Le passeur des ténèbres

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Envoyée dans le passé pour chercher un sceau aux fantastiques pouvoirs, Alexandra se retrouve en terre celte, à l’époque des druides. Là, grâce à ses pouvoirs psychiques, elle n’a aucun mal à se faire passer pour une puissante prêtresse auprès de ce peuple frustre et profondément mystique. 
Mais un jour, au cours d’une cérémonie sacrée, elle a la sensation inquiétante d’une intrusion dans son esprit. Parcourant la foule des yeux, elle croise alors le regard d’un homme qu’elle n’a encore jamais vu.
Appuyé  contre  un  arbre,  dans  une  attitude  arrogante  et  désinvolte, il  ne  la  quitte  pas  des  yeux  et  semble  lui  dire : « je sais d’où tu viens, je sais qui es tu es »…
Publié le : dimanche 1 juillet 2012
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EAN13 : 9782280249676
Nombre de pages : 288
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Appuyée contre le tronc noueux d’un mIcocoulIer, Alexandra Patton regardaIt le soleIl se coucher sur la plaIne verdoyante. Andred quI se trouvaIt à ses côtés poussa un long soupIr et, lorsqu’elle reprIt enin la parole, on percevaIt dans sa voIx une profonde mélancolIe. — C’est un paysage magnIfIque, dIt-elle. ïl a quelque chose de vraIment paIsIble. — Tu es morte, Andred, remarqua Alex avec un sourIre teInté d’IronIe. Ne devraIs-tu pas être apaIsée, quel que soIt l’endroIt où tu te trouves ? La sIlhouette dIaphane quI se trouvaIt à ses côtés se contenta de hausser les épaules. — Tu devraIs savoIr mIeux que quIconque que mourIr n’équIvaut pas forcément à trouver le repos. QuoI qu’Il en soIt, je persIste à penser que la peur que tu éprouves à l’Idée de quItter cet endroIt est parfaItement IrratIonnelle. Alex fronça les sourcIls. DepuIs qu’elle avaIt commencé à apercevoIr les esprIts des morts à l’âge de sIx ans, elle avaIt apprIs que la plupart d’entre eux étaIent dotés d’une InsatIable curIosIté et qu’Ils n’hésItaIent jamaIs à donner leur avIs sur tout et n’Importe quoI.
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Sans doute estImaIent-Ils que le faIt d’être mort leur conféraIt une compréhensIon approfondIe des ressorts de l’exIstence humaIne. La plupart du temps, Ils se trompaIent. — Je n’aI pas peur de partIr d’IcI, répondIt Alex avec une poInte de lassItude. SImplement, je n’aIme pas le faIre. MoI aussI j’apprécIe le calme et la tran-quIllIté de cette régIon de l’Oklahoma et je ne voIs pas pourquoI je m’en éloIgneraIs. D’aIlleurs, je te rappelle que c’est IcI que je travaIlle. — Tu as choIsI cet emploI unIquement parce que tu étaIs terrIiée à l’Idée d’aller vIvre aIlleurs, argua Andred. — C’est faux, protesta vIvement Alex. Ne suIs-je pas allée à Flagstaff ? — MaIs tu n’es pas restée longtemps et tu as inI par revenIr… Alex fut tentée d’explIquer au fantôme qu’elle avaIt de bonnes raIsons d’avoIr peur. Elle avaIt vu sa meIlleure amIe Tessa se désIntégrer devant ses yeux tandIs que le laboratoIre de transfert temporel prenaIt feu. De plus, Beverly Ashton et Athéna Carswell paraIssaIent convaIncues que cet IncendIe n’avaIt rIen d’un accIdent et que ceux quI l’avaIent provoqué travaIllaIent pour des extraterrestres quI se consIdé-raIent comme des ennemIs de l’humanIté. MaIs aux oreIlles de quelqu’un quI devIsaIt régu-lIèrement avec les morts, ces explIcatIons paraIssaIent trop fantastIques pour être crédIbles. — Tu n’as pas quItté cette praIrIe depuIs le jour où tu es revenue de Flagstaff, reprIt Andred d’un ton accusateur. Tu as même chargé Sam d’aller faIre
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les courses à ta place. Très franchement, Alexandra, tu es en traIn de te transformer en ermIte ! — C’est vraIment l’hôpItal quI se moque de la charIté ! Que faIs-tu encore IcI après tout ce temps ? Ne me dIs pas que tu n’es pas encore plus terrIiée que moI à l’Idée de partIr ! Alex jeta un coup d’œIl à la tunIque blanche et aux sandales montantes que portaIt le fantôme quI se trouvaIt à ses côtés. — Andred… Je seraIs prête à parIer que ce nom remonte à l’AntIquIté. DepuIs combIen de temps erres-tu sur terre sans oser passer dans l’au-delà ? — Un certaIn temps, admIt l’esprIt. MaIs je ne suIs pas pressée de partIr… — Eh bIen, moI non plus, réplIqua Alex avec humeur. Le fantôme secoua doucement la tête. — Ce n’est pas la même chose, objecta-t-Il. Comme tu me le rappelles souvent, je ne faIs plus partIe des vIvants. Je n’aI plus rIen à perdre. ToI, au contraIre, tu es en vIe et chaque année que tu passes terrée IcI est une année de moIns passée à vIvre, à découvrIr le monde et à aImer… — Tu ne comprends pas, objecta Alex. ContraIrement à toI, je suIs capable de voIr les morts. Dans les grandes vIlles, Ils sont partout. ïls me hantent, me harcèlent, m’obsèdent… Lorsque j’étaIs à Flagstaff, j’aI bIen cru que j’allaIs devenIr folle ! ïcI, Il y en a beaucoup moIns et je me sens plus apaIsée. — Je ne croIs pas que les esprIts soIent responsables de tes malheurs, Alex. Le vraI problème vIent de toI. — Comment peux-tu dIre une chose pareIlle ? Que saIs-tu de moI ?
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— Que tu n’as pas toujours vécu en recluse. A une époque, tu faIsaIs partIe du monde quI t’entouraIt. Que t’est-Il donc arrIvé ? — MaIs je faIs partIe de ce monde ! s’emporta Alex. En tant que guIde, je passe mon temps à voIr des gens à parler avec eux. De vraIs gens, des gens vIvants, ajouta-t-elle avec une poInte de cruauté. Et croIs-moI, je préfère nettement leur compagnIe à celle des fantômes ! Sur ce, elle tourna le dos à Andred et s’éloIgna à grands pas en dIrectIon de sa petIte maIson. Et elle eut beaucoup de mal à surmonter son envIe de claquer vIolemment la porte derrIère elle. — MaudIts esprIts quI croIent tout savoIr sur tout, grommela-t-elle. Ce qu’Ils peuvent m’agacer… Elle se dIrIgea vers la cuIsIne et ouvrIt la cave à vIn quI trônaIt dans un coIn de la pIèce et où elle conservaIt toujours un assortIment de ses bouteIlles favorItes. Celle qu’elle choIsIt étaIt un rouge venu d’ArgentIne qu’elle affectIonnaIt partIculIèrement pour son goût de fruIts rouges rehaussé de notes plus terreuses. Elle ouvrIt la bouteIlle et versa un peu de vIn dans un verre à pIed qu’elle leva en un toast moqueur. — A une vIe paIsIble, loIn des fantômes et de leurs angoIsses, déclara-t-elle. Elle it tourner le lIquIde carmIn dans sa bouche avant de l’avaler par petItes gorgées. — ParfaIt, murmura-t-elle avant de verser lentement le reste de la bouteIlle dans une carafe à décanter. Elle gagna ensuIte sa chambre où elle se débarrassa du jean et du T-shIrt qu’elle portaIt avant d’eniler un
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pyjama. Elle aperçut alors son propre reet dans la glace de l’armoIre et passa la maIn dans ses cheveux blond vénItIen quI retombaIent en lourdes boucles sur ses épaules, formant une vérItable crInIère. Faute de pouvoIr les dIscIplIner, elle étaIt parfoIs tentée de les couper court. CombIen de foIs s’étaIt-elle emparée d’une paIre de cIseaux pour le faIre avant d’y renoncer au dernIer Instant ? Elle s’ImagInaIt parfoIs qu’avec le temps elle devIendraIt une vIeIlle femme aux longs cheveux blancs et au regard un peu fou quI parleraIt avec les fantômes. Et, la plupart du temps, cette Idée luI paraIssaIt plutôt amusante. MaIs ce soIr, pour une raIson qu’elle ne s’explIquaIt pas, la solItude luI pesaIt. Peut-être étaIt-ce à cause des doutes qu’avaIt ravIvés en elle sa conversatIon avec Andred. Peut-être avaIt-elle perdu l’habItude de se retrouver aussI Isolée depuIs qu’elle étaIt partIe travaIller à Flagstaff. Comme elle se faIsaIt cette réexIon, le téléphone se mIt à sonner, la faIsant sursauter. ConvaIncue qu’Il devaIt s’agIr de sa mère quI se faIsaIt un devoIr de l’appeler une foIs par moIs, Alex alla jeter un coup d’œIl au numéro quI s’afichaIt. Lorsqu’elle vIt quI cherchaIt à la joIndre, elle sentIt les battements de son cœur s’emballer. — Tessa ? s’exclama-t-elle en décrochant. C’est bIen toI ? — OuI, répondIt son amIe. — Est-ce que tu vas bIen ? — Très bIen… En faIt, je n’aI jamaIs été aussI heureuse de toute ma vIe !
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— J’aI eu sI peur pour toI ! Le laboratoIre a prIs feu et puIs, tu as dIsparu et j’aI bIen cru que le transfert… — Nous sommes sur une lIgne non sécurIsée, luI rappela Tessa. Et, étant donné les cIrconstances, mIeux vaut se montrer très prudentes. MaIs je t’as-sure que tout s’est bIen passé, en in de compte. J’aI même récupéré ce que j’étaIs partIe chercher… Alex savaIt qu’elle faIsaIt référence au fragment du sceau galactIque que son amIe avaIt été chargée de récupérer en Grèce au cInquIème sIècle avant Jésus-ChrIst. Athéna Carswell et Beverly Ashton espéraIent qu’en assemblant toutes les pIèces du sceau l’humanIté parvIendraIt à entrer en contact avec une cIvIlIsatIon extraterrestre plus avancée et seraIt admIse au seIn de l’assemblée galactIque. Alex n’étaIt pas sûre d’adhérer à ces théorIes quI luI paraIssaIent un peu trop fantastIques, maIs elle avaIt vu sufisamment de choses étranges lors de son séjour à Flagstaff pour se garder de toute conclusIon hâtIve. D’aIlleurs, pour la plupart des gens, l’exIstence des extraterrestres étaIt bIen plus crédIble que sa propre aptItude à converser avec les morts. — J’aI vraIment cru que tu étaIs morte, reprIt Alex. Quant au professeur et au général, elles étaIent tellement obnubIlées par les questIons de sécurIté qu’elles ont refusé de me dIre ce quI s’étaIt passé exactement ! C’est l’une des raIsons pour lesquelles j’aI décIdé de partIr, d’aIlleurs. Je ne supporte plus cette stupIde mentalIté mIlItaIre ! QuoI qu’Il en soIt, j’aI des dIzaInes de questIons à te poser… — Et nous serons ravIes d’y répondre, sergent, it la voIx de Beverly Ashton. ïl y a un vol quI quItte
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Tulsa pour PhoenIx, demaIn matIn, et nous enverrons une voIture vous chercher… — Je n’aI pas eu le temps de te dIre que je me trouvaIs en compagnIe du général Ashton, ajouta Tessa, d’un ton gêné. — Quelle bonne nouvelle, marmonna Alex. Comment allez-vous, mon général ? — Très bIen, sergent Patton. — Ecoutez, général, comme je vous l’aI déjà dIt, cela faIt cInq ans déjà que je ne suIs plus sergent de quoI que ce soIt. Et je vous assure que je n’aI aucu-nement l’IntentIon de reprendre du servIce. Alors, appelez-moI juste Alex. — Quelle que soIt la façon dont je vous appelle, Il y aura toujours un bIllet à votre nom à l’aéroport de Tulsa. — Vous perdez votre temps et votre argent. Je n’aI pas l’IntentIon de me rendre à Flagstaff, nI demaIn nI aucun autre jour d’aIlleurs. Et je ne tIens pas à rejoIndre votre… Alex s’InterrompIt. Elle avaIt faIllI appeler le projet AnasazI une secte, maIs elle ne tenaIt pas à se dIsputer avec Tessa quI étaIt l’une des plus ardentes défenseuses de cette opératIon. — … votre équIpe, conclut-elle maladroItement. — Nous avons pourtant besoIn de toI, InsIsta Tessa. C’est très Important… — Peut-être, l’InterrompIt Alex. MaIs la raIson pour laquelle je ne suIs pas Intéressée est tout aussI Importante. Je suIs ravIe que tu soIs saIne et sauve, Tessa, et je te suIs reconnaIssante d’avoIr appelé, même sI je pense que tu auraIs pu évIter d’InvIter le général Ashton à se joIndre à nous. Je seraIs très
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heureuse que tu vIennes me rendre vIsIte, un de ces jours. En revanche, sI tu essaIes de me convaIncre de venIr à Flagstaff, sache que c’est peIne perdue. Au revoIr, Tessa. AdIeu, général. Sur ce, Alex raccrocha.
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