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1.
Jusque-à tranquîement înstaée à son bureau, Chrîsta Lennox bondît soudaîn de sa chaîse. I se passaît queque chose d’anorma, dehors ! Tîtan, son border terrîer, a suîvît des yeux d’un aîr înquîet, tandîs qu’ee s’approchaît de a fenêtre. — Je n’arrîve pas à y croîre ! marmonna-t-ee, nerveuse. Sur e poînt d’ouvrîr a fenêtre pour avoîr une meîeure vue sur e parkîng et es bâtîments, ee se tourna vers Tîtan quî a dévîsageaît toujours. — N’aboîe pas, surtout, ordonna-t-ee à voîx basse. Précautîonneusement, Chrîsta tourna a poîgnée de a fenêtre, avant de se pencher par-dessus a baustrade. Entre es branches mouvantes des arbres, ee aperçut a sîhouette d’un homme, perché au sommet d’une échee branante, sous e toît de a maîson d’en face. I s’agrîppaît d’une maîn à a gouttîère, et de ’autre, rempîssaît un sac accroché à sa ceînture, de résîdus arrachés au bord du toît. Ee secoua a tête, sentant a coère ’envahîr. Ce petît voeur en avaît, du cran, pour oser s’exposer aînsî, en peîn jour ! Eh bîen, ee n’aaît certaînement pas e aîsser s’en tîrer sî facîement : deux vos en quînze jours, cea faîsaît deux de trop ! Et tout cea, troîs semaînes à peîne après a mort tragîque de a pauvre Isobe. Là, c’étaît a goutte d’eau ! Brusquement, ee s’écarta de a fenêtre, et se précîpîta vers ’escaîer, Tîtan sur ses taons. Une foîs dehors, ee traversa e parkîng au pas de course en dîrectîon de ’échee. Appeer a poîce ne servîraît à rîen : c’étaît dîmanche, et a moîndre voîture mettraît pusîeurs heures à arrîver… Parvenue au pîed de ’échee, ee s’îmmobîîsa, îmmédîatement rejoînte par Tîtan.
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— Sî vous cherchez à récupérer du pomb sur ce toît, vous arrîvez trop tard, ança-t-ee, î a déjà été voé ! Maîntenant, descendez de à, ou j’appee a poîce ! Tîtan se mît aussîtôt à aboyer férocement pour faîre bonne mesure, maîs ’homme, orsqu’î se retourna, ne parut pas effrayé e moîns du monde. I dévîsagea un înstant Chrîsta en fronçant es sourcîs. Le bas de son vîsage étaît dîssîmué par un fouard, et seus ses yeux restaîent vîsîbes. Ee e toîsa. Sans doute espéraît-î aînsî ne pas être reconnu ! — Tîtan, soîs sage ! ordonna-t-ee soudaîn. Jamaîs ee ne persuaderaît e voeur de descendre de son échee, sî son chîen contînuaît à aboyer comme cea ! Obéîssant, Tîtan s’aongea, et posant a tête sur ses pattes avant, dévîsagea sa maïtresse avec un regard d’adoratîon. L’homme observa un înstant Chrîsta. Sans doute cherchaît-î à jauger ses chances de s’échapper… I ança enin, d’une voîx agacée : — Eh bîen… Que se passe-t-î ? — Je voudraîs savoîr ce que vous croyez faîre, perché à-haut ! répîqua-t-ee en paçant fermement es maîns sur ses hanches. Ee étaît bîen décîdée à ne pas se aîsser împressîonner. — Je vous demande pardon ? demanda ’homme, vîsî-bement surprîs. — Que faîtes-vous sur ce toît ? demanda-t-ee une nouvee foîs, de pus en pus exaspérée. L’homme s’appuya sur ’un des montants de ’échee et, de sa maîn îbre, se îbéra du fouard quî uî camoulaît e vîsage, révéant des traîts harmonîeux, assombrîs par un aîr agacé, et une peau joîment tannée. Son regard beu, împîde, fut traversé par un écaîr de coère. — Cea ne vous concerne en rîen, répîqua-t-î. Maîs sî vous tenez vraîment à e savoîr, j’examîne cette gouttîère : ee a ’aîr sur e poînt de se détacher. Ee e regarda, peu convaîncue. L’excuse étaît bîen pauvre… — Examîner a gouttîère ? Mon œî ! ança-t-ee rageu-sement. Descendez ! Je n’aî pas ’întentîon de me faîre un tortîcoîs pendant que vous bavardez !
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L’homme haussa es épaues avec un demî-sourîre, avant d’entreprendre de descendre de son échee. — Seîgneur… Vous êtes bîen tyrannîque ! Arrîvé aux troîs dernîers barreaux, î sauta égèrement sur e bîtume. Ses pîeds avaîent à peîne touché terre que Tîtan se redressa en grondant, et se seraît sans doute jeté sur es chevîes de ’homme, sî ee ne ’avaît pas attrapé. — Ne t’en faîs pas, Tîtan, murmura-t-ee. Je peux me charger de uî toute seue. Le petît chîen obtempéra de mauvaîse grâce. Enin, ee put se tourner vers ’înconnu. — Aors ? demanda-t-ee d’un ton péremptoîre. Qu’avez-vous à dîre pour votre défense ? L’homme ne répondît pas, se contentant de s’adosser tran-quîement au mur, es maîns enfoncées dans es poches. I prît de nouveau tout son temps pour examîner Chrîsta. — Est-ce que vous prenez toujours ce ton de vîeîe ie autorîtaîre, ou bîen aî-je de a chance ? demanda-t-î au bout d’un înstant. Que est e probème ? Ee détourna a tête, soudaîn prîse de doute. Cet homme étaît-î vraîment un voeur ? I avaît ’aîr sî assuré, sî… effronté. Un voeur se seraît sans doute déjà enfuî sans demander son reste, maîs uî restaît à, tranquîe. Ee aîssa échapper un soupîr, agacée maîntenant par ee-même. Non, î devaît essayer de a déstabîîser ! I espéraît uî faîre croîre qu’î n’étaît qu’un ouvrîer, et qu’î étaît monté sur e toît pour des raîsons parfaî-tement égîtîmes. Maîs ça ne prendraît pas ! Ee se redressa du haut de son mètre soîxante-cînq, pour ancer majestueusement : — J’exîge de savoîr comment vous comptez justîier ce cambrîoage en peîn jour. J’îmagîne que vous pensîez trouver es îeux déserts, un dîmanche ! Soudaîn, ’homme écata de rîre. Ee e dévîsagea, ahurîe : nî ses menaces nî ses accusatîons ne sembaîent ’înquîéter. Au contraîre, î paraîssaît totaement détendu, comme s’î étaît maître de a sîtuatîon. Ee e ixa droît dans es yeux. Sans paraïtre întîmîdé, e voeur soutînt son regard d’un aîr provocateur. I se moquaît d’ee !
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Ee réprîma soudaîn un frîsson : ee n’auraît jamaîs dû e regarder dans es yeux… D’un seu coup, ee sentaît toute son autorîté fondre face à eur beu profond encadré de ongs cîs d’un noîr d’encre. Ouî, ce regard a captîvaît : sî înhabîtue et sî…, sî sensue. Etaît-ee stupîde ! I faaît à tout prîx qu’ee se reprenne : ce n’étaît certaînement pas e moment de se aîsser aer comme cea ! Ee ’observa dîscrètement. L’homme étaît grand et mînce, vêtu d’un pantacourt déavé et d’une chemîse ouverte, quî révéaît a naîssance d’un torse muscé. S’î avaît été acteur, î auraît sans aucun doute trouvé sa pace dans e rôe de James Bond, ou dans une pubîcîté exotîque pour un après-rasage. Et brusquement, ee sentît son ventre se nouer étrangement… C’étaît bîen ee ! Comme sî ee pouvaît encore se permettre de se aîsser séduîre par un homme, après e désastre de son expérîence avec Coîn Maîtand ! A peîne eut-ee ravîvé ce souvenîr qu’une sensatîon de vîde et de soîtude s’empara d’ee. Aaît-ee contînuer à se sentîr aussî ma, chaque foîs qu’ee pensaît à ce mule ? Et puîs n’avaît-ee pas passé ’âge de s’excîter à a vue d’un be înconnu, comme une adoescente devant a photo d’une céébrîté ? Enin pus came, ee uî jeta un regard sévère : — Sî vous ne voîez pas de pomb, dît-ee, puîs-je savoîr quî vous a autorîsé à monter examîner cette gouttîère ? — Je n’aî pas besoîn qu’on m’y autorîse : je suîs e proprîétaîre. Ee e ixa un înstant, totaement désemparée. — Le proprîétaîre ? reprît-ee. C’est rîdîcue ! Comment est-ce que ce bâtîment pourraît vous appartenîr ? Le Dr Maguîre n’est morte qu’î y a troîs semaînes, et cea m’étonneraît bîen qu’une vente aît été déjà concue ! L’înconnu répondît aors, camement, et sans a moîndre trace d’émotîon : — Isobe Maguîre étaît ma mère. Ee m’a égué Ardeneîgh dans son testament. — Oh ! Mon Dîeu, murmura-t-ee, pus gênée qu’ee ne ’avaît jamaîs été. Je suîs désoée… Je ne pensaîs pas que… Et sa voîx s’éteîgnît dans sa gorge. Ee observa ongue-ment ’homme, stupéfaîte. Aînsî, c’étaît uî, e is mystérîeux,
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e Lachan, dont Isobe ne paraît presque jamaîs et quî, à a connaîssance de Chrîsta, n’avaît pas même prîs a peîne de rendre vîsîte à sa mère depuîs des années. — Peut-être devrîez-vous attendre d’avoîr des înformatîons iabes avant d’accuser es gens, reprît Lachan froîdement. Ee détourna e regard. I avaît prononcé ces mots, ee en auraît juré, avec une poînte de sarcasme. C’étaît trop fort ! Aaît-î ’accuser de ne pas avoîr devîné son îdentîté, aors qu’ee ne ’avaît jamaîs vu de sa vîe ? — Je ne savaîs pas quî vous étîez ! répîqua-t-ee vîvement. Sî vous avîez annoncé votre arrîvée, je n’auraîs pas eu de soup-çons en vous voyant à-haut, e vîsage caché par un fouard ! Nous avons eu une vague de cambrîoages, vous savez, et î est donc ogîque que je vous aîe prîs pour un voeur. I hocha a tête d’un aîr as, et ramena en arrîère es mèches éparses quî baayaîent son front. — Ce fouard me protégeaît du nuage de poussîère que je souevaîs en examînant e zînc, répondît-î. Maîs je suppose que vous avez raîson : j’auraîs dû prévenîr e cabînet de mon arrîvée. Je doîs avouer que tout s’est passé trop vîte, et que je n’y aî pas pensé. Ee se rendît aors compte qu’î avaît es traîts tîrés et e regard fatîgué. — Je savaîs qu’Isobe avaît un is, reprît-ee d’une voîx pus douce, maîs ee ne m’a jamaîs dît où vous vîvîez. — En Austraîe. J’aî prîs ’avîon vendredî, et suîs arrîvé hîer à Heathrow. J’aî passé a nuît dans un pub, maîs je préféreraîs dormîr îcî, ce soîr, s’î y a une chambre. — Pourquoî arrîver sî tard ? N’avez-vous pas réussî à venîr pour ses funéraîes ? — Non, répondît-î poîment. Lorsque son notaîre m’a contacté, î étaît déjà trop tard. Comprenez-moî : je n’aî apprîs son décès qu’î y a queques jours. A cet aveu, ee se mordît a èvre : c’étaît bîen ee, de se montrer aussî brutae ! Imagîner que personne ne savaît où retrouver e is d’Isobe ors du drame ! I devaît vraîment se sentîr ma d’avoîr eu sî peu de îens avec sa mère… — Je suîs sîncèrement désoée.
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Sans répondre, Lachan se tourna de nouveau vers e bâtîment. A présent que Chrîsta connaîssaît son nom, a ressembance entre e is et sa mère uî sauta aux yeux : ee aussî étaît partî-cuîèrement grande, et ee uî avaît de toute évîdence égué ses yeux d’un beu profond. Lachan étaît une îmage vîvante de a beauté de a famîe Maguîre. Sîencîeusement, î embrassa d’un regard un peu trîste e gazon ma entretenu et es herbes foes quî poussaîent sous es arbres, au fond du jardîn. — Tout îcî sembe bîen négîgé, murmura-t-î. Quand j’étaîs enfant, ce jardîn étaît toujours împeccabe, et es arbres étaîent bîen taîés. J’îmagîne que ma mère ne se soucîaît pas vraîment de cet endroît. — Ee étaît très occupée, répondît-ee aussîtôt. Isobe s’împîquaît énormément dans son travaî ! Et puîs, quand on est seue, î est dîficîe de s’occuper de tout, vous savez ? — Je ne dîs pas que c’est facîe, seuement, cette maîson est vraîment à ’abandon ! Je n’arrîve pas à croîre qu’ee aît aîssé es îeux se dégrader à ce poînt. — Tout ce que je saîs, c’est qu’ee avaît ’întentîon de s’en occuper, maîs ee ne trouvaît jamaîs e temps pour cea. — C’est vraîment dommage, dît encore Lachan d’un ton sec. Ee secoua égèrement a tête. Décîdément, î ne paraîssaît pas nourrîr une grande affectîon pour sa mère. Pourtant, Isobe avaît été une femme remarquabe : même seue, ee avaît toujours travaîé très dur — à te poînt que cea avaît sans doute contrîbué à son décès. En observant Lachan, ee ne pouvaît pas s’empêcher de penser que son attîtude trahîssaît une dureté et une sévérîté încompréhensîbes. — Je croîs, répîqua-t-ee froîdement, qu’ee étaît trop fatîguée, es dernîers temps, pour trouver ’énergîe de réger tous ces probèmes domestîques. I acquîesça. — Vous avez peut-être raîson, dît-î. Maîs, tout de même, regardez ’état des fenêtres et des boîserîes ! Quand j’étaîs enfant, j’avaîs ’habîtude de passer par ces fenêtres pour quîtter a maîson dîscrètement, orsque j’étaîs sur e poînt de me faîre
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punîr pour mes bêtîses. A présent, j’aî ’împressîon que es battants tomberaîent en poussîère, sî j’essayaîs de es ouvrîr ! Soudaîn, î parut se rappeer des conventîons, et tendît a maîn à Chrîsta. — Quoî qu’î en soît, reprît-î d’une voîx pus égère, î est peut-être temps de me présenter. Lachan Maguîre, enchanté. Et vous, quî êtes-vous ? — Chrîsta Lennox. Je suîs… Enin, j’étaîs a coègue de votre mère. Je travaîaîs avec ee dans ce cabînet. — Chrîsta Lennox ? demanda-t-î d’un aîr soudaîn méiant. Et vous travaîîez avec ma mère ? — Ouî, c’est cea, répondît-ee. I y a un probème ? I a dévîsagea un înstant, puîs sourît de nouveau. — Non, aucun probème ! ança-t-î avant d’ajouter d’un aîr détaché : J’aî connu un homme nommé Angus Lennox. Seraît-ce un parent à vous ? Ee ne put s’empêcher de sourîre, amusée. — Ah, murmura-t-ee, e mouton noîr de a famîe ! L’affreux once Angus. Comment ’avez-vous connu ? — Eh bîen, î venaît parfoîs à a maîson, quand j’étaîs jeune. Maîs, dîtes-moî, d’où uî vîent cette réputatîon d’« affreux once » ? Ee haussa es épaues. Chaque famîe a des cadavres cachés dans es pacards, î n’y avaît rîen de honteux à cea. — Je ne connaîs pas tous es détaîs, répondît-ee, maîs c’est une hîstoîre assez tragîque. Mon once a quîtté sa femme et ses enfants. Mon père en a été teement choqué qu’î a cessé déinîtîvement de uî adresser a paroe. Queques années pus tard, Angus a été tué dans un accîdent de voîture. Maîs ce sont de vîeîes hîstoîres. Tout en ’écoutant, î acquîesçaît d’un aîr sombre. — Je me souvîens de cette hîstoîre d’accîdent. En effet, c’étaît î y a bîen ongtemps. Quoî qu’î en soît, poursuîvît-î en sourîant de nouveau, ne nous soucîons pas de votre once. Dîtes-moî, Chrîsta, comment en êtes-vous venue à travaîer avec Isobe ? — Eh bîen, ma mère est tombée maade, î y a queques années et, comme j’avaîs déjà perdu mon père, j’aî cherché
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désespérément un travaî îcî, pour pouvoîr veîer sur ee. Isobe m’a aors offert une pace dans son cabînet. J’aîmaîs beaucoup votre mère, vous savez — c’étaît une femme très douce et je uî suîs redevabe de tant de choses… Soudaîn, ee sentît es armes uî monter aux yeux. Ce n’étaît pourtant pas e moment ! Ee s’efforça de chasser son émotîon, et poursuîvît : — Le décès sî soudaîn d’Isobe m’a profondément marquée. Quî auraît cru qu’une femme pareîe puîsse décîner sî rapî-dement ? Vous savez, ce sera sans doute très dîficîe de a rempacer. Ee va beaucoup nous manquer. Lachan tîra un mouchoîr de sa poche pour nettoyer ses maîns poussîéreuses. — Vous n’aurez pas à chercher bîen oîn, dît-î d’un aîr détaché, enin, pas sî je a rempace moî-même. — Je vous demande pardon ? L’espace d’un înstant, ee surprît de a trîstesse dans es yeux de Lachan. — Ma mère, reprît-î, m’a envoyé une ettre, î y a queque temps. Je suppose que ’autopsîe vous a apprîs que son cœur étaît fatîgué ; ee devaît savoîr que e temps uî étaît compté. Dans cette ettre, ee me demande de reprendre e cabînet — entre autres choses — et j’aî bîen ’întentîon de réléchîr très sérîeu-sement à a questîon. Après tout, c’est une décîsîon împortante. La maîson a besoîn de ourds travaux, et e cabînet est, quant à uî, dans un état amentabe. Tout cea va coûter beaucoup d’argent. Maîs ee n’écoutaît pus, trop occupée à e dévîsager pour s’assurer qu’î ne se moquaît pas d’ee, encore une foîs. — Vous avez ’întentîon de reprendre e cabînet ? — C’est ce que ma mère désîraît. Et, de toute manîère, à quoî me servîraît une maîson îcî, sî je n’aî pas de travaî ? — Dans cette ettre, reprît-ee froîdement, vous a-t-ee faît d’autres demandes, dont je devraîs être înformée ? I parut hésîter, puîs répondît : — Non, rîen d’împortant. Ee prît une profonde înspîratîon : ee devaît à tout prîx garder son came.
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— J’avoue être surprîse, murmura-t-ee. Comprenez-moî, j’aî toujours pensé que je devîendraîs e médecîn prîncîpa du cabînet à a retraîte d’Isobe, maîs en faît, nous n’avons jamaîs vraîment paré de tout cea. J’aî seuement supposé qu’après sîx ans de travaî îcî, je mérîtaîs cette pace. Lachan a dévîsagea onguement d’un aîr songeur. — Je vaîs peut-être vous paraïtre bruta, dît-î enin, maîs j’îmagîne qu’après avoîr ouvert ee-même ce cabînet, et uî avoîr donné une soîde réputatîon, ee avaît encore e droît de décîder de son successeur. — Isobe n’a pas faît tout cea seue, répîqua-t-ee sèchement. D’autres personnes ’ont aîdée, maîs certaînement pas un is quî vîent s’împoser îcî sans même consuter ceux quî étaîent à avant uî ! — Hoà ! s’excama Lachan. Camez-vous, mademoîsee Lennox ! Je n’aî encore rîen décîdé : je compte bîen réléchîr, avant de quîtter mon travaî en Austraîe. I s’înterrompît un înstant et ’observa. Ee se rendît aors compte que ses joues étaîent devenues brûantes sous ’effet de a coère : ee devaît être toute rouge… — Peut-être ferîons-nous mîeux de parer de tout cea autour d’un verre et non sur un parkîng, reprît Lachan. Ee acquîesça sans un sourîre. — Bonne îdée. A quee heure ? — Pourquoî pas ce soîr, vers 18 heures ? Vous n’aurez qu’à venîr à a maîson, et je verraî ce qu’î reste dans e bar. — Très bîen. Vîens, Tîtan, nous rentrons. Ee se pencha pour ébourîffer a tête du petît chîen, avant de faîre vote-face, et de se dîrîger vers sa petîte maîson, au vîage. Lachan suîvît des yeux a sîhouette ine de Chrîsta, avant de pousser un profond soupîr. Sa mère auraît pu engager n’împorte quî pour travaîer avec ee au cabînet, et î avaît fau qu’ee choîsîsse a nîèce d’Angus Lennox ! Quoî qu’î en soît, à présent, son pus gros soucî étaît a ettre poîgnante qu’î avaît reçue : es dernîères voontés de sa mère. Le cœur serré, î repassa dans son esprît e contenu de cette ettre, qu’î connaîssaît par cœur. Isobe însîstaît pour qu’î reprenne e cabînet, ce quî n’étaît pas un souhaît sî surprenant. Magré tout,
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Lachan regrettaît amèrement qu’îs n’aîent pu en parer avant sa mort. Maîs, surtout, î ressentaît un méange de ierté et de souagement à cette îdée : inaement, Isobe ’aîmaît encore assez pour souhaîter qu’î poursuîve son œuvre. Non, ce n’étaît pas cette demande quî ’avaît e pus surprîs, maîs sa seconde étrange requête : sî rîdîcue, et presque trop sentîmentae ! Peut-être n’étaît-ce qu’une bague ? Sans doute pas. I sentaît que chaque mot înscrît dans cette ettre avaît été onguement pesé et réléchî : en es îsant, î parvenaît presque à entendre a voîx de sa mère, et cette poînte de détermînatîon quî perçaît dans chacune de ses paroes. Fînaement, fatîgué, î chassa ce soucî de son esprît. Ce n’étaît pas e moment de réléchîr à tout cea, î étaît trop à vîf, tîraîé par des pensées contradîctoîres. Après un nouveau soupîr, î se dîrîgea vers a maîson, et caqua a porte derrîère uî d’un geste rageur.
Chrîsta secoua a tête, îrrîtée. Ee se sentaît déçue. Pus que cea. Bessée. Comment Isobe avaît pu uî faîre une chose pareîe ? La moîndre des choses eût été de a prévenîr qu’ee comptaît choîsîr Lachan pour reprendre e cabînet ! A peîne entrée, ee se dîrîgea droît vers sa petîte cuîsîne, et se prépara une tasse de thé. Cea a cameraît peut-être. Ee prît une ongue înspîratîon. Sur e chemîn depuîs e cabînet, un lot de sentîments contra-dîctoîres ’avaît envahîe. Ee restaît estomaquée à ’îdée qu’une amîe proche comme Isobe aît pu préférer éguer son cabînet à son is, qu’ee n’avaît pas revu depuîs des années, putôt qu’à ee, quî ’avaît soutenue depuîs sî ongtemps. Pourtant, Isobe avaît toujours exprîmé e souhaît de voîr Chrîsta conserver son travaî, orsqu’ee-même auraît prîs sa retraîte, et ee-même en avaît toujours déduît qu’ee se verraît conier a charge du cabînet entîer. Quee bêtîse ! Ee avaît été trop nave, vraîment ! Sa tasse de thé brûante entre es maîns, ee se posta à sa fenêtre, et observa queques groupes de personnes traverser e pré pour se rendre à ’égîse. Peu à peu, ee sentît sa sérénîté uî revenîr. Cet încîdent ne devaît pas atérer e souvenîr d’Isobe. Après tout, son amîe avaît toujours été d’une gentîesse
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