Le secret de ses yeux - La mélodie du désir

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Le secret de ses yeux, Andrea Laurence

Pourquoi ne se souvient-elle de rien ? Pourquoi son nom – Cynthia Dempsey -, son travail, son appartement, sa famille, ne font resurgir aucun souvenir à sa mémoire ? Depuis l’accident, c’est bien simple, elle ne sait plus qui elle est. Mais dans cet océan d’incertitude, une chose est sûre, cependant : Will Taylor, l’homme qui se dit être son fiancé, éveille en elle une passion intense, brûlante. Alors, même s’il lui avoue que, juste avant qu’elle ne perde la mémoire, il s’apprêtait à la quitter, elle sait qu’ils sont faits l’un pour l’autre. Aussi décide-t-elle de profiter de cette nouvelle chance qui leur est offerte, et de conquérir ce fiancé qu’elle a oublié…

La mélodie du désir, Karen Rose Smith

Mikala s’est toujours demandé quel effet cela lui ferait d’embrasser Dawson Barrett. Et la réponse lui est enfin donnée, quinze ans après leur première rencontre… C’est comme une symphonie, une ballade obsédante qui résonne au plus profond de son cœur. Une vague de désir la submerge, avant que tout s’arrête, brusquement : la mélodie, la débauche de sensations, le sentiment enivrant d’être désirée. Elle doit se reprendre, et vite… Car si Dawson se trouve chez elle aujourd’hui, c’est parce qu’il l’a embauchée pour s’occuper de son fils Luke. Et entre eux, il n’y aura jamais rien d’autre qu’une relation purement professionnelle…
Publié le : vendredi 1 février 2013
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280297103
Nombre de pages : 432
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Quatre semaines plus tard.
— Cynthia ? La voix féminine lui parvint comme à travers un brouillard, la tirant du sommeil réparateur dont son corps avait tant besoin. Elle aurait voulu lui dire de se taire, qu’elle était plus heureuse endormie parce qu’elle en oubliait sa souffrance, mais la voix insistait pour qu’elle se réveille. — Cynthia, Will est ici. Chaque fois qu’elle entendait prononcer son propre prénom, un déclic se produisait dans son cerveau, mais sans qu’elle en comprenne la signiîcation. C’était une sensation obsédante et agaçante, comme si un papillon venait se poser sur son épaule et s’envolait dès qu’elle essayait de l’attraper. — Je ferai mieux de revenir plus tard. Elle a besoin de se reposer. La voix masculine, chaude et profonde, la rapprocha un peu plus de l’état de conscience, son corps réagis-sant malgré elle à ce son mélodieux. Curieusement, cet homme avait eu ce pouvoir étrange sur elle dès la première fois où elle l’avait entendu parler. — Non, elle fait la sieste. D’ailleurs, les médecins
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veulent qu’elle se lève, qu’elle s’intéresse à ce qui se passe autour d’elle et qu’elle prenne part aux conversations. — A quoi bon, puisqu’elle ne reconnaït aucun d’entre nous ? — D’après les médecins, elle peut recouvrer la mémoire à tout moment, protesta la femme d’une voix peinée. La meilleure chose que nous puissions faire pour l’aider, c’est lui parler. Je sais que c’est difîcile, mais nous devons tous faire cet effort. Cynthia, ma chérie, réveille-toi. Sortant peu à peu de sa torpeur, elle ouvrit les yeux. Il lui fallut un moment pour prendre conscience de ce qui l’entourait. D’abord, les néons de sa chambre d’hôpital, puis le visage d’une femme d’âge mûr penché au-dessus d’elle. Qui était-elle, déjà ? Ah, oui, sa mère, Pauline Dempsey. Du moins, c’est ce qu’on lui avait dit. C’était vraiment décourageant de voir que même la femme qui lui avait donné la vie suscitait aussi peu de réaction dans son cerveau. Cela dit, elle était ravissante aujourd’hui. Elle avait dû aller chez le coiffeur, car ses mèches grises avaient disparu et sa chevelure brune, plus courte, se balançait souplement au gré de ses mouvements. Elle avait noué à son cou un foulard de soie avec des eurs imprimées, assorti au bleu de son tailleur-pantalon et au vert de ses yeux. Cynthia aurait voulu lui arranger son foulard de manière plus atteuse, mais l’écharpe qui protégeait son bras cassé l’en empêchait. Pourtant, ce léger changement aurait fait toute la différence, même si elle ignorait d’où lui venait cette pensée. L’amnésie était un bien étrange compagnon. — Will est ici, ma chérie. Tandis que Pauline pressait un bouton pour redresser
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la tête du lit, elle chassa cette pensée importune. D’une main maladroite, elle lissa sa chevelure derrière ses oreilles et rajusta l’écharpe qui maintenait son bras lourdement plâtré. Maintenant qu’elle était en position assise, elle aper-cevait Will installé sur une chaise au pied du lit. On lui avait dit qu’il était son îancé. A la vue de ce bel homme élégamment vêtu, elle avait beaucoup de mal à le croire. Ses cheveux châtain clair étaient coupés courts, mais sufîsamment longs sur le dessus pour lui permettre d’y passer de temps à autre une main nerveuse. Ses traits étaient aristocratiques et anguleux, à l’exception de ses lèvres charnues qu’elle prenait plaisir à contempler pendant qu’il parlait. Ses prunelles étaient bleues, mais sans qu’elle en connaisse la nuance exacte, car elle évitait de le regarder trop longtemps dans les yeux. Curieusement, elle éprouvait une certaine gêne face à lui. Peut-être à cause de l’absence d’émotion qu’elle percevait dans son regard. Ou à cause de la façon insistante avec laquelle il ne cessait de l’examiner. Elle ignorait tout de leur relation, mais au cours de ces dernières semaines, elle en était arrivée à la triste conclusion que son îancé ne l’aimait pas. Il se tenait toujours en retrait, la contemplant avec méîance ou perplexité selon ce qu’elle disait ou faisait, voire avec une totale indifférence malgré son état pitoyable. Rien que d’y penser, elle eut envie de pleurer, mais elle ravala ses larmes de peur de voir les inîrmières accourir et lui donner un calmant qui anesthésierait sa souffrance physique et morale. Elle concentra donc son attention sur la tenue vesti-mentaire de Will. Elle avait découvert qu’elle aimait regarder la façon dont les uns et les autres s’habillaient
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et coordonnaient leurs vêtements. Comme à son habitude, il portait un costume. Celui d’aujourd’hui était gris anthracite, avec une chemise bleue et une cravate aux motifs en forme de losange. Il dirigeait un grand quotidien et ne pouvait lui rendre visite qu’à l’heure du déjeuner ou tard le soir, sauf quand il avait des réunions. Et il en avait beaucoup. Du moins, c’est ce qu’il disait. Mais ce n’était peut-être qu’un prétexte pour fuir sa compagnie. — Bonjour, Will, articula-t-elle plus maladroitement qu’elle n’aurait voulu. Les multiples interventions chirurgicales qu’elle avait subies au visage s’étaient bien passées, toutefois la guérison était loin d’être terminée. Elle avait perdu ses dents de devant lors de l’accident. On lui en avait implanté de nouvelles, blanches et parfaites, mais elle n’y était pas encore habituée. Même après le retrait des îls de suture, elle avait du mal à parler, un peu comme si elle avait un chat dans la gorge. La faute à toute la fumée qu’elle avait avalée et à la fournaise qui lui avait brûlé la gorge quand l’avion avait pris feu. — Je vous laisse tous les deux, déclara Pauline. Voulez-vous que je vous rapporte un café, Will ? — Non, merci. Sa mère s’éclipsa, et ils se retrouvèrent seuls dans cette chambre privée réservée aux patients illustres. Elle bénéîciait de ce traitement de faveur car, lui avait-on expliqué, sa famille avait fait un don important à l’hôpital plusieurs années auparavant. — Comment te sens-tu aujourd’hui, Cynthia ? Hésitant sur la réponse à donner, elle prit le temps de faire un rapide bilan personnel. Son visage était encore douloureux et son bras plâtré l’élançait, mais somme toute,
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elle ne se sentait pas trop mal. Elle souffrait inîniment moins que quand elle s’était réveillée la première fois sur son lit d’hôpital. Si on lui avait dit qu’elle avait été enfermée dans une essoreuse en marche pendant trois jours, elle l’aurait cru sans hésiter. Chaque centimètre de son corps, depuis la racine des cheveux jusqu’à la pointe des orteils, était affreusement douloureux. Elle pouvait à peine parler et ouvrir les yeux, tant son visage était ené. Oui, vraiment, son état s’était nettement amélioré durant ces dernières semaines. — Plutôt bien, merci. Et toi, comment vas-tu ? Will fronça légèrement les sourcils, l’air perplexe, mais il se reprit très vite. — Je vais bien. Je suis très occupé, comme d’habitude. — Tu as l’air fatigué. Certes, elle ignorait tout de lui, mais elle n’avait pu s’empêcher de remarquer que les ridules et les cernes autour de ses yeux s’étaient accentués au îl de ses visites. — Est-ce que tu dors sufîsamment ? Il haussa les épaules avec désinvolture. — Je suppose que non. Ces quatre dernières semaines ont été stressantes. — Il te faudrait ça, dit-elle en désignant sa perfusion. Tu dormirais comme un bébé pendant seize heures d’afîlée. En voyant un sourire étirer ses belles lèvres charnues, elle en fut toute chavirée. Elle ne se rappelait pas l’avoir vu sourire depuis qu’elle avait repris connaissance, mais maintenant, elle brûlait d’envie de l’entendre rire. Avait-il un rire de gorge aussi sensuel que sa voix ? Il émanait de cet homme une assurance et un charme viril que même la chambre d’hôpital stérile, avec tous ses équipements
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rébarbatifs, n’arrivait pas à effacer. Il y avait donc fort à parier que son rire serait aussi sexy que lui. — Sans doute, ît-il en détournant le regard, mal à l’aise. Elle ne savait jamais quoi lui dire. Elle recevait régu-lièrement la visite d’amis et de membres de la famille qu’elle était quasi certaine de n’avoir jamais vus de sa vie, mais aucune des conversations qu’elle avait avec eux n’était aussi maladroite que celles qu’elle avait avec Will. Elle avait cru qu’avec le temps elle arriverait à mieux communiquer avec lui, mais plus elle se montrait aimable, plus il semblait réticent, un peu comme s’il trouvait suspect qu’elle se mette en frais pour lui. — J’ai quelque chose pour toi. Elle se redressa, surprise. — Vraiment ? Au début, elle avait été couverte de cadeaux. On aurait dit que toutes les eurs et tous les ballons de Manhattan avaient pris la direction de sa chambre d’hôpital. Mais maintenant, l’élan de sympathie s’était calmé, même s’il lui arrivait encore de recevoir des eurs de la part de membres de sa famille ou même d’inconnus touchés d’apprendre qu’elle était l’une des trois survivantes du crash aérien. Will retira de sa poche un petit écrin en velours. — Au début de la semaine, j’ai été averti par la compagnie aérienne que les enquêteurs avaient trouvé ce diamant dans les débris de l’appareil. Ils ont iden-tiîé son numéro de série gravé au laser et ont pu ainsi remonter jusqu’à moi. Tout en parlant, il ouvrit l’écrin contenant un énorme solitaire. La première réaction de Cynthia fut de se dire qu’il devait s’agir d’un bijou fantaisie très bien imité.
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Mais compte tenu de la somptuosité des parures que portaient les membres de sa famille, elle comprit qu’il était authentique. — Il est magniîque, dit-elle. Will fronça les sourcils. Apparemment, ce n’était pas la réponse qu’il attendait. — C’est ta bague de îançailles. Elle faillit lui rire au nez tant l’idée de posséder un bijou aussi tape-à-l’œil et onéreux lui paressait ridicule, mais elle se retint en voyant son air sérieux. — Ma bague ? Elle contempla Will pendant qu’il glissait non sans mal le solitaire à son annulaire gauche. Evidemment, avec son bras dans le plâtre, ses doigts avaient dû ener. Elle reporta son attention sur le bijou et constata avec satisfaction qu’il lui semblait vaguement familier. — J’ai l’impression de l’avoir déjà vu, déclara-t-elle. Les médecins l’encourageaient à parler chaque fois que quelque chose trouvait un écho dans son cerveau. — Tant mieux, car c’est le cas. Je l’ai rapporté au bijoutier pour qu’il le nettoie et vériîe l’intégrité de la pierre et de la monture, mais je tenais à te le rendre dès que possible. Ça ne m’étonne pas que tu l’aies perdu dans l’accident. Tu faisais un régime tellement draconien avant le mariage qu’il ne tenait plus à ton doigt. — Et maintenant, il est trop juste. Et j’ai l’air d’un boxeur mis K.-O. par son adversaire ! marmonna-t-elle en faisant la moue, ce qui déclencha une douleur sourde dans sa joue. En fait, c’était surtout son orgueil qui en prenait un coup. Elle ignorait à quoi ressemblait sa robe de mariée, mais elle ne risquait pas d’être à son avantage dans l’état où elle était.
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— Ne t’inquiète pas. Nous ne sommes qu’en octobre. Et d’ici le mois de mai, tu auras tout le temps de te rétablir. — En mai au Plaza. Curieusement, elle se rappelait ce détail. — Tes souvenirs reviennent lentement, constata-t-il en souriant Mais ce sourire ne gagna pas ses yeux, tandis qu’il glissait l’écrin vide dans sa poche. — Ce soir, je dïne avec Alex, poursuivit-il. Il vaut mieux que j’y aille. Elle se souvenait d’Alex, venu lui rendre visite la semaine précédente. Promoteur immobilier de son état, il était un ami d’enfance de Will et un charmeur impé-nitent. Bien qu’elle ne soit pas encore très présentable, il lui avait dit qu’elle était très belle et qu’il lui aurait volontiers fait la cour si elle n’avait pas été la îancée de Will. Bien sûr, c’était un mensonge éhonté. Il n’empêche que ces propos atteurs lui avaient remonté le moral. — Amusez-vous bien, tous les deux. Pour ma part, j’aurai droit à du poulet caoutchouteux avec du riz. Il se mit à rire tout bas. — Je reviendrai demain, dit-il en lui tapotant la main d’un geste rassurant. Au contact de ses doigts, elle sentit un frisson familier la parcourir tout entière. C’était l’excitation et non plus la douleur qui faisait vibrer chacune de ses terminaisons nerveuses. Le cœur battant, elle s’agrippa involontai-rement à sa main pour maintenir ce doux contact, plus efîcace que la morphine contenue dans sa perfusion et destinée à apaiser sa souffrance. Aussi ridicule que cela paraisse pour quelqu’un dans son état, le simple frôlement de ses doigts sur sa peau lui procurait une exquise sensation de volupté. Il en avait été
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ainsi depuis la fois où il avait déposé un baiser léger sur le dos de sa main. Son cerveau avait beau faire l’impasse sur lui, son corps savait d’instinct qu’il était l’homme de sa vie. L’attirance qu’elle ressentait pour Will était si puissante que rien ne pouvait l’altérer — ni la souf-france, ni les médicaments, ni sa mémoire défaillante. Pourquoi fallait-il qu’elle réagisse ainsi face à cet homme qui ne l’aimait pas ? Cette pensée douloureuse la tira de sa bulle protectrice. Voyant que Will contemplait tour à tour sa main puis elle, l’air perplexe, elle se demanda s’il ressentait la même chose qu’elle. Elle remarqua alors que ses yeux étaient d’une belle teinte bleu cendré. Il posait sur elle un regard si tendre et si chaleureux, en totale contradiction avec son indifférence habituelle, qu’un trouble délicieux s’empara d’elle. Mais son téléphone îxé à sa ceinture se mit à biper, et il s’écarta du lit en détournant le regard. En proie à un horrible sentiment de vide, elle le vit se diriger vers la porte. — Bonne nuit, Cynthia, dit-il avant de disparaïtre. Maintenant qu’il était parti, la suite devenait aussi froide et stérile que n’importe quelle chambre d’hôpital, et elle se sentit plus seule que jamais.
Will cherchait ses mots. Assis en face de lui, Alex sirotait tranquillement son verre de scotch sans éprouver le besoin de parler pour meubler le silence. A l’évidence, son ami comprenait qu’il avait beaucoup de choses en tête et il lui laissait le soin d’engager la conversation. Ce dont il lui était très reconnaissant. De fait, il avait demandé à Alex de dïner avec lui parce qu’il avait besoin de discuter avec quelqu’un de conîance. La plupart des gens lui disaient ce qu’il avait
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envie d’entendre. Mais pas Alex. Celui-ci disposait d’une fortune personnelle plus importante que la sienne et n’était pas enclin à la atterie. Certes, ce play-boy impénitent, qui ne gardait jamais une femme assez longtemps pour faire l’expérience d’une relation qui se dégrade, n’était pas le mieux placé pour lui donner des conseils, mais son avis aurait le mérite de la franchise. Or, Will avait besoin d’un avis impartial pour l’aider à prendre une décision à propos de Cynthia et se sortir de l’imbroglio où il se trouvait. Dire que quelques semaines auparavant, il pensait que la situation ne pouvait pas être pire qu’elle ne l’était ! Les événements dramatiques qui avaient suivis lui avaient, hélas, prouvé le contraire. — Alors, comment va Cynthia ? demanda Alex une fois que le serveur eut apporté leur plat principal. — Mieux, répondit-il, tiré de ses réexions. Elle se rétablit rapidement, mais n’a pas encore recouvré la mémoire. — Elle ne se souvient pas de votre dispute ? — Apparemment non, soupira Will. Avant le départ de Cynthia pour Chicago, il avait découvert qu’elle avait une aventure avec un autre homme et il avait rompu leurs îançailles. Elle avait insisté pour qu’ils en rediscutent à son retour, mais il avait refusé. Pour lui, tout était îni entre eux. Cependant, quand elle s’était réveillée amnésique à l’hôpital, il avait hésité sur la conduite à tenir. Couper les ponts tout de suite lui avait paru cruel. Il avait donc décidé d’attendre qu’elle soit complètement rétablie pour la quitter. Mais entre-temps, la situation s’était compliquée. Il avait donc fait appel à Alex pour qu’il l’aide à y voir plus clair.
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