notre gamme d’équipements sportifs, afin de toucher une clientèle plus jeune, me semble intéressante. D’autre part, en développant notre implantation sur la côte ouest de la Sicile, nous devrions attirer des touristes plus exigeants.

Il s’arrêta un instant pour dévisager Santo, puis reprit :

— Mais tout le succès de cette opération repose sur ta capacité à récupérer les terrains du vieux Baracchi qui préférerait sûrement mourir que te les vendre !

Cette plaisanterie facile détendit un peu l’atmosphère, mais les hommes assis autour de la table gardèrent les yeux baissés. Ici, comme dans toute la Sicile, chacun connaissait la rivalité qui opposait les deux familles.

— Ça, c’est mon problème, déclara Santo d’un ton froid.

Avec un claquement de langue impatient, Cristiano s’approcha de la vaste baie qui surplombait la Méditerranée.

— Depuis que tu suis au jour le jour les affaires de la compagnie, tu as fait tes preuves et accompli des prouesses auxquelles je n’aurais même pas songé, reconnut-il. Mais cette fois-ci, je ne vois pas comment tu pourrais réussir. Tu risques d’envenimer un conflit qui couve depuis trois générations. Tu ferais mieux de laisser tomber.

— Je ferai du Ferrara Beach Club notre hôtel le plus prestigieux.

— Tu es prêt à parier sur ta réussite ? répondit Cristiano en souriant.

Son frère ne lui rendit pas son sourire et s’abstint de relever le défi.

— Il est temps de remiser les vieilles querelles, déclara-t-il.

— Tout dépend de ce qui en fait l’objet.

Santo sentit bouillonner en lui une colère à laquelle se mêlait une émotion plus obscure, comme chaque fois qu’on mentionnait le nom de Baracchi. Une réaction viscérale qu’amplifiait la haine persistante entre les deux familles.

— Je ne suis pas responsable de ce qui est arrivé au petit-fils de Baracchi. Tu connais la vérité.

— La vérité et la raison n’ont rien à voir dans cette affaire où chacun se laisse guider par la passion et par des préjugés profondément enracinés. J’ai déjà tenté de l’approcher et je lui ai fait plusieurs offres très généreuses. Mais il aimerait mieux voir sa famille crever de faim que vendre ses terres à un Ferrara. Il n’y a plus rien à négocier.

— Au contraire ! C’est le moment de remettre l’affaire sur le tapis, déclara Santo en se levant.

Un des membres du conseil s’éclaircit la gorge.

— En tant qu’avocat, il est de mon devoir de vous avertir que…

— Inutile d’essayer de me dissuader, coupa Santo avec un geste sec de la main sans quitter son frère des yeux. Ainsi, même si tu juges ce projet de développement viable, tu redoutes le conflit avec la famille Baracchi. Mais moi, je ne suis pas un lâche.

— Je le sais bien et c’est justement ce qui m’effraie, déclara Cristiano d’une voix rauque. Tu es courageux et raisonnable, ce qui n’est pas le cas de Baracchi. Mais tu es mon frère et le vieux Guiseppe te hait. Comment peux-tu imaginer qu’il va t’écouter ?

— Financièrement, il se trouve dans une mauvaise passe, et il a peur.

— Pas au point d’accepter l’argent d’un Ferrara. D’ailleurs, il pourrait se révéler dangereux. Nous avons conservé cet hôtel parce que c’est le premier que notre père ait construit et que notre mère refusait de le vendre, mais je lui en ai reparlé et…

— Il ne sera pas vendu. Je n’irai pas par quatre chemins. J’ai besoin de l’ensemble de ces terres, de toute la baie, répliqua Santo sans un regard pour l’avocat qui s’agitait à côté de lui. Et pas seulement pour y implanter un complexe aquatique. Il me faut aussi La Paillote. Ce restaurant attire plus de clients que celui de notre hôtel. Je ne cherche pas à jeter de l’huile sur le feu, mais à protéger nos intérêts. Quand nos clients s’en vont dîner en contemplant le coucher du soleil à La Paillote, nous perdons de l’argent.

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