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Le rêve de Leona

De
224 pages
Leona est bouleversée quand Boyd, riche héritier de la dynastie Blanchard, exige qu’elle l’épouse en échange de la protection qu’il offrira à son frère. Certes, Leona aime Boyd depuis l’enfance et a toujours rêvé de devenir sa femme. Pour elle, il est l’homme le plus volontaire, le plus charismatique, le plus… sublime qu’elle ait jamais rencontré. Mais comment pourrait-elle accepter une demande en mariage dictée par la raison, et non par le cœur ?
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1.
— Leona, tu sais très bien qu’ils ne veulent pas de moi et ne m’ont invité que parce qu’ils ne pouvaient pas faire autrement, déclara Robbie.
Comme à son habitude, il s’était confortablement installé sur le canapé, sa belle tête brune renversée en arrière sur les coussins, ses longues jambes étendues devant lui.
Invariablement, ils revenaient sur ce sujet et Leona répondait :
— Ce n’est pas vrai.
C’était cependant la pure vérité et elle préféra enrober sa réponse :
— Tu es un invité qui sait mettre de l’ambiance, tu appartiens à l’équipe de polo de Boyd et tu es un sacré joueur de tennis. D’ailleurs, en double, tu sais bien que toi et moi sommes imbattables et que les autres ne nous arrivent pas à la cheville…
Les autres désignaient la famille Blanchard, conviée au grand complet aux réjouissances organisées à Brooklands pendant le week-end.
— A part Boyd, remarqua Robbie. Il devient de jour en jour plus parfait : dur en affaires, bienveillant en société, beau, athlétique, un vrai bourreau des cœurs. Si j’étais metteur en scène, je l’engagerais tout de suite pour incarner le nouveau James Bond.
— Je reconnais qu’aucun homme ne peut rivaliser avec lui, répondit très vite Leona, mais parlons plutôt d’autre chose si tu le veux bien.
Prélevant délicatement un coussin de soie derrière lui, Robbie le cala sous sa nuque avec un sourire.
— Tiens, tiens… Ne serais-tu pas amoureuse de lui, par hasard ?
Fin et intuitif, Robbie tombait souvent juste, surtout en ce qui concernait sa grande sœur Leona.
— Ce ne serait pas très intelligent, répondit-elle en ignorant superbement son regard. Je te rappelle qu’il est mon petit-cousin.
— Entre tous les mariages, divorces et remariages qui ont eu lieu dans la famille Blanchard, rien n’est moins sûr…
C’était exact : les Blanchard étaient particulièrement doués pour les familles recomposées, à commencer par Leona et Boyd qui avaient, tous deux, perdu précocement leur mère.
Leona avait huit ans lorsque la sienne était décédée et la belle Alexa, la mère de Boyd, avait pourvu à son éducation mais était morte à son tour, quelques années plus tard, alors que Boyd entrait dans sa vingtième année. Le père du jeune homme s’était remarié deux ans plus tard à une jeune et flamboyante divorcée, fille d’un vieil ami qui siégeait au comité directeur de la Société Blanchard’s. En fait, Jinty n’était guère plus âgée que Boyd, enfant unique et seul héritier de Rupert.
En privé, Robbie n’appelait Jinty que « l’autre » et n’était pas le seul de la famille à attendre que ce mariage se solde par un divorce, agrémenté d’un retentissant procès. Cependant, chacun avait la sagesse de garder ses pensées pour soi, à l’exception notable de Géraldine, sœur aînée de Rupert et célibataire endurcie, qui n’hésitait jamais à proclamer tout haut ce que sa famille aurait préféré qu’elle taise.
— De toute façon, reprit Leona, je te ferai remarquer que nous n’étions pas en train de parler de Boyd mais de toi. Pourquoi diable passes-tu ton temps à te dénigrer ?
— La réponse, grommela Robbie, tient en un mot que tu connais très bien : autodépréciation. Je souffre d’un manque caractérisé d’estime pour moi-même.
Son ton boudeur rappela à Leona le petit garçon de six ans, malheureux et rebelle, qu’elle avait découvert quatorze ans plus tôt.
— Le problème, poursuivit-il, les yeux mi-clos, est que j’ignore qui je suis : mon père, Carlo, me rejette en bloc, ton père, mon beau-père, est un homme bon, un véritable gentleman de la vieille école mais se demande toujours que faire de moi. Quant à ma très chère mère, elle ne m’a, pour sa part, jamais aimé ; son attitude est d’ailleurs facile à comprendre : je ne lui ressemble pas du tout et ne fais rien pour la rendre fière de moi. Essayer serait d’ailleurs peine perdue… Je lui rappelle trop Carlo et leur mariage raté. Autrement dit, je ne suis qu’un Blanchard adoptif qui embarrasse tout le monde.
— S’il te plaît, Robbie, ne recommence pas ! De plus, es-tu vraiment obligé de t’avachir sur mon sofa tout neuf pour raconter tes inepties ?
Leona se moquait bien du laisser-aller de son beau-frère mais il lui fallait coûte que coûte détourner la conversation. Tentant de rendre son mécontentement plus crédible, elle posa les mains sur les hanches et lui jeta un regard qu’elle espéra courroucé.
— Totalement obligé, ma Leona, répondit-il en la regardant par-dessous ses longs cils. Il est si confortable ! Tu as un goût exquis, d’ailleurs tu n’as que des qualités. Dieu sait ce que je serais devenu sans toi… Tu es ma grande sœur, ma confidente et mon unique vrai soutien, le seul membre de ta famille à ne pas me considérer comme un raté.
— Mais non !
— Mais si ! Dans leur for intérieur, ils attendent tous de me voir passer sous un bus ou disparaître dans la nature. C’est encore ce que je pourrais faire de mieux pour leur plaire.
Au lieu de détourner la conversation, Leona en profita pour s’engouffrer dans la brèche qu’il venait d’entrouvrir.
— C’est ton faible pour le jeu qui les rend méfiants à ton égard, Robbie. Il faut absolument que tu fasses un effort dans ce domaine.
Comment l’y aider ? Aucune chance, avec l’influence qu’exerçait sur lui la petite bande d’oisifs qu’il fréquentait. Il fallait également avouer que pour cet être fragile, instable mais sans méchanceté, le nom de Blanchard, pourtant synonyme de pouvoir, de prestige et de richesse, était un véritable fardeau à porter.
Heureusement, Leona avait quelque influence sur lui. Leur éducation commune les rapprochait autant qu’un lien du sang et l’adoption plénière du petit Roberto Giancarlo D’Angelo, dit Robbie, par le père de Leona en faisait un membre de la famille à part entière.
Elle posa sa main pâle sur celle, couleur d’ambre, de Robbie.
« Pur Art nouveau », avait décrété Boyd plus d’une fois devant ses courbes pleines et déliées et ses cheveux flamboyants qui ondulaient jusqu’au milieu de son dos.
Mais, en fait, il préférait les brunes capiteuses.
Surtout, ne pas penser à Boyd.
— Je te promets de faire un effort, Leona.
La voix de Robbie la ramena à la réalité. Il imitait, avec un certain talent, le timbre haut perché d’une commère.
— Oh, ce Robbie, il n’est vraiment pas comme les autres… ! Qu’a-t-il encore inventé ?
Leona sourit.
— Ne me dis pas qu’elles ne médisent pas derrière mon dos…
Sur ce plan, il lui était impossible de le contredire, on dénigrait assurément beaucoup Robbie et Delia, sa mère, se contentait d’approuver en poussant des soupirs de pure forme.
— Ne t’inquiète pas, petit frère. Boyd veille, tu sais bien qu’il a des yeux et des oreilles partout.