//img.uscri.be/pth/1ced0580f898fe5b366b99b106c5e5432124352e
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 5,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB

avec DRM

Le serment maudit

De
384 pages
Noces écossaises TOME 2
 
Owen, agonisant à ses pieds, le jour de leur mariage. C’est bien lui que Maggie a vu dans un rêve, où tout semblait si réel. Des prémonitions, elle en a déjà eu, et elles se sont toujours révélées justes. Alors hors de question qu’elle épouse son cher ami d’enfance si c’est pour le mener à une fin tragique. Sauf que leurs fiançailles scellent l’alliance de leurs deux clans, et qu'une rupture déclencherait un conflit majeur. Tant que le mariage est encore en préparation, Maggie doit trouver un moyen diplomatique de défaire leur engagement, et ce malgré la ferme détermination d'Owen à l'épouser...
 
A propos de l'auteur :
Après avoir travaillé comme professeur de fitness et développeur informatique,  Gayle Callen a trouvé sa voie dans l’écriture de romances. Figurant régulièrement dans les meilleures ventes de USA Today, elle a écrit plus de vingt romans pour Harper Collins, qui lui ont valu des récompenses telles que un Holt Medallion, un Laurel Wreath Award, un Booksellers’ Best Award, et qui ont été traduits dans plus de onze langues. Mère de trois enfants, habile de ses mains, chanteuse du dimanche, amatrice du grand air, Gayle vit à New York avec son chien Uma et son mari et héros, Jim. Elle écrit également de la romance contemporaine sous le nom d’Emma Cane.
Voir plus Voir moins
Couverture : Gayle Callen, Le serment maudit, Harlequin
Page de titre : Gayle Callen, Le serment maudit, Harlequin

A propos de l’auteur

Après avoir travaillé comme professeur de fitness et développeur informatique, Gayle Callen a trouvé sa voie dans l’écriture de romances. Figurant régulièrement dans les meilleures ventes de USA Today, elle a écrit plus de vingt romans pour Harper Collins, qui lui ont valu des récompenses telles que un Holt Medallion, un Laurel Wreath Award, un Booksellers’ Best Award, et qui ont été traduits dans plus de onze langues. Mère de trois enfants, habile de ses mains, chanteuse du dimanche, amatrice du grand air, Gayle vit à New York avec son chien, Uma, et son mari et héros, Jim. Elle écrit également de la romance contemporaine sous le nom d’Emma Cane.

A mon éditrice si patiente, Erika Tsang, qui m’a fait pénétrer dans l’univers écossais, ouvrant la porte à de nouvelles idées et à quantité de recherches divertissantes. Votre aide m’a été très précieuse pour faire ce livre le meilleur possible. Merci !

Prologue

Ecosse, 1717

Maggie McCallum n’avait que seize ans et Owen Duff dix-huit, l’automne où leurs familles séjournèrent à Edimbourg. La mère de la jeune fille avait affirmé qu’elle était trop jeune pour être courtisée, mais Maggie, en secret, se moquait bien de cette opinion. Les hommes la regardaient désormais, et elle se permettait enfin de leur lancer en retour un bref regard aguicheur.

Ce fut lors d’un bal qu’elle revit Owen, vicomte Duncraggan et héritier du comté d’Aberfoyle. Elle ne l’avait rencontré qu’une seule fois auparavant, pendant un dîner où étaient présents leurs parents respectifs. Elle avait alors douze ans, lui quatorze, et il l’avait ignorée. Cette fois, une amie de Maggie le désigna en ricanant :

— Il fait partie du clan Duff. Les McCallum et les Duff ont toujours été ennemis. Même moi je le sais !

Maggie hocha la tête sans vraiment l’écouter. Elle examinait Owen avec de grands yeux curieux. Il ne portait pas de tartan maintenu par une ceinture, comme beaucoup de membres de sa famille, mais une veste coûteuse taillée sur mesure, un gilet au-dessus de sa culotte, et l’épée bien fourbie attachée à sa hanche étincelait à la lueur des bougies tandis qu’il traversait la salle de danse pour aller s’incliner devant une jeune fille rougissante. Il avait un visage mince et des épaules robustes, qui laissaient présager l’imposante carrure de l’homme qu’il allait devenir. Ses cheveux blond-roux étaient négligemment rassemblés sur sa nuque, et des mèches échappées de son catogan lui effleuraient les joues, comme s’il était trop occupé pour songer à les attacher plus soigneusement.

— Votre frère ne doit-il pas épouser sa sœur ? Vous allez presque faire partie de sa famille !

Famille ou pas, Maggie ne commettrait pas l’imprudence d’être la McCallum qui aborde un Duff en public, surtout là, sous le nez de sa mère ! Elle repensa à la détresse de son frère, contraint d’épouser une femme qu’il ne connaissait pas plus qu’il ne l’aimait, aux actes stupides et irréfléchis que lui avait inspirés la colère lorsqu’il avait découvert à treize ans le sort qui l’attendait. Maggie avait éprouvé de la pitié pour lui mais, avec une pointe de culpabilité, s’était secrètement réjouie que ce ne soit pas à elle qu’on ait imposé un mariage avec un Duff.

Sa seconde rencontre avec Owen fut des plus banales. Elle le croisa simplement dans l’escalier extérieur de l’appartement qu’elle occupait dans High Street, tandis que le crépuscule enveloppait Edimbourg de ses voiles sombres. Le haut bâtiment d’une douzaine d’étages abritait toutes sortes de gens, depuis le ramoneur logé au sous-sol jusqu’au maître à danser qui habitait sous les combles. Les meilleurs étages étaient réservés aux aristocrates et, bien que le père de Maggie ne possédât pas de titre, il était tout de même le chef du clan McCallum. La mère de Maggie avait loué l’appartement pour résider à côté de la famille du comte, puisque son fils allait désormais en faire partie par son mariage, mais ne souhaitait pas que sa fille s’implique au-delà de ce qu’exigeait la politesse.

En apercevant Maggie, Owen s’immobilisa sur les marches et lui adressa le sourire qui habiterait ses rêves pendant de nombreuses années. Ses yeux d’un brun chaleureux la firent penser au chocolat dont les dames anglaises avaient fait leur boisson matinale favorite, et tandis qu’ils l’examinaient, parcourant sa silhouette, elle eut aussi chaud que cette unique fois où elle avait serré une tasse du breuvage entre ses doigts, par un froid matin d’hiver dans les Highlands.

Elle s’apprêtait à le réprimander pour la hardiesse de ce regard, mais avisa soudain le tube rond qu’il portait.

— Est-ce un télescope ?

Les yeux du jeune homme s’illuminèrent.

— Oui. Je sors pour observer les étoiles. Avez-vous déjà regardé dans l’un de ces appareils ?

Elle secoua la tête. Ses occupations intellectuelles s’étaient limitées à lire des passages de la Bible — c’était là tout ce qu’on lui avait permis, et elle n’avait pas eu accès aux autres ouvrages. Savoir qu’il existait tout un monde de connaissances hors de sa portée l’emplissait d’ailleurs de regret et de frustration.

Il lui tendit la main.

— Je m’appelle Owen. Voulez-vous venir avec moi ?

Elle hésita, comprenant qu’il ne l’avait pas reconnue. Ses grands-parents se préparaient déjà à aller se coucher, elle venait de voir sa mère monter en chaise à porteurs pour rendre visite à des amis, et son frère vivait dans son propre appartement, près de l’université. Bref, elle était seule.

Owen se tenait deux marches en dessous d’elle, ce qui les mettait à peu près à la même hauteur. Elle plongea de nouveau dans son regard, et l’admiration et la curiosité firent fondre ses réticences comme neige au soleil.

Mais elle se devait d’être franche.

— Je suis Maggie McCallum. C’est mon frère qui va épouser votre sœur.

Il la dévisagea un long moment. Résignée, elle sentit une immense déception l’envahir. Mais, au lieu de fuir, Owen lui présenta de nouveau la main.

— Ravi de vous rencontrer, Maggie. La compagnie d’un satané Duff ne vous effraie donc pas ?

Elle se mordit la lèvre pour s’empêcher de pouffer comme une gamine. Elle avait seize ans, elle était une femme à présent. De toute évidence, il ne se rappelait pas leur première rencontre quatre ans plus tôt. Peut-être cela valait-il mieux. Plaçant sa main dans la sienne, elle se laissa entraîner dehors, dans le crépuscule.

Pendant les quelques semaines qui suivirent, Owen mit de l’animation dans son quotidien autrefois morne et ponctué d’habitudes. Se glisser en cachette hors de la maison pour galoper à cheval jusqu’à la rive, à l’estuaire du fleuve, faire du bateau, explorer les alentours du château d’Edimbourg ou même musarder d’une boutique à l’autre lui semblaient autant d’aventures débridées quand elle était aux côtés d’Owen.

Loin de la dissuader, le fait que leur amitié fût interdite rendait Maggie encore plus téméraire. Il était si différent des hommes qu’elle connaissait ! Avec elle, il discutait physique, chimie et astronomie, comme si elle était aussi intelligente que lui. Le monde semblait l’émerveiller. Mais, lorsqu’elle lui demanda s’il voulait devenir un homme de sciences, son expression se durcit, et il répondit que son père s’y était formellement opposé. Il était l’héritier d’un comté et devait être éduqué en tant que tel. S’il ne connaissait pas ses classiques, son père refuserait de lui payer ses études à l’université l’année suivante.

Maggie devenait plus proche de lui et tâchait de le distraire de ses pensées moroses et de sa colère. Mais elle ne pouvait s’empêcher de ressasser ses propres incertitudes. Plus elle passait de temps en compagnie d’Owen, puis il lui semblait le connaître depuis toujours, comme s’ils s’étaient côtoyés durant leur petite enfance, bien qu’il jurât le contraire. Parfois, elle avait l’impression qu’une étrange vision l’appelait derrière un rideau d’ombre, et un frisson la secouait alors.

Maggie ne prenait pas ses songes à la légère. Plus d’une fois, elle avait rêvé d’événements qui s’étaient produits par la suite. La famille d’un petit garçon de son clan avait cru l’enfant noyé et s’apprêtait à abandonner les recherches, quand un rêve l’avait conduite jusqu’au garçonnet trempé, blotti au pied d’une falaise. Une autre fois, elle avait eu connaissance avant tout le monde du suicide d’une jeune femme dont le père de Maggie avait abusé. Elle n’avait pas compris la signification de ce qu’elle avait vu, jusqu’au moment où cela s’était réalisé, comme souvent, quand il était trop tard pour aider la malheureuse. La mère de Maggie avait alors éloigné sa fille de Larig Castle et l’avait ramenée à Edimbourg, afin de la protéger de son père.

Mais Owen ? Pouvait-il avoir fait partie d’un rêve dont elle n’arrivait pas à se souvenir ? Cette énigme la tourmentait lorsqu’elle se trouvait loin de lui, mais les heures qu’ils passaient ensemble étaient remplies de joie, de rires, de discussions éclairées, ainsi que de longs moments où elle le contemplait sans qu’il ne s’en aperçoive et s’imaginait mariée à lui. Qui sait ? Peut-être son esprit essayait-il seulement de lui dire qu’Owen lui était destiné et qu’ils étaient faits pour être réunis. Elle aurait voulu qu’il l’embrasse, mais il était trop gentleman pour cela — ou peut-être estimait-il que la longue brouille entre leurs clans les empêcherait à jamais de partager une relation plus intime. En tout cas, ils n’en parlaient jamais.

Mais il lui arrivait de la toucher, et chaque fois elle se sentait fondre de délice. Il lui prenait la main pour courir à travers champs, la guidait en lui agrippant le coude, effleurait sa taille lorsqu’ils contemplaient le soleil couchant auréolé de superbes stries de nuages roses et orange.

Ils se fréquentaient depuis deux semaines. Par un jour d’automne particulièrement radieux, ils marchaient le long de la rivière Water of Leith en portant leur pique-nique dans un panier, quand Owen lui suggéra de chercher des moules perlières. Il ne s’agissait pas seulement de patauger dans l’eau jusqu’à mi-cheville, et ils se retrouvèrent tous les deux trempés lorsqu’ils remontèrent en rampant sur la berge herbue sans avoir trouvé la moindre moule, grelottants et hilares.

Owen s’étendit au soleil, et Maggie l’imita sans se gêner, profitant de ce que son compagnon avait les yeux clos pour l’examiner à loisir. Son catogan s’était dénoué, et de longues mèches de cheveux mouillés retombaient sur ses joues. Sans réfléchir, elle se souleva sur un coude et, d’un doigt tremblant, les écarta de son visage.

Il rouvrit les yeux brusquement, et elle crut qu’il allait éclater de rire, mais il se contenta de fixer de façon intense son visage incliné juste au-dessus du sien. Le monde parut se figer autour d’eux tandis qu’ils échangeaient un regard brûlant et complice. Toute l’attention de Maggie était concentrée sur le son rauque de sa propre respiration, les gouttes perlant sur la peau d’Owen et le martèlement de son cœur lorsqu’elle posa une main frémissante sur son torse.

Puis il lui saisit la tête et l’inclina vers lui pour l’embrasser. Ses lèvres étaient froides à cause de l’eau et pourtant douces — elle n’avait jamais pensé que les lèvres d’un homme puissent l’être autant. La main toujours sur sa poitrine, elle releva la tête et lui jeta un regard incertain, mais il se contenta d’unir de nouveau leurs bouches et glissa la langue entre ses lèvres, lui arrachant un tressaillement de surprise et de ravissement. Elle sentit sa peau humide se réchauffer, et cette chaleur se répandit de sa bouche à sa poitrine. Ses frissons n’étaient plus provoqués par le froid, mais elle ne comprenait pas pourquoi son corps semblait soudain si fébrile. Elle voulait être caressée — elle le désirait désespérément, avec une intensité qu’elle n’avait jamais éprouvée jusqu’alors. Mais elle n’osa rien faire de plus que s’arc-bouter contre Owen, tandis qu’il plongeait dans sa bouche et lui apprenait à explorer aussi la sienne.

Puis il la fit rouler sur le dos, et le monde bascula. Il se dressa à son tour au-dessus d’elle, son visage ardent se détachant sur le bleu du ciel et les feuillages aux nuances d’automne. Elle n’eut pas le temps de réfléchir. Déjà il s’emparait à nouveau de ses lèvres et commençait à la toucher. Sa main sur son corps était chaude, bienvenue, et l’impatience de la jeune fille croissait à chacune de ses caresses. Les doigts d’Owen allaient et venaient sur ses vêtements mouillés, remontant de ses hanches vers son buste. Et lorsque, enfin, il effleura sa poitrine cambrée vers lui, elle exhala un gémissement contre ses lèvres et se mit à vibrer sous le mouvement délicat dont il frôlait la pointe de ses seins, comme s’il la transformait en instrument de désir.

La passion qui les embrasait tous les deux menaça soudain de tout emporter, et Maggie le repoussa avant qu’il soit trop tard pour mettre fin à leur étreinte. Relevant la tête, Owen la regarda, la respiration aussi saccadée que la sienne.

— Nous ne pouvons pas faire cela, murmura-t-elle d’une voix tremblante.

Non qu’elle regrettât quoi que ce soit, s’avoua-t-elle, le regard fixé sur sa bouche. Elle aurait tant voulu ressentir encore le plaisir qu’il lui avait dispensé !

Owen aussi contemplait sa bouche.

— J’étais sûr que vous l’apprendriez, gémit-il enfin. Pardonnez-moi. Je ne savais pas comment vous le dire.

— Me dire quoi ?

Il grimaça.

— Owen Duff, répondez-moi !

— Il y a quelques années, mon père m’a fiancé à la fille d’un clan des Lowlands. En ce moment même, ils sont en route pour Edimbourg, afin que nous nous rencontrions.

Le dernier restant de chaleur de leur baiser déserta soudain Maggie. Frissonnante, elle s’assit et s’écarta de lui, couvrant sa poitrine comme si elle avait été nue devant lui.

— Pourquoi ne m’en avez-vous jamais parlé ?

Elle s’était laissé tourner la tête, perdue dans le conte de fées de leur amitié et la romance qu’elle croyait en train de naître. Pauvre sotte !

Owen rentra ses cheveux dans son catogan, comme pour se donner une contenance. Il ne la regardait plus, et son visage était aussi cramoisi que devait l’être le sien, mais elle ne ressentait pas la moindre compassion pour lui.

Les mots tombèrent de la bouche d’Owen, lentement d’abord, puis en cascade, se bousculant l’un l’autre.

— Au début, je croyais que nous étions seulement amis, et savoir que vous étiez une McCallum rendait la chose plus piquante. Puis la tentation de vous embrasser a commencé d’envahir mes pensées.

Il rencontra enfin ses yeux. Jamais elle n’oublierait la flamme qu’elle y lut alors, la passion débordante qu’il éprouvait pour elle. Mais il était fiancé. Une boule lui obstrua la gorge, étouffant toute parole.

Se relevant en hâte, elle s’éloigna de lui avant de se ridiculiser davantage en se mettant à pleurer.

— Je… je dois m’en aller.

Il ne tenta pas de la retenir, ni ne lui promit de rompre ses fiançailles. Elle sentit une première larme rouler sur sa joue et l’essuya avec colère.

— Laissez-moi vous raccompagner.

Mais elle l’arrêta d’un geste.

— Non. Je ne veux plus vous revoir, Owen.

Elle vit ses traits s’altérer sous la souffrance et comprit qu’elle l’avait blessé. Elle n’accordait pas aisément sa confiance, comment l’aurait-elle pu avec un ivrogne en guise de père, et elle s’en voulait, idiote qu’elle était, de s’être fiée à un étranger — surtout un Duff. Ils avaient tant échangé ces dernières semaines sur leurs vies respectives, sauf sur le point le plus important de tous, du moins à ses yeux de femme.

Elle se rappelait à peine le trajet de retour, car elle en parcourut la majeure partie au pas de course et trébucha même sur ses jupes, se meurtrissant les paumes. Elle évita de souper avec sa mère en prétextant un mal de tête, puis se blottit dans son lit et laissa couler les larmes qu’elle s’était interdit de verser toute la journée. Sa dernière pensée consciente fut de regretter sa propre sottise. Elle ne savait trop si elle pleurait sur la fin de leur idylle ou sur le naufrage de leur amitié, car elle se rendait compte qu’elle ne pourrait plus jamais faire confiance à Owen.

Comme si le flot de ses émotions avait ouvert en elle l’accès à une partie plus profonde de son être, elle fit cette nuit-là l’un de ces rêves si vivants qu’ils lui semblaient réels. Elle vit Owen, mais il ne la regardait pas. Près de lui se tenait une autre fille, une jolie rousse au visage parsemé de taches de rousseur. On les présentait l’un à l’autre. Un rayon de lumière se reflétait étrangement sur une bague, dont l’éclat éblouit Maggie tandis qu’elle la fixait.

Puis la scène disparut, et elle vit la jeune rouquine la dévisager avec intensité. Mais celle-ci était d’une pâleur extrême, ses vêtements trempés, et de l’eau dégoulinait autour d’elle.

Maggie se réveilla en sursaut, la respiration coupée. Tout son corps était secoué de frissons, comme si elle aussi était mouillée et grelottait. Elle comprit alors ce que présageait cette vision funeste — la fiancée d’Owen allait se noyer.

Maggie enfouit son visage dans ses mains et se recroquevilla sous ses couvertures en se reprochant d’être ridicule — mais ce n’était pas la première fois qu’elle rêvait d’une mort avant qu’elle survienne. Tout d’abord, cela l’avait laissée effrayée et perplexe, et elle avait constaté avec horreur l’événement se réaliser. Cette fois… Oh ! cette fois, elle ne pouvait ignorer cet avertissement si évident.

Après une nuit agitée, elle se glissa hors de l’appartement à l’aube et sortit de l’immeuble. Elle ne pouvait évidemment pas frapper à la porte d’Owen, mais elle pouvait toujours l’attendre dehors. Il apparut au milieu de la matinée, seul, Dieu merci. Elle le rattrapa au bout du pâté de maisons.

— Owen !

Il se retourna en sursautant et se contenta de la regarder, le visage impassible, n’exprimant ni joie de la revoir ni embarras non plus. Maggie était si troublée qu’elle ne savait plus ce qu’elle aurait souhaité qu’il éprouve. Peut-être de la tristesse, car c’était ce qu’elle ressentait elle-même.

Debout devant lui, elle se tordit les mains, comprenant tout à coup combien il allait être difficile de lui révéler son secret, au risque de le voir se moquer d’elle ou peut-être même la prendre en pitié. Elle faillit tourner les talons, puis se rappela le visage cireux de la jeune fille de son rêve et son regard éploré.

— Je… je ne voulais plus vous voir après… après tout ce qui s’est passé hier, bredouilla-t-elle.

Il la salua d’un signe de tête formel, comme s’ils étaient des étrangers.

— Je ne saurais vous en blâmer. Je n’avais pas pensé à vous apprendre une vérité qui, même à moi, ne semble pas encore réelle.

— Comment se nomme-t-elle ?

Et, comme il fronçait les sourcils, elle précisa :

— La fille que vous allez épouser. Quel est son nom ?

— Je ne vois pas quelle importance cela peut avoir, mais elle s’appelle Emily.

Maggie hocha la tête. Entendre son prénom rendait Emily plus concrète.

— Puis-je vous confier quelque chose sur elle en privé ?

Owen hésita. Il semblait gêné à présent.

— Maggie, qu’y a-t-il à dire ? J’aurais dû vous en parler, c’est vrai, mais…

Elle balaya ses protestations d’un geste.

— Il ne s’agit pas de cela. C’est…

Elle promena un regard autour d’elle, avec l’impression que tout le monde les observait.

— Je ne peux pas vous le révéler ici. Pas comme ça…

Et, désignant une étroite venelle qui s’enfonçait entre les maisons, elle ajouta :

— Venez avec moi un peu plus loin, où on ne pourra pas nous entendre. Je vous en prie, Owen !

Au grand soulagement de Maggie, il ne protesta pas. Ils marchèrent en silence, laissant derrière eux l’enclos qui s’étendait à l’arrière de l’immeuble, puis s’engagèrent dans une allée qui débouchait sur la campagne.

Maggie s’arrêta enfin sous un grand mélèze. Elle se sentait nerveuse à présent, et l’air impatient d’Owen n’était pas fait pour l’aider. Elle lui en avait voulu de ne pas l’avoir informée de ses fiançailles mais, de son côté, elle ne lui avait rien dit non plus de ses rêves. Comment confier une chose pareille sans qu’on ne la croie folle ? L’Ecosse avait toujours eu ses voyants, mais elle ne voulait pas qu’on la prenne pour une personne maudite appartenant à cette catégorie. Et les rumeurs de « sorcellerie » pouvaient se révéler fatales pour une femme.

Pouvait-elle avouer son secret à un homme qui s’était déjà montré si peu digne de confiance ? Elle n’avait guère le choix.

Maggie fixa le torse d’Owen, le regard sur ce gilet brodé de vicomte qui lui rappelait à quel point ils étaient différents tous les deux.

— C’est… c’est difficile pour moi de dire cela. Je n’en parle pas à beaucoup de gens, mais…

Elle se tut, la gorge serrée, comprenant qu’elle risquait là son avenir.

— Maggie, allez-y, bon sang ! intima-t-il d’un ton excédé.

Comme s’il en avait fini avec elle et aurait voulu être déjà parti…

Elle prit une inspiration saccadée.

— Je… je vois parfois des choses en rêve. Et, lorsqu’elles me semblent particulièrement vivantes et réelles, elles… elles se réalisent.

Elle rencontra enfin son regard et y vit croître une lueur amusée.