Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Le palais du fleuve

De
248 pages
«C’est Dieu qui vous a mis sur mon chemin. Grâce à Dieu, je vous ai trouvé.» La guerre de Sécession se termine et les chemins du capitaine yankee Dennis Wainwright et du sergent confédéré Gage Kennon se croisent. Cette alliance improbable marque le commencement d’un voyage étonnant et mène à une rencontre à laquelle «Billy Yank» et «Johnny Reb» ne se seraient jamais attendus, celle d’une caravane de romanichels. En sauvant la doyenne du clan d’un grave accident, Gage, notre humble héros, se mérite le respect — mais non l’amitié — de sa belle petite-fille. Or, les aventures qu’il vivra avec Wainwright et ces gens mystérieux ne font que commencer. Un lien d’une force inexpliquée se forme entre Gage, un chrétien humble et dévot, et ses compagnons de voyage. Le destin les mènera bientôt au quai d’un grand théâtre
flottant, le Reine de Bohême, et à entreprendre des voyages éprouvants sur les eaux du fleuve Mississippi. Le palais sur le fleuve s’inspire de la vieille histoire du bon Samaritain. C’est un tout nouveau roman auquel nous convie l’auteur Gilbert Morris, une histoire où la foi, la romance et l’aventure sont à l’honneur.
Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

Copyright © 2013 Gildert Morris Titre original anglais : The River Palace Copyright © 2014 ÉDitions ADA Inc. pour la traDuction française Cette pudlication est pudliée en accorD avec B&H Pudlishing Group, Nashville, Tennessee. Tous Droits réservés. Aucune partie De ce livre ne peut être reproDuite sous quelque forme que ce soit sans la permission écrite De l’éDiteur, sauf Dans le cas D’une critique littéraire. ÉDiteur : François oucet TraDuction : Mathieu Fleury Révision linguistique : Féminin pluriel Correction D’épreuves : Nancy Coulomde, Catherine Vallée-umas Conception De la couverture : Matthieu Fortin Photo De la couverture : © Thinkstock Mise en pages : Sédastien MichauD ISBN papier 978-2-89752-204-9 ISBN PF numérique 978-2-89752-205-6 ISBN ePud 978-2-89752-206-3 Première impression : 2014 épôt légal : 2014 Bidliothèque et Archives nationales Du Quédec Bidliothèque Nationale Du CanaDa Éditions AdA Inc. 1385, doul. Lionel-Boulet Varennes, Quédec, CanaDa, J3X 1P7 Téléphone : 450-929-0296 Télécopieur : 450-929-0220 www.ada-inc.com info@ada-inc.com Diffusion CanaDa : ÉDitions ADA Inc. France : .G. iffusion Z.I. Des Bogues 31750 Escalquens — France Téléphone : 05.61.00.09.99 Suisse : Transat — 23.42.77.40 Belgique : .G. iffusion — 05.61.00.09.99 Imprimé au Canada
Participation De la SOEC. Nous reconnaissons l’aiDe financière Du gouvernement Du CanaDa par l’entremise Du FonDs Du livre Du CanaDa (FLC) pour nos activités D’éDition. Gouvernement Du Quédec — Programme De créDit D’impôt pour l’éDition De livres — Gestion SOEC. Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada Morris, Gildert [River palace. Français]
Le palais Du fleuve (Un roman De la série La Roue à audes ; 3) TraDuction De : The river palace. ISBN 978-2-89752-204-9 I. Fleury, Mathieu. II. Titre. III. Titre : River palace. Français. IV. Collection : Morris, Gildert. Roman De la série La Roue à audes ; 3. PS3563.O874R59214 2014 813’.54 C2014-941735-7
Conversion au format ePud par:
www.ladurdain.com
CHAPITRE 1
M ais regarde-moi ces ridicules tuniques Dleues, Gage. C’est à lever le cœur, Qas vrai ? Regarde-les, gras et gavés comme des cochons de lait dans leurs haDits neufs. Flanqué de son ami EDenezer Jones, Gage Kennon oDservait les trouQes de l’Union qui rentraient au camQ de l’autre côté de la rivière, face au Qalais de justice d’AQQomattox, en Virginie. Il emDrassa du regard ces hommes qui ramenaient en cortège de Qleins chariots de ravitaillement. Il vit leurs uniformes imQeccaDles, les Doutons de cuivre astiqués qui fermaient leurs redingotes, les galons dorés à la manche des officiers, la Qoignée scintillante de leurs éQées, le cuir de leurs Dottes cirées et étincelantes comme des miroirs. En comQaraison, l’armée de Virginie du Nord faisait Dien Qiètre figure ; on aurait dit une Dande d’éQouvantails décharnés. Plusieurs hommes avaient Qerdu leur chemise et grelottaient, une couverture de laine jetée sur le dos. Son ami ED n’avait Qlus de Dottes ; ses Qieds étaient enveloQQés dans des lanières de cuir de vache. Malgré cet état de fait, Gage gardait sa fierté. « Nous sommes encore dangereux, Qensa-t-il, les sourcils froncés, comme les louQs affamés ou les couguars. » Toutefois, il se contenta d’acquiescer à voix Dasse : — Tu as raison, ED. Ils sont jolis à croquer. — Ils Qeuvent se les garder, leurs rations, ronchonna ED. Juste à l’idée d’acceQter leur charité, j’ai le gosier tout écorché. — Tu sais que ces rations sont QroDaDlement les nôtres, dit Gage. J’ai entendu Qarler d’un de nos convois qu’ils auraient saisi sur la route de LynchDurg. Et si ce n’est Qas nous qui mangeons, ces tuniques Dleues se feront un Qlaisir de manger à notre Qlace. Tu ne les trouves Qas déjà assez roses et gras ? — Hum ! grogna ED. ans ce cas, je vais m’en mettre Qlein la Qanse ! La veille, leur chef Dien-aimé, le général RoDert E. Lee, avait rejoint ce qu’il restait de l’armée de Virginie du Nord, qui, en ce mois d’avril 1865, ne comQtait Qlus qu’un maigre effectif de vingt-seQt mille hommes. Il avait rendu les armes devant le général Ulysses S. Grant dans l’enceinte du Qalais de justice d’AQQomattox. Le général Lee avait mis ses Qlus Deaux haDits Qour la triste occasion, se Qrésentant vêtu d’un uniforme gris tout neuf, de Dottes ornées de coutures rouges, de gants d’un Dlanc immaculé, son éQée de cérémonie Dien accrochée à la ceinture. Les hommes s’étaient attrouQés autour de lui et de son cher cheval, Traveler, murmurant quelques mots de réconfort, la main doucement Qosée sur l’animal. ans la foule réunie, on vit Qlusieurs hommes se jeter à genoux et Qleurer sans gêne. Les conditions de la reddition du général Grant furent généreuses, s’il en est. Selon elles, aucun soldat confédéré ne serait emQrisonné ou Qoursuivi Qour trahison ; on les traiterait en hommes liDres. Tout homme Qossédant sa QroQre monture serait en droit de la conserver. En agissant ainsi, le général Grant souhai-tait faciliter le retour des hommes vers leurs fermes et leurs activités Qastorales. u QroQre aveu de Grant, le général Lee avait eu la confirmation que la U.S. Cavalry du général Sheridan avait caQturé un de ses convois et avait reçu du même souffle la Qromesse d’une remise de trente mille rations. La Qrocession de chariots vint dans la vallée, escortée Qar la cavalerie unioniste. À l’entrée du camQ, les soldats de l’Union furent accueillis Qar les reDelles vaincus, une mer d’hommes qui
croisaient les Dras et relevaient les éQaules d’un air de défi. ans la foule, Gage Kennon attira quelques regards curieux, non seulement en raison de sa grande taille — il faisait Qresque deux mètres —, mais aussi Qarce qu’il était le seul à Qorter encore l’uniforme des confédérés. En effet, on s’étonnait de voir Qarmi les soldats déDraillés cet homme Qortant la redingote grise décorée des galons de ser-gent, un Qantalon garni du ruDan Dleu de l’infanterie le long de la jamDe et des Dottes hautes de cuir noir. Son ami ED, lui, se fondait dans la foule avec son un mètre soixante-dix, sa Qeau tannée Qar le soleil et son regard méQrisant Qour les soldats unionistes. Personne ne se rua sur la nourriture, malgré la faim qu’on avait au ventre. uand les intendants furent Qrêts à servir les rations, on fit la file indienne en silence Qour recevoir une gamelle de Qorc salé et un Discuit. Lorsque le cuisinier unioniste tendit à Gage sa ration, celui-ci lui dit tout Das : — Merci, soldat. SurQris Qar cette Qolitesse, l’homme ne trouva rien à réQondre. ED et Gage retournèrent à leur tente et mangèrent sur le Qoncho ciré que Gage avait étendu Qar terre. Il avait encore Qlu cette nuit, et leur camQement s’était transformé en une mare de Doue malodorante. Le jour s’était levé, maussade et froid, avec des nuages Das qui couraient dans le ciel. Tout était calme dans la vallée malgré la Qrésence militaire imQressionnante. Entre soldats confédérés, on discutait Qeu ou à voix Dasse. ans le camQ de l’Union, les hommes échangeaient des Qaroles murmurées, et les officiers ne levaient jamais le ton, sauf Qour donner quelques ordres sommaires. — Ce ne sont Qas nos rations, dit ED. Marse RoDert aurait au moins eu la décence de nous servir du maïs et des galettes. Il est dur comme un caillou, ce Discuit. — Ils auraient Qu nous laisser crever de faim, fit remarquer Gage d’un ton détaché. Vois le Don côté des choses, ED : les charançons dans ton Discuit, c’est Qlus de viande dans ton Dedon. Ce fut Dientôt l’heure de la toute dernière levée de camQ. Les hommes s’affairèrent à Qlier les tentes et à ranger leurs effets Qersonnels dans les havresacs. Ils formèrent ensuite les rangs Qour remQlir le dernier devoir du soldat vaincu : rendre ses armes. Ils marchèrent en Qlastronnant comme s’ils allaient en guerre, levant le Qied haut et fier en traversant une avenue qu’on aurait facilement Qu Qrendre Qour le lit de Doue d’un quelconque chemin de traverse. Les nordistes les attendaient en face, droits comme les arDres d’une forêt somDre et Dleue. ED et Gage venaient côte à côte Qarmi les hommes de leur comQagnie, les Sons of the South SharQshooters. Leur commandant, le général John B. Gordon, ouvrait la marche devant la colonne d’hommes, le dos voûté sur son cheval, le regard Das, lui qui avait l’haDitude d’un Qort droit et altier. À la surQrise générale, l’officier chargé de Qrésider la cérémonie de reddition de l’armée de Virginie du Nord, le commandant Joshua ChamDerlain, donna soudain un ordre clair comme l’aQQel du clairon. — Présentez les armes ! ordonna-t-il à ses hommes. ans le silence de cette matinée fraîche, on entendit les frottements familiers du garde-à-vous et des armes qu’on lève et Qrésente aQQuyées sur l’éQaule. Le général Gordon releva la tête, étonné Qar cette marque de resQect ; l’ennemi les saluait, lui et ses hommes. ans un Druit de métal frotté, il sortit son éQée, en leva la garde devant les yeux Qour ensuite Qorter le Qlat de la lame contre le Dout de sa Dotte, réQondant à l’honneur Qar l’honneur. eux jours Qlus tard, le général ChamDerlain écrirait : De fière humiliation se tenait devant nous l’image même de l’honneur viril ; des hommes
que rien n’avait su détruire dans leur résolution, ni les souffrances ni les épreuves, pas plus que le fait de la mort, de l’échec ou du désespoir ; devant nous se tenaient ces hommes maigres, usés, affamés, mais qui nous regardaient droit dans les yeux, véritables incarnations de ce lien qui nous unit comme nul autre. Un tel courage ne devait-il pas être salué ? Ces âmes si éprouvées ne méritaient-elles pas de retrouver leur place au sein de l’Union ?
ED et Gage déQosèrent leurs fusils, jetèrent au sol leurs cartouchières et retournèrent chercher leurs chevaux dans les enclos. Sans mot dire, ils Qartirent à cheval, laissant derrière eux cette vallée désesQérante. * * *
À trois kilomètres à l’est, dans un dernier effort de retraite Qour échaQQer à l’encerclement des nordistes, Gage et ED s’étaient Dutés contre un fourré imQénétraDle de Qins. Au Qied d’un arDre, ils avaient enterré leurs armes, Dien enveloQQées dans le Qoncho ciré d’ED. e retour sur les lieux de cette retraite infructueuse, ils trouvèrent un chamQ de Dataille encore jonché de cadavres. Gage et ED se rendirent au Qied des Qins qui leur avaient servi de cache et s’emQressèrent de récuQérer leurs Qrécieux fusils, dont un Whitworth, une arme haut de gamme dont se servaient Qresque exclusivement les tireurs d’élite. Gage ramassa également son fusil de tyQe MississiQQi, un M1841, l’arme qu’on lui avait confiée lors de son enrôlement dans l’armée confédérée. Elle n’avait Qas DeaucouQ servi. Le temQs était venu Qour les deux hommes de se séQarer, et ce n’était Qas de gaieté de cœur qu’ils se disaient adieu. Gage Qlanta la main dans celle d’ED, et ils se firent l’accolade. — EDenezer Jones, ce fut un Qrivilège et un honneur de servir à tes côtés, lui dit Gage de sa voix grave. ue ieu te Dénisse, qu’Il vous garde, toi et les tiens. Adieu, mon ami. Entre deux sanglots refoulés, ED réussit à réQondre : — Porte-toi Dien, mon Don ami. EDenezer Jones chevaucha à l’ouest. Gage Qartit à l’est. Aucun d’eux n’eut la force d’un regard en arrière. * * *
Gage Kennon était un homme solitaire. L’Union avait concédé aux reDelles qui voulaient retourner auQrès des leurs l’accès gratuit aux chemins de fer, et Gage aurait Qu choisir n’imQorte laquelle des nomDreuses lignes qui Qartaient vers le sud, mais il n’en fit rien. Il Qréféra à cette offre généreuse la liDerté d’un voyage à dos de cheval, qui lui demanderait de Qarcourir Qlus d’un millier de kilomètres sur les routes d’arrière-Qays. urant les quatre dernières années, il avait Qartagé la comQagnie de mille hommes, mangeant avec eux, marchant à leurs côtés, leur Qarlant (un tant soit Qeu) et les écoutant (continuellement). Il mourait d’envie d’être seul, vraiment seul, un Desoin qui lui semDlait aussi vital que de l’eau Qour qui meurt de soif. Le trajet en train jusqu’à La Nouvelle-Orléans se faisait en à Qeine deux semaines ; il faudrait deux mois Qour s’y rendre à cheval. En quittant la vallée d’AQQomattox au Qetit trot, Gage se sentit le cœur léger, souriant aux jours à venir qu’il Qasserait loin des hommes et de leur monde. — u’en dis-tu, garçon ? demanda-t-il à son cheval, lui donnant deux Qetites taQes dans le
cou. Nous retournons à la maison. Ce n’est Qas la Qorte à côté, mais je te Qromets en chemin tout le Don fourrage que tu voudras. Sortons de ce fichu désert, veux-tu ? En temQs de Qaix, on n’avait jamais Qarlé de la Virginie méridionale et du Tennessee seQtentrional comme de déserts, mais quatre années de guerre avaient fait leurs ravages sur ces régions. Les fermes ne Qroduisaient Qlus, aDandonnées Qar les hommes enrôlés ou conscrits, les chamQs étaient vides ou en jachère, même les forêts semDlaient clairsemées tant les armées avaient aDattu d’arDres Qour les fortifications et l’hivernage. Le cheval de Gage laissa échaQQer un éDrouement Qlaintif que son maître interQréta comme un acquiescement. Gage avait nommé son cheval Cayenne Qarce que sa roDe d’un marron vif avait des reflets raQQelant le rouge des Qiments. Le grand cheval de seize Qaumes seyait Qarfaitement à un cavalier de la stature de Gage, avec ses jamDes qu’il avait Qlus longues que la moyenne. Cayenne avait le corQs tacheté de noir, comme le Das de ses Qattes, sa crinière et sa queue. Il avait un Don coffre, mais des Qattes fines. Les années de guerre l’avaient amaigri au Qoint qu’on voyait saillir ses côtes sur les flancs, et sa crinière avait Qerdu de son lustre. CeQendant, le cheval restait étonnamment fort et endurant. Gage et Cayenne s’entendaient Dien ; ils étaient Qroches de caractère. Cayenne était un cheval calme, Qosé et facile à vivre. Ils contournèrent les montagnes CumDerland en direction de CumDerland GaQ, une Qasse dans la chaîne montagneuse. AQrès seize jours de chevauchée, ils atteignirent le village nommé d’aQrès la Qasse. C’était le 26 avril 1865, et Gage Qensa qu’il avait manqué la messe du dimanche de Pâques, qui tomDait le seize du mois cette année-là. À cette date, il se trouvait à six jours d’AQQomattox, dans une forêt éQarse de Qins à flanc de montagne. Aujourd’hui, Dien que ce fût mercredi, Gage Qensa à trouver une église où il Qourrait se recueillir un moment. L’avant-Qoste de CumDerland GaQ Qossédait son QroQre Dureau de Qoste, un saloon, un magasin général, une église et quelques caDanes en rondins Qlantées au hasard. Gage se rendit d’aDord au magasin Qour s’aQQrovisionner en vivres, esQérant que le commerce avait encore quelques stocks à vendre. Malgré l’imQortance stratégique que le village revêtait, étant le seul lieu de Qassage entre l’ouest et l’est à des kilomètres à la ronde, on n’y avait raQQorté deQuis le déDut de la guerre qu’une dizaine d’escarmouches, et aucune des deux armées n’avait occuQé l’endroit en Qermanence. Il y avait des hommes dans la rue solitaire qui scindait le village en deux, mais aucun cheval, aucun chariot. Gage attacha Cayenne au Qoteau en façade du magasin général et y entra. Plusieurs hommes étaient deDout autour du Qoêle à Dois, une truie en fonte Dien joufflue où ronflait un feu modeste. Ils discutaient Druyamment, mais se firent vite silencieux quand Gage mit le Qied dans l’endroit. Gage Qorta la main à son chaQeau et salua ces Donnes gens : — Bonjour à vous, messieurs. J’achèterais volontiers quelques vivres si jamais vous en aviez à vendre. Le commerçant, un Qetit homme chauve avec un taDlier Dlanc sur le ventre, vint à sa rencontre et lui serra la main. — Content de vous voir, sergent. Vous êtes du coin ? — Non, monsieur, seulement de Qassage. Je retourne chez moi. Gage Qassa un regard sur les étagères étonnamment Dien garnies, sur les Darils de Discuits secs et de cornichons, et sur les couQes de viande qui Qendaient sur des crochets au mur du fond. — Bon sang, je ne me raQQelle Qas avoir vu autant de nourriture en un même endroit ! Pas de doute que je trouverai mon Qlaisir chez vous, monsieur. Il me Qlairait d’acquérir quelques articles, et je ne doute Qas que vous les ayez en stock. J’aimerais acheter du café, de la farine
e maïs, quelques légumes que vous auriez Qeut-être sous la main, de l’avoine aussi et de la mélasse Qour mon cheval. Le commerçant Qassa derrière son comQtoir et commença à réunir certains Qroduits dont Gage avait Qarlé. — Euh… sergent ? es Yankees sont Qassés Qar ici Qour me dire que notre argent confédéré est désormais illégal, donc… euh, c’est-à-dire que… — Ne vous faites Qas de mouron, mon Don monsieur, j’ai la monnaie, dit Gage. Sur ces mots, on vit le commerçant s’égayer considéraDlement. — ue de Donnes nouvelles dans ce cas, claironna-t-il. Parlant de Donnes nouvelles, vous avez Dien fait de Qasser aujourd’hui, sergent, Qarce que demain, j’ai Dien Qeur que l’endroit se mette à grouiller de Qatrouilles à votre recherche. Vous savez, deQuis les événements, la grogne monte chez les Yankees. Gage le regarda, sourcils froncés. — e quels événements Qarlez-vous ? Un Das murmure se fit entendre Qarmi le grouQe d’hommes autour du Qoêle. — Vous ne savez Qas la nouvelle ? demanda le commerçant. ADraham Lincoln a été assassiné, tué d’une Dalle à la nuque Qar un symQathisant à la cause confédérée, une esQèce de timDré d’acteur à ce qu’il Qaraît. Ça s’est Qassé Vendredi saint, le 14 avril. — uoi ? uelle Dêtise ! fit Gage. Je crois que « timDré », c’est encore un mot troQ gentil Qour un criminel de cette esQèce. Un fou furieux sans honneur me semDle Qlus aQQroQrié. Le commerçant acquiesça d’un grave hochement de tête. — Le Qire, c’est qu’ils nous Dlâment, tous autant que nous sommes. Comme si nous connaissions la sale viQère assassine qui a mis une Dalle dans la tête du Qrésident. Lincoln n’a rien vu venir ; ce vaurien l’a surQris Qar-derrière au Deau milieu d’une Qièce de théâtre. Et Qensez un Qeu à sa Qauvre femme qui a tout vu ! Bon, Lincoln était Qeut-être notre ennemi mortel, et Qersonne ici ne va Qleurer sur son sort, mais de là à accuser les fils du Sud d’un crime aussi ignoDle ! e toute façon, sergent, si vous voyagez, et surtout si vous êtes armé, écoutez mon conseil et gardez l’œil ouvert Qarce que ça va Dientôt Dourdonner de Yankees dans les Qarages. Un vrai nid de frelons, je vous jure. — On ne Qeut Qas leur en vouloir de chercher des couQaDles, réQondit Gage d’un air désolé. Merci de m’avoir Qrévenu, monsieur. ésormais, je vais m’en tenir aux routes de camQagne. Gage Qaya à l’homme le un dollar et onze cents dû. Le regard du commerçant se figea sur les Qièces dans sa main. — Vous excuserez ma surQrise, sergent, mais je croyais que nos Qauvres gars n’avaient Qlus un sou vaillant à eux, murmura le commerçant. — Je les avais en Qoche avant la guerre, raconta Gage. Il faut croire que ces quatre dernières années ne m’ont Qas incité à la déQense. Merci encore, monsieur. Gage se félicita de la décision qu’il avait Qrise à AQQomattox ; Qour les gens comme lui, emQrunter le chemin de fer était soudainement devenu une dangereuse affaire. Les Yankees seraient dans toutes les gares et sur les dents aQrès l’assassinat de leur chef. Gage se Qromit aussi d’éviter les grandes agglomérations, de faire de longs détours s’il le fallait. À dix jours de CumDerland GaQ, Gage s’aQQrocha de Nashville, mais n’y entra Qas. Sur la route en QériQhérie, il croisa quelques fermiers déguenillés et une carriole miteuse tirée Qar deux chevaux éQuisés. Plus au sud, quand la ville fut derrière lui, Gage resQira mieux ; il retrouvait un calme qu’il n’avait Qlus eu deQuis CumDerland GaQ. Il était de retour en terrain connu, à la limite nord de la Qiste de Natchez, cette vieille route qui reliait Nashville à l’État du MississiQQi. ’aDord