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Extrait

Ce samedi à midi, une longue file de véhicules traversait le quartier précaire de Hondy. Les nombreux cargos, les voitures de police et les camions rouges des sapeurs-pompiers faisaient retentir leur sirène. La gendarmerie n’était pas en reste. Quand les habitants de Hondy virent passer des Jeeps, des chars et autres engins de l’armée, l’inquiétude et la panique s’emparèrent de la population. Tous ces véhicules se dirigeaient vers le quartier appelé Prospérité, constitué d’une centaine de résidences huppées.

Les deux quartiers étaient séparés par un petit pont. Avant d’atteindre la première maison de Prospérité, il fallait passer devant un jardin privé qui s’étendait sur plus de deux mille mètres carrés. Si les riches de Prospérité passaient par Hondy ou d’autres quartiers pour se rendre dans le centre-ville, aucun habitant du quartier précaire ne traversait les rues de Prospérité, sauf ceux qui y travaillaient comme domestiques ou vigiles, et quelques rares fois des voleurs qui se faisaient prendre assez facilement à cause des dispositifs de sécurité installés dans toutes les maisons.
Hondy était un quartier insalubre. Les masures, près de cinq cents, étaient constituées de bois et de tôles. Les habitants étaient tous des blessés de la vie : des pauvres. C’est à Hondy qu’on rencontrait le plus grand nombre de chômeurs, de mendiants, de retraités sans pension, de tous ceux qui pratiquaient les petits métiers. Le quartier comprenait aussi des bicoques de prostituées.

Chaque année, au cours de la saison des pluies, une dizaine d’habitants mouraient dans l’inondation de leurs maisons. Chaque année, les pouvoirs publics annonçaient des mesures énergiques pour lutter contre les difficiles conditions de vie des habitants du quartier. Des promesses sans lendemain qui étaient reprises à la prochaine saison des pluies.

Les moustiques pullulaient, tous les jours, matin et soir, dans toutes les maisons de ce grand bidonville. Même les quelques habitants qui avaient des moustiquaires imprégnées subissaient leurs piqûres. Les insecticides ont montré leurs limites à Hondy. Presque chaque jour, des habitants mouraient de toutes sortes de maladies. Incapables d’obtenir les nombreux papiers officiels et l’argent pour enterrer les morts dans les cimetières autorisés, les habitants de Hondy trouvèrent un terrain pour inhumer leurs morts. L’administration le savait et ne portait pas plainte. Le vieux Hondy avait lui-même commencé la série avec l’inhumation d’un de ses neveux.

Chauffeur durant une trentaine d’années dans une brasserie, monsieur Hondy n’avait jamais réussi à établir ses documents pour percevoir sa pension. La société qui l’employait était tombée en faillite, et le chauffeur ainsi que la plupart de ses collègues n’avaient jamais réussi à être rétablis dans leurs droits. Ne pouvant plus faire face aux charges de son foyer ni régler les frais d’alimentation et les factures d’électricité, il partit assez loin de la ville pour s’établir dans ce lieu qui prit son nom. De nombreuses personnes ne tardèrent pas à le rejoindre. Tous les mois, chaque habitant lui donnait quelques pièces.

Le chef du village, comme on l’appelait dans le quartier, vivait mieux que les autres. Il avait une grande maison sur un vaste terrain. Ses deux épouses vivaient de la vente de galettes et de fruits dans un semblant de marché.


Son fils aîné dirigeait la seule infirmerie du quartier. Il avait été renvoyé en deuxième année de l’École d’infirmiers, sans avoir son diplôme. De nombreux patients mouraient dans son local. Il se défendait en disant que les malades lui arrivaient dans un état proche de la mort. Dans cette infirmerie insalubre, comme tout le quartier, il vendait des comprimés suspects appréciés des chauffeurs de taxi qui avaient même constitué un syndicat dans le quartier. Ils y étaient nombreux. On racontait que toutes les fausses rumeurs venaient des chauffeurs de Hondy. En effet, la nuit à Hondy, des forums se tiennent un peu partout et répandent les informations les plus fantaisistes. Les boissons frelatées aidant, les langues se délient.

Une foule immense venant de Hondy marchait vers Prospérité afin de voir de près où se dirigeaient tous ces véhicules des forces de police, de gendarmerie, de l’armée et des sapeurs-pompiers. Les sirènes stridentes aiguisaient la curiosité des habitants. Les marcheurs discutaient en petits groupes. Chaque groupe essayait de deviner ce qui se passait.

– Je parie que ce sont des maisons qui brûlent à Prospérité.
– Si Dieu pouvait le faire ! Ces riches nous méprisent.
– C’est vrai, il est bon que Dieu leur envoie des malheurs, de temps en temps.
– Ils ne connaissent pas Dieu.

– Non, les riches ne connaissent pas Dieu.
– Dieu les connaît car il les rend riches et il fait de nous des pauvres.
– Tu as raison, mon frère. Dieu a oublié les pauvres. Il ne fait qu’assister les riches.
– Si Dieu vient aujourd’hui brûler leur maison, il se réconciliera avec nous.

De nombreuses personnes voyaient Prospérité pour la première fois. Elles étaient émerveillées et en même temps fâchées de leur sort. Quelqu’un dans la foule affirma que s’il lui arrivait d’habiter dans une de ces maisons, il ne mourrait jamais. Il causa un grand rire dans son petit groupe au moment où la tête des marcheurs s’arrêtait devant le lycée L’Espérance.

C’est un lycée de jeunes filles appartenant à une congrégation religieuse. Sa particularité est que dans chaque classe, on trouve quelques garçons et filles issus de familles pauvres. En fait, il n’est ouvert qu’aux familles aisées de la ville, des villes de la province et des pays étrangers.

Dans la cour du lycée comme à l’extérieur, on observait un nombre impressionnant de voitures. Les forces de l’ordre étaient visibles un peu partout. Elles repoussaient sans cesse la foule qui voulait s’approcher de la grille ou pénétrer dans l’enceinte de l’école. Les policiers demandèrent aux sapeurs-pompiers d’arroser la foule. Quelques soldats du feu commencèrent à le faire, mais arrêtèrent aussitôt, leurs chefs leur ayant interdit de se comporter de la sorte.

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