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Le héros qu'elle attendait

De
145 pages
Le 14 juillet, Harlequin ouvre le bal : accordez-vous quelques danses avec les plus séduisants des pompiers !

Lorsqu'il revoit Lindsey, la veuve d'un coéquipier qui est mort en lui sauvant la vie lors d’un incendie, Austin ne peut s'empêcher d'éprouver une pointe de culpabilité. Lindsey et son fils ont besoin de son aide et, cette fois, il n'est pas question pour Austin de se défiler comme il l'a déjà fait. Cette fois, il va devoir endurer le feu du désir qu'il éprouve pour Lindsey, et sans rien laisser paraître...

Roman déjà paru sous le titre « Un aveu difficile ».

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Prologue
L’incendie les rattrapait à une vitesse vertigineuse, les enveloppant d’un grondement si puissant qu’Austin Monroe entendit à peine la voix affolée de Sam. — Fonce vers la rivière, Austin ! C’est l’enfer qui nous tombe dessus ! En dépit du danger, Austin se figea un bref instant, stupéfait de constater que son partenaire venait de faire demi-tour pour le prévenir. — Cours, bon sang ! hurla Sam. Qu’est-ce que tu attends ? Fiche le camp ! Alors, Austin prit ses jambes à son cou, fuyant la fournaise. Depuis quelques minutes, le vent avait tourné, rabattant des flammes gigantesques vers eux. Les arbres incandescents ployaient, craquaient, auréolés d’étincelles prêtes à s’enflammer à leur tour. Le brasier qu’ils s’efforçaient d’éteindre s’apprêtait à les étouffer dans ses griffes mortelles. Essoufflé, Austin fila vers la rivière qui se trouvait à une centaine de mètres de la forêt en feu. Pourvu que la canicule des dernières semaines n’ait pas trop asséché le cours d’eau, pria-t-il intérieurement. Mais rien n’était moins sûr. Un étourdissement le saisit soudain. Sa lourde combinaison en Kevlar ne suffisait plus à le préserver de la chaleur inhumaine qui imprégnait l’air. Sous son casque, son visage dégoulinait de sueur. Il avait l’impression de brûler, de se liquéfier… Il trébucha, mais au même instant, Sam bondit derrière lui, et d’un geste vigoureux, le poussa vers la rivière. En vacillant, Austin atteignit la berge et sauta. L’eau lui atteignait à peine les genoux. Evidemment… Il respira à fond plusieurs fois, soulagé malgré tout d’être hors de portée des flammes. Puis, tout à coup, il se rendit compte que Sam n’était pas avec lui. Où était passé son partenaire ? La gorge sèche, il scruta le rideau de feu qui poursuivait sa course folle en cinglant l’air, dévorant avec voracité la végétation desséchée. Lorsqu’il aperçut la silhouette de Sam au milieu de la fournaise, à quelques mètres du rivage, il crut halluciner. — Sam ! cria-t-il. Qu’est-ce que tu fiches ? — J’arrive dans une minute ! — Mais… tu es fou, ou quoi ? Médusé, Austin vit son coéquipier brandir sa torche goutte-à-goutte afin d’allumer un contre-feu. Quatre ou cinq longues, très longues secondes furent nécessaires. Quand, enfin, Sam se précipita vers la rivière, il était nimbé d’un nuage de fumée opaque qui semblait lui coller au corps comme une seconde peau. Austin prit conscience avec effroi qu’en voulant les mettre tous deux à l’abri, Sam venait de commettre une imprudence qui risquait de lui être fatale. Le rejoignant, il plongea la tête dans l’eau avant d’ôter son casque d’un geste brusque. Son visage était noirci, sa respiration courte et saccadée. — Ça va ? demanda Austin avec inquiétude. — Hmm… Esquissant une grimace, Sam se mit à tousser. Sa toux était rauque, chargée. — Tu es resté trop longtemps là-bas… Tu t’es intoxiqué, vieux ! marmonna Austin en sortant son émetteur-radio de sa poche. Il envoya immédiatement un message d’alerte. — SOS… SOS… Equipe médicale requise de toute urgence à quatre kilomètres à l’est du bras de la rivière Rock. SOS… La réponse fut instantanée. — Bien reçu. Hélico en route. Stop.
Austin coupa la communication, et se tourna vers Sam qui continuait à tousser. Ses quintes devenaient courtes, saccadées. Ses poumons malmenés par les émanations toxiques de l’incendie ne parvenaient plus à s’oxygéner. Austin s’efforça de ne pas paniquer. — Tiens bon, Sam ! Les secours arrivent… Ils vont nous sortir de là ! Mais Sam respirait de moins en moins bien. Il étouffait. Portant les mains à sa gorge, il cracha du sang. Une fois ; deux fois. Il toussa de nouveau en hoquetant avant d’agripper brutalement l’épaule d’Austin. — Si je ne m’en sors pas, occupe-toi de Lindsey et de Josh, murmura-t-il entre deux râles. — Mais tu vas vivre ! Sam, tu m’entends ? Tu vas vivre ! A quelques mètres, la fournaise poursuivait son ravage dans un grondement infernal. Austin et Sam regardèrent en même temps les flammes qui donnaient l’impression de lécher le ciel. Où étaient leurs autres coéquipiers ? Combien de brigades étaient à présent sur le terrain ? Combien de bombardiers d’eau avaient été appelés ? Lutter contre un incendie de cette ampleur s’avérait une mission titanesque : une vraie guerre contre la nature où, parfois, les combattants du feu laissaient la vie. Une nouvelle quinte de toux plia Sam en deux, arrachant Austin à ses pensées. — Tu t’oc… t’occuperas d’eux ? répéta Sam. Hein ? Tu le feras ? Promets-le-moi… — Bien sûr que je te promets ! Je te promets tout ce que tu veux, mais tiens le coup ! Tout en scrutant désespérément l’horizon assombri par la fumée, Austin prit son partenaire dans ses bras. — Les secours ne tarderont pas, Sam, et… Mais au même instant, Sam cessa de tousser et s’affala mollement contre lui. — Non ! hurla Austin. Noooon ! Quelques minutes après, l’hélicoptère-ambulance apparut dans le ciel. Hélas, c’était trop tard.
1.
Lindsey Winters fut réveillée en sursaut par la sirène des pompiers. Tous les jours, parfois plusieurs fois, les camions passaient devant chez elle à vive allure, filant vers les pinèdes à la périphérie de la banlieue de Los Angeles. Le printemps venait à peine de commencer, mais les incendies se succédaient déjà de manière hallucinante dans cette région aride de la Californie. La jeune femme avait donc l’habitude d’entendre ces alarmes stridentes… Et cette nuit-là, elle se serait rendormie si elle n’avait perçu une odeur âcre de fumée. Une odeur si persistante qu’elle finit par se lever d’un bond, une barre d’angoisse à l’estomac. Elle dormait sur un canapé-lit, dans le salon équipé d’un coin cuisine, si bien qu’il lui suffit d’un simple coup d’œil pour s’assurer que rien ne brûlait dans la pièce. Les plaques chauffantes de la cuisinière étaient bien éteintes. Aucun raccord électrique ne paraissait défectueux. D’où provenaient donc ces horribles relents ? Enfilant un peignoir, elle traversa le couloir pour se rendre dans l’unique chambre à coucher du petit pavillon : celle de Josh, son fils âgé de neuf ans. — Maman ? murmura-t-il d’une voix ensommeillée. Ça sent le cramé ! Comme quand papa rentrait… — Oh, mon chéri…, dit Lindsey, le cœur serré. Moi aussi, je viens de penser à lui. Elle pensait si souvent à lui. Sam, son mari, pompier professionnel, était mort en combattant un feu de forêt sept mois auparavant. Josh ne s’était toujours pas remis de la disparition brutale de son père : il ne cessait de faire des cauchemars, et depuis leur récent emménagement dans cette maison peu confortable, son sommeil était plus agité que jamais. Mais ce soir, l’inquiétude de Josh s’expliquait bel et bien. Tout comme elle, à cet instant, il se rappelait que lorsque Sam revenait de mission, il était comme imprégné de relents d’incendie. C’était cette même odeur qui, à cet instant, flottait dans l’air. — Viens, dit Lindsey en tendant la main à son fils pour l’aider à se lever. Allons voir ce qui se passe, d’accord ? Josh la suivit sans broncher. Tous deux gagnèrent le salon et s’approchèrent de la fenêtre pour regarder dehors. — Waouh ! s’exclama Josh. Ça a l’air super-grave ! En effet, deux camions de pompier étaient garés juste à côté de chez eux. Leurs gyrophares lançaient des éclats rouges et bleus tandis que les hommes casqués, en tenue, sautaient des véhicules. Lindsey fronça les sourcils. — Mais… c’est la maison de notre voisine qui est en feu ! Josh et elle vivaient depuis peu de temps dans ce quartier populaire de Los Angeles, aussi n’avaient-ils rencontré Anna Tolliver qu’une seule fois. C’était une jeune femme du même âge que Lindsey, qui élevait seule ses deux filles. — On ne voit pas de flammes, dit Josh sur un ton de regret typiquement enfantin. Dommage… — Ne dis pas de bêtise, mon chéri… Un incendie n’est pas franchement un spectacle amusant ! Oh, pourvu qu’Anna et ses filles soient hors de danger… Infirmière au service des urgences d’un petit hôpital des environs, elle avait déjà soigné des patients souffrant de brûlures. De brûlures superficielles, car les cas sérieux étaient toujours traités dans les principaux centres hospitaliers de la ville qui possédaient le plateau technique adéquat. Il fallait les transporter par hélicoptère, et dans ce cas, la tension était toujours extrême parmi les soignants.
Se remémorant l’une de ces situations, Lindsey frissonna et, spontanément, serra Josh contre elle. — Tu crois qu’il y a des blessés ? s’enquit-il d’un ton anxieux. — Je ne sais pas. J’espère que non, et… A ce moment-là, la sonnette de la porte d’entrée retentit. Sans lâcher Josh, Lindsey se hâta d’aller ouvrir. Un pompier en combinaison se tenait sur le seuil. Sous le casque, le visage de l’homme était familier. Trop familier. C’était Austin Monroe, le meilleur ami de son mari. L’ancien partenaire de Sam, présent lors de la mort terrible de ce dernier. — Toi ? murmura-t-elle, incapable de cacher sa stupeur. — Lindsey ? Il paraissait aussi surpris qu’elle. Lindsey se raidit. C’était le comble. Des centaines et des centaines de pompiers professionnels exerçaient dans cette ville tentaculaire, et elle tombait justement sur celui qu’elle ne voulait plus jamais revoir ! — Eh oui, Austin. Je vis ici. — Depuis quand ? Puis il secoua la tête d’un air impatient. — Peu importe. Josh et toi devez évacuer les lieux. Il y a le feu chez votre voisine, et on n’a pas encore maîtrisé l’incendie. — On a le temps de s’habiller ? Les sourcils froncés, Austin jeta un coup d’œil aux pieds nus de la jeune femme et de son fils. — Faites vite. Sinon, je vous embarque de force. — Message reçu. Ce cher Austin était toujours aussi autoritaire, pensa Lindsey avec exaspération. — Josh, va t’habiller, dit-elle en se détournant de la porte. Dépêche-toi. De son côté, elle attrapa le premier jean qui lui tomba sous la main, un sweater, des chaussettes, et des baskets. Puis elle se précipita dans la salle de bains pour se changer. Quelques instants plus tard, Josh et elle quittaient la maison. La jeune femme aurait aimé emporter quelques effets personnels, au cas où, mais elle s’était ravisée. De toute façon, Austin l’en aurait empêchée, et à juste titre, se raisonna-t-elle. Des flammes jaillissaient des fenêtres du pavillon voisin… Au milieu de la foule rassemblée dehors, elle reconnut Anna Tolliver et ses filles qui se tenaient à l’écart, entourées de policiers. Dieu merci, elles étaient saines et sauves. Les apercevant, Austin s’approcha et leur conseilla de se reculer au-delà du périmètre de sécurité. — Restez-là, dit-il d’un ton péremptoire. Lindsey obtempéra sans un mot. Pour le coup, elle avait confiance en lui. N’avait-il pas été le meilleur partenaire de Sam ? Ensemble, tous deux avaient combattu des incendies domestiques, mais également des feux de forêt. Austin et Sam appartenaient à la brigade des pompiers parachutistes qui sautaient au-dessus des flammes… Ils faisaient partie des risque-tout de la profession, spécialement entraînés. A une époque, Lindsey les avait jugés totalement inconscients… Aujourd’hui, elle était soulagée qu’Austin fût aussi expérimenté. Ce qui ne changeait rien à l’aversion qu’il lui inspirait. Elle n’appréciait guère ce grand brun aux yeux verts, trop séduisant, macho, baroudeur, qui, de plus, avait tenté de se mêler de sa vie après le décès de Sam d’une manière très arrogante. Comme s’il avait des droits sur Josh et elle ! Elle reporta son attention sur la maison en feu. Des flammes continuaient à jaillir de la fenêtre de la cuisine, léchant le mur… et le toit de sa propre maison car les deux constructions étaient mitoyennes. Bon sang, ils avaient réellement été en danger ! pensa-t-elle, la gorge nouée par une peur rétrospective. A cet instant, Austin la rejoignit en courant. — Ne partez pas sans moi, déclara-t-il. Je m’occuperai de Josh et toi. Surtout, attendez-moi ! La jeune femme se contenta d’acquiescer d’un signe de tête. Au fond d’elle-même, la simple présence d’Austin la rassurait. Elle le suivit du regard tandis qu’il repartait au pas de course vers
ses coéquipiers. Quelques secondes plus tard, il s’engouffrait dans le pavillon en flammes. Malgré elle, elle ne put s’empêcher d’admirer son courage. — Maman ? La voix de Josh était assourdie par la peur. — Notre maison va brûler ? Elle serra son fils contre elle, espérant paraître sûre d’elle et positive alors qu’elle pressentait le pire. Sa situation, déjà catastrophique, s’aggraverait encore… La loi des séries, songea-t-elle avec amertume. Après la mort de Sam, elle avait découvert que son mari s’était gravement endetté. Afin de payer tout ce qui était dû, elle avait été obligée de vendre leur spacieuse villa au plus vite, donc à un prix dérisoire. Avec l’argent restant, elle avait pu acheter à crédit ce pavillon de banlieue. Sauf qu’elle n’avait pas souscrit d’assurance habitation… Josh et elle n’avaient emménagé que deux mois auparavant, et elle avait choisi de faire face à l’essentiel : acheter de quoi manger chaque jour, les vêtements de Josh, les fournitures scolaires, régler les factures de gaz et d’électricité… Mais elle avait négligé d’assurer son logement, et cette faute risquait de lui coûter cher. — Maman ? Tout va brûler ? répéta Josh. — J’espère que non, murmura-t-elle en regardant les flammes du pavillon d’Anna se rapprocher dangereusement du leur. Les pompiers arrosaient l’incendie de puissants jets d’eau, détrempant complètement la façade de sa propre maison. Lindsey savait qu’elle devait s’estimer heureuse que Josh et elle soient en sécurité, mais mon Dieu, que se passerait-il si son pavillon prenait feu ? Où iraient-ils ? Elle retint des larmes d’angoisse et de dépit. — J’espère vraiment que non, mon chéri…
* * *
Tout en se remettant du choc d’avoir découvert Lindsey et Josh dans ce quartier sordide de Puckett Street, Austin se concentra sur les flammes qu’il maîtrisait peu à peu. Heureusement, les habitants étaient sains et saufs, mais le feu ayant pris au niveau du circuit électrique dans les murs, il s’était propagé le long des fils, enveloppant la maison à une vitesse incroyable. Maintenant, l’objectif était de circonscrire le sinistre pour l’empêcher de gagner les maisons voisines. Et surtout celle de Lindsey. Pourquoi diable vivait-elle ici, alors qu’elle habitait une si belle villa avec Sam ? Pour fuir de douloureux souvenirs ? A cause de problèmes financiers ? A la mort de Sam, il avait tout fait pour essayer de l’aider… En vain. Elle avait insisté pour qu’il la laisse se débrouiller. Ils s’étaient même disputés assez vivement à ce sujet. Evidemment, ce jour-là, elle n’avait pas accepté qu’il lui donne des conseils par rapport à Josh, traumatisé par la disparition de son père. Lindsey s’était fâchée, et elle avait exigé qu’il se mêle de ses affaires. Une bonne fois pour toutes. Il avait baissé les bras à regret, et pendant cinq mois, s’était obligé à ne prendre aucune nouvelle de Lindsey et de son fils. Pour oublier son échec, mais aussi pour retrouver un élan optimiste, il s’était engagé dans une équipe de parachutistes envoyée en mission dans les forêts de l’Oregon, où de gigantesques incendies sévissaient depuis le début du printemps. Après quoi, il était allé rendre visite à ses parents. Une bouffée d’air frais, en quelque sorte… Mais pendant tout ce temps, il n’avait cessé de penser à son ami Sam, et à la promesse qu’il lui avait faite. Une promesse qu’il n’avait pas réussi à tenir. Il aurait dû insister auprès de Lindsey, se répéta-t-il rageusement. De toute évidence, la jeune femme et son fils étaient dans le pétrin, sinon ils ne vivraient pas dans ce quartier pauvre de Los Angeles. Il avait cru que Lindsey voulait être en paix pour faire son deuil, mais ce n’était probablement pas la seule et unique raison qui l’avait poussée à le rejeter. Elle rencontrait sûrement d’autres
problèmes, matériels sans aucun doute. Hélas, elle n’avait pas souhaité se confier à lui, encore moins compter sur lui, en dépit de l’aide amicale qu’il lui avait offerte. Cette fois, il veillerait sur eux, que Lindsey soit d’accord ou non, se jura-t-il. Quand ils eurent enfin maîtrisé l’incendie, Austin aida ses coéquipiers à ranger le matériel tout en cherchant Lindsey et Josh des yeux. La Croix-Rouge était arrivée pour proposer un logement provisoire à la famille qui venait de perdre sa maison. Une chose était sûre : Lindsey et Josh ne retourneraient pas chez eux tant que la solidité de la charpente et des murs n’aurait pas été vérifiée ; de même, la fiabilité de l’installation électrique, peut-être tout aussi défectueuse que celle de la maison qui venait de brûler, songea Austin. L’idée que Lindsey et Josh puissent courir le moindre risque le glaçait. Enfin, il aperçut la jeune femme et son fils, et il les rejoignit aussitôt. Se tenant par la main, tous deux paraissaient en état de choc. — Lindsey et Josh, je vous emmène chez moi. Vous pourrez dormir tranquillement et récupérer. Lindsey fronça les sourcils. — On ne peut pas retourner chez nous ? — Pas encore. Il pourrait y avoir des dégâts provoqués par l’eau, la suie, la fumée… Bref, une expertise sera nécessaire. Lorsque tout danger sera écarté, vous pourrez y loger de nouveau. C’était la vérité… Une vérité qui, au fond, l’arrangeait bien, comprit-il soudain. Lindsey haussa les épaules avec nervosité. — Oh… Dans ce cas, on ira à l’hôtel. Je refuse de te déranger. Quelle femme obstinée ! pensa-t-il avec une pointe d’irritation. Il aurait tellement préféré qu’elle accepte son offre sans qu’il ait besoin d’argumenter… En même temps, elle ignorait à quel point il se sentait obligé de l’aider. A cause de sa promesse à Sam… qui était mort en essayant de le sauver, lui. Il s’efforça de sourire. — Tu ne me dérangeras pas puisque je vous invite. Prends ta voiture. Comme ça, vous resterez autonomes. Lindsey parut rassurée par cette proposition. Malgré tout, elle hésitait encore. — Ecoute, Austin, merci beaucoup, mais il vaut peut-être mieux qu’on aille à l’hôtel. En plus, des spécialistes devront vérifier ma maison, ce qui prendra du temps… Ce sera long ? — Quelques jours, à mon avis. Peut-être plus si jamais des réparations sont nécessaires. Lindsey pâlit légèrement. — S’il te plaît, accepte, insista-t-il. Au moins pour cette nuit. La jeune femme jeta un coup d’œil à Josh, qui bâilla au même instant, visiblement épuisé par tout ce remue-ménage, et le drame de l’incendie. Cela parut suffire à décider Lindsey. — D’accord. Je vais juste chercher quelques affaires. — Je viens avec toi. Par prudence, ajouta-t-il comme elle lui adressait un regard qui ressemblait fort à une mise en garde. Compris. Il se tiendrait à distance. Remarquant que ses coéquipiers l’attendaient, Austin leur fit comprendre d’un geste qu’il resterait encore sur place. Lindsey le raccompagnerait sans doute à la caserne, se dit-il en emboîtant le pas à la jeune femme. La maison était encore plus petite qu’il ne l’avait imaginé. Perplexe, il observa le canapé-lit ouvert au milieu du salon tandis que, de son côté, Lindsey rassemblait quelques vêtements dans une vieille valise. Bon sang, elle n’avait même pas de chambre à elle ! Cela ne lui plaisait pas. Pas du tout. Que s’était-il donc passé ? s’interrogea-t-il de nouveau. Pourquoi avait-elle quitté la villa où elle vivait avec Sam ? Mais qu’elle eût déménagé sans le prévenir était presque ce qui le perturbait le plus. Peut-être avait-elle même cherché à l’éviter. — Et voilà…, dit Lindsey en refermant sa valise. Elle s’apprêtait à la soulever, mais il l’en empêcha. — Laisse-moi faire.
Il prit la valise et alla la mettre dans le coffre de la voiture de Lindsey, une Plymouth jaune vif. Quelle couleur ! En d’autres circonstances, il en aurait souri. Il retourna à l’intérieur de la maison, et s’empara de la valise de Josh avant que Lindsey ait pu s’en charger. — Vous avez pris tout ce dont vous aviez besoin ? — Je crois que oui, répondit-elle en jetant un coup d’œil attristé à son petit intérieur. — Ne t’inquiète pas, vous reviendrez bientôt, assura Austin. Lindsey hocha la tête d’un air songeur. — Pour l’instant, il est important que vous vous reposiez, poursuivit-il. J’ai deux chambres d’amis… Vous serez confortablement installés. Cette information était destinée à la rassurer car elle n’était venue chez lui qu’une fois. Josh et elle auraient chacun leur chambre : un luxe comparé à ce dont elle disposait actuellement. — Heureusement, demain, c’est dimanche, murmura Lindsey en étouffant un bâillement. Josh pourra récupérer avant de reprendre l’école. — Oui, c’est sûr. Et toi, tu travailles ? Il savait que Lindsey était infirmière au service des urgences de l’hôpital de Sun Valley. Une excellente infirmière. Il s’en était rendu compte quand, à plusieurs reprises, il avait transporté des blessés qu’elle avait accueillis et soignés avec autant de douceur que d’efficacité. — Je suis de repos jusqu’à lundi. — Tant mieux. Toi aussi, tu pourras récupérer. Il résista à l’envie de lui proposer de la conduire jusqu’à chez lui, conscient qu’elle s’en irriterait. Comme il lui tendait les clés de la Plymouth, elle ébaucha un petit sourire. Sans doute avait-elle deviné ses pensées… Pas toutes. Elle ne se doutait pas qu’il la trouvait merveilleusement belle. Même à cet instant, ses longs cheveux blonds décoiffés, pas maquillée, les traits tirés, elle était ravissante. Et dans ses yeux bleus brillait une lueur de désarroi mêlée de défi qui lui donnait envie de l’étreindre, de la serrer fort, très fort contre lui… S’installant dans la voiture, il s’obligea à se ressaisir. Il avait promis à Sam de veiller sur Lindsey et sur Josh, pas de courtiser la jeune femme ! Et, de toute façon, dans sa vie, il n’avait pas le temps de s’intéresser vraiment à une femme. Il n’avait jamais éprouvé le désir de nouer une relation amoureuse stable. Pourtant, il avait grandi au sein d’une famille nombreuse, heureuse, ses parents étant mariés depuis plus de quarante ans… Mais cela ne l’avait pas influencé. Alors pourquoi accordait-il une telle importance à Lindsey ? Parce qu’elle était la mère d’un garçon de neuf ans qui aurait vite besoin d’un père ? Non… Non ! Il ne voyait qu’une seule explication : elle était la veuve de Sam, à qui il avait fait une promesse qu’il devait tenir. Coûte que coûte.