Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 3,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB

avec DRM

Le secret d'Allegra

De
160 pages
L'héritage des Di Sione
 
Une puissante dynastie bouleversée par l'amour
 
En voulant à tout prix récupérer la boîte Fabergé de son grand-père, Allegra Di Sione s’est mise dans une situation impossible. Comment a-t-elle pu croire que de s’introduire secrètement dans la chambre du cheikh Rahim pour lui subtiliser l’objet serait une bonne idée ? Surprise sur les lieux par Rahim lui-même, elle a préféré improviser une tentative de séduction afin d’éviter d’être accusée de vol par l’éminent souverain. Seulement, elle ne s’attendait pas à ce que l’attirance irrépressible qu’elle ressent pour le prince soit partagée ! Et, maintenant qu’elle a réussi à récupérer le précieux trésor de son grand-père, un autre problème s’impose à elle : elle est enceinte de l’homme qu’elle a volé, l’un des plus puissants de la planète…
Voir plus Voir moins
Couverture : Maya Blake, Le secret d’Allegra, Harlequin
Page de titre : Maya Blake, Le secret d’Allegra, Harlequin

1.

Allegra refusa avec un pâle sourire la coupe de champagne que lui proposait l’hôtesse. Heureusement, la première classe était presque vide et son désarroi n’avait pas de témoins. Elle était anéantie par la nouvelle que son frère Matteo lui avait apprise deux jours plus tôt.

Pourquoi son grand-père lui avait-il caché la gravité de sa maladie ? Elle savait qu’il avait subi des examens parce que les médecins craignaient une rechute de sa leucémie, mais, quand elle lui avait demandé deux mois plus tôt si les résultats étaient bons, il avait répondu par l’affirmative. A présent, elle savait.

Un an.

Allegra sentit sa gorge se nouer. L’espérance de vie de son grand-père ne dépassait pas un an. Il ne serait plus là à Noël prochain… Comment accepter cette idée ? Elle refoula ses larmes alors que l’hôtesse revenait vers elle. Pas question de laisser quiconque la voir dans un moment de faiblesse. A une époque où n’importe qui pouvait diffuser n’importe quoi sur les écrans du monde entier, il était plus que jamais primordial de faire bonne figure en toutes circonstances.

Allegra Di Sione, l’aînée des petits-enfants d’un des hommes les plus puissants du monde, ne pouvait pas se permettre de se donner en spectacle. D’autant plus qu’elle était également la figure emblématique de la Fondation Di Sione, l’organisation caritative qu’elle dirigeait. Une mission qu’elle prenait particulièrement à cœur, même si l’engagement total que celle-ci exigeait lui valait une vie très solitaire.

Allegra regarda par le hublot tandis que l’avion roulait lentement sur une piste de l’aéroport international de Dubaï sous un soleil éclatant. Le dernier gala de bienfaisance organisé par sa fondation avait connu un grand succès. D’après ses collaborateurs c’était leur plus belle réussite à ce jour, et le total des fonds recueillis avait pratiquement doublé par rapport à l’année dernière. Elle en était évidemment très fière, mais elle ne pouvait s’empêcher de ressasser ce que lui avait révélé Matteo lors de ce gala.

Son frère ne lui avait pas seulement appris que leur grand-père était gravement malade. D’après lui, l’histoire que Giovanni Di Sione leur avait si souvent racontée quand ils étaient plus jeunes ne devait rien à l’imagination. Du plus loin que remontaient ses souvenirs, l’histoire des Trésors perdus de son grand-père l’avait toujours fascinée. Il était vrai qu’à une époque elle s’était demandé si son grand-père n’avait pas eu une vie aussi décadente que celle de leurs parents et s’il ne puisait pas son inspiration dans des faits vécus. Mais elle avait très vite écarté cette idée. Son grand-père était resté dévoué à sa grand-mère jusqu’à la mort de celle-ci, et sa loyauté faisait partie des nombreuses qualités qu’elle admirait chez lui. Par ailleurs, en dehors de sa famille, la prospérité de son empire industriel avait toujours été la priorité numéro un de Giovanni. Découvrir après tant d’années que l’histoire des Trésors perdus contenait bien un fond de vérité avait été un véritable choc.

Mais ce qui l’avait totalement bouleversée, c’était le regard de Matteo quand il l’avait pressée d’aller voir leur grand-père au plus vite…

L’avion accéléra dans un bruit infernal, puis s’éleva au-dessus du désert. Allegra inspira profondément. A six ans, elle avait dû faire face à la mort de ses parents au milieu d’une tempête médiatique effroyable. Malgré le vide immense laissé par sa mère, elle avait surmonté sa souffrance pour pouvoir prendre soin de ses six frères et sœurs.

Quoi que son grand-père ait à lui dire, elle ferait face. Elle était prête et parée à toute éventualité.

* * *

Elle avait eu beau se préparer pendant tout le vol à affronter cet instant, Allegra fut prise de tremblements lorsque la voiture s’engagea dans l’allée de la propriété où elle avait grandi avec ses frères et sœurs. Elle possédait un appartement à New York, dans l’Upper East Side, mais elle avait toujours le sentiment de rentrer chez elle quand elle se rendait à la résidence Di Sione de Long Island.

Comme toutes les maisons de famille, celle-ci abritait des souvenirs doux-amers, même si dans son cas et celui de ses frères et sœurs, ils étaient plus douloureux que joyeux. Au-delà du parc entourant le majestueux manoir, on apercevait le détroit de Long Island. Ce fut pourtant vers l’aile nord-ouest du bâtiment qu’Allegra tourna son regard.

C’était là qu’elle avait été accueillie avec ses frères et sœurs la nuit tragique où elle avait été témoin de la dernière dispute de ses parents. Deux heures après cette scène de ménage, une voiture de police s’était arrêtée devant chez eux. L’officier qui en était descendu avait annoncé à la fratrie que leurs parents avaient eu un accident qui les laissait désormais orphelins.

N’y pense plus.

Chassant ce souvenir éprouvant de son esprit, Allegra descendit de voiture. La porte du manoir s’ouvrit sur Alma, la gouvernante italienne qui faisait partie de la famille depuis toujours. Comme à son habitude, elle arborait un sourire chaleureux, mais son regard trahissait une inquiétude inhabituelle. Allegra ne manqua pas de remarquer cette pointe d’anxiété qui transparaissait sur le visage de la gourvernante.

— Mademoiselle Allegra, ça fait si longtemps, murmura-t-elle.

Allegra pénétra dans le hall de marbre, le cœur battant à tout rompre, cherchant du regard la silhouette familière de son grand-père.

— Où est-il ? Comment va-t-il ?

Le sourire d’Alma s’estompa.

— Le médecin a recommandé à signor Giovanni de garder la chambre, mais il dit qu’il se sent bien aujourd’hui… Il est dehors, à sa place favorite.

Allegra se détourna de l’imposant escalier qui desservait les trois étages pour se diriger vers l’aile ouest du manoir, où son grand-père avait l’habitude de prendre son petit déjeuner depuis toujours.

— Allegra ?

La détresse qui se lisait sur le visage de la gouvernante lui noua l’estomac. Elle n’avait pas mis en doute un seul instant la parole de son frère, mais Matteo semblait un peu distrait par la jeune femme qui l’accompagnait au gala à Dubaï. Au fond d’elle, elle avait espéré qu’il exagérait sans le vouloir la gravité de la situation. A en juger par l’air désemparé d’Alma, ce n’était pas le cas.

— Il a changé depuis la dernière fois que vous l’avez vu. Préparez-vous.

De plus en plus angoissée, Allegra s’éloigna dans le couloir sans même jeter un coup d’œil aux œuvres d’art qui ornaient le mur, éclairées par la lumière entrant à flots par de hautes fenêtres. Elle appréhendait trop l’instant où elle arriverait sur la terrasse. Malgré l’avertissement d’Alma, le choc fut tel qu’elle se figea dans l’encadrement de la porte-fenêtre. Elle s’attendait à trouver son grand-père assis dans son fauteuil préféré. La vue du lit médicalisé équipé d’un réservoir d’oxygène lui coupa le souffle.

Couvert jusqu’à la taille par des plaids en cachemire, son grand-père respirait avec une difficulté manifeste et ses paupières étaient closes. Le plus déchirant, c’était son teint terreux et la maigreur de son visage. La transformation depuis la dernière fois qu’elle l’avait vu, deux mois plus tôt, était saisissante.

— Tu vas rester plantée là comme une statue toute la journée ?

Elle tressaillit et se dirigea d’un pas mal assuré vers la silhouette dont la fragilité était soulignée par le soleil matinal.

— Grand-père…

— Assieds-toi, dit Giovanni en tapotant le lit d’une main faible.

Elle s’exécuta. Les yeux bleus de son grand-père avaient perdu un peu de leur éclat, mais son regard était toujours aussi expressif. Comme le suggérait son ton bourru, l’émigrant plein de projets arrivé à Long Island plus d’un demi-siècle plus tôt restait un homme de caractère. Dieu merci, la maladie n’affaiblissait que son corps. Le contraire aurait été insupportable… Déglutissant péniblement, Allegra s’efforça de masquer son émotion.

— Pourquoi ne m’as-tu rien dit ? Nous nous sommes souvent parlé au téléphone depuis ma dernière visite. Pourquoi ne m’as-tu pas fait prévenir plus tôt ?

— Tu avais d’autres préoccupations.

— De quoi parles-tu ?

— Je sais ce que le gala représentait pour toi. D’après ce que j’ai entendu dire, ça a été une grande réussite. Je ne voulais pas que tu t’inquiètes pour un vieil homme alors que tu avais un événement aussi important à organiser.

— Mon travail ne sera jamais aussi important que toi. Tu le sais bien. Tu aurais dû me prévenir plus tôt !

Un sourire contrit étira les lèvres de son grand-père.

— Considère-moi comme suffisamment réprimandé.

— Je suis désolée.

— Il ne faut pas. Ta ferveur est l’une des nombreuses raisons pour lesquelles je suis fier de toi, piccola mia, dit-il en ouvrant la main.

Elle mit la sienne dedans et sentit son cœur se serrer en constatant que ses doigts avaient perdu leur force habituelle.

— Alors Matteo t’a parlé ? demanda-t-il.

La gorge nouée, elle hocha la tête.

— Tu as rechuté et les médecins te donnent un an ?

Plongeant son regard dans le sien, son grand-père hocha la tête.

— Si. Et une nouvelle greffe est exclue. La dernière fois, c’était déjà très risqué d’après eux.

— Ils ne peuvent vraiment rien faire ? Tu es sûr ? Je pourrais téléphoner à…

— Allegra, cara mia, ce n’est pas pour ça que je t’ai demandé de venir. J’ai dépassé de quinze ans le sursis estimé lors du premier diagnostic. J’ai eu une belle vie et de nombreuses satisfactions. J’ai accepté mon destin. Mais avant de partir…

— S’il te plaît, ne parle pas comme ça.

Giovanni lui lança un regard compatissant, puis il secoua la tête.

— Tu l’accepteras comme tu as accepté des tas de choses pénibles au cours de ta vie. Tu es forte, Allegra mia. Et tu seras encore plus forte cette fois. Je le sais.

Il serait très tentant de refuser la réalité, mais ce n’était pas dans ses habitudes, se dit-elle. Son enfance avait pris fin brutalement après l’accident qui avait coûté la vie à ses parents. Trois des enfants Di Sione avaient été envoyés en pension, mais elle avait dû s’occuper des trois plus jeunes. Et si elle n’avait pas toujours réussi à être le meilleur modèle pour ses frères et sœurs, elle avait toujours fait de son mieux pour leur rendre la vie aussi agréable que possible. Entre une succession ininterrompue de nurses et un grand-père accaparé par le développement de ses multiples sociétés, elle avait essayé de leur apporter une certaine stabilité. Ses efforts n’ayant pas toujours été couronnés de succès, Giovanni avait dû intervenir plus d’une fois. Cependant, même si chaque échec l’avait fait douter un peu plus d’elle-même, elle n’avait jamais fui ses responsabilités. Sa famille passait avant tout le reste. Depuis toujours.

Prenant une profonde inspiration, elle demanda :

— Qu’attends-tu de moi ?

Le visage de Giovanni reprit un peu de couleur, et il se redressa dans le lit.

— Je voudrais que tu retrouves pour moi une chose très précieuse que j’ai perdue il y a longtemps.

— Bien sûr. Je vais appeler le directeur de l’agence d’investigations que je…

— Non, je me suis mal exprimé. Je n’ai pas besoin que tu retrouves cet objet, mais que tu me le rapportes. Je sais où il se trouve.

Allegra plissa le front.

— Mais alors, pourquoi n’envoies-tu pas quelqu’un le chercher ?

— Je veux que ce soit toi qui le récupères.

— Je ne comprends pas…

— Tu te rappelles l’histoire de mes Trésors perdus ?

— Celle que tu nous racontais quand nous étions enfants ? Matteo m’a dit que tu lui avais demandé d’en retrouver un. Alors c’est vrai ? Ils existent vraiment ?

Giovanni sourit tristement.

— Oui, cette histoire est vraie. Je les ai vendus pour pouvoir créer ma première société. Mais aujourd’hui…

Il s’interrompit un instant, le regard embué de larmes.

— Aujourd’hui, j’ai besoin de les retrouver avant de mourir.

Comment refuser cette faveur à l’homme qui avait apporté tant d’amour à ses petits-enfants malgré ses innombrables responsabilités ? Le cœur serré, Allegra hocha la tête.

images
4eme couverture
Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin