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Le Haut-de-forme

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Le jeune Rodolfo au chômage et sa femme Rita ont recours à un subterfuge. Rita aguiche les passants, les introduit dans la maison, les fait payer, mais au moment de leur céder fond en larmes, ouvre le rideau qui ferme l’alcôve et dévoile un catafalque sur lequel Rodolfo feint d’être mort. Les clients désorientés préfèrent alors partir sans demander leur reste. Une fable contemporaine qui cache sous ses aspects comiques une dénonciation de la misère et de la société.


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LE HAUT-DE-FORME

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PERSONNAGES

Agostino Muscariello, ex concierge de théâtre

Bettina, sa compagne

Rodolfo, « locataire » de Muscariello

Rita, femme de Rodolfo

Antonio, un jeune homme timide

Attilio, un veuf plein de fougue

Roberto

Arturo

Michele

Hommes et femmes de la ruelle.

 

Les deux-pièces cuisine d’Agostino Muscariello. Le lieu que nous voyons a toutes les caractéristiques de ces pièces au-dessous du niveau de la rue, propres aux constructions de la fin du XVIllsiècle, qui servent de dépotoirs, de caves, ou dans le meilleur des cas, de « loge de concierge ».

Un escalier d’environ dix marches part du fond de la pièce à gauche, rejoint le mur de droite formant une embrasure, de là une petite porte conduit dans la seconde pièce, au niveau de la rue celle-là, plus haute obligatoirement que la précédente.

Au centre du palier qui s’est formé à partir de la dernière marche du haut, jusqu’à l’embrasure que l’on vient de décrire, on découvre à travers un petit balcon un échantillonnage de petits portails, fenêtres et boutiques des petits immeubles décrépits qui grimpent, en même temps que la montée de la ruelle, jusqu’aux Cristallini.

L’espace sous l’escalier a deux mètres sur trois. Si Agostino Muscariello n’avait pas, lui-même, tapissé les murs avec un modeste papier, il serait plus sombre que la grotte de Bethléem. Maintenant ce lieu nettoyé et bien « toiletté » a permis qu’un lit à deux places y soit dignement installé. Le reste du mobilier est misérable, mais propre et bien rangé.

Au début de l’action, l’espace sous l’escalier est masqué par un vieux rideau qui coulisse sur une corde tendue, et fermé de chaque côté de la pièce avec deux crochets. On y voit à peine ; à travers les battants des volets rapprochés du petit salon, il entre très peu de lumière, assez pourtant pour éclairer en biais la provocante silhouette de Rita, laquelle sur le palier transformé en un cabinet de toilette improvisé, pieds nus, portant une combinaison sommaire, verse de l’eau d’un broc dans une cuvette. Elle savonne son cou, ses bras, ses épaules, sa figure, puis barbote dans l’eau fraîche jusqu’à ce qu’elle soit obligée d’avoir à nouveau recours au broc pour changer l’eau, après avoir vidé la cuvette dans un seau. Tandis qu’elle accomplit cette action, et spécialement quand elle devra se servir de la serviette — qu’elle trouvera sur le dossier d’une chaise — de temps en temps, Rita ouvre l’un des deux battants des volets du petit balcon. Elle le fait quelquefois pour scruter la ruelle, quelquefois pour se montrer à quelqu’un. Elle se coiffe, met quelques gouttes d’eau de Cologne sous ses aisselles, se poudre abondamment, soulevant autour d’elle de légers nuages de talc.

Le comportement de Rita est composé, voulu. On comprend clairement que le spectacle de sa toilette est ponctuellement mis en scène chaque jour à heure fixe. Nous nous apercevons en fait que lorsque la pauvre fille ne sait plus que faire pour attirer l’attention des passants, elle brandit son broc et recommence au début.

Enfin, deux petits coups frappés timidement sur la vitre extérieure font malicieusement sourire Rita.

 

Rita (faussement surprise, se retire dans un coin du balcon, couvrant sa poitrine avec la serviette déployée): Qui est-ce ? (Antonio, l’homme qui a frappé, s’enhardit, passe la tête l’intérieur de la pièce, et fixe sur la femme un regard extasié et plein de désir. En reconnaissant le jeune homme, Rita ose se montrer plus hardie et en échange de son regard adresse au jeune homme un sourire engageant.) : Vous êtes déjà passé hier.

 

Antonio : Et avant-hier.

Rita : Hier, je vous ai vu, avant-hier, non.

 

Antonio : Et je repasserai demain.

 

Rita (déçue par la timidité d’Antonio) : Oui... ? et après-demain ?

 

Antonio : À la même heure, vous me verrez ici.

 

Rita : Pourquoi avez-vous décidé de venir tous les jours, dites-moi, voulez-vous ?

 

Pendant ce temps, elle a mis un léger peignoir, bien serré autour du corps, a retiré la serviette qui recouvrait sa poitrine.

 

Antonio : Pour sentir cette odeur.

 

Rita : Quelle odeur ?

 

Antonio : L’odeur de l’eau et du savon, celle du talc... ce talc qui vole autour de vous quand vous vous poudrez, il sort à travers la fente du balcon, vole dans la ruelle... et je m’arrête pour contempler ces nuages qui montent au ciel, flamboient quand les rayons du soleil les traversent.

 

Rita : Voilà pourquoi vous venez tous les jours.

 

Antonio : Pas seulement.

 

Rita : Il y a une autre raison ?

 

Antonio (déviant la conversation) : Demain je vous porte un bouquet de roses.

 

Rita : Merci.

 

Antonio : Des roses de mai, des roses en capuchon comme on dit chez nous. En capuchon parce qu’elles ont la forme d’une capuche avec de très grands pétales très serrés qui se rétrécissent et deviennent tout petits au centre.

 

Rita : Parfumées ?

 

Antonio : Très parfumées. Elles sont rouges comme le feu et exhalent un parfum si aigu que parfois il dorme des maux de tête. C’est pourquoi les Napolitains les offrent à leurs femmes.

 

Rita : Pour qu’elles aient des maux de tête ?

 

Antonio : Non, pour suivre une vieille tradition de notre pays. La femme à qui son amoureux donne des roses de mai, dès qu’elle les reçoit, les effeuille encore fraîches, et jette tous les pétales dans une grande bassine pleine d’eau glacée ; puis elle met la bassine sur le balcon toute une nuit ; le lendemain matin, elle se lave la figure, les bras, les épaules, et tout ce qu’elle veut dans cette eau parfumée. C’est une coutume qu’on ne peut suivre qu’au printemps, quand sortent les roses de mai.

 

Rita : Que c’est poétique ! Tous des poètes, ici à Naples.

 

Antonio : Et vous, vous êtes d’où ?

 

Rita : Je suis florentine.

 

Antonio : Florence... Quelle belle ville !

 

Rita : Vous connaissez ?

 

Antonio : Non, mais une de mes cousines qui y est allée en voyage de noces, m’a montré une série complète de vues en couleurs. Je devais faire mon service militaire à Florence. Puis, j’ai été réformé.

 

Rita : Comment saviez-vous qu’ils vous enverraient à Florence ?

 

Antonio : J’en rêvais toujours. Je me disais : quand je serai appelé, je remuerai ciel et terre pour me faire envoyer à Florence. J’aurai réussi parce qu’un de mes oncles maréchal...

 

Rita (lassée désormais de cette conversation, et désireuse de passer aux choses pratiques, rappelle gentiment Antonio à la réalité) : Excusez-moi, mais je dois rentrer. Rester à parler ici sur le balcon, avec un inconnu, ce n’est pas convenable.

 

Antonio : Alors je m’en vais...

 

Rita (après une courte pause, feignant d’être déçue) : Vous voulez partir ?

 

Antonio : Vous avez dit que ce n’est pas convenable de parler là.

 

Rita : Là non.

 

Antonio : Et où ?

 

Rita (hardie, pour vaincre la timidité du jeune homme) : À l’intérieur. Tu ne veux pas entrer ?

 

Antonio : Dans la maison ?

 

Rita : Ch ch ch ut ! Parle tout bas. Chez moi.

 

Antonio : Chez... toi.

 

Rita (coupant court) : Descends huit marches, entre par le petit portail : la première porte à gauche. Ne sonne pas, je vais ouvrir.

 

Antonio, après un coup d’œil de connivence à la jeune femme, disparaît, tandis que Rita ferme les vitres, baisse un léger voilage blanc et transparent qui laisse entrer la lumière, mais ne permet pas, de l’extérieur, de voir ce qui se passe à l’intérieur. Puis elle descend les escaliers la hâte, rejoint l’entrée — gauche de la pièce —, déclenche l’ouverture de la serrure et reste en attente, laissant la porte poussée...

Après un temps bref, on pousse la porte de l’extérieur, Antonio apparaît d’abord moitié, puis en entier.

 

Antonio (embarrassé) : Me voilà.

 

Rita : Entre.

 

Antonio obéit, Rita ferme la porte.

 

Antonio (cherchant à se donner une contenance) : Ce matin, je voulais apporter le bouquet de roses de mai...

 

Rita : Comment tu t’appelles ?

 

Antonio Je m’appelle Antonio. Nous sommes le dix mai, dans trente-quatre jours, c’est ma fête : la Saint-Antonio.

 

Rita : Tous mes vœux anticipés.

 

Antonio : Merci.

 

Rita : Je suis sûre que d’habitude tu n’offres pas de roses à toutes les femmes que tu rencontres.

 

Antonio : À toi, oui.

 

Rita : C’est le besoin, Antonio... le besoin seul me fait faire ce que je suis en train de faire. Tu as des sous ?

 

Antonio : Pour acheter des roses ?

 

Rita : Mais quelles roses ? (Elle explique patiemment.) Pourquoi veux-tu me donner des roses ? Pour me faire la cour. Et pourquoi fait-on la cour à une femme ? Pour l’amener dans son lit. Et alors ! C’est vite fait : donne-moi les sous et allons au lit. (Antonio demeure stupéfait de sa brutalité, il ne répond pas et ferme les yeux.) Excuse-moi, j’ai été brutale, je n’aurais pas dû te parler comme ça... Je suis dans le pétrin... je me trouve dans une situation terrible. Je t’en prie à genoux, viens au lit avec moi, et donne-moi un peu d’argent. (Antonio se tait.) Je ne suis pas une prostituée, crois-moi, je ne fais pas ce métier... Antonio, tu es le premier.

 

Antonio (écarquillant les yeux) : Tu es... jeune fille ?

 

Rita : Non, ça non. Tu es le premier, après mon mari... Mais ma vie ne te regarde pas... Sois généreux et donne-moi un peu d’argent.

 

Antonio : Mais... à peu près... combien ?

 

Rita : Je ne sais pas... je n’y connais rien. On m’a dit... dix mille.

 

Antonio (dont la timidité est vaincue par un impartial sens de la justice) : Via Roma, oui ! Mais ici, nous sommes aux Cristallini.

 

Rita (avec intention) : Tu es le premier.

 

Antonio (l’idée l’excite) : Certes, c’est une chose qui n’arrive pas tous les jours... Dix mille, je les ai.

 

Rita : Déshabille-toi.

 

Antonio : Déshabille-toi d’abord.

 

Rita : Je n’ai que mon peignoir à retirer (En tournant lentement sur elle-même, elle lance un regard prometteur au jeune homme...

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