Le scandale en héritage - La force du souvenir

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Le scandale en héritage, Caitlin Crews

Depuis qu’elle a été engagée comme assistante du prince héritier de Kitzina, Adriana est aux anges : elle adore son travail qui lui permet d’œuvrer pour le bien du royaume. Et n’est-ce pas là son devoir, à elle, la descendante d’une longue lignée d’aristocrates égoïstes et sans morale ? Mais lorsqu’elle apprend que sa prochaine mission consiste à veiller sur le jeune frère de son patron, le prince Pato, dont la vie dissolue s’étale dans tous les tabloïds d’Europe, Adriana sent son sang se glacer. Play-boy cynique et arrogant, Pato représente tout ce qu’elle déteste, mais aussi tout ce qu’elle s’interdit. Car il lui suffit de croiser son regard brûlant pour ressentir un désir aussi insensé que dangereux…

+ 1 roman gratuit : La force du souvenir, Elizabeth Power

Publié le : jeudi 1 mai 2014
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280317436
Nombre de pages : 288
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1.

Son Altesse royale le prince Patricio, l’homme le plus débauché du royaume de Kitzinia — voire du monde entier — et le drame de l’existence d’Adriana Righetti, était étendu sur son lit, dans ses vastes appartements du palais. Il dormait profondément, bien qu’il soit midi passé de trois minutes.

Et il n’était pas seul, comme Adriana le constata dès qu’elle entra dans la pièce.

A en croire les magazines people européens, Pato, qui n’avait ni les responsabilités de son aîné, héritier de la couronne, ni le moindre soupçon de décence ou de moralité, n’avait jamais dormi seul depuis sa puberté. Aussi s’attendait-elle à le trouver dans les bras de sa conquête du jour — sans doute la rousse avec laquelle il s’était donné en spectacle aux fiançailles de son frère, la veille…

Imbécile.

L’agacement qui lui avait fait traverser le palais d’un pas rageur s’accentua encore lorsqu’elle se planta devant le lit immense du prince. Seigneur, la rousse et une brune ! Les deux femmes nues étaient drapées autour du trésor royal de Kitzinia : le torse mince et hâlé du prince Pato. Sa perfection masculine était en partie dissimulée par le drap, qui descendait scandaleusement bas sur ses hanches.

Un « scandale » tout relatif dans ce contexte.

— Ne sois pas timide… Il y a encore de la place.

Adriana reporta son attention sur le visage du prince Pato et parvint à rester impassible sous son regard moqueur.

— Je suis tentée… mais je crains de devoir refuser, répondit-elle sèchement.

— C’est un sport qui se passe de public.

Pato écarta la brune de son torse avec une délicatesse qui prouvait son expérience et se redressa sur ses coudes sans se soucier de faire glisser le drap. Adriana retint son souffle, mais le tissu s’arrêta juste à temps pour préserver le peu de pudeur qui restait au prince. La rousse roula sur le côté tandis que Pato passait sa main dans ses cheveux trop longs. Ses yeux noisette pétillaient d’amusement.

Il lui sourit avec un air de défi.

— Rejoins-nous ou va-t’en ! ordonna-t-il.

Sans voix, elle le contempla dans sa débauche assumée. Le prince Pato, coureur de jupons notoire et brebis galeuse de la famille royale de Kitzinia, n’était décidément qu’hédonisme et égoïsme. A vrai dire, et elle aurait préféré se trouver n’importe où ailleurs que près de lui.

N’importe où.

Hélas, elle n’avait pas le choix. Elle était l’assistante personnelle du prince héritier Lenz depuis trois ans et elle adorait son travail. Même s’il l’obligeait souvent à rattraper les bourdes de Pato : procès en reconnaissance de paternité, accidents de voiture, actes irréfléchis et/ou provocateurs qui faisaient les gros titres de tabloïds… Il était l’épine dans le pied de son aîné — et dans le sien, par conséquent…

Puisque Pato ne pouvait même pas se tenir tranquille aux fiançailles de son frère, elle avait pour mission de le surveiller pendant les deux mois qui les séparaient du premier mariage royal de cette génération.

A vrai dire, elle n’arrivait toujours pas à y croire. Comment avait-on pu la démettre de ses fonctions de bras droit du futur roi pour la charger de surveiller les enfants ? Malgré ses bons et loyaux services ! Alors qu’elle croyait pouvoir enfin laver la tache qui souillait les Righetti, un nom autrefois glorieux…

— Quelqu’un doit s’occuper de Pato, lui avait dit le prince Lenz dans son bureau, quelques heures plus tôt.

Adriana souffrait de le voir porter de si lourds fardeaux. Elle était prête à faire n’importe quoi pour l’aider, mais elle aurait aimé qu’il lui demande autre chose, car Pato l’insupportait.

— Le mariage aura lieu dans deux mois, lui avait dit le prince. Les enjeux sont trop grands pour qu’on continue de lire ses exploits habituels à la une des journaux.

Oh ! elle était bien consciente des enjeux ! Lenz était sur le point d’épouser la princesse Lissette. Cette femme était un vrai personnage de conte de fées et aurait enchanté le public si Pato avait pu se faire oublier… Kitzinia était un petit pays niché au cœur des Alpes, connu pour ses stations de ski, ses lacs paisibles et ses résidences luxueuses. Un pays dont l’économie reposait essentiellement sur le tourisme avait besoin de contes de fées, pas de princes qui semblaient décidés à gâcher leur vie devant le plus grand nombre de photographes possible !

Deux mois de cet enfer, songea-t-elle en soutenant le regard amusé de Pato. Deux mois à subir ses conquêtes interchangeables, ses orgies et son mépris pour tout ce qui n’est pas son plaisir immédiat !

Mais c’était Lenz qui le lui avait demandé. Lenz, qui valait bien mieux que son frère et l’avait embauchée malgré la renommée désastreuse de sa famille. Pour lui, elle aurait marché sur des braises. Elle devait y arriver.

— Avec tout le respect que je vous dois, Votre Altesse, je préférerais mourir plutôt que d’entrer dans le cirque qui vous tient lieu de lit.

Pato éclata de rire.

Malgré elle, elle frissonna. Le rire de cet homme — comme tout le reste de sa personne — était irrésistible. C’était si injuste ! Si le physique des gens avait reflété ce qu’ils étaient à l’intérieur, c’était Lenz qui aurait eu ces cheveux dorés, ce visage fin, ces lèvres sensuelles et cette musculature qui inspiraient les artistes et faisaient se pâmer les femmes. C’était Lenz, et non Pato, qui aurait dû hériter de la beauté légendaire de leur mère défunte. Il aurait dû avoir ces pommettes hautes, ces yeux étincelants, cette grâce naturelle et ce sourire qui causaient des émeutes.

Ce n’était tout simplement pas juste.

Pato quitta les bras de ses deux compagnes, fit basculer ses longues jambes au bord du lit et se leva en enroulant le drap autour de sa taille — sans doute autant pour cacher sa nudité que pour provoquer Adriana en lui infligeant celle de ses amies. Les yeux plissés, elle le regarda s’étirer longuement et paresseusement, comme un chat arrogant. Son regard furieux devait l’amuser car il lui adressa un sourire. Un sourire qui s’élargit encore lorsqu’elle se raidit à son approche.

— Que fait le toutou de mon frère dans ma chambre de si bonne heure ? demanda-t-il sans véritable curiosité. Avec un air aussi renfrogné et réprobateur que d’habitude…

Il la mit mal à l’aise en l’observant avec attention.

— Pour commencer, il est plus de midi, répondit-elle en tapotant sa montre et en se répétant qu’elle n’accordait aucune importance au fait qu’il lui trouve l’air renfrogné. Personne ne considère qu’il est tôt.

— Ça dépend de ce qu’on a fait la veille, répliqua-t-il d’un ton qui la troubla. Ce que j’ai fait hier était sûrement bien plus énergique que ce que te réserve cette nouvelle journée de travail.

Adriana jeta un coup d’œil à l’amoncellement de chair sur le lit, puis soutint le regard de Pato en haussant un sourcil. Il éclata encore de rire, comme s’il la trouvait follement divertissante. Servir à l’amusement de Pato était bien la dernière chose qu’elle voulait ! A vrai dire, s’il n’avait tenu qu’à elle, elle n’aurait jamais eu affaire à lui…

Mais ce n’était pas d’elle qu’il s’agissait, se rappela-t-elle sévèrement.

— Ensuite, reprit-elle en le fusillant du regard, il est temps pour vos compagnes de nous quitter, quelle que soit l’énergie qu’elles ont dépensée hier — et je ne tiens pas à connaître les détails. Nous les lirons dans les journaux, comme d’habitude. Daignez-vous vous en charger ou dois-je appeler les gardes ?

— Proposes-tu de prendre leur place ? demanda-t-il d’une voix traînante.

Malgré elle, Adriana baissa les yeux vers son torse bronzé et finement sculpté.

Pour l’amour de Dieu ! se tança-t-elle. Tu as déjà vu tout ça… comme n’importe qui disposant d’une connexion internet.

Elle avait même vu les photos trop crues pour être publiées — dont Pato n’avait fait que rire alors que tout le palais grinçait des dents. Elle n’ignorait donc rien de son anatomie, mais ne s’était jamais retrouvée aussi près de lui dans sa tenue favorite.

C’était… très différent.

Lorsqu’elle releva les yeux, il posait sur elle un regard bien trop appuyé.

— J’aime commander dans mon lit, dit-il avec un mouvement des lèvres trop sexy pour être un sourire. Mais ne t’inquiète pas : je te rendrai le séjour plaisant si tu sais obéir.

L’air se chargea d’une électricité dérangeante.

— Votre CV sexuel m’intéresse d’autant moins qu’il remplit les pages des journaux à scandale depuis des années, répliqua-t-elle d’une voix aussi sèche que possible.

A vrai dire, elle ne s’attendait pas à être aussi troublée en sa présence. N’avait-elle pas toujours cru ressentir le plus profond dégoût pour cet homme ? Et c’était bien le cas — du moins, au plan moral.

Il la prit de court en tirant sur le col de la veste chic qu’elle portait sur sa jupe crayon. Il tira trois fois… tandis qu’elle restait simplement hébétée.

Quand elle recouvra ses esprits, les bras de Pato étaient retombés le long de son corps et il avait ouvert sa veste. Sa peau n’était plus protégée de son regard brûlant que par un léger caraco de soie rose.

Adriana déglutit avec peine, pendant que Pato lui offrait son plus charmant sourire.

— Première règle : tu es trop habillée, annonça-t-il d’une voix grave qui fit battre son cœur plus vite. J’aime voir de la peau.

Pendant quelques instants, Adriana éprouva un léger vertige et une bouffée de chaleur inquiétante.

Mais elle se força à respirer, et la raison lui revint avec l’oxygène. Pato la provoquait. Elle ne devait pas entrer dans son jeu.

— Ça ne marchera pas, déclara-t-elle froidement en s’interdisant de reboutonner sa veste.

C’était sans doute ce qu’il s’attendait à la voir faire — avant qu’elle ne prenne ses jambes à son cou, comme tous les employés que Lenz avait chargés de veiller sur son frère. Mais elle n’était pas faite du même bois et il ne tarderait pas à s’en rendre compte !

Les yeux dorés de Pato pétillèrent, comme s’il prenait plaisir à la voir lui tenir tête.

— Vraiment ? Tu en es sûre ?

Fièrement, elle se redressa et releva le menton.

— Je ne suis plus le toutou de votre frère. Grâce à votre comportement scandaleux d’hier, qui a profondément offensé votre future belle-sœur, sa famille et tout le corps diplomatique, je suis le vôtre jusqu’au mariage.

— Vraiment ? demanda-t-il en la regardant comme s’il voulait la dévorer toute crue. Tu es toute à moi ?

Adriana s’efforça d’ignorer les battements affolés de son cœur et la chaleur qui se répandait dans son ventre.

Il essaie de te faire perdre ton sang-froid, se rappela-t-elle.

— Ne vous emballez pas, répliqua-t-elle avec une ironie qu’elle aurait aimé ressentir. Je suis votre assistante, votre secrétaire, votre baby-sitter… Appelez-moi comme vous voudrez : mon travail reste le même.

Pato sourit avec sa nonchalance habituelle — mais quelque chose de plus vif brilla un instant dans son regard.

— Je ne veux pas d’animal de compagnie. Et si j’en voulais un, je ne prendrais sûrement pas une poule qui secoue ses plumes d’un air outragé chaque fois que je respire.

— Pas quand vous respirez. Seulement quand vous faites quelque chose. Ou quand vous ouvrez la bouche. Ou quand… vous retirez vos vêtements aussi facilement que les gens normaux se serrent la main.

Elle baissa les yeux vers son torse, qui occupait une trop grande partie de son champ visuel et n’aurait pas dû lui faire autant d’effet.

— Va-t’en ! répondit-il en la chassant du revers de la main. Retourne voir mon noble et vertueux frère, et dis-lui que je mange dix poulets comme toi au petit déjeuner !

— Quel dommage que vous l’ayez manqué, comme d’habitude… Je reste, Votre Altesse. Donnez-moi les surnoms que vous voudrez, vous n’arriverez pas à m’offenser.

— D’après toi, j’offense la princesse Lissette et toute sa famille sans même le faire exprès. Imagine comme je pourrais être dangereux si ça devenait mon but…

— Je n’ai pas besoin de l’imaginer : c’est moi qui ai étouffé vos cinq derniers scandales — cette année.

— Plusieurs médecins que je n’ai jamais rencontrés ont affirmé dans des publications barbantes que j’étais accro à l’adrénaline, reprit-il. Ça doit vouloir dire que j’aime les défis. Et si nous mettions cette théorie à l’épreuve ?

Il la regardait comme s’il la savait envahie par une chaleur de plus en plus dangereuse.

— Je ne vous défie pas, Votre Altesse, répliqua-t-elle en conservant à grand-peine son impassibilité. Vous ne pouvez pas m’offenser parce que je me moque de ce que vous pensez de moi.

— Mais je suis un prince du royaume… En tant qu’employée du palais et que sujet du royaume, tu te dois de satisfaire mes moindres caprices, non ? J’ai déjà quelques petites idées.

Pourquoi lui faisait-il autant d’effet ? Ce n’était pas la première fois qu’ils se parlaient — même si c’était la plus longue et la moins habillée de leurs entrevues. C’était aussi la première fois qu’elle était au centre de son attention. En général, elle n’en était pas loin. C’était une différence de taille, qui la faisait vibrer bien malgré elle.

— Mon rôle consiste à vous empêcher de nuire à votre frère pendant les deux prochains mois, déclara-t-elle.

Elle se força à sourire en se rappelant qu’elle avait appris à garder son calme dans toutes les situations, alors pourquoi pas celle-ci ?

— Et je vous préviens, Votre Altesse : je suis une très bonne employée, conclut-elle.

— Pour ma part, je n’entends que des défis, murmura-t-il en inclinant la tête sur le côté. Et j’avoue que c’est un vrai chant des sirènes…

— Résistez-y !

Pato lui décocha un grand sourire. Sa désinvolture apparente cachait quelque chose de dangereux. Il jouait avec elle pour une raison qui lui échappait, et cela la déconcertait.

— Votre frère n’est pas le seul à vouloir que je veille sur vous, ajouta-t-elle, prise du besoin subit de se raccrocher à quelque chose. Votre père, aussi.

Sans comprendre pourquoi, puisque Pato resta immobile et impassible, Adriana sentit quelque chose bouger en lui. Elle en fut aussi certaine qu’elle le savait dangereux — plus qu’il n’aurait dû l’être avec un drap autour de la taille et les cheveux ébouriffés.

— Tu dégaines déjà ta meilleure arme ? s’étonna-t-il avec une douceur qui la fit frémir. Ai-je réussi à t’atteindre ? D’un point de vue tactique, tu aurais mieux fait de garder ça pour toi.

— Je vous informe de la situation, répliqua-t-elle avec une légère appréhension, comme si elle l’avait sous-estimé.

Sauf que c’était impossible : c’était Pato.

— Je ne me permettrais pas de désobéir à mon roi, répondit-il sur un ton qu’elle ne parvint pas à interpréter et qui l’intrigua. S’il veut charger une Righetti de m’imposer une moralité assommante, soit. J’apprécie l’ironie…

Adriana éclata de rire, non parce que c’était drôle, mais parce qu’elle ne s’attendait pas à recevoir ce coup de sa part. Elle aurait dû. Elle était stupide, songea-t-elle en luttant contre un désespoir familier. Elle aurait dû quitter Kitzinia comme ses frères et ses cousins pour aller vivre dans l’anonymat à l’étranger. Pourquoi s’obstinait-elle à croire qu’elle pouvait, à elle seule, laver la tache qui souillait toute sa lignée ? Personne, dans le royaume, ne l’oubliait jamais.

Elle offrit à Pato le sourire dont elle avait appris, au fil des années, qu’il était la seule réponse possible.

— Je m’étonne que vous connaissiez mon nom, même si je travaille au palais depuis longtemps.

— Tu finiras par t’apercevoir que tout le monde connaît ton nom, Adriana. On dit que les chiens ne font pas des chats…

Il haussa les épaules.

Elle ne comprit pas pourquoi cela lui fit l’effet d’un coup de poing. Il ne faisait qu’énoncer un fait — et moins grossièrement que d’autres.

— Oui. Almado Righetti a fait un choix désastreux il y a cent ans, répondit-elle avec calme.

Elle ne rougit pas et ne cilla même pas. Elle avait dépassé cela depuis l’école primaire, parce que la survie l’exigeait.

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