Le secret espoir d'une interne - La femme qui voulait vivre sa vie

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Le secret espoir d’une interne, Melanie Milburne

Kitty n’a pas hésité une seconde à accepter ce poste à l’hôpital de Sydney : l’Australie, c’est bien assez loin de Londres et de l’homme qui l’a trahie. Mais elle ne se doutait pas qu’à peine arrivée, elle se retrouverait confrontée au Dr Jake Chandler, son collègue – et voisin. Jake, dont les regards brûlants déclenchent immédiatement en elle un trouble d’une intensité inouïe… Désemparée, Kitty ne sait comment réagir. Certes, sa raison l’incite à la prudence, car elle ne supporterait pas une nouvelle déception. Mais son cœur, lui, se remplit déjà d’espoir : et si Jake était l’homme de sa vie ?

La femme qui voulait vivre sa vie, Louisa George

Skye n’en peut plus d’attendre : plus que quatre semaines et elle s’envolera enfin pour le grand voyage de sa vie… sans billet de retour. Mais sa rencontre inattendue avec Adam Miller, ambulancier dans le centre où elle est infirmière, la bouleverse : il y a quelque chose, chez cet homme ténébreux, qui l’attire irrésistiblement. Et, très vite, des liens se créent entre eux, des liens si forts que Skye, bientôt, prend conscience qu’elle va devoir faire un choix. Le choix d’une vie…
Publié le : mardi 15 janvier 2013
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280294386
Nombre de pages : 288
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— Cette tenue, c’est n’importe quoi ! Pourquoi ai-je accepté de porter une horreur pareille ? Kitty Cargill lança un regard furieux à sa cousine Julie. Puis, en traînant des pieds, elle pénétra à sa suite dans le hall de l’hôtel Ioga. Leurs bijoux tape-à-l’œil et leur accoutrement contrastaient avec le charme classique des lieux et Kitty se crispa, vacillant sur ses talons aiguilles. Quelle galère ! Ce soir-là, Julie célébrait son trentième anniversaire et elle n’avait rien trouvé de mieux que d’or-ganiser une soirée costumée sur le thème « Filles de joie et mauvais garçons ». Comme si elle, Katherine Cargill, avait une tête à se déguiser en séductrice ! — Tu as de la chance que je souffre du décalage horaire, maugréa-t-elle. Sans quoi, jamais tu n’aurais réussi à me faire enler ce truc. Julie s’esclaffa. — Détends-toi, ma chérie. Cette jupe te va comme un gant. Je ne pensais pas que tu avais d’aussi jolies jambes… Consternée, Kitty jeta un coup d’œil sur le morceau de Skaï qui découvrait ses cuisses minces gainées de bas résille. Cette vision lui donna envie d’aller se cacher dans un trou de souris. — Je comprends mieux maintenant pourquoi ma mère est aussi fofolle, bougonna-t-elle. Ça doit être génétique. — A croire que tu es une enfant adoptée ! répliqua Julie, riant de plus belle. Elle lui prit le coude pour l’entraîner vers la salle de
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réception. Au passage, plusieurs messieurs les gratièrent de regards appréciateurs qui rent rougir Kitty jusqu’à la racine des cheveux. — Nous allons faire sensation, murmura-t-elle. Tu es la reine de la fête, c’est normal. Mais moi… Julie leva les yeux au ciel. — Cesse de jouer les rabat-joie, Kit ! Tu ne t’adapteras jamais au pays des kangourous si tu manques d’humour à ce point. En Australie, on s’amuse. Vous autres Anglais êtes bien trop collet monté. Question d’éducation… — N’importe quoi ! Tu devrais pourtant savoir que mes parents ne sont pas coincés du tout. En matière d’éducation, ils m’ont donné des bases, mais en me laissant libre, avec la possibilité de découvrir la vie à mon rythme… — Et ainsi, tu es devenue une grande lle ! la taquina Julie. Dois-je en conclure qu’il sera inutile de te « chaperonner » pendant ton séjour à Sydney ? — Parfaitement inutile, j’ai apporté mon guide de survie… D’ailleurs, à ce propos, je n’abuserai pas de ton hospitalité puisque j’ai trouvé un appartement. — Déjà ? s’écria Julie, l’air déçu. Pourquoi partir si vite ? Tu aurais pu rester à la maison pendant tout ton stage, tu sais… — Tu es adorable et je te remercie de l’avoir proposé, mais je ne peux quand même pas m’incruster chez toi pendant trois mois. D’ailleurs, j’ai besoin d’habiter près de l’hôpital ; ce sera plus pratique pour les gardes. Voilà pourquoi j’ai contacté le service du personnel cet après-midi. Ils m’ont déniché un meublé à deux pas de la plage de Bondi. — Veinarde ! Tu as de la chance, c’est un quartier très demandé. Es-tu passée voir tes futurs collègues à St Benedict ? — Pas encore. Je ne commence que dans dix jours, mais j’irai me présenter la semaine prochaine. Je trouve cela plus poli dans la mesure où j’ai été recrutée sans entretien d’embauche. — Je n’arrive toujours pas à croire que tu es devenue médecin urgentiste ! La dernière fois que nous avons passé Noël à Londres en famille, tu étais lycéenne…
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Et je trouvais la vie plus simple à l’époque, songea Kitty avec un pincement au cœur.Alors que maintenant… Elle secoua la tête. Maintenant, rien ! Si elle commençait à broyer du noir, elle risquait de faire tache au milieu de la fête. Or, elle ne voulait pas gâcher le plaisir de sa cousine. Elle redressa les épaules, força un sourire sur ses lèvres, et suivit Julie dans la salle de bal d’où s’échappait une musique tapageuse, en résistant à l’envie de se boucher les oreilles.
Jake Chandler referma doucement la porte du bloc opéra-toire, puis étira ses épaules raidies. Il était en train d’assurer sa quatrième garde d’aflée et cela se sentait. Travailler aux urgences le week-end n’avait rien d’une sinécure ! Les vendredis et samedis, on ne comptait plus les admis-sions liées à des abus d’alcool. Les fêtards engorgeaient les lieux et le personnel se retrouvait débordé car, bien sûr, il y avait toujours les cas plus graves à traiter. Ainsi, en début de nuit, Jake avait dû prendre en charge les victimes d’un accident de moto. Ensuite, il avait soigné un jeune homme qui s’était fait poignarder en pleine rue, sur fond de trac de drogue. Un classique. Jake avait dû recourir à toute sa maîtrise pour arrêter l’hé-morragie intestinale du patient. Puis, après l’avoir stabilisé, il avait supervisé son transfert au bloc. Le blessé allait s’en sortir, mais il s’en était fallu de peu. D’après les renseignements fournis par ses papiers, ce garçon n’avait que vingt-quatre ans — le même âge que Robbie, le frère de Jake. Ce dernier allait-il tourner aussi mal ? Jake était réellement inquiet, car Robbie ne semblait pas prêt à se remettre sur le droit chemin. L’immaturité de son cadet, ses fréquentations dangereuses rappelaient régulièrement à Jake qu’il avait failli à sa mission de frère aîné. En tant que chef de famille, il devait assumer cet échec. Mais qu’aurait-il pu — que pouvait-il — faire de plus ? Robbie refusait de suivre ses conseils ! En soupirant, Jake poussa la porte des urgences. Cette garde
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risquait d’être pénible et, au lieu de ressasser des problèmes personnels, il ferait mieux de se concentrer sur son travail. Il se dirigea vers son bureau dans l’intention de boire un café au calme, tout en mettant ses dossiers à jour. Néanmoins, il n’eut pas le loisir d’atteindre ce sanctuaire car il avisa Lei Chung, son adjoint, lequel marchait vers lui d’un bon pas. — Jake ! Tu tombes bien ! Deux call-girls passablement éméchées viennent d’arriver, avec suspicion de fracture à la cheville pour l’une d’elles. Je les ai installées en salle 5. Peux-tu t’en charger, s’il te plaît ? Je m’occupe déjà d’un petit garçon qui a peut-être une appendicite. Jake leva les yeux au plafond. — Ces lles t’ontdit?qu’elles étaient call-girls — Elles n’ont pas eu besoin de le faire ! répondit Lei en riant. Quand tu verras leurs tenues… — Tenues ou pas, elles ont droit au même traitement que les autres. As-tu prescrit des radios ? — Jim va descendre dans dix minutes avec l’appareil portatif. Pour l’instant, il ausculte un vieux monsieur qui s’est cassé le col du fémur en tombant de son lit. — Eh bien, ça n’arrête pas ce soir ! Mais il fallait s’y attendre… Résigné, Jake se dirigea vers les box aménagés pour les urgences. — Bonsoir, mesdemoiselles, dit-il en pénétrant dans la salle 5. Je suis le Dr Chandler, médecin-chef. La jeune femme assise dans un fauteuil près de la blessée se leva d’un bond. — Je suis vraiment, terriblement désolée…, commença-t-elle avec un accent anglais plutôt distingué. Ses minauderies et son air sérieux ne trompèrent pas Jake cinq secondes. Si cette lle voulait se donner une allure respectable, elle avait du pain sur la planche ! — Je ne crois pas que la cheville soit cassée, ajouta-t-elle. A mon avis, c’est une entorse, mais comme ma cousine souffre beaucoup, il vaudrait peut-être mieux lui prescrire une radio. Jake haussa les sourcils. De quoi se mêlait-elle ? — Votre cousine ?
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— Oui. Elle s’appelle Julie Banning et moi… Ignorant son interlocutrice, il se tourna vers le lit. — Que vous est-il arrivé, mademoiselle ? — Je dansais le rock avec Mark quand, tout à coup, nos jambes se sont emmêlées. Et badaboum ! raconta la blessée, avec un accent australien à couper au couteau. J’ai senti quelque chose claquer et là, j’ai très mal ! — Voyons cela. Jake se rapprocha pour examiner la cheville endolorie. Elle était enée au niveau des ligaments latéraux, mais à la palpation il ne décela aucune fracture. Hormis cette entorse, la jeune femme présentait seulement un léger hématome au coude. Un miracle, compte tenu de son état d’ébriété manifeste. Elle s’en tirait bien. Après avoir exposé son diagnostic, il conclut : — Vous allez passer une radio par sécurité. Ensuite, vous pourrez partir, mais, à votre place, je mettrais la pédale douce sur la boisson. Vous auriez pu vous blesser grièvement. Sur un bref signe de tête, il sortit dans le couloir. Il n’avait pas fait trois pas qu’une voix féminine s’éleva derrière lui. — Docteur Chandler ? Il t volte-face et gratia la cousine de la patiente d’un regard hautain. Il n’avait pas de temps à perdre ! — Oui ? A sa grande surprise, elle se mit à danser d’un pied sur l’autre. Puis elle rougit comme un coquelicot. Pour une réaction étonnante, c’en était une ! Peut-être débutait-elle dans le « métier » de call-girl ? Elle paraissait jeune et, à vrai dire, plutôt inquiète. Ses grands yeux gris semblaient manger son visage en forme de cœur. Sous le maquillage outrancier, on devinait des traits délicats, un teint de porcelaine. Cette lle était jolie, très jolie même. Elle était belle… et effrayée. De quoi avait-elle peur ? Craignait-elle qu’il n’ordonne des analyses toxicologiques sur sa cousine ? — Je voulais vous remercier d’avoir examiné Julie aussi rapidement, murmura-t-elle. Elle souffrait beaucoup et… — Connaissez-vous les dangers de l’hyper-alcoolisation ?
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coupa-t-il brutalement. Vous et votre cousine empestez le vin à cent mètres à la ronde. De vrais alambics ambulants ! Cette fois, la jeune femme devint cramoisie. — Je ne suis pas ivre ! protesta-t-elle. — Non, bien sûr… C’est ce que vous dites tous, et toutes, dans ces cas-là. — Sauf que c’est la vérité ! Julie a renversé son verre sur le parquet de danse en tombant. Comme je me suis mise à genoux pour l’aider, j’ai pour ainsi dire trempé dans le champagne. Mais je n’ai bu qu’une demi-coupe. — Et votre cousine ? — Un peu plus… Beaucoup plus même, concéda-t-elle en se mordant la lèvre. Julie fêtait ses trente ans. Je lui ai dit de ralentir sa consommation, mais elle n’a pas voulu m’écouter. Elle m’a traité de rabat-joie. Elle me trouve trop sage… Jake promena son regard sur la minijupe en Skaï qui révélait une paire de jambes au galbe parfait, puis nota la taille ne à moitié découverte par un bustier noir sous lequel pointaient des petits seins ronds et fermes. — Trop sage. Mais bien sûr…, répliqua-t-il d’un ton sec. — Docteur Chandler, je crois qu’il est temps pour moi de me présenter. Je m’appelle Kitty… — Kitty comme « Kitty la Chipie » ? Les prunelles grises virèrent au noir. Elle le dévisagea d’un air furieux en pointant le menton. — Kitty comme Katherine.DrKatherine Cargill. Il eut l’impression que le ciel lui tombait sur la tête. Ainsi, cette Illeétait sa nouvelle stagiaire ? L’urgentiste anglaise qu’on avait engagée pour trois mois alors qu’il était en vacances, sur simple C.V., sans même lui demander son avis ? Ce médecin arrivait avec des références solides, lui avait assuré le Dr Jones, son collègue chargé du recrutement des vacataires. A Londres, le professeur qui avait supervisé son internat ne tarissait pas d’éloges sur elle. Avoir cette jeune personne dans l’équipe serait un « plus ». Jake n’avait pu que s’incliner, dubitatif, et maintenant… Maintenant, il allait rire. Après ce début de nuit pénible, il pouvait bien s’autoriser deux minutes de détente, non ?
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— J’ignorais que les nances de l’Etat avaient atteint ce seuil critique, dit-il. Qui aurait pu croire qu’un jour nos stagiaires seraient obligées d’arrondir leurs ns de mois de cette façon,docteurCargill ? — Très drôle,docteurN’avez-vous jamais Chandler. participé à une soirée costumée ? — Si, une fois. Je m’étais déguisé en grand méchant loup. Je soufais de la fumée par les narines et j’ai détruit une maison en paille. Katherine Cargill lui jeta un regard furieux. Malgré sa tenue, on eût dit une vraie aristocrate. Avec son air digne et sa blondeur, elle lui rappela soudain les héroïnes des romans de Jane Austen. — L’avantage, c’est que vous n’avez pas eu besoin de louer le costume, riposta-t-elle d’un ton pincé. Vous avez naturellement la tête de l’emploi ! Jake soutint son regard et, de manière inattendue, sentit une drôle de chaleur l’envahir. La présence de sa collègue l’émoustillait, mais cette réac-tion n’avait rien à voir avec sa tenue provocante. Cela tenait davantage à son accent, à son port de tête, à sa manière de plisser le nez en le toisant comme si elle était l’héritière de la Couronne britannique. Il trouvait son attitude… irrésistible. Allons, il perdait l’esprit ! Etait-ce la fatigue des nuits de garde qui se faisait sentir ? Ou commençait-il à payer le prix du célibat qu’il s’imposait suite à ce pari stupide avec sa sœur ? Le soir de Noël, il avait relevé le dé lancé par Rosie : se passer de compagnie féminine pendant tout l’été. Sa sœur lui avait ouvertement reproché ses manières de play-boy et sa vie dissolue. Elle l’avait même accusé de montrer le mauvais exemple à Nathan, son neveu. « Un peu d’abstinence te fera du bien », avait-elle conclu, en précisant qu’elle ne l’en croyait pas capable. Piqué au vif, il avait saisi la balle au bond : — Je te parie mille dollars que je peux réussir ! — Tenu ! Si tu perds, je placerai cet argent sur le compte de Nathan, en prévision de ses études.
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Pour son neveu, Jake voulait bien dépenser n’importe quelle somme. Il dépannait régulièrement Rosie, et s’il devait donner mille dollars, il le ferait de bon cœur. N’empêche que, dans un premier temps, il comptait bien gagner son pari, car la remarque de Rosie l’avait beaucoup vexé. Sa famille ne voyait-elle donc en lui qu’un tombeur, toujours à la recherche d’une aventure facile ? Rosie avait eu raison sur un point, cependant. Cette phase de « célibat », qui durait depuis deux mois déjà, ne lui faisait pas de mal. Pour être honnête, il devait admettre que les histoires passagères ne lui convenaient plus vraiment. Au cours de l’année écoulée, il avait ressenti une certaine lassitude à enchaîner les histoires. Cette « routine » sentimentale le fatiguait un peu. Mais il y aurait des jours meilleurs. Il n’avait pas eu de chance, voilà tout. Lorsqu’il aurait gagné ce pari stupide, il veillerait à mieux choisir ses conquêtes et Kitty Cargill, avec ses airs de pimbêche coincée, gurerait en tête de liste. Elle lui tiendrait sûrement la dragée haute, mais il ne s’ennuierait pas ! — Dès que votre cousine aura passé sa radio, vous pourrez partir, dit-il. J’espère qu’à notre prochaine rencontre vous porterez une tenue plus adaptée à votre poste. Vous êtes censée sauver des vies et non provoquer des infarctus aux patients. Me suis-je bien fait comprendre,docteurCargill ? — Parfaitement,docteurChandler, riposta-t-elle, glaciale. Puis elle descendit le couloir, la tête haute. Il songea qu’il y aurait du sport durant les prochains mois… ce qui n’était pas pour lui déplaire.
— Grrrrrrrrr ! Je n’en peux plus ! Quel homme impossible ! Trois jours après sa rencontre avec Jake Chandler, Kitty ne décolérait pas. Elle avait maintenant pris possession de son appartement, lequel tenait toutes ses promesses. Son quotidien s’organisait à merveille. Elle avait donc toutes les raisons de se réjouir.
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Et pourtant, son moral était en berne. Depuis le samedi, elle avait repassé cent fois le lm de cette soirée catastrophe. Elle se sentait honteuse, alors que sa cousine, elle, en riait encore. Pour Julie, rencontrer le séduisant Dr Chandler valait bien la peine de se faire une entorse. Tant pis si elle marchait avec des béquilles. Tant pis si elle avait dû coner pour huit jours les clés de son institut de beauté à ses employées. Elle ne regrettait pas sa mésaventure ! — As-tu revu ton boss ? avait-elle demandé ce matin-là, quand Kitty l’avait appelée pour prendre des nouvelles. Quel beau brun ! Il doit mesurer un bon mètre quatre-vingt-dix. Et ses yeux ! Ce bleu foncé, presque noir, est incroyable… J’ai eu le temps de le regarder, pendant qu’il m’examinait. — Moi, j’aurais préféré ne pas le regarder du tout ! avait protesté Kitty. Jamais je n’ai été aussi mal à l’aise… … sauf le soir où j’ai trouvé Charles au lit avec Sophie, ma soi-disant meilleure amie,aurait-elle pu ajouter. — Je vais me faire muter dans un autre hôpital, avait-elle enchaîné, pour couper court à ces réexions pénibles. — Tu n’es pas sérieuse ? — Non, bien sûr. Mais si je pouvais… — N’importe quoi ! Tu vas travailler sous les ordres d’un apollon. Protes-en, ma belle ! Une petite aventure avec lui te ferait peut-être oublier cet imbécile de Charles… — Par pitié, arrête ! Je n’ai pas envie de parler du Dr Chandler. Ni de Charles, d’ailleurs. Elle était d’ailleurs partie pour ne plus le voir ni entendre prononcer son nom. Rester à Londres en sachant qu’il allait bientôt épouser Sophie Hamilton aurait été au-dessus de ses forces. Parce qu’au fond, dans son esprit, ç’aurait dû êtreelle, la mariée. Non seulement Charles et elle venaient du même village, mais ils avaient toujours été inséparables. D’abord sur les bancs de l’école, puis au lycée, puis à la fac de médecine. Ils avaient effectué leur internat dans le même hôpital et ne se
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quittaient pas d’une semelle, à tel point que tout le monde les décrivait comme le couple idéal. Ils ne se disputaient jamais. Ils avaient des goûts communs, fréquentaient les mêmes personnes. De là à croire qu’ils aspiraient aux mêmes choses, il n’y avait qu’un pas. Quand leur amitié avait évolué en relation amoureuse, Kitty s’était donc prise à rêver d’un mariage romantique. Charles nirait par faire sa demande, elle en était certaine. En secret, elle avait choisi une alliance assortie à la bague qu’il lui avait offerte pour ses seize ans. Elle avait feuilleté des catalogues, imaginé une somptueuse réception… Et puis, du jour au lendemain, tout s’était écroulé. Elle avait été trahie. Et elle se retrouvait seule, aujourd’hui, le cœur en miettes… Avec l’énergie du désespoir, Kitty sauta à pieds joints sur un grand carton destiné au recyclage. Elle se trouvait sur le parking de la résidence, où elle avait sorti les emballages des quelques objets qu’elle avait achetés. Pour faire ses emplettes, elle avait emprunté la voiture de Julie. Par la suite, elle devrait en louer une ou acquérir un véhicule d’occasion qu’elle revendrait en partant… — Allez, aplatis-toi, maugréa-t-elle à voix haute en piétinant le carton. Plus elle bataillait, plus elle avait chaud. Elle se sentait moite, supportant assez mal la chaleur humide et étouffante. On était en février et ici, en Australie, c’était l’été. A la moindre occasion, les gens laient à la plage. Elle-même s’y était rendue la veille, mais, malgré la protection d’un écran total, elle avait pris un coup de soleil. Elle avait maintenant le nez et les joues constellés de taches de rousseur. A l’avenir, elle devrait porter un chapeau si elle voulait en proter sans risque ! Repoussant sa queue-de-cheval qui lui balayait le front, elle redoubla d’efforts. — Saleté de carton ! Je t’aurai… — Besoin d’un coup de main ? La voix masculine dans son dos la t sursauter. Elle pivota, et eut un choc en reconnaissant Jake Chandler.
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