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Le prix de son rêve

De
160 pages
Caitlin ne peut pas y croire. Son vœu le plus cher est en train de se réaliser. Sa carrière de chanteuse va enfin démarrer ! Tout serait parfait si cela ne signifiait pas aussi travailler en étroite collaboration avec Jake Sorenson. Le magnétique, le fascinant Jake Sorenson – au regard brûlant de désir… Mais Caitlin se l’est promis, plus jamais elle ne laissera un homme s’interposer entre son rêve et elle ! Alors, elle n’a plus qu’à espérer de toutes ses forces que sa passion pour la musique l’aidera à ignorer les sentiments de plus en plus forts qu’elle éprouve à l’égard de Jake…
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1.

— Alors ? lança Jake Sorenson, qu’est-ce que tu en penses ?

Incapable de dissimuler sa déception, il leva les yeux vers la scène où Rick, son partenaire, faisait les cent pas, usant le parquet de ses bottes élimées. Difficile de prétendre que les auditions se passaient pour le mieux.

Lâchant soudain un long soupir de frustration, Rick se passa la main dans les cheveux et répliqua d’un air agacé :

— Que veux-tu que je te réponde ? Je pense que Rosie Rhys-Jones ou je ne sais quoi n’est pas à la hauteur. J’admets volontiers qu’il n’est pas facile de succéder à Marcie, mais cette Rosie…

— Josie, corrigea Jake.

— Très bien, Josie, maugréa son compagnon. Peu importe. Cette fille serait certainement à sa place sur un bateau de croisière, devant un public trop fasciné par le luxe pour se soucier de la qualité de la musique, mais elle ne sera jamais une chanteuse solo. C’est comme ça. Et pour tout dire, Jake, aucune des candidates que nous avons entendues ne me paraît digne d’un groupe aussi sérieux que Blue Sky. Tu n’es pas de cet avis ?

Jake se remémora les dernières auditions. Impossible de ne pas être d’accord avec Rick sur ce point.

— Tu as raison, c’est une évidence, admit-il. Il ne nous reste plus qu’à poursuivre nos recherches.

Ses conclusions allaient souvent à l’essentiel. Peu disert, il n’avait pas pour habitude de parler pour ne rien dire, ce qui l’aidait à prendre une décision ferme au moment opportun : quand il s’exprimait, il avait le dernier mot. Certes, Rick travaillait depuis plus longtemps que lui dans l’industrie de la musique, mais, au sommet de sa carrière, Jake avait été l’un des producteurs les plus auréolés de succès, les plus demandés. Et son vieux camarade américain accordait une grande valeur à son jugement.

— Il reste encore des gens à entendre ? interrogea-t-il en s’étirant, las de cette longue journée peu productive.

Rick sauta à bas de la scène et répliqua, ironique :

— Hormis nos voisins du cimetière d’en face, je ne crois pas.

Jake sourit, amusé, lui aussi, par l’incongruité du lieu qu’ils avaient délibérément choisi pour mener leurs auditions. Ils avaient besoin d’une sérénité absolue : fuyant Londres, la presse et les curieux, ils avaient opté pour un petit village de campagne.

Evidemment, ici, le calme était si complet qu’ils avaient parfois l’impression d’avoir quitté le monde civilisé. Mais Jake souhaitait à tout prix éviter l’attention des médias. Tous les tabloïds du pays tenaient le public en haleine, tout en cherchant à savoir ce qu’il préparait. Pour eux, il demeurait le producteur aux doigts d’or, ayant hissé au sommet des hit-parades de nombreux groupes britanniques. Si seulement il n’avait pas été interrompu, à l’apogée de sa carrière, par un ignoble scandale, son irrésistible ascension aurait pu se poursuivre indéfiniment ; au lieu de quoi il avait été contraint de suspendre sa carrière. Obligé de quitter la production, Jake s’était retiré afin de panser ses blessures, de faire le point sur sa vie et d’envisager une reconversion professionnelle.

Durant quelques années, il avait été un perpétuel nomade, voyageant aux quatre coins du monde, et, alors qu’il s’était juré de tourner le dos à la musique, il avait découvert des sons nouveaux, s’était passionné pour la musique ethnique, pour d’autres types d’orchestration, des écritures mélodiques venues d’autres horizons… En fin de compte, il avait réalisé qu’il ne pouvait pas renoncer à la musique. C’était elle qui le tenait en vie ; c’était son âme, elle l’habitait. Ainsi avait-il pris la décision de rentrer au Royaume-Uni et de revenir à ses premières amours.

Longtemps avant de devenir producteur, il avait fait ses débuts en tant qu’imprésario. Aujourd’hui, avec quinze ans de métier, il renouait avec cette fonction pour Blue Sky.

Après avoir jeté un coup d’œil à sa montre, il se tourna vers Rick et conclut :

— De toute façon, cette journée m’a suffi pour être certain que nous n’avons pas trouvé la chanteuse qu’il nous faut. On en reste là pour ce soir ?

Désignant du menton les trois musiciens qui se tenaient encore sur scène, prêts à jouer, dans l’attente de son verdict, il ajouta :

— Je crois qu’ils ont eu leur dose pour aujourd’hui, eux aussi. Allons dîner. Nous pourrons reprendre tôt dans la matinée, demain. Une fille de Birmingham est inscrite, et elle a déjà attiré pas mal de monde avec son groupe. Avec un peu de chance…

Jake tentait de se montrer positif, de ne pas perdre espoir. Mais il savait qu’une « bonne chanteuse » n’était pas ce qu’ils cherchaient : il leur fallait quelqu’un d’exceptionnel — la perle rare qui mettrait le feu à la scène et ferait connaître à Blue Sky le succès qui lui était promis avant le départ inattendu de Marcie.

Car, même si c’était un gâchis prodigieux, la jeune femme avait décidé, au dernier moment, qu’elle préférait épouser son premier amour et cultiver des vignes en Dordogne plutôt que de devenir une star du rock en Angleterre… Un scénario hélas bien connu dans le show-business ! Désormais, toute la pression reposait sur Jake : il avait l’obligation d’accomplir un miracle. Il était certain d’en être capable, à condition de dénicher un talent singulier, fantastique… éblouissant.

Un violent claquement de porte résonna soudain dans la salle, suivi de vibrations faisant trembler le plancher de la scène. Jake sursauta.

— Mais qu’est-ce que c’est que ce raffut ? grommela-t-il, sidéré.

Il se tourna vers l’entrée… et demeura bouche bée.

Grande, élancée, une jeune femme aux cheveux noirs luttait pour libérer la ceinture de son trench des battants de la porte, provoquant grincements et secousses. Ses bottes en daim noir galbaient une interminable paire de jambes, révélée par une minijupe. Sa chevelure d’un noir d’encre lui fouettait les joues, dissimulant son visage. Jake crut l’entendre lâcher un juron.

Il reporta son attention sur Rick, dont le sourire s’épanouissait depuis l’irruption tonitruante de l’inconnue. Ce n’était pas seulement l’embarras de la demoiselle qui lui plaisait… Et, dès qu’elle releva la tête, Jake partagea l’impression de son vieux camarade : bon sang, cette fille était à tomber ! Malgré la distance, il distinguait parfaitement l’éclat de ses grands yeux verts ; jamais il n’avait vu un regard pareil — une pure teinte émeraude, fascinante. Et ce n’était pas tout : elle possédait une bouche pleine et sensuelle, rouge comme une cerise, et d’adorables fossettes marquaient l’ovale parfait de son visage…

Jake sentit l’excitation monter dans la pièce, mais Rick fut le premier à réagir :

— Bonjour, puis-je vous aider ? proposa-t-il en se dirigeant vers la nouvelle venue, qui venait de résoudre son problème de ceinture et affichait un air gêné.

— Euh… C’est bien ici qu’ont lieu les auditions ? s’enquit-elle.

Elle jetait tout autour d’elle des regards anxieux. Les chaises en plastique et la scène poussiéreuse lui donnaient visiblement l’impression d’avoir atterri sur une autre planète.

— Mais je me présente peut-être trop tard ? enchaîna-t-elle, sans bouger d’un millimètre. Je suis navrée, j’aurais voulu arriver un peu plus tôt, mais je dressais un inventaire.

Mal à l’aise, elle rabattit les pans de son trench sur sa minijupe.

— Aucun problème, c’est ce que je fais aussi en ce moment, répliqua Rick en scrutant une nouvelle fois la jeune femme d’un regard appréciateur.

Irrité, Jake s’avança pour prendre les choses en main. Bon, d’accord, la fille était somptueuse, mais elle risquait de leur faire perdre leur temps, comme toutes les candidates aux dents longues venues ici ces quatre derniers jours…

Oh ! il était bien placé pour repérer les ambitieuses. Il avait même vécu avec un spécimen de cette race, qui l’avait brisé par sa soif de gloire et de fortune. La jeune femme qui se tenait devant eux n’était probablement même pas capable de chanter juste.

Quelque chose d’autre l’exaspérait, au-delà de son amertume et de son cynisme… Il n’appréciait pas du tout le fait que cette fille lui plaise. Sa beauté et sa grâce lui rappelaient qu’il était capable de céder à la tentation — de se montrer faible. Or il s’était juré de toujours conserver le contrôle de lui-même. Echaudé une fois, il n’était près de tomber dans le même piège !

— En effet, annonça-t-il, glacial, vous arrivez trop tard.

A ces mots, le visage de la jeune femme se décomposa et, de son côté, Rick lui retourna un regard stupéfait. Réalisant aussitôt qu’il s’était montré trop brutal, Jake précisa :

— Les auditions sont terminées ce soir. Revenez demain si vous êtes déterminée. Et sinon, nous vous remercions de votre intérêt et vous souhaitons une bonne continuation.

— Vous pensez que je ne suis pas sérieuse ? répliqua-t-elle en ouvrant de grands yeux. Qu’est-ce que je viendrais faire ici, si je ne tenais pas à passer l’audition ?

Jake ne s’attendait pas à une réplique aussi vive. Il soupira.

— Fort bien. Dans ce cas, vous reviendrez demain, je suppose ? Nous sommes ici depuis très tôt ce matin, et nous avons besoin d’une pause.

— A la vérité, j’espérais que vous pourriez m’écouter maintenant… Je ne pense pas avoir la possibilité de revenir demain.

— Il faut bien en conclure que cette audition ne vous tient pas vraiment à cœur, dans ce cas, rétorqua Jake.

Les joues de l’inconnue s’enflammèrent. Ce n’était pas juste de l’embarras, cette fois. Il était clair que la dureté de son raisonnement la mettait hors d’elle.

— Comment vous appelez-vous ? interrogea-t-il.

— Caitlin. Caitlin Ryan.

— Eh bien, Caitlin… Si cette audition compte pour vous, vous ferez en sorte d’être là demain, au moment où nous pourrons vous écouter dans de bonnes conditions. Voulez-vous que je vous inscrive à 11 h 30 ?

— Je… Je regrette, mais…

Les somptueux yeux émeraude se troublaient.

— Je ne veux surtout pas vous compliquer la tâche, enchaîna-t-elle, mais il m’est impossible de revenir demain. La responsable du magasin où je travaille, qui est une très bonne amie, doit se faire retirer une dent de sagesse, et je suis la seule personne à pouvoir tenir la boutique en son absence.

A ces mots, Jake resta pantois un instant, avant de se retenir d’éclater de rire. La « dent de sagesse d’une amie » comme cas de force majeure était une première ! Il sentit un vent d’hilarité contenue souffler sur Rick et sur les membres du groupe.

— Allez, quoi ! lança Rick. Sois un peu obligeant avec la demoiselle… Le groupe est installé, les instruments et la sono sont en place : qu’avons-nous à perdre ?

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4eme couverture